Rostino ( ) est une ancienne piève de Corse. Située dans le nord-est de l'île, en Castagniccia, elle relevait de la province de Bastia sur le plan civil et du diocèse d'Accia sur le plan religieux.
Géographie Situation vignette|droite|L'Alpa au hameau de Terchini (Merusaglia). La piève de Rostino constitue la partie nord-ouest de la Castagniccia, en limite du parc naturel régional de Corse.
Rostino, Ampugnani, Vallerustie, Orezza et Casacconi faisaient partie d'un pays autrefois désigné les Cinque Pievi . Les deux premières, Rostino et Ampugnani, composaient l'évêché d'Accia.
Composition La piève de Rostino comprenait les huit communautés suivantes : Bisinchi ; Pastoreccia ; Frasso ; Valle ; Morosaglia ; Castineta ; Gavignano ; Saliceto.
En 1857, Pastoreccia-di-Rostino et Frasso fusionnèrent pour former la commune de Castello-di-Rostino.
Pièves limitrophes Rostino a pour pièves voisines :
Description Dans son Dialogo nominato Corsica (1531), Agostino Giustiniani donne la description suivante du Rostino :
En 2007, le Rostino compte habitantsInsee Populations légales 2007.
Histoire Préhistoire Les découvertes lors de fouilles effectuées de 1983 à 1985 sur la colline de Rusumini - commune de Castineta témoignent de l'occupation du site à l'Âge du Bronze. Le sommet de la colline de Rusumini porte une enceinte et des structures diverses : fondations d'une tour sommitale et terrasses occupées par des restes d'habitations à proximité d'un point d'eauBonifay Eugène. Corse. in Gallia préhistoire. Tome 29 fascicule 2, 1986 - .
Antiquité La première église de Santa Maria di Riscamone avait été édifiée au sur le site d'une ville romaine. Celle dont les ruines sont de nos jours encore visibles à Valle-di-Rostino, aurait été reconstruite sur les ruines d’une église du haut Moyen Âge. Agrandie, remaniée entre le et le , elle avait pris son aspect définitif au .
Moyen Âge Au déjà, le diocèse d'Accia couvrait deux pievi, Rostino et Ampugnani, qui avaient été détachés des diocèses d'Aléria et Mariana.
Au , le Rostino dépendait des marquis de Massa di Corsica dont le pouvoir s'étendait sur tout l'« En-Deçà-des-Monts ». En 1250, malgré leur appauvrissement lié aux luttes menées contre leurs vicomtes, anciens vassaux en révolte, il leur restait encore une grande partie des terres dont les châteaux de Rostino Histoire de Corse - Colonna de Cesari-Rocca et Louis Villat PARIS Anc. Lib. FURNE - B0IVIN & Cie, ÉDITEURS 1916. Santa Maria di Rescamone était l'église principale de la pieve de Rostino. 1092 : Urbain II nomme archevêque Daibertus, évêque de Pise, qui devient métropolitain-suzerain des six diocèses corses : Nebbio, Mariana, Accia, Sagone, Ajaccio et Aléria.
Au , à quelques mètres de l'église, fut construit le baptistère octogonal de Saint-Jean-Baptiste. 1133 : les six diocèses sont séparés en deux groupes, l'un pour Gênes et l'autre pour Pise. Gênes obtient du pape Innocent II les diocèses de Nebbio, Mariana et AcciaDans sa bulle du 20 mars 1133, le pape Innocent II dit qu'il institue le siège épiscopal d'Accia, cujus sedem constituimus. La bulle ajoute que le nouveau diocèse sera formé de deux pièves, l'une détachée du diocèse de Mariana, l'autre du diocèse d'Aléria. Ce n'est qu'en 1133 qu'Ughelli fait commencer la liste des évêques d'Accia, en rapportant les passages principaux de la bulle d'innocent II. Il parait néanmoins qu'antérieurement à cette époque il y avait déjà eu des évêques d'Accia. Gams en cite plusieurs ; ce sont : Nicolaus, en 909 ; Riccobonus, en 930 ; Henricus, en 1113. Peut-être les évêques d'Accia n'avaient-ils jusqu'en 1133 qu'un titre sans juridiction - Giovanni della Grossa, traduction par Lucien Auguste Letteron in Histoire de la Corse tome I. Note de bas de .
Temps modernes Au vers 1520, la pieve de Rostino comptait environ habitants. À cette époque, les lieux habités étaient Saliceto, Vicinato, lo Borgo, Chiamachie, Gavignani, la Petragrossa, Castineta, Sevasi, la Terchina, la Fogatella, la Brocca, Casa Pitti, Tarlagia, lo Collo, Grate, la Valle, Frasso, Pastorechia, le Balleciasce, Piano, Caniolo, Petralata, lo Vignale, Mileto, Bisinchi, LescaÉléments pour un dictionnaire des noms propres Corse A-D. Monti. il convient d'ajouter à cette liste Espaco, hameau de Bisinchi au nord de la commune.
1563 : le pape Pie IV réunit le diocèse d'Accia à celui de Mariana. Il supprime Accia. La pieve de Rostino relevait religieusement de l'évêché de Mariana (l'évêque de Mariana était établi à Bastia depuis 1570 à cause de la permanente menace barbaresque). La communauté de Riscamone était le centre de la piévanie.
Au début du , dans son rapport rédigé à la demande de Gênes, Francesco Maria Accinelli écritFrancesco-Maria Accinelli in L’histoire de la Corse vue par un Génois du - Transcription d’un manuscrit de Gênes - ADECEC Cervioni et l’Association FRANCISCORSA Bastia 1974 : Pieue di Rostino : Pastorecchia con 6 ville, 326. Savinaccie con 5, 360. Castineta con 2, 250. Valle, Grati, Casapiti, Ferlaggia e Rischiamore 315. Saliceto e Vicinato 172. Bisinchi con 4 ville 334. Sevasi, Brocca, e Casanova . Morosaglia 399.
Civilement, la pieve de Rostino relevait de la juridiction de Bastia.
Le Rostino dans la révolte contre Gênes Au , le Rostino et les pièves d'Ampugnani, de Vallerustie, d'Orezza et d'Alesani ont formé le réduit de l'indépendance corse contre l'occupant Génois. Sous prétexte de dédommager la métropole de ses frais d'occupation militaire, les impôts avaient été augmentés par un règlement du . .
Dans sa chronologie de la « Grande révolte des Corses contre les Génois » qui dura 40 ans, de 1729 à 1769, A-D. Monti rapporte les évènements suivantsLa Grande révolte des Corses contre Gênes A-D Monti ADECEC 1979 concernant le Rostino : 1729 : les prémices de la révolte : supplémentaires sont promis au gouverneur pour mettre fin à la guerre que se font, depuis deux ans, les communautés de Merusaglia et Castineta au sujet de pacages. Le Magistrato chargé des affaires de Corse auprès du Sénat de Gênes demande à Pinelli gouverneur à l'époque, de se rendre personnellement dans le Rostino (Merusaglia). : le lieutenant (représentant du pouvoir exécutif à la tête d'une province) de Corte se transporte dans le Bozio dont les habitants refusent de payer la taxe des deux seini, arguant que le contrat passé entre le Sénat de Gênes et les Corses avait été établi pour dix ans et n'avait pas été renouvelé. Le Bozio agissait en accord avec le Rostino qui avait désarmé les sbires venus pour imposer le versement de la taxe. 1730 : Premier soulèvement Les habitants refusant de payer, le gouverneur envoie des soldats dans les pieve en rébellion. Le Bozio et le Rostino refusent de revenir sur leur décision. 22 au : le gouverneur demande au révérend Casabianca, au docteur Limperani d'Orezza, au noble Ghjacintu Paoli de Rostino, à Ghjuvan Felice de Ficaghja, de ramener à la paix les pieve d'Orezza (Pedicroce), Ampugnani (A Porta), Casacconi (Campile) et Rostino. Décembre : la révolte est générale. 1731 : la consulte confirme la suspension des hostilités jusqu'à fin mai ; ils souhaitent la prolonger jusqu'à fin août et proposent d'envoyer deux députés à Bastia. Le piuvanu Aitelli, de Rostino, et le chanoine Ilario seront reçus par les commissaires. Aucune promesse ne leur sera faite quant aux demandes des Corses, les commissaires exigeant la soumission sans conditions des Généraux, et la prolongation de l'armistice sera refusée. 1732 Intervention de l'Empereur d'Allemagne. Le prince de Wurtemberg demande aux Corses pour rentrer dans l'obéissance de la République. : Les généraux corses envoient Ghjacintu Paoli, le piuvanu Aitelli, le P. Carlu Francescu Raffalli, députés, au général Samuel von Schmettau des forces impériales, à Rostino, pour demander une suspension d'armes et la liberté de venir traiter eux-mêmes sur parole du général.
1733 Deuxième soulèvement. Juillet : Paolo Geronimo Pallavicini est nommé commissaire général en remplacement de Rivarola. Réputé homme cruel, il est choisi pour mener une politique sévère. Il reste connu pour avoir conçu le dessein de vider la Corse de ses habitants et de les remplacer par des sujets plus dociles. Août : Pallavicini convoque individuellement les notables des pieve pour leur donner des instructions au sujet du ramassage des armes, de la levée des impôts et de l'extinction des inimitiés. Certains, flairant un piège, se dérobent, en particulier ceux du Rostino : Ghjacintu Paoli, Ghjuvan Ghjacumu Ambrosi, de Castineta, et Paulu Francescu Giovannoni, du Salgetu, dit Salicetu. Septembre : avant l'heure, Pallavicini exige le paiement des tailles ordinaires. Le Rostino refuse. : Pippo, capitaine des troupes génoises à Corti, quitte son cantonnement pour le Rostino avec 50 soldats. : Gagliardi va au couvent Saint-Antoine des Servites de Casabianca. Pippo pénètre dans le Rostino. Au Salgetu, il est désarmé. Petru Casale, du Nebbiu, récemment inscrit sur le livre de la noblesse génoise, est nommé député dans le Rostino par le commissaire général pour parlementer avec les notables du lieu ; ceux-ci se montrent intraitables. Les assemblées génoises, informées des troubles du Rostino, publient un édit qui demande aux habitants de remettre les armes avant 15 jours et promet des sauf-conduits aux procureurs des communautés ou aux individus qui voudront exposer leurs doléances aux autorités. : une grida (édit) des populations du Rostino remet en vigueur les anciens Règlements de la Nation concernant l'union sacrée et la tranquillité publique. : une nouvelle grida interdit tout commerce avec les pieve de l'intérieur et les présides. : le Rostino interdit aux habitants de Tavagna, qui, gagnés à la nouvelle révolte, pouvaient se livrer à des excès, de s'approprier les biens du Révérend Consalvi. 1734 : ... : le Rostino convoque les élus des communautés et les notables à une consulte. Des armes et des munitions, en grande quantité, sont débarquées entre la Padulella et San Pelegrinu. Elles sont distribuées aux pieve de Rostino, Orezza, et Tavagna, les plus engagées dans la nouvelle révolte. 1736 : ... Le Sénat de Gênes se réunit pour juger le gouvernement de F. Pinelli. Il décide de rappeler son commissaire et de le remplacer par Lorenzo Imperiali et Paoli Battista Rivarola. Ce dernier arrive seul en fin janvier. : les chefs du Rostino décident une consulte au couvent de la Casabianca pour les 9, 10 et . Il s'agit d'élire 3 députés chargés de prendre contact avec le commissaire génois. Sans attendre les conclusions de la consulte, les Généraux envoient Ghjacumu Francescu Pietri, de Tagliu, auprès de Rivarola. Le bruit se répand de l'arrivée d'un personnage important (Roi Théodore). 1739 Intervention du Roi de France : le commandant français (Maillebois) installe son Q.G. à Pastureccia. M. du Rousset, désarme le Rostino. 1741 Dans les premiers remous de la guerre de la succession d'Autriche Juillet : 3 bataillons, les hussards et une partie des canonniers quittent la Corse. Les troupes françaises sont réduites à environ. Les Génois relèvent les Français dans les postes de Casinca, Campulori et Rostino. 1744 : ... : le Père Léonard des Mineurs réformés, arrive à Bastia. La mission du célèbre prédicateur qui est de ramener les Corses à l'obéissance, débute au couvent de Marana. Le il est dans le Rostino. : de Rostino, le P. Léonard envoie un messager au gouverneur pour l'informer de l'imminence de la révolte et lui dire qu'il est urgent de faire connaître les concessions accordant les plus larges satisfactions aux revendications insulaires. à Caccia, le P. Léonard reçoit le texte des concessions que lui adresse le gouverneur. Il le commente longuement aux populations assemblées de Caccia et de Rostino. Deuxième intervention française