Les conventions d'éducation prioritaire sont une politique de discrimination positive menée par l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po) pour recruter une partie de ses élèves de premier cycle. Fondée sur la signature de conventions entre Sciences Po et plus d'une centaine de lycées français relevant de l'éducation prioritaire, cette politique prévoit que les élèves de ces lycées bénéficient d'une voie d'accès spécifique à Sciences Po.
Mises en place par Richard Descoings au début des années 2000, ces conventions ont nourri une controverse politique sur les mesures de discrimination positive et l'égalité des chances. Elles ont permis l'admission de plus de 2 400 élèves entre 2001 et 2023.
Histoire
Genèse et création (2000) En 1996, Richard Descoings est élu directeur de l'Institut d'études politiques de Paris. Il souhaite mettre en place une politique de discrimination positive afin de permettre à des publics socialement défavorisés d'accéder à Sciences Po. La part des élèves boursiers recrutés à Sciences Po par l'examen d'entrée était alors de 3 %, soit bien moins qu'à l'université. Vincent Tiberj rapporte que Descoings négocie avec la section sciencepiste de l'Unef et obtient d'elle qu'elle ne s'oppose pas à la politique d'augmentation des frais de scolarité que Descoings souhaite mettre en œuvre, dès lors que ce dernier crée une voie d'admission fondée sur un principe de discrimination positive. Cyril Delhay est chargé de coordonner la mise en place du projet. Il est rejoint par Madni Cheurfa. Ils rendent visites à plusieurs lycées.
L'annonce de la mise en place du programme provoque des débats au sein de l'école : SUD Étudiant soutient le projet, la branche locale de l'Unef l'accepte ; en revanche, l'Union nationale inter-universitaire s'y oppose, considérant qu'il s'agissait d'une rupture de l'égalité au concours. Une association étudiante, appelée La Carmagnole, est créée au sein de l'établissement pour s'opposer au projet.
Sept lycées signent en premier lieu, puis plus d'une cinquantaine, avant d'atteindre la centaine. Des entreprises privées, comme L'Oréal et Deloitte, soutiennent le programme en finançant des actions de préparation au concours par la voie CEP.
Afin d'assurer la pérennité du projet et son caractère inattaquable d'un point de vue juridique, le Parlement vote la loi du portant diverses dispositions d'ordre social, éducatif et culturel, dont l'article 14 assure à Sciences Po la capacité de modifier les modalités de sélection des candidats. Le Conseil constitutionnel confirme la constitutionnalité du programme.
Développement (2001-2020) Les premiers élèves recrutés selon cette procédure commencent leur scolarité à l'école en 2001, et sont alors dix-sept ou dix-huit. Alors que le taux d'admission à Sciences Po est de 11,5 % pour les élèves issus du concours, il est de 19,5 % pour ceux issus de la voie CEP ; il existe par ailleurs un différentiel de moyenne au baccalauréat. La scolarité de ces élèves est documentée par Virginie Linhart dans un documentaire appelé Court-circuit à Sciences Po. Le programme permet l'augmentation de la proportion de boursiers à l'IEP et ainsi un accroissement de sa diversité sociale. Du fait de résultats plus faibles de certains élèves issus de la voie aux examens de première année, Descoings demande à ce que leurs notes soient relevées par les enseignants.
En 2011, Vincent Tiberj évalue le dispositif en estimant que . Les élèves admis par la voie CEP représentent cette année-là 10 % des élèves de première année.
Le programme CEP est imité par l'Institut d'études politiques de Bordeaux. Le programme y porte le nom Je le veux parce que je le peux (JPPJV). Il est mis en place dans la région en 2004. Entre 2006 et 2013, 103 bacheliers ont été admis à l'IEP bordelais à ce titre. D'autres Institut d'études politiques, refusant la mise en place d'une voie spécifique, mettent en œuvre une politique de .
En 2017, le nombre d'admis par la voie CEP depuis 2001 s'est élevé à plus de 1 700.
Poursuite (2021-...) Mathias Vicherat poursuit et amplifie la politique d'ouverture sociale de l'école en augmentant le nombre de lycées conventionnés, cherchant à cibler également des lycées péri-urbains. En 2022, la proportion d'élèves issus de la procédure CEP en première année est de 15 %. En 2023, le nombre d'admis par la voie CEP depuis 2011 s'élève à 2 400.
Description Le programme Convention éducation prioritaire permet à tout lycée d'être éligible au projet, à condition de remplir trois critères : L'établissement doit être classé en ZEP, en Réseau d'Éducation Prioritaire (REP), en zone sensible ou en zone de prévention de la violence. Le lycée doit comprendre une part d'élèves de professions catégories socio-professionnelles « défavorisées » supérieure de 70 % au moins à la moyenne nationale (soit environ 43 % des élèves scolarisés au sein de l'établissement). Selon les données établies par le Ministère de l'éducation, sont compris dans cette catégorie les enfants d'ouvriers qualifiés ou non, ouvriers agricoles, retraités employés ou ouvriers, chômeurs, sans emploi. Le lycée doit compter une part d'élèves issus de collèges classés ZEP, REP, en zone sensible ou zone de prévention de la violence supérieure à 60 %. Les élèves candidats doivent passer deux épreuves qui leur sont propres. La première est un exercice de , sur un sujet qu'ils ont préalablement choisi, et la deuxième est une épreuve orale. Le taux d'admission de la voie CEP est de 25 % en 2023.
Débats et critiques
Positions critiques Jacques Attali s'est opposé à la mise en place des conventions éducation prioritaire de l'Institut d'études politiques de Paris, considérant qu'il . Alain Finkielkraut s'est également montré très critique. Dans Portraits d'une France à deux vitesses (2020), un des auteurs se montre critique envers le programme, considérant qu'il s'agit d'un permettant de passer sous silence les difficultés académiques des élèves sélectionnés, à l'instar de ce qu'ils considèrent comme étant la baisse du niveau du baccalauréat.
Positions favorables Ségolène Royal et Jack Lang se sont montrés très favorables au projet, la première considérant que . Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos témoignent aussi de leur soutien. Guy Coq fait de la généralisation du programme une de ses Dix propositions pour une école juste (2017). Colette Zytnicki, Anny-Bloch Raymond et Jean-François Berdah écrivent dans D'une frontière à l'autre (2020) que le programme a permis de donner confiance en eux à des élèves défavorisés qui n'auraient pas candidaté si la procédure n'avait pas été en place. Emmanuelle Wargon juge aussi favorablement le programme dans son livre Bienvenue en politique.
Critiques portant sur l'effectivité de la mesure Dominique Borne et Pierre Albertini écrivent dans L’École en France, du XIXe siècle à nos jours (2006) que l'. Pierre Mathiot soutient que si le constat fait par Richard Descoings d'un déficit d'égalité et chances est juste, le dispositif demeure discriminant car elle crée une voix d'accès différente et préférentielle, et que seul un nombre restreint de lycées, et non tous, est éligible.
Dans Une grande école : pourquoi pas moi ? Le droit au mérite, Fabrice Hervieu-Wane, Chantal Dardelet, et Thierry Sibieude estiment que le programme , mais, selon eux, il : le fait qu'il n'ait pas été adapté par d'autres grandes écoles ; qu'il ; enfin, qu'il .
Mathieu Dejean, dans son livre Sciences Po, l'école de la domination, se montre critique et écrit que .
En 2017, Libération révèle que 40 % des élèves admis par le programme CEP étaient issus des catégories socio-professionnelles les plus favorisées (CSP +).
Notes et références
Voir aussi
Histoire de Sciences Po Paris Richard Descoings Discrimination positive
Bibliographie
Liens externes La convention d'éducation prioritaire sur le site de Sciences Po.
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