André Silbermann – ou Andreas Silbermann –, né le à Kleinbobritzsch en Saxe et décédé le à Strasbourg, est le premier d'une lignée de facteurs d'orgue réputés, actifs en Alsace au . Lui-même réalisa 34 instruments, la plupart en Alsace, dont 13 dans des églises protestantes et 16 dans des églises catholiques. Les plus connus sont ceux des abbayes bénédictines de Marmoutier et d'Ebersmunster, fort bien conservés.

Biographie André Silbermannn naît le à Kleinbobritzsch, en Saxe. Son père s’appelle Michael et est charpentier, tandis que sa mère se nomme Anne Marie Preussler. À treize ans il débute un apprentissage de menuisier à Freiberg, qui s’achève en 1694. Il fait probablement ensuite un second apprentissage chez un facteur d’orgues, mais le nom de celui-ci est inconnu, bien que des hypothèses évoquent Eugenio Casparini. La première mention de sa présence en Alsace date de 1699, lorsqu’il rénove l’orgue de l’église de Bouxwiller. Il travaille quelque temps pour le facteur de clavecins Frédéric Ring, dont il tente, sans succès, de reprendre l’activité lorsque celui-ci fait une embolie en 1701. Il s’établit alors à son compte à Strasbourg avec son frère Gottfried et obtient le droit de bourgeoisie le .

Après avoir réalisé l’orgue du couvent Sainte-Marguerite de Strasbourg en 1702-1703, Silbermann part à Paris pour se perfectionner dans la réalisation des orgues à la française. Il y travaille jusqu’en 1706 chez François Thierry, l'organier du roi. Il rentre en Alsace le et travaille dans l’atelier de Gottfried à Finkwiller jusqu’au départ de celui-ci pour la Saxe.

Ayant repris la direction de l’atelier, il parvient à obtenir des commandes importantes, notamment pour l’abbaye de Marmoutier en 1709 et la cathédrale de Bâle en 1711. Peu de temps après, en 1714, il se voit attribuer la reconstruction du grand orgue de la cathédrale de Strasbourg, chantier le plus prestigieux de sa carrière.

André Silbermann meurt le à Strasbourg et son atelier est repris par son fils Jean-André.

Œuvres État des œuvres La zone d’activité d’André Silbermann est la région est la région du Rhin supérieur, qui correspond à l’Alsace, au pays de Bade et à la Suisse alémanique. Il a réalisé au total trente-quatre orgues, dont neuf positifs. La majeure partie d’entre eux ont toutefois disparu ou ont été fortement remaniés ultérieurement. Ainsi, seuls les instruments de Marmoutier et d’Ebermunster sont encore en grande partie dans leur état original. Même y ajoutant ceux n’ayant été que modérément altérés, par exemple ceux de Saint-Matthieu de Colmar et Altorf, le total des instruments dont l’état de conservation est suffisant pour se représenter leur tonalité d’origine ne dépasse pas sept.

Caractéristiques stylistiques À part peut-être l’orgue réalisé en 1703 pour le couvent Sainte-Marguerite de Strasbourg, toutes les œuvres connues d’André Silbermann sont postérieures à son séjour parisien. Celui-ci joue un rôle central dans l’élaboration de sa signature stylistique. Il est à noter en particulier qu’il y est en contact étroit avec les Thierry, qui sont chargés de l’entretien de l’orgue de l’église Saint-Gervais, dont l’orgue de Marmoutier est une réplique presque exacte.

Les orgues d’André Silbermann sont ainsi fortement influencés par le style français. Celui-ci se retrouve notamment dans les mesures en pieds et la présence des trois groupes caractéristiques de ce style : plein-jeu, jeu de tierce, grand jeu. Néanmoins, il n’a généralement pas reproduit à l’identique le style parisien, mais y a ajouté certains éléments caractéristiques des orgues rhénans, notamment la pédale de 16’ à l’arrière du buffet principal.

Historiographie La vie de Silbermann est essentiellement connue au travers des écrits de son fils Jean-André. Ces écrits représentent un ensemble de sept volumes de notes générales sur les orgues d’Europe et leurs fabricants, dans lesquelles André Silbermann est régulièrement mentionné. Les informations généalogiques proviennent quant à elle essentiellement des registres paroissiaux.

C’est sur cette partie généalogique en particulier que l’historiographie a le plus évolué avec un bouleversement lié au travail de thèse de Marc Schaefer dans les années 1980, qui a rendu obsolète de larges parties de la bibliographie antérieure. Celui-ci a en effet mis en évidence par une étude approfondie des registres paroissiaux que la généalogie des Silbermann établie jusque-là était largement erronée. Il n’existe ainsi aucune trace tangible d’un lien matrimonial entre les Silbermann et les Sauer et Wentzel qui ont repris son atelier, ni avec les autres familles Silbermann établies en Alsace avant 1700.

Annexes Liste des travaux d’André Silbermann

+CommuneLieuDateTravaux effectuésÉtat de conservationImageStrasbourgcouvent Sainte-Marguerite1703Instrument complet (deux claviers, douze registres)Parties du buffet dans l’église Saint-Gall d’Ittenheimcentré|sans_cadreStrasbourgCollegium Willhelmitanum1706Un clavier, huit registre, positifDisparuStrasbourgÉglise Saint-Nicolas de Strasbourg1707Deux claviers dix-huit registresPresque entièrement disparu à l’exception de quelques tuyaux à l’église de Neuf-BrisachStrasbourgÉglise des dominicains1708Nouveau pédalier (sept registres)Façade du buffet dans l’église Saint-Grégoire de Ribeauvillécentré|sans_cadreStrasbourgÉglise Saint-Pierre-le-Vieux de Strasbourg1709Deux claviers, vingt-et-un registresBuffet en partie conservé in situMarmoutieréglise abbatiale1710Trois claviers, vingt-deux registresInstrument place, modifié par Jean-André Silbermann en 1746 (cinq registres supplémentaires)centré|sans_cadreBâleCathédrale de Bâle1711Deux claviers, vingt-et-un registresDisparuBâleéglise Saint-Pierre1712Trois claviers, vingt-six registresEn grande partie disparu à part quelques tuyauxObernaiÉglise Saints-Pierre-et-Paul d'Obernai1713Instrument complet (trois claviers, vingt registres)Buffet dans l’église Saint-Maximin de Niedernaicentré|sans_cadreGeudertheiméglise mixte1715Un clavier, huit registresDisparuStrasbourgCathédrale Notre-Dame de Strasbourg (voir aussi Grand orgue de la cathédrale de Strasbourg)1716Partie instrumentale (trois claviers, trente-neuf registres)Tuyaux de façade toujours en place, quelques tuyaux internes subsistentcentré|sans_cadreStrasbourgÉglise Saint-Étienne de Strasbourg1716Instrument complet (deux claviers, quatorze registres)Buffet et quelques tuyaux dans l’église protestante de Bischheimcentré|sans_cadreStrasbourgRésidence des Andlau ?1717Deux claviers, six registres (positif)DisparuStrasbourgRésidence de Michael Keck ?1718Un clavier, quatre registres (positif)DisparuStrasbourgÉglise Sainte-Aurélie de Strasbourg1718Deux claviers, vingt registresInstrument toujours en place, buffet d’origine mais la plupart des tuyaux ont été remplacéscentré|sans_cadreStrasbourgÉglise Sainte-Madeleine de Strasbourg1718Deux claviers, quatorze registreDisparuBâleéglise Saint-Léonard1718Un clavier, quinze registresModifié par Jean-André Silbermann en 1718 (six registres supplémentaires au positif de dos). Seul le buffet subsiste de l’instrument d’origine.StrasbourgRésidence de Johann Heinrich Vigera ?1718Un clavier, quatre registresDisparuHaguenauéglise Saint-Joseph1719Deux claviers, huit registres (positif)Conservé au Musée des Arts décoratifs de StrasbourgStrasbourgÉglise protestante Saint-Pierre-le-Jeune de Strasbourg1719Un clavier, quatre registresDisparuStrasbourgéglise de l’oratoire de la Toussaint1719Un clavier, six registres (positif)DisparuWissembourgéglise Saint-Jean1720Deux claviers, quatorze registresSeuls quelques tuyaux subsistentSaint-Léonardéglise collégiale Saint-Léonard1721Deux claviers, sept registresBuffet conservé à l’église d’OttrottKolbsheimRésidence des Lenck ?1722Un clavier, quatre registresDisparuNeuried-Altenheiméglise protestante1722Un clavier, huit registreDisparuBischwillerÉglise protestante de Bischwiller1724Deux claviers, treize registres. Augmentation à seize registres en 1729Instrument toujours en place, dix registres d’origine conservéscentré|sans_cadreColmarÉglise des Dominicains de Colmar1726Trois claviers, vingt-trois registresSubsiste mais se trouve désormais dans l’église de NiedermorschwihrStrasbourgÉglise Saint-Guillaume de Strasbourg1728Deux claviers, vingt registresInstrument toujours en place, mais seul le buffet est encore d’originecentré|sans_cadreVieux-Thannéglise des Dominicaines1726Deux claviers, huit registresDisparuAltorféglise Saint-Cyriaque1730Deux claviers, quinze registresInstrument toujours en placecentré|sans_cadreEbersmunsteréglise abbatiale1731Trois claviers, vingt-six registres. Augmentation à vingt-huit registres en 1732Instrument toujours en placecentré|sans_cadreKoenigsbrück (Leutenheim)église des Cisterciennes1732Un clavier, huit registresDisparuColmarÉglise Saint-Matthieu de Colmar1732Trois claviers, vingt-quatre registresSubsiste avec un buffet modifiéSaverneChâteau des Rohan1733Un clavier, quatre registres (positif)DisparuRosheimÉglise Saints-Pierre-et-Paul de Rosheim1733Trois claviers, vingt-trois registresDispersé : les tuyaux et les sommiers de la pédale sont encore à Rosheim, mais le buffet, le positif de dos et les sommiers du grand orgue sont à l’église de Waldowisheim et trois registres à celle de Lixhausen.

Bibliographie . . Hermann Wettstein, Die Orgelbauerfamilie Silbermann : bibliographischer Beitrag zu ihrem leben und werk (1683. 1783. 1983), Universitätsbibliothek, Fribourg-en-Brigsau, 1983, 89 p. Charles-Léon Koehlhoeffer, Les Silbermann : facteurs d'orgues en Alsace et en Saxe, J. Do Bentzinger, Colmar, 2008, 416 p. Marc Schaefer, Recherches sur la famille et l'œuvre des Silbermann en Alsace, Université de Strasbourg, 1984, 1066 p. (thèse de musicologie)

Articles connexes Famille Silbermann Liste des orgues d'Alsace

Liens externes

Les Silbermann d'Alsace

Notes et références

Catégorie:Facteur d'orgues alsacien Catégorie:Naissance en mai 1678 Catégorie:Naissance à Frauenstein (Saxe) Catégorie:Décès en mars 1734 Catégorie:Décès à Strasbourg Catégorie:Décès dans la province d'Alsace Catégorie:Décès à 55 ans