Les satellites SymphonieJean-Jacques Dechezelles, directeur APSAT Conseil, « De Symphonie à Spacebus - 30 ans de succès des satellites de télécommunication », Conférence AAAF, mars 2006, publiée dans Lettre_AAAF_n_5_2006 sont les premiers satellites de télécommunications réalisés en France et en Europe et les premiers stabilisés trois-axes en orbite géostationnaire à système de propulsion biergol pour la manœuvre de circularisation geosynchrone et le maintien à poste (précurseur des satellites modernes à partir des années 1990), et premier système complet (après le lancement du second modèle) avec tous les segments dédiés de contrôle et d'utilisation. Ils sont le résultat d'un programme de coopération exemplaire franco-allemand.
1963 - 1967 : Genèse : signature du Traité de l'Élysée, un accord général de coopération franco-allemand, par le Président Charles de Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer. Début des études préliminaires en France (projet SAROS) et en République fédérale d'Allemagne (projet Olympia) des projets de satellites de télécommunications. : Les gouvernements des deux pays signent une convention intergouvernementale pour la construction, le lancement et l’utilisation d’un satellite expérimental de télécommunications Symphonie ainsi que pour la construction et la réalisation des stations terriennes nécessaires à l’utilisation des satellites. Formation d’un Conseil de Direction et d’un Comité Exécutif Franco-Allemand paritaire dirigé par deux secrétaires exécutifs, un Allemand et un Français. La Belgique se joint au programme.
Organisation gouvernementale thumb|Logo créé par le groupe de programme Pour la première fois en Europe, la construction d'un satellite civil était confiée a un Consortium industriel. Aussi, comme le prévoit la Convention franco-allemande, les Gouvernements ont conservé au titre de la maîtrise d'ouvrage une participation importante au programme Symphonie. Sous l'autorité du Conseil de Direction, le Secrétariat Exécutif a dirigé pendant 15 ans les structures chargées de piloter la réalisation, de contrôler le fonctionnement en orbite et de mener un vaste programme d'expérimentations internationales. Les principales missions assumées au niveau gouvernemental ont été :
Réalisation. Une équipe intégrée installée à Brétigny sur Orge dans les locaux du CNES (Centre National d'Études Spatiales) a suivi techniquement et financièrement le projet durant la conception et la réalisation des deux satellites. Elle a négocié les conditions des lancements par la fusée Thor Delta 2914 avec la Nasa après l'abandon d'Europa.Elle a travaillé étroitement avec le Consortium industriel chargé du développement et de la fabrication. Opérations. Le suivi opérationnel des satellites a été assuré 24h/24 de 1974 à 1985 par deux Centres de Contrôle installés à Toulouse (Fr) et à Oberpfaffenhofen (RFA) depuis la mise à poste géostationnaire jusqu'à l'envoi des satellites sur une orbite excentrée de fin de vie. L'expérience acquise a été utilisée pour les satellites géostationnaires des programmes européens qui ont suivi. Exploitation. Pendant 10 ans, l'équipe franco-allemande du maître d'ouvrage a recherché, négocié et mis en œuvre des utilisations internationales des deux satellites. Les Administrations nationales de Télécommunication et de Télévision ont largement contribué à ce programme expérimental (140 missions) qui a abordé toutes les formes d'utilisations qui peuvent être confiées à un satellite de radiocommunication.
Structures franco-allemandes.
Les grands établissements concernés par les télécommunications spatiales en France et en Allemagne ont été représentés dans les organismes mis en place par les gouvernements.
Conseil de Direction Il est composé de six membres qui représentent : Pour la France : Le Centre National d'Études Spatiales-CNES (coprésidence), les Postes et Télécommunications (PTT) Télédiffusion de France Pour la R.F.A. : Le ministère de la Recherche et de la Technologie-BMFT (coprésidence), les Postes et Télécommunications (BundesPost) la Télévision (Deutsche Welle)
Comité permanent Il est dirigé par deux Secrétaires Exécutifs (Allemand et Français) et se compose d'équipes franco-allemandes. Le Comite a pour mission, sous l'autorité du Conseil, de diriger l'exécution du projet sur les plans technique et financier pendant la production des satellites et sur le plan du contrôle et de l'exploitation après la mise en orbite. Il est en outre chargé de coordonner les travaux de tous les organismes nationaux et internationaux participant au projet.
Organisation industrielle - Consortium CIFAS 1967 - 1968 : Lancement de l'appel d'offres pour le satellite Symphonie auquel répondent deux consortia franco-allemands dont les chefs de file respectifs sont Nord-Aviation (qui deviendra SNIAS - dite Aerospatiale - en 1970 après fusion avec Sud-Aviation) pour le consortium CIFAS (Consortium Industriel Franco-Allemand pour le satellite Symphonie), et Matra Espace pour le consortium concurrent. Le consortium CIFAS est choisi au terme de l’évaluation des offres et entreprend, selon les termes de la consultation, une « symétrisation » des rôles dévolus aux firmes françaises et allemandes chargées des activités électroniques.
1969: Engagement d’une phase préliminaire de définition du satellite et négociation du contrat et des principaux sous-contrats. Mise en place du Groupe de Projet Industriel aux Mureaux (Nord-Aviation) et du Groupe de Projet Client à Brétigny (CNES). Production des spécifications de mission, des spécifications du satellite et des spécifications des segments de contrôle et d’exploitation.
Dans le cadre d’un marché bilatéral CNES – GfW, et sous maîtrise d’œuvre industrielle du consortium CIFAS, constitué en Groupement d'intérêt économique (GIE), sous régime de Droit Français et composé de six sociétés, trois françaises et trois allemandes comme suit.
Aerospatiale (France) Aerospatiale est: Chef de File du Consortium et hôte du Groupe de Projet intégré de maîtrise d’œuvre à l’Établissement des Mureaux Réalisation de toutes les structures et mécanismes associés, du contrôle thermique, et des réflecteurs d’antennes (établissement de Cannes) Réalisation des Propulseurs à gaz froid, des câblages électriques et des commandes pyrotechniques (Les Mureaux) Intégration des maquettes mécanique et thermique (Cannes) Intégration du modèle d’identification électrique puis du modèle de vol Symphonie-A (Les Mureaux).
Messerschmitt-Bölkow-Blohm (MBB) (RFA) MBB est chargé de : la réalisation du Système de commande d'attitude et d'orbite (AOCS) (Ottobrunn, près de Munich) ; la réalisation du système propulsif à gaz chaud (bi-ergol) (Ottobrunn et Lampoldshausen) ; la réalisation du moteur d’apogée (bi-ergol) (Ottobrunn et Lampoldshausen) ; la réalisation du matériel mécanique pour l’intégration et le transport des satellites ; la contribution aux ensembles électriques de test ; l'intégration du modèle de qualification (dit prototype) puis du modèle de vol Symphonie-B (Ottobrunn).
Thomson-CSF (France) Thomson-CSF est chargé de : la réalisation des antennes SHF pour la charge utile de télécommunications et des antennes VHF pour la fonction Télémesure- Télécommande (Meudon) ; la réalisation du système de Télémesure et Télécommande (Gennevilliers puis Vélizy) ; la réalisation d’équipements pour les transpondeurs de télécommunications, oscillateurs locaux et conversion de fréquence ; la tâche d'ensemblier des remorques de test électrique des satellites au sol dénommé EGSE niveau 1 (phase d’intégration et de préparation au vol des satellites).
Siemens AG (RFA) Siemens AG est chargé de : la tâche d'ensemblier des répéteurs de télécommunications SHF bande C (Munich) ; la réalisation d’équipements pour les répéteurs de télécommunications, section réception et amplification en fréquence intermédiaire (Munich) ; la contribution aux ensembles électriques de test.
SAT (France)
SAT est chargé de : la réalisation du générateur solaire (Paris et Lannion) ; la réalisation du Codeur de Télémesure (Paris) ; la contribution aux ensembles électriques de test.
AEG-Telefunken (RFA) AEG-Telefunken est chargé de : la réalisation de l’alimentation électrique régulée (Wedel, près de Hambourg) ; la réalisation d’équipements pour les répéteurs de télécommunications, section émission (Backnang près de Stuttgart, et Ulm) ; la réalisation des modulateurs et démodulateurs SHF pour la chaîne bord de télémesure-télécommande ; la contribution aux ensembles électriques de test.
Autres participations importantes
Les six industriels composant le CIFAS participent au Groupe de Projet intégré CIFAS via du personnel détaché, le Chef de Projet étant Pierre Madon (Aerospatiale). La Belgique contribue officiellement au Projet et son industrie est présente, notamment les Ateliers de constructions électriques de Charleroi (ACEC), repris depuis par Alcatel Space, à Marcinelle, via la division spatiale ETCA fournisseur des convertisseurs DC-DC de l’alimentation électrique, et SAIT pour les calculateurs de test. Des équipementiers français et allemands contribuent derrière les sociétés du Consortium, notamment Sodern, SAFT, Crouzet et Starec en France, Teldix et VFW en Allemagne. Grands moyens d’essais employés pour la qualification et l’acceptation : Simulation de l’environnement spatial : SOPEMEA, filiale du CNES (Toulouse), (Ottobrunn) Etalonnage des performances de télécommunications : Centre national d'études des télécommunications CNET (La Turbie)
Personnages clés Les divers responsables de ce premier grand programme spatial européen ont tous fait ensuite de brillantes carrières dans leurs industries ou organismes respectifs.
Industrie
Charles Cristofini: premier administrateur gérant du GIE CIFAS, il sera PDG d'Aerospatiale de 1973 à 1975. Pierre Usunier, né le à Nancy, décédé le à Boulogne-Billancourt est ingénieur diplômé de l'École polytechnique. Dernier administrateur gérant du GIE CIFAS. A été directeur de la Division des Systèmes Balistiques et Spatiaux, d'Aerospatiale. Pierre Madon, directeur du programme. Jean-Pierre Baudry Jean-Jacques Dechezelles, né le à Caudéran, (Gironde), ingénieur diplômé de l'École supérieure d'informatique d'électronique et d'automatique (ESIEA), Paris, 1963. : responsable de l’ingénierie système des satellites. Il fait ensuite carrière à l'usine de Cannes occupant des fonctions de responsabilité croissante dans les programmes de satellites, terminant directeur des Programmes de satellites scientifiques et satellites d'observation de la TerreJean-Jacques Dechezelles sur le site CASPWiki. En 2013 il est élu membre de l'Académie de l'air et de l'espaceJean-Jacques Dechezelles sur le site de l'Académie de l'air et de l'espace. Kuno Schneider
Établissements publics Michel Bignier, président français du Conseil de Direction (1967-1976). Directeur général du CNES, décédé en Voir Michel Bignier sur le site de l'ESA. Yves Sillard, président français du Conseil de Direction (Après 1976). Directeur général du CNES. Hermann Strub, président allemand du Conseil de Direction BMFT (Ministère de la Recherche et de la Technologie) Georg Mösl, GfW/DFVLR Secrétaire Exécutif allemand. Bernard Deloffre, secrétaire Exécutif français CNES, succédant à Jean-Bernard Dementhon décédé. Sera directeur du Centre spatial guyanais. Jack Muller, secrétaire Exécutif français CNES (De 1975 à 1985). Sera Directeur du Centre spatial de Toulouse. Burkhard (Bob) Pfeiffer, directeur de projet (Structure franco-allemande).GfW/DFVLR
1970 : Réalisation des satellites