La seconde guerre de Tchétchénie (ou deuxième guerre de Tchétchénie) est un conflit armé opposant l'armée fédérale russe aux indépendantistes tchétchènes du au , jour de la prise de Grozny, la capitale de la république, par les troupes russes. Cependant, des opérations de contre-insurrection perdurent jusqu'au . et un conflit de basse intensité se fait sentir encore pendant des années..

La guerre se solde par l'« extermination partielle » du peuple tchétchène et par la réintégration de la Tchétchénie dans la fédération de Russie. Il s'agit à l'époque du conflit le plus violent qu'aient connu l'Europe. et l'ex-URSS. depuis la Seconde Guerre mondiale, certains commentateurs allant même jusqu'à parler de « génocide »C'est le cas, entre autres, de la journaliste russe connue pour ses reportages sur la Tchétchénie, Anna Politkovskaïa : « Est-ce que quelqu'un a fixé des règles précises pour définir un génocide ? Combien d'hommes une nation doit-elle perdre pour qu'on puisse parler d'un génocide ? Pour moi, pour mon système de valeurs, il s'agit bien d'un génocide. Même les militaires ne s'en cachent pas. Quand je pose des questions du genre "Pourquoi avez-vous tué celui-ci ?" ou "Pourquoi avez-vous fusillé tel autre ?", ils répondent : "Parce qu'il était Tchétchène." C'est donc bien un génocide » (Eric Bergkraut (réalisé par), Lettre à Anna, Suisse : Schweizer Fernsehen, 2008).Mariel Tsaroieva, Mythes, légendes et prières ancestrales des Ingouches et Tchétchènes, Paris : L'Harmattan, 2009, : .

Contexte vignette|gauche|Combattants tchétchènes priant à l'extérieur du palais présidentiel de Grozny pendant le premier conflit russo-tchétchène en décembre 1994. Le premier conflit qui embrase la petite république de Tchétchénie, située dans le Caucase du Nord russe, s'achève en . Aslan Maskhadov, chef d'état-major tchétchène, et Alexandre Lebed, secrétaire du Conseil de sécurité russe, signent les accords de Khassaviourt, qui, sans préciser explicitement le statut de la Tchétchénie, prévoient de clarifier d'ici cinq ans les « bases des relations mutuelles » entre les deux parties.. En , se déroule l'élection présidentielle en Tchétchénie dont Maskhadov sort vainqueur avec 59 % des voix. Le , il signe avec le président russe Boris Eltsine un traité de paix qui prévoit d'établir « de solides relations égales et mutuellement bénéfiques »Voir le texte du traité (en russe) à l'adresse : https://ru.wikisource.org/wiki/Договор_о_мире_и_принципах_взаимоотношений_между_РФ_и_ЧРИ_(1997) entre la fédération de Russie et la république tchétchène d'Itchkérie et met fin à « 400 ans » de conflit russo-tchétchène en ouvrant une « ère de paix » entre les deux entités.

Mais Maskhadov n'arrive pas à maîtriser ses chefs de guerre qui rêvent d'un Caucase islamique destiné à regrouper toutes les républiques voisines, à l'image de l'ancienne Ciscaucasie démantelée au lors de la guerre du Caucase.

Les éléments les plus radicaux, dirigés par les chefs de guerre Chamil Bassaïev et Khattab font, le , une incursion au Daghestan, une république du Caucase russe voisine de la Tchétchénie, sous prétexte de porter secours aux rebelles islamistes locaux pilonnés dans leurs fiefs par les forces fédérales russesLaure Mandeville, La reconquête russe, Paris : Grasset & Fasquelle, 2008, ..

Du au , surviennent cinq explosions en Russie, trois à Moscou et deux autres en province, entraînant la mort de plus de 300 personnes.. Elles sont attribuées par les autorités russes aux indépendantistes tchétchènes, certains y voyant une manipulation du FSBAttentats de 1999 en Russie et article Wikipedia Russian_apartment_bombings. Combinés à la volonté de Moscou de prendre sa revanche..., envisagée, paraît-il, depuis des mois.., ces événements conduisent à une nouvelle guerre.

Déroulement de la guerre vignette|gauche|BTR-80 russe mis hors de combat après une embuscade en mars 2000. Pour rétablir le contrôle russe sur la Tchétchénie, l'armée russe intervient dans la république séparatiste avec le . La seconde guerre (officiellement appelée « opération anti-terroriste ») commence. Après avoir contrôlé le nord de la république (les plaines au nord du fleuve Terek), l'opération russe dans le sud montagneux est un lent succès après des combats acharnés. Le bilan est plus meurtrier que lors du premier conflit. Le , des missiles russes sont lancés sur le centre de Grozny, notamment sur le marché et la maternité de la ville, tuant 120 personnes et en blessant 500... Considéré par certains défenseurs des droits de l'homme comme un « crime contre l'humanité »., le massacre est officiellement imputé par les autorités russes aux indépendantistes tchétchènes dont un dépôt de munitions aurait explosé au marché.. Initialement, les Russes pensent que les séparatistes quitteront Grozny de leur propre initiative par crainte de faire face à une bataille tous azimuts Russian commanders predict Chechen forces will abandon Grozny, CNN, 22 novembre 1999 et mettent en place un prétenduD'après Novaïa Gazeta, les corridors de sécurité autour de Grozny n'étaient en réalité que des « corridors de la mort » (). Kavkazski Ouzel enchaîne dans la même veine que « les corridors sûrs pour sortir de Grozny n'étaient pas établis » (). corridor sécurisé pour permettre l'évacuation des civils Russia offers civilians a chance to leave Grozny, CNN, 28 novembre 1999. Finalement, après une stratégie de bombardements intensifs et d'envoi de petits groupes d'infanteries spécialisés en combat urbain précédant les blindés, Grozny tombe après un siège qui dure du au . Transformée en forteresse, les séparatistes tchétchènes s'étant préparés à l'assaut russe, le siège et les combats dévastent la capitale tchétchène comme aucune autre ville européenne depuis la Seconde Guerre mondiale ; en 2003, les Nations unies qualifient Grozny de « ville la plus détruite sur Terre » . Le bombardement de Katyr-Yurt, qui atteint une certaine notoriété en raison de la condamnation ultérieure de la Russie par la Cour européenne des droits de l'homme, a lieu dans ce contexte, le . Le , 27 membres d'une colonne motorisée de l'OMON originaire de Serguiev Possad sont tués par un tir ami d'une autre unité de l'OMON originaire de Podolsk alors qu'ils sont venus les relever. Les rebelles tchétchènes sont d'abord accusés de l'attaque mais des journalistes indépendants découvrent les faits et forcent les autorités à admettre la vérité. Du 5 au , au village Komsomolskoïe (ou Saadi-Kotar), se déroule la dernière bataille d'envergure..., qui fait au moins 625 morts du côté tchétchène..

Vladimir Poutine rétablit l'autorité de Moscou dans la totalité du territoire de la république, mais la guérilla indépendantiste continue jusqu'en 2006, voire plus tard, principalement dans les montagnes..

Discours politique russe pendant le conflit La grande majorité de la population russe, des journalistes. et des intellectuels. soutiennent la décision du Premier ministre, Vladimir Poutine, d'envahir la Tchétchénie Максим Степенин, Николай Гулько. Взрыв № 10 // Коммерсантъ-Власть, № 32 (383), 15 августа 2000. С. 9: . « Nous ne nous emparons pas de nos villes, nous les libérons », déclare le ministre de la Défense, Igor SergueïevCité dans Современный русский язык: Активные процессы на рубеже XX-XXI веков / Отв. ред. Л. П. Крысин / Ин-т рус. яз. им. В. В. Виноградова РАН. – М.: Языки славянских культур, 2008. С. 526: . Après la chute de Grozny en , ses troupes rehissent sur la ville le même drapeau russe qu'elles avaient conservé avec elles au terme de leur campagne infructueuse de 1994-1996. Intransigeantes, elles disent aux Tchétchènes : « On va vous éradiquer en tant que nation ».

Tandis que l'offensive terrestre commence en , les bombardements aériens de la Tchétchénie démarrent dès le mois d'août.. Le , l'aviation russe frappe à nouveau la Tchétchénie, dont l'aéroport Cheikh Mansour à Grozny, détruisant le seul avion de la république, le biplan An-2, employé pour l'agriculture et le parachutisme sportif pendant les fêtes.. Vladimir Poutine dit ne pas avoir été au courant de l'attaque contre l'aéroport mais ajoute : « Les bandits seront pourchassés partout où ils se trouvent. […] S'ils se trouvent à l'aéroport, alors ce sera à l'aéroport ».. Le lendemain, interrogé de nouveau sur ces frappes dont certaines auraient touché des quartiers résidentiels des banlieues de GroznyTania Rakhmanova, Au cœur du pouvoir russe. Enquête sur l'empire Poutine, Paris : La Découverte, 2012, ., il prononce sa phrase célèbre qui devient ensuite une expression populaire Путин и война – близнецы-братья? // Волжская коммуна (г. Самара), 8 августа 2000 // Цит. по: Коммерсантъ-Власть, № 32 (383), 15 августа 2000, с. 29 : , entre dans des recueils d'aphorismes Бушков А. Хроника Мутного Времени. Дом с привидениями. – М.: ЗАО «ОЛМА Медиа Групп», 2013. С. 310: , devient une sorte de slogan pour sa campagne présidentielleSelon Mikhaïl Zadornov, satiriste qui était très en vue en Russie. Voir l'extrait de son spectacle datant au plus tard de 2011 () ou son interview de 2006 (). et « immortalise » son nom : « On poursuivra les terroristes partout, dans les aéroports s'ils sont dans les aéroports et, excusez-moi, mais, s'il le faut, on les attrapera dans les toilettes, on les butera jusque dans les chiottes. La question est close ». En 2002, lors du sommet UE-Russie, Poutine répond de la même manière à un journaliste français qui l'avaient interpellé sur l'usage des mines antipersonnel en Tchétchénie, lesquelles tuaient, d'après lui, « beaucoup plus de civils que de terroristes » : « Si vous êtes prêt à devenir le plus radical des islamistes, et que vous êtes prêt à vous faire circoncire, je vous invite à Moscou. Je recommanderai qu'on fasse l'opération de telle manière que plus rien ne repousse »Cité par ...

La rhétorique de l'establishment militaire n'est pas moins vigoureuse que celle de Poutine. Le , le général Viktor Kazantsev, commandant en chef des troupes russes en Tchétchénie, annonce : « Maintenant, seuls les enfants jusqu'à l'âge de 10 ans, les vieillards de plus de 60 ans et les femmes seront considérés comme des réfugiés », laissant entendre qu'il considère tout le reste de la population tchétchène comme des combattants en puissance. : . L'un de ses subalternes, le général Vladimir Chamanov, commandant le front ouest de l'armée russe en Tchétchénie, avoue dans une interview qu'il considère les femmes et les enfants des combattants tchétchènes comme étant comme eux des « bandits ». Le général Sergueï Makarov, commandant le front Est, affirme que les Tchétchènes forment un « peuple parasite » et estime que la mère d'un commandant tchétchène, tuée lors d'une opération, « n'a eu que ce qu'elle mérite pour avoir élevé un tel loup »Cité par . L'adjoint du commandant d'une division d'infanterie motorisée, le colonel Anatoli Khrouliev, nommé chef du poste de contrôle entre la Tchétchénie et l'Ingouchie voisine, fermé fin octobre-début pour des civils tchétchènes fuyant la zone des combats, se dit déterminé à ne pas laisser les Tchétchènes « se reproduire »Cité par . En , un autre colonel, qui commande le régiment d'infanterie motorisée, Romane Chadrine, répond comme suit à la question de savoir quand la guerre terminera : « Nous n'avons qu'à laisser en vie 100 à 120 mille Tchétchènes, et nous pourrons dormir tranquilles pendant une trentaine d'années, jusqu'à ce qu'ils se reproduisent »Cité par . Quant aux officiers russes de grades moins élevés, ils répétent souvent : « Un bon Tchétchène est un Tchétchène mort ».