Le Connemara est une race de poneys, originaire de la côte ouest éponyme de l'Irlande. Ses origines sont obscures. Il a connu de nombreux croisements au cours des siècles, prolongés une trentaine d'années après la création de la en , une société d'éleveurs qui fixe les caractéristiques de la race et établit son premier registre généalogique (), édité en . Cannon Ball, issu d'un père et d'une mère tous deux à moitié Welsh, devient le tout premier étalon officiellement enregistré comme Connemara. Entre trois et cinq étalons sont à l'origine de tous les Connemara modernes. La race se diffuse notamment en Angleterre, puis en Allemagne et en Bretagne dans les années 1970, dans le cadre de l'interceltisme.

C'est un poney compact mais athlétique, qui présente le plus souvent une robe grise. Bien que résistants, en raison de la consanguinité, certains poneys expriment une maladie génétique récessive du sabot, qui réduit drastiquement leur qualité de vie et impose donc des analyses avant la reproduction. Le Connemara est un grand poney polyvalent. Il se prête tant à la randonnée équestre qu'à l'attelage, au concours complet et au saut d'obstacles, où il se distingue particulièrement. Il existe deux objectifs de sélection, l'un pour les loisirs familiaux, et l'autre pour le sport. La popularité du poney Connemara s'est étendue à travers le monde. L'Irlande, la France et l'Allemagne ont respectivement le cheptel le plus important.

Dénomination Le Connemara tient son nom de la région éponyme située à l'extrême ouest de l'Irlande, au nord de la baie de Galway et à l'ouest des lacs Corrib et Mask. D'après l'écrivain Giacomo Giammatteo, cela explique que le nom de cette race de poneys s'écrive avec une initiale en majuscule..

Il est parfois qualifié de « poney celte ».

Sources Il existe peu de travaux académiques relatifs au poney Connemara.

En 2003, Deirdre Feely a consacré sa thèse (université de Dublin) à la caractérisation de la population de Connemara d'Irlande. En 2005, avec Patrick Brophy et Katherine Quinn, elle publie un article scientifique dans un ouvrage collectif, portant sur la diversité génétique des populations de Connemara dans différents pays du monde. Pour les besoins de son article de recherche en anthropologie paru en 2016, Claire J. Brown s'est immergée parmi la communauté des éleveurs et utilisateurs de poneys Connemara dans la ville de Clifden.

Histoire Origines Les origines de la race sont obscures et sujettes à légendes. Il n'existe quasiment pas de documents écrits au sujet des poneys (ponaidh en irlandais) sur le territoire du Connemara, et les photographies anciennes sont elles aussi très rares.

Une étude génétique, publiée en 2006, n'a pas permis de déterminer son ancienneté.. Il est génétiquement éloigné de son plus proche voisin géographique, la race des poneys Kerry bog. Les arbres phylogénétiques modélisés proposent des rattachements différents en fonction des croisements effectués chez les individus échantillonnés (biais de sélection) : le Connemara est soit rattaché aux autres races de chevaux des îles Britanniques, soit relativement divergent, avec un rapprochement relatif de l'Arabe et du cheval ibérique. Il présente un haplotype commun à beaucoup d'autres races de chevaux, telles que l'Arabe, le Barbe, le Fjord, le Trakehner et le Holsteiner. Il arrive qu'il soit regroupé dans un haplotype propre aux îles Britanniques, à la Scandinavie et à l'Europe centrale, avec l'Exmoor, le Highland et l'Islandais.

L'origine de tous les chevaux domestiques du monde est établie dans la steppe pontique (d'après une vaste étude publiée dans Nature en 2021), ce qui rend la thèse d'une origine préhistorique du Connemara invalide.. Des auteurs comme le journaliste anglais Elwyn Hartley Edwards, le journaliste autrichien Martin Haller et Emmanuelle Hubrecht, docteure en études italiennes., soutenaient cette origine préhistorique.

L'éleveur Daniel Chupin signale en revanche l'existence d'informations relatives aux origines du cheval en Irlande, dont les premières traces archéologiques remontent à l'âge du bronze, avec usage pour le transport et consommation de sa viande. Pour Chupin, Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma), Judith Dutson et Nicola Jane Swinney, la présence de chevaux sur l'île d'Irlande remonte au , avec l'installation des Celtes. Une autre possibilité, soutenue par Edwards, serait que des chevaux amenés par les Celtes aient rencontré un cheptel natif déjà présent.

vignette|center|upright=3|Biotope d'origine du poney Connemara.|alt=Poneys dans un environnement de lacs rocailleux.

Il existe des preuves d'expansion du cheval durant l'âge du fer. Les montures celtes seraient l'héritage du négoce dans le bassin méditerranéen, et descendraient probablement du cheval Barbe. Leurs usages sont principalement militaires, incluant la traction des chars de guerre, et celles de charrettes, dans le cadre d'usages agricoles et civils. Les Irlandais capturent et dressent vraisemblablement des poneys semi-sauvages pour leurs usages agricoles, et font commerce des poulains. Les ancêtres du poney Connemara ont pu influencer le cheval islandais.

CAB International fait remonter l'origine du Connemara au , par croisement entre le poney celte et la souche native, avec possiblement une influence du cheval ibérique et de l'Arabe. L'éleveur irlandais Pat Lyne estime qu'une race de poneys de petite taille préexistait plusieurs siècles avant l'apparition d'une race de chevaux espagnole à Galway.

Influences vignette|Jument Connemara de robe bai dun et son poulain, montrant l'influence espagnole.|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme se tenant à côté d'un cheval à la robe claire, à droite un poney à robe noire Le Connemara a reçu de nombreuses influences d'autres races de chevaux, pas toujours contrôlées ni bénéfiques pour lui. L'autrice britannique Caroline Silver questionne l'identité de la race (en 1984), qui a été si considérablement modifiée par les croisements au cours du qu'elle se demande . D'après Swinney, le Pur-sang et l'Arabe ont eu l'influence la plus positive sur le Connemara.

Une influence espagnole sur ce cheptel est certaine, de riches marchands originaires de la ville de Galway ayant importé des chevaux ibériques. Le professeur Law l'atteste en 1842 dans son livre, décrivant une . Une légende (présentée comme une vérité dans un certain nombre d'ouvrages de vulgarisation) évoque également le naufrage de l'Invincible Armada en 1588, au terme duquel des chevaux espagnols auraient rejoint la côte irlandaise et se seraient mêlés à la population chevaline autochtone.. Chupin souligne la parenté entre cette légende et celles relatives aux chevaux aquatiques des légendes celtes. Emmanuelle Hubrecht estime la théorie des achats de chevaux espagnols localement, au , comme étant bien plus crédible que celle des étalons survivants de naufrage. Elle cite aussi l'influence de chevaux scandinaves et frisons, puis de chevaux phéniciens d'origine orientale au . L'auteur italien Maurizio Bongianni cite l'influence des chevaux scandinaves de type Fjord.

Au , les poneys sont croisés avec le cheval ibérique pour donner le Irish Hobby, un cheval de selle réputé pour sa vitesse, son agilité et son endurance. Des croisements sont également attestés avec ces chevaux espagnols du fait des relations commerciales entretenues avec l'Espagne. Au cours des siècles, le poney du Connemara reçoit aussi l'influence du Hackney, du Welsh, du Trait irlandais, du Clydesdale, du Pur-sang anglais et de l'Arabe. Les importations de chevaux arabes par des propriétaires terriens remontent au milieu du . Un riche financier détient un étalon andalou dans son domaine de Kylemore en 1852, avec lequel il effectue la tournée des métayers. La famille Martin, qui possède une immense propriété dans le Connemara depuis les années 1830, est réputée avoir introduit le cheval arabe dans cette région en 1883. Le Congested Districts Board for Ireland introduit des étalons de race Welsh à partir de 1891, dans le cadre d'un encouragement aux familles irlandaises.

Vers 1950, les derniers croisements interviennent, avec deux étalons Pur-sang (Winter et Little Heaven), l'étalon arabe Naseel et deux étalons Trait irlandais nommés May Boy et Skibberen. En 1954, la Connemara Pony Breeders Society (CPBS) achète le poney Clonkeehan Auratum, un métis issu de Naseel et d'une jument Connemara, qui a généré plus d'un million d'euros de revenus. Depuis 1964, le Connemara de race pure est élevé sans croisements extérieurs.

Au vignette|Attelage hippomobile dans le comté de Galway en 1890.|alt=Photographie en noir et blanc d'un paysage de campagne, à gauche et à droite des champs de culture séparés par des murets de pierre, entre les deux, une route où circule une charrette, au fond des habitations En 1800, après l'Union Act qui proclame le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, la race Connemara est jugée inférieure et connaît un long déclin. Un éleveur nommé John D'Arcy contribue au développement commercial de la ville de Clifden à partir de 1812, et attire des commentaires élogieux au sujet de ses chevaux, qui auraient influencé le cheptel local. Tout au long du , le poney Connemara est exporté vers l'Angleterre pour le travail dans les mines. La grande famine irlandaise (1845-1852) a un effet dévastateur sur les populations de poneys irlandais. L'appauvrissement subséquent des Irlandais entraîne une forte détérioration des qualités du poney du Connemara, ainsi que la vente d'une partie de ces poneys. Des poneys jugés de mauvaise qualité sont relâchés en liberté dans les collines et s'y reproduisent librement.

Le rapport d'ouverture du Congested Districts Board for Ireland décrit une qualité de cheptel dégradée dans le Connemara et , hormis à travers de rares introductions de l'Arabe et du Pur-sang. En 1897, le James Cossar Ewart écrit un rapport officiel de la commission royale, dans lequel il décrit le Connemara comme un poney , influencé par le Barbe ou l'Arabe, et dont la disparition serait .

Au vignette|gauche|Connemara sur l'île d'Inishnee.|alt=Dans un paysage de landes découpées de bord de mer, un poney gris se tient à l'arrêt regardant vers le large. Vers 1900, le vieux type de la race Connemara est décrit comme portant une robe dun et capable de survivre dans des conditions très difficiles. C'est aussi à cette époque que la race arrive au bord de l'extinction. Le département de l'Agriculture britannique soutient le développement d'une race locale de qualité. Des éleveurs britanniques s'organisent, pratiquent différents croisements, et créent la en 1923 à Galway. Les premières inscriptions au stud-book de la race ont lieu dès 1924.. Le premier étalon à y être inscrit est Cannon Ball, né en 1904 du croisement entre un étalon Welsh et une jument locale. se déplacent pour assister au premier défilé officiel de la race Connemara, en 1924. Le stud-book est édité dans son premier volume en 1926. Les poneys Rebel () et Golden Gleam () font partie des étalons ayant particulièrement marqué la race. Les éleveurs d'étalons Connemara persuadent aussi les Irlandais de croiser leurs juments avec ces étalons.

Le nombre de chevaux inscrits au stud-book du Connemara lors de sa fermeture, en 1963-1964, est de pour , environ.

Reconversion sport-loisirs et exportations La race commence à s'exporter au Royaume-Uni et aux États-Unis durant les années 1940. En 1947, l'Association anglaise du poney Connemara (British Connemara Pony Society) est fondée, puis en 1955, c'est au tour de l′American Connemara Pony Society. À partir des années 1960, la race est exportée en Europe continentale. En 1967, l'association néerlandaise (Nederlands Connemara Pony Stamboek) voit le jour, après importation des premiers sujets depuis l'Irlande.