Le Grand Trianon, anciennement Trianon de marbre est un château situé dans le domaine de Versailles, dans le département français des Yvelines, en région Île-de-France.
Il est construit à la demande du roi Louis XIV, à partir de 1687, par l'architecte Jules Hardouin-Mansart à proximité du château de Versailles, à l'extrémité du bras est du Grand Canal. L’extérieur du bâtiment est construit en marbre rose qui lui confère le nom de « Trianon de marbre », par opposition au Trianon de porcelaine qui le précède au même emplacement, ce dernier étant lui-même construit sur l'ancien village de Trianon.
Au fil du temps et des différents régimes, il est le lieu de résidence ou de séjour de plusieurs figures royales françaises ou étrangères, dont Louis XIV, Pierre de Russie ou encore Marie Leszczynska, épouse de Louis XV. Plus récemment y ont séjourné le général de Gaulle, ou des chefs d'État étrangers en visite officielle en France, comme le président américain Richard Nixon en 1969, ou la reine du Royaume-Uni Élisabeth II en 1972.
Aujourd'hui ouvert au public dans le cadre du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, il sert encore de lieu de réception à l'État, qui y accueille ses invités de marque.
Historique Le Trianon de porcelaine
En 1663 et 1665, Louis XIV achète aux moines de l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris les terres et le village de Trianon (nommé Triarnum dans une bulle de 1163), que les agrandissements progressifs du domaine, au nord-ouest du parc de Versailles, finissent par annexer... L’église et les bâtiments sont rasés et un premier jardin est rapidement dessiné. Deux ans plus tard, en 1670, le roi demande à Louis Le Vau les plans d’un petit château destiné à son usage exclusif. Le Vau, qui meurt le de la même année, laisse un projet qui est mené à bien par son gendre et successeur François II d'Orbay.
Achevé en 1672, moins d'un an plus tard, le premier château de Trianon, dit « Trianon de porcelaine », va demeurer quinze ans. En faïenceLa distinction entre faïence et porcelaine n'était pas faite à l’époque. très fragile, il subit rapidement l’usure du temps et cesse de plaire au roi qui ordonne sa démolition en 1686, peu après la visite des ambassadeurs du roi de Siam, pour faire édifier à sa place une demeure plus vaste et d’un style résolument différent99.
Construction gauche|vignette|Le Grand Trianon en 1724.|334x334px
Le bâtiment est reconstruit sur les gravats de l'ancien Trianon de porcelaine, par Jules Hardouin-Mansart, premier architecte du Roi, chargé de sa construction. Le projet est établi en juin-juillet 1687. Louis XIV est de facto l'auteur de tous les choix architecturaux, c'est lui qui refuse les grands toits à la française que lui proposait Mansart et opte pour les toitures basses qui disparaissent derrière le couronnement, à l'italienne, où même les souches de cheminées n'en dépassent pas. Il est également l'auteur du péristyle, si le dessin de l'arcade est de Robert de Cotte, l'idée de la percée centrale qui permet de voir le jardin est de Louis XIV, les arcades sont prévues pour être fermées par des menuiseries, mais la décision de ne pas les poser a été prise alors que Mansart était allé prendre les eaux. La tradition veut alors, qu'on adaptât la qualité de la pierre à la nature de la partie traitée, Louis XIV impose l'emploi d'une seule qualité de pierre pour l'unité de couleur.
Le roi se rend régulièrement sur le chantier, où il gère ses affaires d'État, installé sous une tente tout en inspectant l'avancement des travaux. Attentif au moindre détail et ayant une idée précise en tête, il fait abattre des murs déjà montés, car les plans ne lui conviennent pas101. Saint-Simon rapporte que le roi est le seul à avoir vu le défaut d'une fenêtre, plus petite que les autres. Louvois nie qu'une erreur si grossière se soit produite, alors le roi demande à André Le Nôtre de vérifier ces impressions par des mesures précises de géomètre. Ces dernières lui donnent raison, obligeant Louvois à présenter des excuses au monarque, Saint-Simon rapporte alors que ce dernier, en tant que secrétaire d'État de la Guerre, planifie alors un conflit pour détourner le roi de ses préoccupations architecturales, afin de remonter dans son estime.
Le chantier progressant rapidement, Louis XIV y prend son premier dîner dès le , le gros œuvre et quelques aménagements intérieurs sont en place. L'édifice est inauguré à l’été 1688 par Louis XIV et Madame de Maintenon, qui en font leur résidence privée. Le roi aime Trianon, comme le rapporte Madame de Maintenon : 105.
Vie à Trianon sous Louis XIV thumb|Le Grand Trianon vu des parterres par Jean Cotelle|alt=|gaucheLes premières années, le roi ne s'y rend que durant la journée. Il faut attendre le pour qu'il puisse y dormir, la résidence étant enfin meublée. Si l'extérieur est de marbre, en raison des difficultés financières, le royaume étant alors en pleine guerre de la Ligue d'Augsbourg, les aménagements intérieurs sont moins luxueux.
En revanche, plusieurs milliers de fleurs en pot sont disposées, ces dernières pouvant être changées jusqu'à deux fois par jour, au bon vouloir des occupants et pour maintenir une floraison constante ; « jamais on ne voit de feuilles mortes ni arbrisseaux qui ne soient en fleur » (Le Nôtre). Pour compléter la décoration intérieure, une commande de 24 tableaux est faite en 1687 dont 21 au seul Cotelle ; ils sont disposés dans la galerie des Cotelle.
De 1691 à 1705, l'aménagement intérieur est continuellement modifié. Si initialement le roi occupe la partie sud du Trianon, avec vue sur le Grand Canal, il l'abandonne en 1703 au profit de son fils et s'installe dans l'aile nord, attiré par sa fraîcheur. Cette installation se fait en lieu et place du théâtre.
Aller à Trianon ne se fait que sur invitation royale, souvent pour la journée. Le roi y organise régulièrement des dîners dont la finalité est de contrôler la Cour. Peu d'invités y couchent, cela en raison du nombre limité de logements. À la fin de son règne, Louis XIV ouvre plus largement Trianon.
Les lambris des salons accueillent de nombreux princes et princesses du sang : le Grand Dauphin, la duchesse de Bourgogne, le duc et la duchesse de Berry, le duc de Chartres et sa mère la duchesse d'Orléans, la duchesse de Bourbon.
Le palais après Louis XIV Louis XV se désintéresse totalement du lieu, mais y vient pour chasser. Il y éloigne donc la reine Marie Leszczynska, qui y réside dès . D'après Jérémie Benoît, l'idée a pu venir au roi quand les parents de la reine y ont logé en 1740133. La reine, bien qu'y habitant, ne peut entretenir convenablement ces lieux. En , Charles Lenormant de Tournehem et Ange-Jacques Gabriel y font des constatations qui aboutissent à une modernisation des toitures et un remplacement de certains éléments architecturaux délabrés134.
Ne possédant plus de lieu de retraite, et poussé par sa favorite, la marquise de Pompadour, Louis XV décide de reprendre possession du palais de Trianon en 1749. Il y fait bâtir le Pavillon français, doté d'une basse-cour, et le jardin français, ordonné par Bernard de Jussieu. Le pavillon frais complète l’ensemble en 1753. Enfin, la construction du Petit Trianon, entre 1761 et 1768, donne son nouveau nom au Trianon de marbre, le Grand Trianon136.
Marie-Antoinette préfère de loin le Petit Trianon au Grand ; elle y donne malgré tout quelques représentations dans la galerie des Cotelles. Pendant la Révolution, les deux Trianons (particulièrement le Petit) sont occupés et dégradés par une succession de bals et fêtes.
thumb|Le Grand Trianon côté cour.|alt=|gaucheIl faut attendre le Premier Empire pour que le domaine reprenne de l’importance. En 1805, Napoléon ordonne la restauration des deux domaines. On commence par ravaler les façades et boucher les lézardes. Dès 1808, on réalise de plus gros travaux. Un projet de doubler l'aile à droite de la cour d'honneur n'aboutit pas, pas plus que la réunion des deux Trianons. En revanche, le péristyle est fermé de vitres, afin d'éviter à l'impératrice les courants d'air, et tout l'intérieur est remis en état, des cheminées aux carrelages et des parquets aux lambris. De 1809 à 1810, le château est remeublé. L’empereur fait de nombreux séjours à Trianon entre 1809 et 1813. Afin de garantir sa sécurité et de faciliter un accès direct à Trianon sans passer par le grand château, il fait ériger la grille d’entrée de l’avant-cour et les deux pavillons réservés à sa garde personnelle d'une cinquantaine d'hommes.
Sous Louis XVIII, aucun changement n’est effectué au château, seuls les symboles impériaux sont enlevés. Le , Charles X s’y arrête quelques heures sur la route de son exil. De 1830 à 1848, Marie-Amélie de Bourbon-Siciles confie à Frédéric Nepveu le soin de mettre le château au goût du jour pour y résider, et y marie sa fille, Marie d'Orléans, avec Alexandre de Wurtemberg, le . Comme son prédécesseur, Louis-Philippe fait halte à Trianon sur la route de l'exil, le .
Le palais des Républiques En 1873, le procès de François Achille Bazaine, devant le conseil de guerre présidé par le duc d'Aumale, se tient au sein de la galerie. Le maréchal est accusé d'avoir manqué aux devoirs et d'avoir livré à l'armée allemande une place de guerre de premier ordre, Metz et près de .
À l'issue de la Première Guerre mondiale, après les traités de Versailles et de Saint-Germain signés en 1919 respectivement avec l'Allemagne et l'Autriche, et avant le traité de Sèvres signé en avec la Turquie, le traité de Trianon est signé le avec la Hongrie, pour laquelle le nom « Trianon » est devenu synonyme de tragédie nationaleAlexis Lassagne, « La blessure du Traité de Trianon », dans La Nouvelle Revue d'histoire, de novembre-décembre 2016..
Dès 1959, le général de Gaulle pense à faire du Grand Trianon une résidence présidentielle. Seulement, les frais à engager pour cela sont très importants : l’estimation de 1961 fait état d'un montant nécessaire de 20 millions de francs français pour restaurer le bâtiment et le mobilier. Le président souhaite toutefois le restaurer pour redonner son lustre à Trianon pour recevoir des hôtes de prestigeAnne-Cécile Beaudoin, « Trianon. Le président reçoit comme un prince », parismatch.com, 22 juin 2016.. Une loi-programme de restauration est votée le 247 et, à partir de 1963, le bâtiment est restauré par Marc Saltethttp://www.academie-des-beaux-arts.fr/membres/actuel/architecture/saltet/fiche.htm et remeublé par Gérald Van der KempDavid Gauthier, Histoire des jardins de Trianon, lire en ligne (sont notamment installés la climatisation, l’électricité et des cuisines modernes). Il sert de cadre au cinquantième anniversaire du président Valéry Giscard d'Estaing en 1976. ainsi qu'aux réceptions officielles de la République, dont le sommet du G7 de 1982, les invités présidentiels résidant dans l’aile du Trianon-sous-bois ; parmi les chefs d'État accueillis, on note également le couple présidentiel américain John et Jackie Kennedy, la reine Élisabeth II et le prince Philip, le dernier étant le président russe Boris Eltsine, en 1992. La chambre occupée par le général de Gaulle est restée en l'état, avec deux lits séparés, très longs (en raison de sa taille)Constance Jamet, « Le jardin secret du Roi-Soleil », Le Figaro, encart « Culture », mercredi 23 octobre 2013, page 35.. thumb|upright=2.2|center|Le Grand Trianon en 2009.
Plan et architecture thumb|Plan détaillé annoté du Grand Trianon à la fin du règne de Louis XIV.|alt=|gauche|291x291px Dessiné par Jules Hardouin-Mansart suivant les ordres de Louis XIV, et construit sous la supervision de Robert de Cotte et du roi lui-même100, le Grand Trianon est de style classique français mêlé d’italianisme, à dominante rose. Dès le , le Grand Trianon est qualifié d'élégant et considéré comme un modèle de composition.