vignette|upright=1.5|Les principales cités grecques en Sicile et Grande-Grèce

L'histoire de la Sicile grecque remonte à la fondation de la première colonie, celle de Naxos en 735 av. J.-C., fondée par les colons provenant de Chalcis menés par l'œciste ThuclèsJean Huré, Histoire de la Sicile, « Que sais-je ? », édition, PUF, 1975, . Dès cette date, la Sicile entre pleinement dans l'histoire de la mer Méditerranée grecque. Au cours des années suivantes, c'est une succession d'installation de colons qui donnera naissance à l'histoire de la Sicile, en en déterminant la langue, la culture et l'art.

Catane et Léontinoï sont fondées en 729 av. J.-C. par les colons de Chalcis et de Naxos, les uns menés par Evarchos, les autres par Thuclès, Megara Hyblaea naît en 728 av. J.-C. grâce au Mégarien Lamis en même temps que les Chalcidiens et Cuméens conduits par Perièrès et Crataiménès fondent Zancle, Syracuse en 734 av. J.-C. par les corinthiens guidés par Archias, Géla en 688 av. J.-C. par Antiphémos et Entimos et des Rhodiens et des Crétois.

Toute la côte orientale est ainsi colonisée par les Grecs, colonies qui elles-mêmes créeront d'autres colonies. Après Naxos, c'est l'exemple de Syracuse, la plus importante ville grecque de l'île qui fondera les colonies de Akrai (663 av. J.-C.), Casmènes (Années 640 av. J.-C.) et Camarina (-598 sous la conduite de Dascon et Ménécolos), de Zancle qui envoie Eucleides, Simos et Sacon créer Himère en -648, de Mégara Hyblaea dont Pammylos fonde Sélinonte (-650), les Gélois Aristonoos et Pystilos Agrigente (Akragas) en 580 av. J.-C.

Contacts pré-coloniaux Des contacts entre les Grecs et les populations autochtones de Sicile sont attestés avant l'installation des premières colonies sur l'île durant la seconde moitié du : des relations entre les Sicanes et des marchands grecs (d'abord des crétois et des eubéens, puis des chypriotes) sont attestées du au sur le site du Monte Dessueri, dans le sud de l'île, près de la future colonie de Gela, fondée en -689. Toutefois, ces contacts demeurent modestes. Ils cessent quasiment au début du , le monde grec traversant une période troublée à cette époque. Ils reprennent de plus belle au siècle suivant, notamment avec le commerce eubéen. C'est au que les marchands grecs commencent à intensifier leur commerce maritime avec l'Italie, notamment la Sicile.

Les motivations de la colonisation

Selon l'historien grec Thucydide, les premières fondations de colonies sont l'œuvre d'« Oikiste », des aristocrates exclus des villes après les luttes intestines survenues au retour de la guerre de Troie. Le choix des premiers sites met en évidence une stratégie commerciale: Naxos, Messine, Reggio de Calabre, Catane et Syracuse sont tous des ports qui se trouvent le long des routes commerciales les plus importantes de l'époque et ils assurent une fonction de comptoirs et de contrôle.

Il est attesté que le détroit de Messine était une route commerciale, non seulement par le fait que les plus antiques colonies grecques en Sicile se situent toutes le long de la côte orientale de l'île, mais aussi du fait que celles-ci furent précédées dans la Grande-Grèce par la première colonie, la plus ancienne, celle de Cumes (environ -750), sur la côte tyrrhénienne de la Campanie.

vignette|Les fondations (première et secondaire) grecques des cités de Sicile & dates de fondations

Cumes avait été précédée, quelques décennies auparavant, par l'« Emporion » de Pithécusses (Lacco Ameno, Ischia). À Ischia (Casamicciola - Castiglione) ont été retrouvés des fragments de céramiques mycéniennes (environ 1425-1300 av. J.-C.) ce qui constitue un témoignage d'une présence au cours de cette période.

Dans l'île voisine de Procida, à Vivara, des traces de l'âge du bronze ont été retrouvées caractérisées par de la céramique réalisée localement associée à des fragments de céramique mycénienne remontant à l'Helladique Récent I (environ 1580-1400 av. J.-C.) et des scories en fer qui se sont révélés, après analyses, provenant de l'île d'Elbe. Tout ceci témoigne que cette route maritime existait déjà dès la fin de l'époque mycénienne et était due à la nécessité des Grecs de s'approvisionner en métaux, en particulier le fer qu'ils allaient se procurer chez les seigneurs du fer (les Etrusques) en Toscane.

Pour autant, plus que la motivation commerciale, les historiens privilégient aujourd'hui la raison, non exclusive, démographique. Alors que la population des cités grecques s'accroit au risque de compromettre leur équilibre politique, la nécessité de trouver de nouvelles terres à cultiver pour des hommes ne pouvant devenir propriétaires en Grèce (cadets, bâtards, citoyens non aristocratiques…) se faire pressante. La faiblesse temporaire de la marine phénicienne et les progrès grecs dans ce domaine permettent aux cités d'explorer des contrées encore légendaires et méconnuesJean Huré, Histoire de la Sicile, « Que sais-je ? », édition, PUF, 1975, .

Ainsi, les premiers colons sont des agriculteurs, qui choisissent des implantations côtières mais surtout près des plaines cultivables.

Les villes grecques d'où les colons provenaient, les metropolis ont généralement donné l'origine du nom des nouvelles villes ainsi fondées, les polis. Celles-ci, une fois consolidées, créaient des sous-colonies à but militaire ou commercial. Akre et Casmènes furent en effet les probables avant-postes militaires de Syracuse.

Les rapports et les relations avec les peuples autochtones Les rapports avec les populations non grecques, Sicanes, Sicules, et Élymes et tout particulièrement avec les Carthaginois, furent souvent très conflictuels, mais parfois, surtout initialement, marqués par l'évolution des stratégies.

En règle générale, seul le chef de l'expédition amenait sa femme avec lui ; tous les autres membres négociaient avec les autochtones ou recouraient au rapt des femmes. C'est en grande partie ceci qui déterminait des rapports conflictuels ou amicaux. vignette|Reconstitution de l'entrée du cothon de Motyé. Du point de vue commercial, la stratégie consistait à installer dans les villes siciliennes un noyau de Grecs qui s'occupait des acquisitions et des transactions commerciales. C'est ce qui doit s'être passé aussi, d'une certaine manière, avec les cités phéniciennes. Ainsi leur capitale, Motyé demeura sans défense pendant près de deux siècles : ses murailles ne furent construites qu'au et couvrirent en partie la nécropole archaïque dont les tombes contenaient des fragments de céramique grecque du Tout ceci porte à croire que les rapports entre Phéniciens et Grecs étaient initialement pacifiques, et axés principalement sur le commerce. Il est très probable qu'une communauté de Grecs ait vécu de manière stable dans la ville elle-même, comme il est attesté par les historiens antiques qui, parlant de la destruction de Motyé par Denys de Syracuse, nous disent que le tyran, avant de se retirer de l'île dévastée et mise à sac, ne manqua pas d'exécuter les citoyens grecs de Motyé qui s'étaient rangés aux côtés des Phéniciens plutôt qu'avec leurs compatriotes, durant le siège.

À Grammichele et à Morgantina, aussi, il semble y avoir eu une communauté grecque originaire de Chalcis au cours du

Aux alentours de l'an 500 av. J.-C., il semble que la région sicule ait été hellénisée jusqu'à Enna.

Les Sicules se retrouvèrent rapidement dans une situation d'esclavage semblable à celle des Ilotes à Sparte : ils étaient liés à leur territoire sans toutefois avoir aucune possession, cultivant la terre au profit de la nouvelle aristocratie terrienne, tels les gamores de SyracuseHuré, op. cit., p. 21.. Selon Hérodote, on les désignait du terme de « killichirioi ».

La pression des nouvelles populations grecques a déterminé le déplacement des populations préexistantes (les Sicules et les Sicanes) toujours plus à l'intérieur des terres ; contraintes à abandonner la côte, elles devinrent souvent un problème pour les nouvelles colonies. En effet, des affrontements survinrent fréquemment pour le contrôle des territoires, et devinrent par la suite des révoltes populaires.

La période des premiers tyrans

vignette|Télamon de l'Olympeion Le fut pour la Sicile une période de prospérité et de croissance démographique, accompagnées de conflits sociaux dans les villes et entre les populations locales et les Grecs. Certains individus en profitèrent et prirent le pouvoir en promouvant des politiques expansionnistes avec des méthodes despotiques et brutales. En -570, Phalaris devint tyran d'Akragas; en -505, Marcus Aurelius Cléandre le devint à Gela ; il fut suivi par son frère Hippocrate. Ce dernier, lorsque son pouvoir fut affirmé, s'embarqua dans une campagne de conquête de la Sicile orientale : il annexa Zancle, Naxos et Leontines et leur imposa d'autres tyrans qui lui étaient fidèles. Sa tentative de conquête de Syracuse ne réussit pas, mais grâce à un traité en 492 av. J.-C., il eut Camarina ; il lança ensuite une campagne contre les Sicules dans laquelle il trouva la mort.

vignette|Temple de la Victoire, à Himère

Il fut suivi par Gélon en 491 av. J.-C., lequel s'installa à Syracuse après l'avoir conquise en 485 av. J.-C. ; il en fut le puissant tyran, laissant son frère Hiéron à la tête de Gela. L'arrivée au pouvoir de Gélon à Syracuse détermina un renforcement de la présence grecque en Sicile. Celui-ci en effet conduisit une série de batailles visant à éloigner les pressions croissantes des Sicules et des Sicanes. En outre, il transforma Syracuse en une ville puissante, dotée d'une marine et d'une armée aguerries, en la repeuplant avec la population de Gela et en incorporant une partie des habitants de Megara Hyblaea vaincus. En seulement dix ans, Gélon devint l'homme le plus riche et le plus puissant du monde grec et grâce à son alliance avec Téron il eut le contrôle de la majeure partie de la Sicile grecque, excepté Sélinonte et Messine qui étaient sous le contrôle de Anaxilas de Reggio Calabria. Quand Terrillo d'Himère et Anaxilas demandèrent l'aide de Carthage, elle ne se fit pas prier et intervint. Gélon rassembla toutes les forces grecques de la Sicile : l'affrontement décisif eut lieu à Himère (Himera), au cours d'une fameuse bataille, en 480 av. J.-C. où Gélon grâce à son alliance avec Téron à Agrigente réussit à remporter une victoire historique : Hamilcar fut tué, ses navires brûlés et les Carthaginois vendus comme esclaves. En outre, Carthage eut de lourdes indemnisations à payer et - écrit Hérodote - dans le traité, Gélon ajouta qu'ils devraient renoncer aux sacrifices humains, particulièrement l'immolation des fils aînés.

En 476 av. J.-C., à la mort de Gélon, son frère Hiéron lui succéda; dans la même année, Catane et Naxos vaincues, il en déporta les habitants à Lentini et refonda Catane avec le nom d'Etna, et la confia à son fils en la repeuplant avec des colons du Péloponnèse. En 474 av. J.-C. en réponse à un appel à l'aide de la ville grecque de Cumes, ou peut-être pour s'opposer aux idées expansionnistes des Étrusques, il arma une puissante flotte et les vainquit au cours de la bataille de Cumes en Campanie.

La période démocratique (466-405 av. J.-C.) Les récits de Diodore de Sicile présentent un tableau noir des derniers tyrans : autant Thrasybule qui succéda à Hiéron à Syracuse, que Thrasydée à Akragas furent définis comme « violents et criminels ». Ce fut leur despotique cruauté qui poussa aux révoltes et qui mit un terme à la première période de tyrannie en Sicile. Selon Aristote toutefois, ce furent surtout les luttes intestines des familles qui déterminèrent la chute des tyrans.

Le premier à être renversé fut Thrasydée d'Akragas, qui, après une lourde défaite contre Hiéron à Syracuse, fut chassé et remplacé par un gouvernement démocratique.

Ce fut ensuite le tour de Thrasybule, défait par une coalition d'insurgés syracusains et de troupes sicules d'Akragas, Gela, Sélinonte et Himère.