Les Cadiens, ou Cajuns ( ), forment un groupe ethnique en Louisiane dont les ancêtres sont les Acadiens, descendants de colons français qui ont été déportés soit durant la seconde moitié du en provenance de l'Acadie, soit au de la Nouvelle-Écosse, de l'Île-du-Prince-Édouard et du Nouveau-Brunswick au Canada.

L'Acadiane ou pays cadien, en Louisiane, est d'ailleurs un territoire officiellement reconnu qui abrite la grande majorité des Cadiens.

La déportation des Acadiens est une période historique marquante de l'histoire acadienne. Elle fait elle-même partie d'une période plus longue de l'histoire de l'Acadie appelée Grand Dérangement.

Étymologie est l'orthographe utilisée dans le monde anglophone. et reprise à tort par la plupart des francophones hors de Louisiane. car c'est en fait une déformation péjorative d'. Les Louisianais préfèrent d'ailleurs l’orthographe , quoique la prononciation locale s’apparente parfois à ce qu’on épellerait . Le mot est dérivé étymologiquement d’.

Théoriquement les Cadiens sont des créoles au sens strict du terme, à savoir toute personne d'ascendance européenne née dans les colonies, mais beaucoup de Louisianais font maintenant une distinction entre ces deux étiquettes. En effet les Créoles en Louisiane renvoient plus spécifiquement aux colons réfugiés de Saint-Domingue au , à la suite des révoltes d'esclaves, tandis que les Cadiens sont les descendants des exilés d'Acadie, au niveau de vie plus modeste.

Histoire

thumb|upright=.8|Région de l'Acadiane : Pourcentage de la population qui parle français en 2015 :

Origines

Les Cadiens n'étaient pas les premiers francophones à s'installer en Louisiane : la Louisiane était une colonie française, établie en 1684 et peuplée dès la fin du par des immigrants venant du Poitou (Bas-Poitou, la future Vendée), de l'Aunis (cap. La Rochelle), la Saintonge (cap. Saintes), l'Angoumois (cap. Angoulême), de Normandie, de Bretagne, des environs de Paris et même du Québec.

Les réfugiés en provenance d'Acadie (les Cadiens) sont venus s'ajouter à cette population déjà en place.

Vinrent également un bon nombre d'immigrants de Saint-Domingue pendant la révolte des esclaves qui mena à la création de l'État d'Haïti. D'autres groupes (colons espagnols, immigrants allemands et italiens) s'assimilèrent graduellement au groupe culturel des Cadiens.

Un premier groupe d'Acadiens dirigés par Joseph Brossard dit Beausoleil quitte Halifax en à destination de Saint-Domingue dans l'espoir d'y retrouver des Acadiens en vie et de remonter vers le Québec via le fleuve Mississippi. Aucun Acadien n'ayant survécu dans l'île, le groupe de décide de s'établir en à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane, alors colonie espagnole mais toujours sous le contrôle du gouverneur français Charles Philippe Aubry. Ce dernier fournit à chaque famille des semences, des outils, un fusil et une parcelle sur la prairie des Attakapas, à l'Ouest de La Nouvelle-Orléans. D'autres Acadiens s'établissent la même année dont quelques-uns sur la Côte acadienne, à Cabannocé, sur la rive droite du Mississippi, au nord de la capitale. Les Acadiens établissent rapidement des fermes prospères.

Vers 1767, un réseau destiné à faire venir d'autres exilés en Louisiane est mis sur pied mais le gouverneur Antonio de Ulloa les force à s'installer plus au nord afin de défendre le territoire contre les incursions anglaises. Cela incite les Acadiens à participer à la rébellion de La Nouvelle-Orléans, à la suite de quoi le gouverneur est chassé de la colonie le .

Des acadiens exilés en France, en situation difficile, apprennent le succès de l'établissement en Louisiane, notamment par Henri Peyroux de La Coudrenière qui, après une visite en 1764, en fait la promotion avec l'aide du cordonnier Oliver Terrio. Ils acceptent un projet d'émigration et c'est en 1785 que d'entre eux prennent la direction de la Louisiane à bord de sept navires ; ils s'établissent principalement au bord du bayou Lafourche.

Premières décennies La première génération de Cadiens aspire peu à l'aisance matérielle, se contentant d'assurer le confort de leur famille. Des gens de la deuxième génération acquièrent toutefois des esclaves, souhaitant obtenir la richesse et le prestige des planteurs esclavagistes. Ce changement de mentalité nuit à la cohésion de la société. D'ailleurs, au début des années 1860, les planteurs représentent 15 % de la population cadienne mais possèdent 80 % de la richesse, constituée principalement de plantations de coton et de canne à sucre. Les planteurs s'identifient de plus en plus comme des Créoles, le gentilé Cadiens étant désormais considéré comme honteux.

Guerre de Sécession

Les planteurs soutiennent la cause sécessionniste et les paysans s'y opposent mais tous soutiennent la carrière politique d'Alexandre Mouton, un planteur qui a toutefois accordé le droit de vote à tous les hommes libres et a été gouverneur de l'État de 1842 à 1846. Ce dernier préside la Convention sécessionniste de Baton Rouge, le , lors de laquelle la Louisiane est déclarée indépendante de l'Union par contre 17.

Le général Jean-Jacques Alfred Mouton, fils d'Alexandre Mouton, tente de recruter les Cadiens en 1861 mais ceux-ci restent indifférents à la cause confédérée. Ils deviennent de plus en plus hostiles, notamment à la suite de l'adoption de la loi sur la conscription. Les Cadiens souhaitant échapper aux escadrons de la conscription confédérée trouvent refuge dans les territoires contrôlés par les Jayhawkers, des brigands, qui les menacent aussi lors de leurs incursions à la recherche de nourriture. La Nouvelle-Orléans capitule en et Opelousas, en Acadiane, devient la nouvelle capitale. Les forces du général unioniste Nathaniel Prentice Banks prennent possession de l'Acadiane en . Le bétail est fréquemment confisqué et même les clôtures sont démolies. Lors de la bataille de la prairie Carencro, le , la d'infanterie de Louisiane, sous les ordres d'Alfred Mouton, est placée à l'avant des troupes confédérées. Le général est tué et plus du tiers des soldats cadiens perdent la vie.

Après-guerre La guerre a détruit les fermes et les infrastructures alors que les cours d'eau sont jonchés d'épaves, rendant la navigation impossible. L'ordre social s'est aussi effondré et une crise économique frappe l'Acadiane dès 1865. Après la guerre, les vétérans, les déserteurs et les Jayhawkers retournent chez eux. L'esclavage est aboli mais les milliers d'esclaves sont réduits à l'errance. Tous ces gens dans le besoin imposent un fardeau important dans le contexte économique difficile.

La situation économique difficile accélère l'assimilation des Cadiens. Leur culture et leur langue sont devenues l'objet de dérision alors que la société anglo-américaine est devenue le symbole de la réussite sociale ; les Cadiens pouvant se permettre d'envoyer leurs enfants à l'université choisissent les établissements anglophones. Il n'existe de toute manière que peu d'institutions à l'époque et la plupart des organisations sont informelles. Toutefois, la préservation de traditions et d'événements communautaires comme les boucheries, les coups de main, les bals de maison et les veillées contribue à l'entraide et à la solidarité tout en préservant l'identité cadienne. Les Cadiens continuent de se contenter de peu de biens matériels, même jusqu'au milieu du , par opposition à la prospérité de la société américaine, ce qui contribue à l'idée que les Cadiens sont paresseux.

La Constitution de 1921, qui interdit l'enseignement du français dans les écoles publiques de Louisiane, contribue au déclin de la langue.

La culture et la langue connaissent cependant un regain d'intérêt au début du avec des associations et des fondations comme La Fondation Louisiane ou Nous Fondation, la promotion de l'enseignement du français via le programme CODOFIL et la visite de l'ambassadeur de France et du Consul général de France en Louisiane en 2023.

Malgré leur localisation aux États-Unis, le Dictionnaire des peuples classe les Acadiens dans les peuples non-occidentaux, de par leur quasi-disparition durant le Grand Dérangement et leur long isolement.

Milieu

Les Cadiens forment une population plus large que les descendants des Acadiens, car ils ont « cadianisé » plusieurs peuples dont des Amérindiens, des Noirs et des immigrants d'autres origines, notamment les Allemands de Louisiane. Ils sont en fait distincts des autres francophones de Louisiane. Quant au terme « créole », il désigne généralement au ou bien les descendants d'Africains établis en Louisiane sous le régime français, ou bien l'aristocratie de La Nouvelle-Orléans.

L'Acadiane est principalement constituée de prairies parsemées de platins pouvant supporter la croissance de boisés ; il y a aussi une lisière de forêt au bord des cours d'eau. Outre le fleuve Mississippi, les rivières et les bayous, le milieu compte aussi des coulées, autrement dit de petits cours d'eau. Le paysage le plus typique de la Louisiane, d'une grande importance dans la culture des Cadiens, est la mèche, autrement dit la plaine côtière.

Les Cadiens se sont établis en Louisiane selon deux organisations de base, soit les rangs le long des cours d'eau et les hameaux sur la prairie. À l'origine, les habitations dans la prairie se concentrent dans des anses et beaucoup sont autosuffisantes. Les pirogues, les bateaux plats et les voiliers constituent les principaux moyens de transports mais des chemins sont aménagés sur les digues, ou levées.

Économie L'élevage a toujours été un élément important de la culture et de l'économie des Cadiens, facilité par la présence naturelle de prairies, convenant à l'implantation de vacheries, autrement dit de ranchs. Ils fournissent la ville de la Nouvelle-Orléans en bœufs, un trajet qui prenait à l'origine deux semaines. L'élevage est toujours marqué par les rassemblements, le marquage à chaud et la conduite.

La culture du riz se développe à la suite de la Guerre de Sécession et devient rapidement un moteur économique important. La couche de terre glaise située à un mètre de profondeur favorise cette culture, qui est tout d'abord faite selon la méthode de providence, qui consiste à construire des digues retenant l'eau de pluie dans les clos. Maurice Brien est le premier à utiliser une machine pour faire la récolte, en 1884, augmentant considérablement la production de riz. Du même coup, de nombreuses personnes s'établissent au Sud-Ouest de la Louisiane, dont la population passe de en 1880 à en 1900, soit 90% d'augmentation. En 1894, un système de canaux est creusé près de Jennings, permettant l'inondation des clos grâce à l'usage de pompes.

La pêche à la chevrette (crevette) est l'activité économique principale dans les bayous Lafourche et Terrebonne mais cette pêche est aussi pratiquée tout le long de la côte. Les chevrettiers sont amarrés le long des bayous mais se rendent dans le golfe du Mexique durant la saison de la pêche.

Culture Architecture et mobilier