Le Devin du village est un intermède en un acte de Jean-Jacques Rousseau (paroles et musique), créé le au château de Fontainebleau devant Louis XV et la cour, et le à l’Académie royale de musique de Paris.
Personnages Colin, haute-contre, Pierre de Jélyotte. Colette, soprano, Marie Fel. Le devin, basse-taille, Cuvillier fils. Troupe de jeunes gens du village.
Résumé Colette se plaint de l’infidélité de Colin et va trouver le devin du village pour connaître le sort de son amour. Elle apprend que la dame du lieu a su captiver le cœur de son berger par des présents. Le devin laisse Colette espérer qu’il saura le ramener à elle. Il fait ensuite entendre à Colin que sa bergère l’a quitté pour suivre un monsieur de la ville. Colin n’en croit rien et revoit sa maîtresse plus amoureuse que jamais.
Réception Si la représentation à la cour a été un succès, il en alla tout autrement à la ville où, pour la première représentation, elle participa aux troubles de la querelle des Bouffons, partisans de Rousseau et de Rameau s’invectivant durant l’opéra, au milieu des rires. Les jeunes gens du parterre avaient imaginé de se couvrir la tête d’un bonnet de coton à longue mèche.
Le Devin du village a néanmoins eu un succès prodigieux : c’est le moyen terme entre la musique italienne et la musique française. La mélodie est simple, naturelle et facile, l’harmonie bien mariée avec la mélodie ; l’accord est parfait entre les paroles et la musique : il y règne d’un bout à l’autre une complète unité de ton et de dessein.. Jean-Jacques Rousseau, dans ses Confessions, raconte en ces termes l’effet de la première représentation du Devin du Village, devant la cour, à Fontainebleau :
Genèse vignette|Airs de Colette, chantés par Martha Angelici et dirigés par Curt Sachs en 1937. Écrit Le Devin du village dans le parc de Passy, le Devin du village est le premier opéra dont les paroles et la musique sont du même auteur..
Analyse Le Devin du village illustre les nombreuses contradictions qui parsèment la vie et l’œuvre intellectuelle d’un homme qui écrira, peu de temps après, dans sa Lettre sur la musique française proclamant une « supériorité » de la musique italienne (dont le fondement résiderait dans le caractère plus approprié de l'italien à l'expression musicale), qu’.
Quelques années plus tard, Rousseau se ravisera. Il écrira notamment en 1774 au compositeur Gluck, après avoir assisté aux répétitions de son opéra en français Iphigénie en Aulide : « Je sors de la répétition de votre Opéra d’Iphigénie ; j'en suis enchanté ! Vous avez réalisé ce que j'ai cru impossible jusqu'à ce jourHenry Prunières, La Revue musicale, , Paris, Éditions de la Nouvelle revue française, 1934, .. »
Retombées Rousseau aurait pu obtenir une pension du roi, du moins le lui faisait-on espérer, et le duc d’Aumont l’avait invité à se rendre le lendemain au château pour le présenter au roi. Cependant Rousseau déclina l'invitation : (Rousseau). Diderot qui ne lui fit pas un crime de n’avoir pas voulu être présenté au roi pour son intérêt, lui en fit un terrible de son indifférence pour la pension qui aurait pu servir à sa compagne : (Rousseau).
Polémique Des rumeurs ont couru concernant la paternité musicale de Rousseau, d’aucuns ayant prétendu que Rousseau avait trouvé la musique du Devin dans les papiers d’un obscur musicien lyonnais que certains nomment Gauthier et d’autres Granet, mais cette histoire n’a pas reçu grand crédit. Une comparaison de la musique du Devin avec les mélodies que Rousseau a intitulées les Consolations des misères de ma vie montrent que tous ces chants simples, expressifs et agréables, mais d’une harmonie souvent incorrecte émanent du même auteur. Seulement, l’instrumentation du Devin a été d’abord retouchée et peut-être réécrite par Francœur et les conseils de ce musicien, avec ceux de Jélyotte, n’ont pas été inutiles à Rousseau..
Postérité En , on représentait une parodie du Devin de village sous le nom de les Amours de Bastien et de Bastienne par Justine Favart et Harny de Guerville, suite de vaudevilles et airs populaires offrant toutes les scènes et situations de l’opéra-pastorale, sous le travestissement du patois paysan substitué au langage régulier que Rousseau fait parler à ses personnages. Jeannot et Thérèse, pastiche en créole de Clément (prénom inconnu), Saint-Domingue, 1758. Marie-Jeanne Riccoboni a donné une parodie du Devin du village avec Les Amants de village (). Pastiche de Philidor, Paris, 1764. En 1766, Lors du séjour de Rousseau en Angleterre, Charles Burney a traduit le Devin du Village en anglais, et adapté les paroles anglaises à la musique française. Mozart composa également un opéra singspiel en un acte sur ce sujet : Bastien et Bastienne (KV. 50). Le livret était de Friedrich Wilhelm Weiskern, Johann H. F. Müller et . La création eut lieu le . Une version anonyme, probablement due à Sokolovski et révisée par Fomine, Moscou, vers 1779. Pastiche de Joseph Quesnel, Montréal, 1790, compositeur né à Saint-Malo, dont la transposition Colas et Colinette constitue le premier opéra composé en Amérique du Nord.
S'inspirant de la pantomime dans la scène VIII Johann Baptist Cramer écrit en 1812 une variation intitulé Songe de Jean-Jacques Rousseau. Cet air traverse les océans et connait la célébrité aux États-Unis sous la forme d'un cantique , parfois d'une chanson enfantine. Le Japon l'adopte à son tour vers 1870, tous les enfants nippons connaissent encore aujourd'hui une berceuse tirée de cette partition Musunde Hiraite
Enregistrements 1956 : Orchestre de Chambre de Froment, direction Louis de Froment, avec Janine Micheau (Colette), Nicolai Gedda (Colin), Michel Roux (Le devin), Chœur Raymond Saint-Paul (EMI) 1978 : Collegium Academicum de Genève, direction Robert Dunand, avec Danièle Borst (Colette), Philippe Huttenlocher (Colin), Louis Devos (le devin); Chœur du Collège Voltaire (CBS) 1991 : Alpe Adria Ensemble, direction René Clemencic, avec Eva Kirchner (Colette), Dongkyu Choy (Colin), Thomas Müller De Vries (Le Devin), Coro Gottardo Tomat di Spilimbergo (Nuova Era Records). Double CD comportant les enregistrements en studio (notices en italien et en anglais) : CD 1 : Le Devin du village (77 min 14 s) CD 2 : Bastien und Bastienne de Mozart (livret en allemand, 60 min 42 s). Comporte en outre une version de l'« Air de Colin », du Devin du village par Beethoven, réorchestration de la musique originale de Rousseau (en français, 3 min 22 s), ainsi qu'une « Ariette ajoutée au Devin du village » par Philidor (4 min 34 s) 2018 : Les Nouveaux Caractères, direction , avec Caroline Mutel, Cyrille Dubois, Frédéric Caton (Château de Versailles Spectacles) , direction.
Éditions .
Notes
Bibliographie Eeva-Taina Forsius, « Der Goût français und das Paradoxon Le Devin du Village von Rousseau aus der Sicht des Coin du Roi », Éd. Wolfgang Birtel, Christoph-Hellmut Mahling, Gerhard Sauder, Jochen Schlobach, Studien zur deutsch-französischen Musikgeschichte im 18. Jahrhundert : Einflüsse und Wirkungen, Heidelberg, Carl Winter Univ.-verl., 1986, . Gregory Gregoriou, « Le Village du Devin, une communauté de gens de la nature », intro. Robert Thiéry, Jean-Jacques Rousseau, politique et nation, Paris, Champion, 2001. , . Daniel Heartz, « The Beginnings of the Operatic Romance : Rousseau, Sedaine, and Monsigny », Eighteenth-Century Studies, Winter 1981-82, (2), . Martin Kopf, « Jean-Jacques Rousseau’s Opera Le Devin du village : A New Assessment », Proceedings of the Pacific Northwest Conference on Foreign Languages, 1977, n° 28 (1), p. 43-46. Rita C. Manning, « Rousseau’s Other Woman : Collette in Le Devin du village », Hypatia : A Journal of Feminist Philosophy, Spring 2001, (2), . Helen Metzelaar, « The Musical Careers of Isabelle de Charrière and Jean-Jacques Rousseau », Éd. Suzan van Dijk, Valérie Cossy, Monique Moser-Verrey, Madeleine van Strien-Chardonneau, Education, Creation, Reception, New York, Rodopi, 2006, . Jean Perrot, « Le Devin dévoilé ou la philosophie sous le manteau de Jean-Jacques », Introd. Robert Thiéry, Jean-Jacques Rousseau, politique et nation, Paris, Champion, 2001, , . Jean-Christophe Rebejkow, « Sur Le Devin du village de Jean-Jacques Rousseau et ses relectures par Diderot », Francofonia : Studi e Ricerche Sulle Letterature di Lingua Francese, printemps 1991, , . Christopher Thacker, « Rousseau’s Devin du village », Das deutsche Singspiel im 18. Jahrhundert, Heidelberg, Winter 1981, . Jacques Voisine, « Le Devin du village de Jean-Jacques Rousseau et son adaptation anglaise par le musicologue Charles Burney », Éd. Mieczyslaw Klimowicz, Aleksander Wit Labuda, Le Théâtre dans l’Europe des Lumières : Programmes, pratiques, échanges, Varsovie, Wydawnictwo Uniwersytetu Wroclawskiego, 1985, . Jacqueline Waeber, « 'Cette horrible innovation' : The First Version of the Recitative Parts of Rousseau’s 'Le Devin du village' », Music & Letters, May 2001, (2), .
Sitographie . .
Liens externes
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