La Commune de Marseille est un mouvement insurrectionnel communaliste, proclamé par solidarité avec le soulèvement de la Commune de Paris du . Son but est de soutenir la république alors naissante contre les manœuvres des « Versaillais » et de permettre à la ville de Marseille de régir ses propres intérêts. Elle réunit des républicains, modérés et Blanquistes, des socialistes, des membres de la première internationale de toutes opinions.
La Commune révolutionnaire dirigée « officiellement » par une commission départementale ayant remplacé le préfet se donne pour chef l'avocat-poète Gaston Crémieux. Mais elle connaît très vite la division. Incapable d'assurer ses missions légales, elle est reprise en main par des délégués parisiens incompétents et violents. Afin d'éviter qu'elle organise des élections et gagne ainsi une véritable légitimité démocratique, le général versaillais Henri Espivent de La Villesboisnet la déclare hors la loi et fait donner contre elle ses troupes. Elle est réprimée dans le sang, dans la nuit du 4 au ; avec elle s'éteint le dernier espoir de la Commune de Paris de gagner des soutiens en Province. Si ses racines plongent bien avant la première insurrection du , elle ne dure en tout que quatorze jours, du au .
Historique Les origines de la commune de Marseille se situent à la fin de l'Empire. Les sentiments républicains s'affirment dans la ville, et les maires de Marseille sont de sensibilité modérée, certes, mais très nettement engagés. D'autre part, dès 1865, les francs-maçons marseillais les plus radicaux développent par le biais de l'enseignement, une réelle politique d'entraide, où se retrouve tout l'éventail des opposants à Napoléon III.
La loge « La Réunion des Amis choisis » du Grand Orient, formée de républicains et de blanquistes, fonde, pour entraîner les autres loges, le un « Comité central d'initiative des loges » de dix membres : l'avocat Gaston Crémieux, Barne, Brochier, Carriol, Chappuis, de Pleuc, Dhionnet, Massip, Rouvier et Adolphe RoyannezAdolphe Royannez (1829-1880) dirigea L’Athée (mai-août 1870) imprimé par Gaillet, puis La Voix du Peuple et L'Ami du peuple. On lui doit L'École des jeunes filles, ou lettres d'un athée (1870), La Revendication (brochure politique imprimé à Toulouse chez Savy) et les Loisirs d'un prisonnier. Il est le père de la turbulente Jeanne Royannez, sculptrice, épouse de Clovis Hugues. Le Rationaliste, Volume 5, année, ..
Parallèlement, voient le jour l’« Association phocéenne de l’Enseignement, de l’Instruction et de l’Éducation des deux sexes » et la « Caisse Centrale de Secours »Jean-Baptiste Nicolaï, Philippe Subrini, La Franc-Maçonnerie marseillaise au ..
D'autre part, les nouvelles conditions faites à la presse provoquent une éclosion de journaux. Parmi eux, un bon nombre de feuilles républicaines, surveillées par la police, souvent condamnées, mais actives, dont le journal le Peuple, dirigé par Gustave Naquet.
En 1869, Léon Gambetta, alors marqué comme un radical, est élu député des Bouches-du-Rhône. Crémieux initie Gambetta dans la loge de La réforme, où se retrouvent quelques futurs acteurs de la commune, Rouvier, Naquet et EsquirosAndré Combes, Maçonnerie et Radicalisme ..
Après l'effondrement du Second Empire devant la Prusse de Bismarck, le pouvoir devenant vacant, la France se dote d'un gouvernement provisoire, dirigé par le même Gambetta, mais à Marseille, une première tentative d'insurrection annonce la fragilité et l'âpreté de ces temps nouveaux. D'une insurrection à l'autre vignette| Gaston Crémieux d'après le recueil de la communePortrait de Gaston Crémieux dans le recueil de la commune..Le , cette première insurrection populaire avec, à sa tête, Gaston Crémieux, Émile Bouchet, Maurice Rouvier et Gustave Naquet prend d'assaut la préfecture. Le soir même, ces radicaux se réunissent rue Vacon avec les socialistes, forment un comité d'action, et le lendemain, ils prennent d'assaut la mairie, installant un comité révolutionnaire, formé par Crémieux, Paul Giraud, Clovis Hugues, Félix Granet, Cabasse, un employé de mairie : Joseph Tardif, les journalistes Auguste Sorbier et Armand Elbert, les internationalistes Charles Alerini, Étienne-Louis Combes, Victor Bosc (des Catalans), Philibert Gilbert, Frédéric Bordes, Auguste Conteville et Célestin Matheron. Se joignent à eux un entrepreneur : Félix Debray, un cordonnier : Joseph Maviel, un maçon : Esprit Tourniaire et un employé : Eugène Barthélémy.
Ce premier mouvement est sévèrement réprimé par l'administration locale, fidèle aux lois impériales. Une fois arrêtés, les « factieux » sont emprisonnés dans un cachot du fort Saint-Jean. Le , un conseil de guerre statue sur le sort des meneurs et les condamne à passer quelques mois en prison à Saint-Pierre. Pierre Bernard, Tardif, Barthélémy et Giraud sont condamnés à un mois de prison ; Tourniaire de trois ; Crémieux, Combe, Bosc et Sorbier de six ; Bordes de huit ; Conteville, Gilbert, Debray et Maviel, d'un anOscar Testut, L'Internationale et le jacobinisme au ban de l'Europe (1872) ..
Le , jour de la proclamation de la République, ils sont libérés de prison ; Gambetta confirme l'ordre de les libérer tandis qu'une foule imposante va à la rencontre des prisonniers dans la nuitJ.-A. Volcy-Boze, Les deux dernières Journées de l'Empire à la préfecture des Bouches-du-Rhône , Imp. phocéenne (Marseille), 1900, .. Le même jour, le nouveau chef du gouvernement nomme Alphonse Esquiros administrateur supérieur des Bouches-du-Rhône ; Adolphe Carcassonne est nommé président de cette première commune ; le drapeau tricolore est hissé sur la mairieDépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours de Léon Gambetta du 4 septembre 1870 au 6 février 1871 .. Le , Crémieux accueille Esquiros à la gare Saint-Charles et l'accompagne à la préfecturePage Crémieux de Jewisheritage ..
Dans un même temps, la création de la Ligue du Midi (15 départements), dirigée localement par Esquiros et Bastélica et Crémieux, renforce le pôle républicain.
Toutefois, de nombreux conflits se font déjà jour au sein du conseil municipal de Marseille, entre républicains modérés et blanquistes. Ils atteignent leur comble lorsque Esquiros, l'administrateur supérieur des Bouches-du-Rhône ayant fonction de préfet, perd la confiance de Gambetta. En effet, plusieurs de ses arrêtés sont jugés illégaux par le ministre de l'intérieur du gouvernement provisoire (suspension de la Gazette du Midi, journal légitimiste, dissolution de la congrégation des jésuites de Marseille) Alphonse Esquiros, ne peut pas s'opposer ouvertement au gouvernement provisoire de Tours et en septembre, il envoie Gaston Crémieux à Tours, discuter avec Adolphe Crémieux et Gambetta pour tenter une conciliation mais celui-ci échouePamphlet anonyme, Une page d'histoire régionale dans les Bouches-du-Rhône, le Var, les Basses-Alpes, les Hautes-Alpes, les Alpes-Maritimes et l'Hérault : six mois de dictature, Olive, 1875, ..
Esquiros démissionne. Il est brièvement remplacé par Louis-Antoine Delpech, lui-même aussitôt démissionnaire. Gambetta nomme alors à ce poste Alphonse Gent. Le conflit s'envenime, attisé par la rivalité entre la Garde nationale (bourgeoise) et la Garde civique (ouvrière), créée par Esquiros.
Le , la « Commissaire Générale de la Ligue du Midi pour la défense de la République » mandate Gaston Crémieux pour que la région se rallie à leur cause. Pour l'avocat nîmois, l'heure est venue d'affirmer ses idées :
Le , lors d'un meeting organisé à l'Alhambra, Crémieux fait ovationner la Ligue du Midi et la Commune Révolutionnaire. La Ligue entre peu à peu en opposition ouverte avec le gouvernement de la Défense nationale. Alors que la garde civique d'Esquiros est licenciée par le gouvernement provisoire, Gambetta coupe les ponts avec la Ligue du MidiDépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours de Léon Gambetta du 4 septembre 1870 au 6 février 1871 .. Les membres de la commission départementale insurrectionnelle appellent dès lors les Marseillais à prendre les armes.
Le , l'Hôtel de Ville est de nouveau occupé et la Commune proclamée. ; le lendemain, Gustave Cluseret est nommé. commandant de la Garde nationale, Clovis Hugues prend la tête de la Légion urbaine et Esquiros prend la tête de la Commission municipale. Ce , Alphonse Gent est accueilli à coup de révolver, gare Saint-Charles (Crémieux, absent, est en meeting dans l'Isère). Pendant ces quelques jours, la popularité d'Esquiros reste intacte, mais la mort de son fils qui vient de succomber à la typhoïde change la donne. Gambetta lui conserve une sympathie personnelle (sinon politique) et lui fait savoir qu'il partage son deuil ; Esquiros accepte d'être remplacé par Alphonse GentSudhir Hazareesingh, ..
Les circonstances jouent d'ailleurs en faveur du nouveau préfet. L'attentat dont il a été la victime à son arrivée lui apporte le soutien populaire. Cette sympathie à son égard lui permet de reprendre le pouvoir en main pour le compte du Gouvernement. Et le , le nouveau préfet peut télégraphier à Tours que l'ordre règne de nouveau à Marseille.
Le début de la Commune La paix signée avec l'Allemagne, le gouvernement de la Défense nationale doit céder la place. Des élections législatives ont lieu le . À Marseille, Esquiros est réélu tandis que Gent démissionne, outré par les conditions de l'armistice. Le parlement se réunit à Bordeaux. La chambre est une émanation des communes rurales ; elle est particulièrement royaliste. Une majorité de notables légitimistes et orléanistes est sortie des urnes. vignette|Garibaldi quittant le Grand Théâtre de Bordeaux sous la haie d'honneur des Gardes nationaux. Crémieux, présent à Bordeaux, intervient depuis les tribunes pour saluer Garibaldi, élu illégalement car de nationalité italienne, invité à la chambre et qu'empêchent de parler les députés royalistes, par ces mots demeurés célèbres :
La foule des tribunes l'applaudit fortement au grand dam d'un autre Marseillais, Adolphe Thiers.
Le , commence l'insurrection de la Commune parisienne ; le , la nouvelle arrive à Marseille des menaces d'Adolphe Thiers, nouveau chef du gouvernement, de désarmer Paris.
Le jour même, Crémieux prend la tête d'un troisième mouvement insurrectionnel. Il enflamme le club de l’Eldorado (républicain radical, voire socialiste), et court au club de la garde nationale (modéré), dénonce Versailles, et réclame qu'on soutienne Paris et sa Commune. Devant la tiédeur du club de la Garde Nationale, Crémieux revient faire patienter l'Eldorado. Curieusement, c'est la maladresse du parti des « Versaillais » qui donne le véritable coup d'envoi de la commune de Marseille.
Dans la soirée, le nouveau préfet, le contre-amiral Paul Cosnier et le général EspiventLissagaray écrit de lui : « une de ces sanglantes caricatures qu’engendrent les guerres civiles sous l’Équateur. Légitimiste obtus, dévot hébété, syllabus articulé, général d’antichambre, ancien membre des commissions mixtes, pendant la guerre chassé de Lille par le peuple indigné de son ineptie et de ses antécédents » dans son Histoire de la Commune (, chapitre 10) . ordonnent à la Garde Nationale de se rassembler le lendemain en faveur de Versailles, le maire Jacques-Thomas Bory tente de les en dissuader ; leur appel reste sans effet. Le défilé des gardes nationaux, sur le cours Belsunce, dégénère en manifestation où se mêlent garibaldiens, population marseillaise et des restes de la garde civique d'Esquiros. vignette|Le journaliste Clovis Hugues. La foule prend sans effusion de sang la préfecture d'assaut. Clovis Hugues marche aux côtés de Crémieux. Le jeune journaliste de 20 ans brandit le drapeau rouge de la république sociale et devient son bras droit (plus tard, il sera boulangiste).
Commencée ce la commune de Marseille va durer jusqu'au .
Éviter « l'anarchie »