La National Rifle Association of America (NRA) est une association à but non lucratif américainede type 501c.. Sa principale activité est de protéger le droit de posséder et de porter des armes (deuxième amendement de la Constitution des États-Unis), thématique sur laquelle elle est incontournable dans le débat politique américain.
Fondée en 1871, la NRA est souvent présentée comme la plus ancienne organisation des droits civils aux États-Unis. Elle revendique plus de six millions de membres en 2018. Elle s'occupe, en lien avec son activité principale, d'organiser des programmes pour « sensibiliser à la sûreté des armes à feu » ; elle s'occupe également, comme à son origine, de tir sportif, même si cette part de son activité est en déclin.
En 1968, elle s'engage dans la voie du lobbying politique, ce qui lui permet d'influer considérablement sur les élections de tout type, tant au niveau local qu'au niveau fédéral. Si elle n'a pas de couleur politique affichée, sa proximité avec les thématiques conservatrices et l'industrie des armes la font régulièrement soutenir des candidats du Parti républicain.
Son lobbying actif dans le paysage politique et son opposition implacable à tout durcissement de la législation relative aux armes à feu ont soumis l'association à des critiques très nombreuses et virulentes, son rôle dans la vie publique étant remis régulièrement en cause après chaque tuerie de masse.
Histoire Fondation L'association est créée le à New York sous le nom d’American Rifle Association, par le journaliste William Conant Church (anciennement du New York Times), et l'avocat George Wood Wingate. Sa création sera favorisée par l'abolition du Ku Klux Klan 7 mois avant. Il s'agit au départ d'une association d'anciens combattants de la guerre de Sécession (à l'image de ses deux fondateurs). Fondée à l'occasion de la création de la garde nationale de l'État de New York, elle rassemble des amateurs de tirs tout comme des passionnés d'armes, issus pour la majorité des couches supérieures de la classe moyenne. Elle se donne pour but, en dehors de son aspect communautaire, d'aider les soldats de la Garde nationale à s'améliorer au tir à longue distance, afin d'en faire des tireurs d'élite. Elle est régulièrement citée comme la plus ancienne organisation des droits civils aux États-Unis.
Le tout premier président est le gouverneur de Rhode Island, et ancien général de l’Union Army, Ambrose Burnside ; son mandat prend fin l'année suivante, et il est remplacé par Church, Wingate devenant secrétaire. Ils investissent des fonds rassemblés par l'association pour acheter un terrain à Long Island, où un centre de tir, le , s'ouvre en 1873. Des compétitions de tir, en plus des exercices d'adresse au tir prodigués aux gardes nationaux, y sont organisées jusqu'en 1891, date à laquelle le centre d'entraînement se recentre à Sea Girt, dans le New Jersey, sous le patronage de la garde nationaleLe déménagement est notamment dû au gouverneur de New York, Alonzo B. Cornell, qui s'oppose aux compétitions de tir.. Entre-temps, les différentes compétitions et concours organisés par la NRA lui obtiennent une certaine reconnaissance de l'armée - qui ajoute les exercices de tir et de visée à son entraînement standard - et une bonne visibilité auprès du public, la compétitivité de ses membres étant reconnue internationalement.
D'autres anciens généraux de l’Union Army, tels que Ulysses S. Grant ou Philip Sheridan, sont également devenus présidents de l'association.
Début du
Années 1970-1980 En 1967, le NRA participe activement à la normalisation du Mulford Act, abolissant le port d'arme pour les personnes noires en Californie.
À partir de 1968, la NRA fait son entrée sur le terrain du lobbying politique. L'association obtient sa première victoire politique après l'élection de Ronald Reagan à la présidence des États-Unis en 1980.
Faute d'équivalent chez les partisans du contrôle des armes, l'association devient incontournable dans le débat public sur ce thème, même si elle n'est pas hégémonique.
Années 2010 En 2016, la NRA finance pour plusieurs dizaines de millions de dollars la campagne de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Bien que celui-ci arrive bien au pouvoir et revienne sur certaines mesures de son prédécesseur en défaveur du second amendement, les ambitions de l'association à la suite de cette victoire sont contrariées par une série de fusillades meurtrières, qui limitent l'influence du lobby au Congrès dès octobre. Trump étant un fervent partisan de l'organisation, les militants de celle-ci, très mobilisés durant les mandats de Barack Obama, ne sont plus aussi présents - et ce désintéressement grève lourdement le budget de la NRA, qui baisse de plusieurs dizaines de millions, étant déficitaire en 2018 - alors qu'il était largement bénéficiaire en 2015..
En , lors de la convention annuelle de l'association, un conflit entre son président Oliver North et son directeur exécutif Wayne LaPierre entraîne l'éviction du premier, accusé de conflits d'intérêts, tandis que le second faisait face à des critiques sur sa gestion du lobby, dont les finances sont en crise.
Le marque deux revers importants pour la NRA. Le premier est la décision de Walmart, la plus importante chaîne de supermarchés des États-Unis, d'arrêter la vente de munitions pour fusils semi-automatiques dans ses magasins. Cette décision est prise après la fusillade d'El Paso, un attentat suprémaciste blanc dirigé contre des Mexicains et des Américains d'origine hispanique, qui a provoqué la mort de 22 personnes avant que le terroriste ne soit arrêté par la police, et qui a été commis dans un magasin Walmart d'El Paso. Le deuxième revers est une résolution du conseil de surveillance de San Francisco, l’organe législatif au sein du , adoptée à l'unanimité, qui désigne désormais la NRA comme une organisation terroriste intérieure. Cette décision est prise quant à elle à la suite d'une fusillade au festival de l'ail de Gilroy.
Joshua Powell, alors de la NRA, en est exclu pour harcèlement sexuel en 2019. Il publie par la suite un livre décrivant la corruption qui règnerait au sein de l’organisation. La NRA voit par ailleurs son hégémonie sur le lobby pro-armes décliner avec l'émergence d’autres organisations telles que la National Association for Gun Rights, la Second Amendment Foundation, ou la Virginia Citizens Defense League, réputées plus radicales.
Lobbying politique thumb|160px|Le siège de la NRA à Fairfax en Virginie.
À la tête du lobby pro-armes aux États-Unis, la NRA est considérée comme étant l'un des plus influents lobbies politiques des États-Unis en raison de sa capacité à apporter régulièrement un grand nombre de votes lors des élections.. Cette activité, répartie sur une demi-douzaine d'entités issues de la NRA, s'accomplit tant au niveau des États (assemblées législatives, tribunaux) qu'au niveau fédéral (Congrès, présidence), influençant donc chacun des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) du pays.
L'association finance également des spots publicitaires à charge envers les candidats qui lui sont importuns, pratique courante dans la vie politique américaine. La défaite en 2000 d'Al Gore à l'élection présidentielle lui est notamment attribuée, les États "pro-armes" ayant voté pour son adversaire George W. Bush. La question du port d'armes est considéré, avec celle de l'avortement et celle de la pratique religieuse, comme un des plus forts indicateurs de vote dans les élections. Depuis cette élection, le parti démocrate a cessé de militer pour le contrôle des armes, cette position lui coûtant trop cher politiquement.
La proximité régulière de la NRA et du parti républicain n'est toutefois pas automatique, les personnalités politiques les plus perméables à son lobbying étant souvent plus liés à des États où la culture des armes est forte (principalement au sud, tels que le Texas, la Virginie, la Floride ou la Louisiane). À l'inverse, les personnalités politiques des États où le contrôle des armes est plus fort (majoritairement au nord, tels que New York, l'Oregon, Washington) sont moins enclines à rechercher le soutien de l'association.
L'organisation a dépensé 54 millions de dollars pour contribuer à l’élection de Donald Trump en 2016.
La NRA classe chaque candidat en fonction de ses votes ou de ses engagements et mène des campagnes virulentes contre ceux qui ne respectent pas ses mots d’ordre. Cette stratégie est perçue par ses adversaires comme de l'intimidation.
Deuxième amendement
La NRA défend le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis, qui garantit le droit des individus à détenir et utiliser des armes à feu. Selon la NRA, ces droits font partie des libertés fondamentales, et les exercer est un acte citoyen.
En 1986, le président Ronald Reagan, dont l'élection avait été soutenue par la NRA, permet d'inscrire dans la législation l'interprétation du deuxième amendement tel que défendu par l'association, notamment via la loi sur la protection des détenteurs d'armes à feu. Depuis les années 1990, la NRA s'oppose à l’adoption de toute nouvelle loi ayant pour but de durcir notamment le contrôle du port d'armes, mais également toute législation sur les armes à feu. Elle s’oppose au . Depuis 1996, la NRA suscite également des candidatures lors des primaires du parti républicain, en s'alliant à d'autres groupes conservateurs sur des thématiques toutes aussi fortes dans le parti, tel que l’opposition à l'avortement ou au mariage homosexuel. Ces candidatures sont générées spécifiquement lorsque les candidats se présentant alors n'ont pas exprimé de position claire sur le contrôle des armes.
Elle dispose en 2013 d'un budget de 350 millions de dollars. Ce budget est alimenté notamment par des donateurs issus du milieu conservateur, mais également de celui de l'industrie des armes. Les dons des particuliers représentent une proportion menue de ce budget (11 millions en 2006, 22 en 2014). Ses dépenses concernant son activité de lobbying (notamment auprès du Congrès américain) sont évaluées à 3,6 millions de dollars en 2015 (un chiffre record pour l'association) ; ces dépenses comptent en 2014 pour plus d'un tiers des dépenses du lobby pro-armes (celles du lobby pour le contrôle des armes sont à la même période largement inférieures - 1,4 million de dollars en 2014). Par ses comités d'action politique, chargés de récolter les fonds, la NRA finance également les campagnes des candidats favorables à ses intérêts ; en 2014, l'association dépense 28 millions de dollars pour les élections de mi-mandat, bien plus que n'importe quelle organisation du même type.
La Cour suprême des États-Unis a confirmé le droit individuel de chaque Américain à posséder une arme et s'en servir, notamment dans les cas d'autodéfense, dans l'affaire . En 2008, le citoyen américain Dick Anthony Heller avait été condamné par un tribunal du district de Columbia et ce pour avoir porté un pistolet dans la rue ; la Cour suprême déclarera en 2010 que ni les villes, ni les États n'étaient aptes à limiter ou interdire le port d'arme. Cette interprétation du deuxième amendement est également défendue par la NRA.
La NRA note les candidats aux élections afin de jauger de leur « compatibilité » avec ses idées et soutient les plus favorables, notamment en finançant leurs campagnes électorales. Chaque candidat à l'élection présidentielle ou au Congrès, et également dans les États, se voient attribuer un grade allant de A+/A à F, selon le positionnement. Il est remarqué durant les années 2010, les démocrates ont tous perdus le grade A, ce qui polarise encore plus le débat politique.