vignette|redresse|Blason de la Normandie. Lhistoire de la Normandie retrace le passé de la Normandie, région historique, géographique et culturelle, de la fondation du duché de Normandie en 911 à la création d'une région administrative homonyme en 2016.

Les frontières continentales de l'ancienne province française concordent assez fidèlement à celle de la nouvelle région, composée des départements du Calvados, de l’Eure, de la Manche, de l’Orne et de la Seine-Maritime. La Normandie historique comprend également les îles Anglo-Normandes, composées des bailliages de Jersey et de Guernesey.

Peuplée initialement de tribus celtes (Armoricains à l'ouest, Belges à l'est), la région est conquise en par les légions romaines avant d'être intégrée à la Lyonnaise par Auguste. Au , Gratien divise la province en civitates qui constituent ses frontières historiques. À la chute de Rome au , le pouvoir franc s’y installe, encourageant le développement du monachisme chrétien.

À partir de la fin du , des pillards vikings dévastent la région et s’y implantent. En 911, ils y fondent une principauté, nommée par la suite « duché de Normandie ». Après deux décennies d’expansion, les frontières de la Normandie se stabilisent tandis que l'Angleterre est conquise en 1066.

En 1204, la Normandie continentale est intégrée au domaine royal français, la Normandie insulaire restant en possession du monarque britannique. Elle est particulièrement frappée par les conséquences de la guerre de Cent Ans et des guerres de Religion, étant un des principaux foyers du protestantisme en France.

Au , les effets de la bataille de Normandie ravagent plusieurs de ses principales villes, notamment Saint-Lô, Le Havre et Caen. En 1956, deux régions administratives sont créées : la Basse-Normandie (regroupant les départements de la Manche, du Calvados, et de l'Orne) et la Haute-Normandie (regroupant l'Eure et la Seine-Maritime). En 2016, la fusion des deux régions entraîne la création de la région Normandie.

vignette|Les limites de la Normandie historique sont circonscrites après la conquête du Passais sur le Maine par Guillaume le Bâtard en 1050. Préhistoire et Antiquité Avant la conquête romaine

vignette|Le tumulus néolithique de Colombiers-sur-Seulles (Calvados). La présence humaine dans la région est attestée dès les temps préhistoriques par de nombreuses trouvailles d'industrie lithique surtout dans l’Eure et le Calvados, mais également en Seine-Maritime. La grotte de Gouy près de Rouen, qui possède des gravures pariétales, est la grotte ornée la plus septentrionale d’Europe (une autre grotte, la grotte d'OrivalLéon Fallue, Histoire de la ville et de l’abbaye de Fécamp, Nicétas Périaux, Rouen, 1841, . très peu étudiée, se trouve à de Gouy sur la rive gauche de la Seine). De nombreux mégalithes encore visibles parsèment d’une façon assez régulière la campagne normande.

L’histoire celtique de la Normandie est plus simple à établir, grâce à des sources archéologiques assez abondantes et datées de façon certaine. Dès le , des érudits locaux, comme l'abbé CochetAbbé Cochet, Sépultures gauloises, romaines, franques et normandes, Derache, Paris, 1857 et Léon Coutil, ont étudié l'archéologie principalement de la Haute-Normandie et consigné leurs découvertes et fouilles dans des ouvrages de référence. La découverte d’objets marquants comme le casque gaulois doré d'Amfreville-sous-les-Monts () ou celui en fer du musée de Louviers, des sites comme la grande nécropole de PîtresBilan archéologique de la DRAC - Pîtres (Eure), avec ses urnes à incinérations, ses épées enroulées et traces de tombe à char, ou de la nécropole datant de la fin de la période de Hallstatt ou du début de celle de la Tène à Ifs dans le Calvados, témoignent de la présence gauloise en Normandie.

Le peuple celte des Belges s’installe en Normandie par vagues successives entre le . C’est le témoignage de Jules César (La Guerre des Gaules) qui nous permet d’identifier les différents groupes gaulois occupant la région et groupés dans les oppida ou des villages agraires à enclos. En , ces populations se groupent pour résister à l'invasion des légions césariennes. Après la défaite gauloise d'Alésia en 52, les peuples de Normandie continuent la lutte pour un temps restreint et en , toute la Gaule est soumise à RomeUntitled Document..

Liste des peuples gaulois et de leur chef-lieu établis dans l'actuel territoire de la Normandie : Abrincates (Ingena, aujourd’hui Avranches), Aulerques Diablintes (Noviodunum, aujourd’hui Jublains), Aulerques Éburovices (Mediolanum, aujourd’hui Évreux), Bajocasses (Augustodurum, aujourd’hui Bayeux), Calètes (Juliobona, aujourd’hui Lillebonne), Esuvii (Exmes puis Sées sous domination romaine) Sagii (Sées) peut-être les mêmes que les précédents, Lexoviens (Noviomagus Lexoviorum, aujourd’hui Lisieux), Unelles (Cosedia, aujourd’hui Coutances), Véliocasses (Rotomagus, aujourd’hui Rouen), Viducasses (Aregenuae, aujourd’hui Vieux)César et les Gaulois sur Histoire-normandie.fr..

Civilisation romaine en Normandie vignette|gauche|redresse|statue de Jupiter Stator, retrouvée à Gisacum et conservée au musée d’Évreux. vignette|Théâtre gallo-romain de Lillebonne. vignette|redresse|Tête d’un dieu romain en bronze, retrouvé à Lillebonne, musée des antiquités de la Seine-Maritime. vignette|Mosaïque d’Orphée retrouvée à Lillebonne, musée des antiquités de la Seine-Maritime.

En , l’empereur Octave Auguste réorganise le territoire gaulois et fait passer les Calètes et les Véliocasses dans la province de Lugdunaise, dont la capitale est Lyon. La romanisation de la Normandie, comme ailleurs en Occident, passe par la construction de routes romaines et par une politique d’urbanisation.

On connaît de nombreuses villas gallo-romaines sur le territoire normand, notamment grâce aux fouilles de sauvetage opérées pendant la construction de l'A29, en Seine-Maritime. Ces habitations rurales, au cœur d’un domaine foncier, pouvaient adopter deux grands types de plan. Le premier pouvait être longiligne, avec une façade ouverte vers le sud ; le deuxième s’inspirait davantage des villas italiennes, offrant un aspect ramassé et organisé autour d’une cour carrée. C'est le cas de la riche villa de Sainte-Marguerite-sur-Mer, entre Dieppe et Saint-Valery-en-Caux. Les constructeurs de ces villas utilisaient les matériaux locaux : silex, craie, calcaire, brique, torchis. Le chauffage des bains ou de certaines pièces emprunte le procédé de l’hypocauste romain (villa suburbaine de Vieux-la-Romaine)Michel de Boüard, Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970..

L'agriculture fournit du blé et du lin, d’après Pline l’Ancien. Enfin, dans les campagnes normandes de l’antiquité, les fana (petits temples à plan centré, en général carré, de tradition celtique) sont nombreux. On en situe un exemple à l’ouest d’Harfleur. Les fouilles ont aussi révélé la présence de nombreuses statuettes de déesses-mères en terre cuite, dans les tombes et les maisons normandes. Ainsi, au Vieil-Évreux, il existe un des plus importants centres de pèlerinage d’Europe qui comprenait un forum, des thermes romains, une basilique monumentale, deux fana et le deuxième plus grand théâtre de GauleNormandie Héritage - Histoire, Tradition et Patrimoine Normand..

Crises du et mutations du Bas-Empire À partir du deuxième tiers du , les raids « barbares » dévastent de nombreux lieux de la région normande. Les traces d’incendies et les trésors monétaires enfouis à la hâte montrent les progrès de l’insécurité en Gaule du Nord. Le littoral doit faire face à la piraterie maritime des Saxons, mais aussi des Francs et des Frisons. C'est dans ce contexte que le pouvoir romain met en place un système de défense du littoral de la Manche et de l'Atlantique sur les deux rives, c'est-à-dire de l'île de Bretagne également, appelé Litus Saxonicum qui consiste en des points fortifiés et est divisé en trois commandements. L'actuelle Normandie est incluse dans le commandement du dux tractus armoricani et nervicani de Boulogne à l'estuaire de la Gironde. Cependant, parallèlement, des contingents germaniques intègrent l'armée romaine et des immigrants reçoivent l'autorisation de s'établir dans l'Empire. Des Germains sont donc recrutés pour lutter contre d'autres Germains. Des toponymes et des sites archéologiques rappellent l'installation de ces groupes étrangersMichel Reddé, L'armée romaine en Gaule, Éditions Errance, Paris, 1996, . : les toponymes Allemagne (aujourd'hui Fleury-sur-Orne), Almenêches, attestant de la présence d'Alamans, les sites archéologiques d'Airan ou de Frénouville, indiquant celle de Goths ou autres Germains. De plus, la notitia dignitatum mentionne par exemple la présence de Bataves à Bayeux. Des légions s'installent dans la future Normandie, notamment la Prima Flavia Gallicana Constantia qui donne son nom à Constantia (Coutances alors chef-lieu des Unelles) et au pagus Constantina (le Cotentin). Cette armée mise en place par Constance Chlore en 298 accueille des auxiliaires suèvesD'après la notitia dignitatum.. À l’occasion des réformes de l’empereur Dioclétien (285-305), la Normandie s'était pourtant déjà singularisée, du moins administrativement, en devenant la « Seconde Lyonnaise » et en se détachant de la Bretagne voisine. C’est aussi à cette époque que commence la christianisation de la province : les historiens savent qu'en 314, Rouen a déjà un évêqueLes Romains en difficulté sur Histoire-normandie.fr.. À partir de 406, les peuples germaniques et alano-hunniques déferlent sur l’Occident en brisant les dernières défenses du limes, malgré la résistance acharnée des auxiliaires francs et alamans de l'armée romaine. Des Saxons viennent s’installer sur les côtes normandes, dans la région de Bayeux que les textes qualifient d’Otlinga saxonia (première mention en 844) ou dOtlinga Hardouini, ainsi que sur les îles Anglo-Normandes. De nombreux Francs s'installèrent également dans le pays de Bray et une partie du pays de Caux parfois comme soldats romains d'abord, puis, à la suite de l'effondrement du « royaume romain » de Syagrius par la victoire de Clovis, comme soldats du nouveau pouvoir franc.

Moyen Âge vignette|Carte de l'Empire romain avec ses diocèses, en . Haut Moyen Âge vignette|Carte du royaume de Syagrius. gauche|vignette|Le Mont-Saint-Michel. Dès 486, la Gaule entre Somme et Loire passe sous le contrôle du chef franc Clovis. La colonisation de la Normandie par les Francs fut inégale: assez dense dans la partie est et quasiment nulle dans la partie ouest de l'actuelle Normandie. Elle se manifeste par les nécropoles à rangées d’Envermeu, Londinières, Hérouvillette et Douvrend, etc. Les toponymes en -hlar- ( « lande », ancien français larris « friche, lande » ) dans Meulers ou Flers, en avisna (« pâturage ») dans Avesnes-en-Bray ou Avesnes-en-Val, en -alach- (« temple » ) dans Bouafles ou Neaufles-Auvergny, en bure (« habitation ») dans Hambures ou Bures-en-Bray, en -baki (« ruisseau » ) dans Rebets ou Hambye, en -mark- (« limite, marche ») dans Marques, en -berg- (« élévation » ) dans Barc ou Barques, en -mer (« mare ») dans Blingemer ou Mortemer, en -eng dans Hodeng-Hodenger ou Nesle-Hodeng, en -court et les plus anciens en -ville datent de cette époque franque. La région devient une partie essentielle de la Neustrie à la mort de Clovis et Rouen reste une ville importante. De cette période date aussi le découpage administratif et militaire en comtés, le comte franc étant un haut fonctionnaire de l'État. Enfin, l’est de la région, à proximité de Paris, fut un lieu de résidence pour les rois et princesses mérovingiens.