Le mastaba el-Faraoun est le nom donné par les Égyptiens contemporains au tombeau de Chepseskaf, dernier souverain de la . Ce tombeau marque un tournant dans l'édification des tombes royales de l'Ancien Empire. En effet, depuis la , chaque roi se fait édifier un complexe funéraire dont le principal monument est une pyramide qui atteint avec la des proportions colossales et une perfection géométrique qui force l'admiration depuis l'Antiquité. Non seulement Chepseskaf rompt avec le choix de ses prédécesseurs de bâtir le complexe funéraire en face d'Héliopolis, en faisant établir le sien propre à Saqqarah, mais plus encore la rupture semble être complète par l'édification non plus d'une pyramide mais d'un gigantesque mastaba qui néanmoins est inclus dans un complexe funéraire.

Ce fait est diversement interprété par les égyptologues. Certaines théories penchent en faveur d'un complexe inachevé en raison de la brièveté du règne ce qui expliquerait que la plupart des éléments du complexe sont en briques crues. D'autres militent pour une remise en question du dogme héliopolitain, le choix de la forme du monument, qui s'apparenterait soit à une reproduction du sanctuaire primitif de Bouto soit à un gigantesque sarcophage démontrant une volonté affichée du roi de se rapprocher du mythe osirien.

Quoi qu'il en soit, ce tombeau à l'écart des sentiers battus reste une œuvre typique de la par la disposition des appartements funéraires royaux, le choix des matériaux de construction et de revêtement du monument ou encore par le plan du complexe funéraire dans son ensemble.

Emplacement

La monument est le premier monument d'envergure construit dans le sud de Saqqarah-Sud. Les précédents monuments d'envergure les plus proches étaient alors la pyramide de Djéser au nord, dans le nord de Saqqarah, et les pyramides de Snéfrou, à Dahchour. Par la suite, Saqqarah-Sud sera privilégié comme site de construction de tombes royales à partir de Djedkarê Isési, jusqu'à la pyramide de , construit immédiatement au nord du mastaba de Chepseskaf.

Exploration du monument

Le monument fut décrit pour la première fois par John Shae Perring au milieu du . Karl Richard Lepsius rechercha également le tombeau, mais sans mener d’étude approfondie. La première exploration des parties souterraines de la structure fut réalisée par Auguste Mariette en 1858, qui ne publia cependant aucun compte-rendu de ses fouilles ; seuls des plans non commentés furent publiés de manière posthume par Gaston Maspero en 1889. Une fouille complète du complexe funéraire fut entreprise pour la première fois par Gustave Jéquier en 1924 ou 1925. Il fut également le premier à attribuer la structure à Chepseskaf, suite à la découverte dans la cour devant le petit temple funéraire de nombreux fragments d'une statue en dolérite contemporaine du monument dont le cartouche, lacunaire, se finissait par ...kaf ainsi que deux fragments joints d'une dalle datée du tout début du Moyen Empire et mentionnant une prêtrise du culte funéraire de Chepseskaf. Auparavant, le tombeau avait été attribué par erreur à Ounas, le dernier souverain de la .

Le complexe funéraire vignette|Plan du complexe funéraire

Ce complexe adopte le schéma classique des complexes mis au point pour les souverains de la avec un temple de la vallée et une chaussée montante le reliant à un temple funéraire inclus dans le péribole ceignant le tombeau royal. Le temple de la vallée n'a pas encore été localisé avec précision et n'a donc fait pour le moment l'objet d'aucune fouille.

Temple funéraire vignette|gauche|Plan du temple funéraire du Mastaba de Chepseskaf

Le temple haut est particulièrement détruit, au point que les murs restants ne sont conservés que sur trois assises maximum, et qu'en bien des points, il ne reste que les fondations, dallage et murs ayant été enlevés : ainsi, le plan n'a pu être déduit en ces points parce que le dallage reposait sur de la terre pilée, tandis que la base des murs reposait sur des fondations en pierre. De plus, l'angle Sud-Ouest de la cour dallée et les murs qui la bordait de ce côté ont disparu, car un énorme trou d'une quinzaine de mètres de profondeur avait été creusé à une date indéterminée et dans lequel rien ne fut trouvé. Au-dessus de ce trou, cependant, des fragments d'une statue en dolérite de Chepseskaf ont été découverts (il s'agit de l'un des éléments ayant permis d'identifier le propriétaire du mastaba, les autres objets contemporains découverts dans le complexe se résumant à des vases).

Accolé à la face est du tombeau royal, à l'instar des autres complexes funéraires royaux de la dynastie, le temple avait été construit devant une avant-cour, délimitée par l'enceinte interne en briques, et comportait lui-même une cour intérieur, destinée aux rites de purification des offrandes avant leur présentation dans les salles réservées au culte du roi défunt à l'arrière de l'édifice. La première assise, haute de , des murs extérieurs du temple cultuel était construite en granit ; des blocs restent encore en place sur les murs Nord et Est de l'édifice. Le reste des murs était construit en calcaire de Tourah. Ces murs, d'une épaisseur de , étaient construits en de demi-murs entre lesquels du remplissage était mis en place. Les murs intérieurs du temple avait la même épaisseur et la même méthode de construction, mais l'état de délabrement du temple est tel que la fouille n'a pas permis de déterminer si la première assise de ces murs était aussi en granit ou bien en calcaire de Tourah.

La façade Est du temple était percée de deux portes, liant ainsi l'avant-cour et le temple. La première, au centre de la façade, mène à la cour intérieur mentionnée précédemment ; cette cour couvre près de la moitié de la surface du temple et n'a pour seule particularité de posséder un système d'évacuation des eaux, notamment des eaux de libation, qui court sous le dallage depuis le centre de la cour vers le Nord pour déverser les eaux hors du temple, dans une cuve rectangulaire taillée dans un seul bloc. La seconde porte, située au sud de la façade Est, mène à un couloir longeant le mur Sud du temple ; à l'extrémité ouest de ce couloir se trouvent trois portes : l'une, perçant la façade Sud du temple, mène à la cour située entre l'enceinte interne et le mastaba et entourant ce dernier ; celle du nord conduit au couloir longeant par l'ouest la cour, tandis que la porte ouest mène à la partie intime du temple.

Le couloir longeant par l'ouest la cour, et accessible également depuis cette dernière depuis une porte située en face de celle mentionnée précédemment et liant l'avant-cour à la cour, mène à ce qu'il semble être une petite courette, divisée par des murets et au centre de laquelle démarrait un système d'évacuation des eaux permettant d'évacuer les eaux de libation au nord du temple, dans une petit bassin en terre accolé à la cuve rectangulaire mentionnée précédemment. Entre cette courette et le mastaba se trouvaient deux petites chambres, probablement des magasins. Il est possible, mais incertain à cause de l'état très dégradé de cette portion du mur, qu'une porte perçait le mur Nord au niveau de la courette pour s'ouvrir sur l'espace entre le mastaba et le mur d'enceinte interne. Quant à la partie intime du temple, il est constitué de deux petites chambres orientées est-ouest et du sanctuaire en forme de T. Il est à noter que ce sanctuaire en forme de T est une disposition que l'on ne retrouve pas dans les temples funéraires des pyramides contemporaines ; là où les autres temples funéraires comportaient une salle de culte à cinq niches. Ce changement démontrerait selon certaines hypothèses que ce monument répondait à des obligations théologiques différentes, pour ne pas dire divergentes, de celles adoptées par la plupart des souverains de la .

Avant-cour vignette|droite|Plan de l'état actuel du temple funéraire et de l'avant-cour de Chepseskaf L'avant-cour carrée située devant le temple funéraire est d'une surface presque égale à celle du temple lui-même. Cette avant-cour est délimitée à l'ouest par le temple, et au nord, au sud et à l'est par des murs en brique crue crépies d'un enduit jaune-brun, qui ont la particularité d'être en « façade de palais » côté intérieur : le motif est classique sur le mur Nord, et simplifié sur les murs est et sud. La raison de cette différence est cependant inconnue, mais se retrouve dans la pyramide de Mykérinos.

Au milieu du mur Est, en face de l'entrée centrale du temple funéraire, se trouvait une porte. Cependant, à une date indéterminée, une réfection a eu lieu à ce niveau-là, et la porte fouillée par Gustave Jéquier, renforcée par des pierres mal taillées, n'est pas la porte originelle. Une autre porte dans le mur sud menait au vestibule qui clôturait la chaussée montante. Cependant, l'état actuel est très dégradé et le massif originel a subi plusieurs remaniements successifs, rendant très difficile la reconstitution de cette zone du complexe. Ainsi, ce temple haut et sa double enceinte comportaient deux accès. Ce point semble indiquer un changement dans la pratique cultuelle car on ne trouve pas ce double accès dans les temples funéraires précédents. L'ensemble est comparable au plan du temple de la vallée de Mykérinos et c'est précisément cette ressemblance qui interroge la fonction finale de l'édifice.

Les murs Nord et Sud ont été modifié : à l'origine, ils rejoignaient le temple funéraire, formant un prolongement des murs Nord et Sud de ce temple ; cependant, à une date indéterminée, l'extrémité ouest du mur Nord a été démolie et le mur restant a été continué par deux angles droits successifs pour contourner le temple funéraire et rejoindre le mur d'enceinte interne ; de même, le mur Sud a été coupé en son milieu et a été continué par deux angles droits successifs pour contourner le temple funéraire et rejoindre le mur d'enceinte interne. En conséquence, l'avant-cour n'était fermée mais complètement ouverte, par les côtés Nord et Sud, sur l'espace entre le mastaba et le mur d'enceinte interne. En conséquence, après ces modifications, le temple funéraire en pierre est resté isolé devant le mastaba.

Enceintes vignette|gauche|Section des murs d'enceinte du mastaba de Chepseskaf L'une des originalités du complexe est la double enceinte de brique crue qui délimite ainsi deux espaces imbriqués ; l'enceinte interne fait le tour du mastaba à une distance d'environ , celle externe étant distante d'environ de la première. Ces murs étaient crépies du même enduit jaune-brun, caractéristique de la période. Le mur interne est conservé sur presque tout son parcours, à l'exception d l'angle Nord-Est où il a disparu ; le mur est conservé en moyenne sur deux ou trois lits de briques, et est même conservé jusqu'à une hauteur d'un peu plus de au niveau du mur Ouest. Le mur externe n'est quant à lui conservé que sur de petits tronçons dans la partie sud du complexe : de la section nord du mur Est, c'est-à-dire au nord de la chaussée, il ne que le tronçon accolé à la dite chaussée, le reste ayant disparu pour laisser la place à des tombeaux plus récents ; plus au nord se trouve une large dépression où aucun vestige du mur n'a été trouvé ; quant au mur Nord et à la section nord du mur Ouest, ils devaient se trouver dans une zone réoccupée à la fin de la pour devenir une nécropole associée au complexe pyramidal de , ce qui fait qu'un vestige du mur n'a été découvert.