Gaston, Paul, Marie About, né le à Bruyères et mort le à Bailleul, est un grand mutilé de guerre, militant du monde combattant, homme politique et administrateur hospitalier français.

Employé des chemins de fer de l'Est, il renonce en 1914 à l'affectation spéciale qui le maintient à son poste pour s'engager dans l'artillerie. Grièvement blessé en Macédoine en 1916 alors qu'il sert à l'armée d'Orient, il est amputé du bras gauche. Fondateur en 1917 de la fédération départementale des mutilés de la Haute-Saône, qu'il préside une quinzaine d'années, il est présenté à sa mort comme l'un des proches d'André Maginot. Député de ce département de 1919 à 1932, il consacre l'essentiel de son activité parlementaire aux pensions des victimes de guerre. Il dirige ensuite, de 1934 à sa mort, l'hôpital psychiatrique de Bailleul, où sa décision de faire descendre les malades dans les sous-sols plusieurs jours avant les bombardements de mai 1940 est créditée du très faible bilan humain de l'attaque, qui détruit pourtant partiellement cinq pavillons.

Biographie

Origines et formation Gaston Paul Marie About naît le à Bruyères, dans les Vosges, fils de Nicolas Émile About et de Marie Clémence Grémillet. Il est incorporé au d'artillerie à pied le et nommé brigadier le , avant d'être renvoyé dans ses foyers en novembre 1913Archives départementales des Vosges, registres matricules du bureau de recrutement d'Épinal, classe 1910, matricule 197..

Le , il entre à la Compagnie des chemins de fer de l'Est comme aide-monteur, candidat employé, au service central de l'ingénieur en chef du Matériel et de la TractionCertificat de la Compagnie des chemins de fer de l'Est, , copie conforme versée au dossier de Légion d'honneur, base Léonore, cote .. Le , il est déclaré « affecté spécial » à ce titre, statut qui le maintient à son emploi civil en cas de mobilisation.

Première Guerre mondiale vignette|Gaston About, grand mutilé de la guerre 1914-1918.

Engagement volontaire En septembre 1914, About renonce à son affectation spéciale et contracte un engagement pour la durée de la guerre le ; il rejoint le d'artillerie à pied le 25 septembre. Affecté à l'instruction des recrues à Épinal, il demande à passer dans une unité désignée pour le front et obtient une permutation avec un brigadier venu des quartiers-maîtres de la marine, ce qui lui permet de partir avec la , première unité complète du régiment envoyée aux armées, sur le front de Champagne les 28 et Note manuscrite du chef d'escadron Romaire, ancien capitaine commandant la du d'artillerie à pied, Darney, , versée au dossier de Légion d'honneur, base Léonore, cote .. Ces deux gestes sont retenus en 1930 par l'autorité militaire comme motif de sa proposition dans l'ordre de la Légion d'honneurMémoire de proposition du centre de mobilisation d'artillerie , Bourges, , base Léonore, cote ..

Champagne Chef de pièce de tir, il sert des obusiers de courts. Blessé à la nuque le près de Suippes par l'éclatement d'un obus, il est cité à l'ordre du d'armée le pour avoir refusé les soins, « avant de s'évanouir », en disant : « je n'ai rien, occupez-vous des autres »Ordre général du d'armée, , copie certifiée conforme, base Léonore, cote .. Il est nommé maréchal des logis le .

Une seconde citation, à l'ordre de l'artillerie de la le , récompense l'énergie dont il a fait preuve le 7 juin pour assurer les liaisons téléphoniques dans des tranchées bouleversées par un bombardementOrdre du général commandant l'artillerie de la , , copie certifiée conforme, base Léonore, cote ..

Armée d'Orient et amputation vignette|Remise de la médaille militaire à Gaston About, maréchal des logis au d'artillerie lourde. Passé au d'artillerie lourde en décembre 1915, puis au d'artillerie lourde au début de 1916, il rejoint l'armée d'Orient et sert à la , de 155 courtsDécision du général Sarrail, commandant en chef des armées alliées en Orient, , , copie certifiée conforme, base Léonore, cote .. L'unité tient successivement le front du camp retranché de Salonique, puis les positions devant Doiran, avant de participer aux opérations qui précèdent la prise de Monastir.

Le , à Florina, un éclat d'obus lui emporte l'avant-bras gauche alors qu'il sert une pièce dont une partie des servants faisait défaut ; la blessure entraîne une désarticulation du coudeCertificat du centre de réforme de Paris, séance du , base Léonore, cote .. La citation qui lui vaut la médaille militaire rapporte les mots qu'il adresse à l'infirmier l'accompagnant au poste de secours : « Allez voir, il y en a d'autres qui doivent être touchés, ne vous inquiétez pas de moi ».

La médaille militaire lui est concédée à la date du par ordre du Grand Quartier général signé du général Joffre, avec attribution de la croix de guerre avec palmeOrdre du Grand Quartier général des armées françaises, , copie certifiée conforme, base Léonore, cote ..

Il reprend son service à la Compagnie de l'Est comme employé le et est rayé des contrôles de l'armée le . La commission de réforme de Paris lui reconnaît en 1929 une invalidité de 90 %, portée ensuite à 100 %, au titre de quatre infirmités : désarticulation du coude gauche avec moignon inappareillable, emphysème pulmonaire, séquelles commotionnelles de la blessure de 1915, ainsi que des reliquats de paludisme contracté en Macédoine, non pensionnésNotice de renseignements du ministère des Anciens combattants et pensionnés, concession du , base Léonore, cote .. L'affection pulmonaire est expressément écartée en 1936 comme ne résultant « ni d'une blessure de guerre ni d'une blessure en service commandé »Notice de renseignements, cabinet du directeur de la Liquidation, 1945, base Léonore, cote ..

Titulaire de la carte du combattant , délivrée à Vesoul le Carte du combattant , Office national du combattant, comité départemental de la Haute-Saône, , copie conforme versée au dossier de Légion d'honneur, base Léonore, cote ., il relève du statut de grand mutilé de guerre, réservé aux militaires titulaires de cette carte atteints, par suite d'une blessure de guerre, d'une infirmité nommément désignée telle que l'amputationRéponse du secrétariat d'État aux anciens combattants à la question écrite , Assemblée nationale, : « Le statut de grand mutilé prévu à l'article L. 36 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre est accordé aux militaires, titulaires de la carte du combattant, qui, par suite de blessures de guerre ou de blessures en service commandé, sont atteints soit d'une infirmité nommément désignée (amputation, cécité, etc.), soit d'infirmités répondant à des critères de gravité. ». Sa pension comporte à ce titre le supplément prévu à l'article 12 de la loi du 31 mars 1919, et les pièces administratives comme la presse le désignent constamment comme « grand mutilé »« Les bombardements de l'hôpital psychiatrique en mai 1940 (rapport d'un fonctionnaire de l'établissement) », presse locale de Bailleul, non daté [après 1945]..

Action en faveur des mutilés Le , moins de trois mois après sa reprise de service civil, About fonde la fédération départementale des mutilés, veuves, ascendants, orphelins et victimes de la guerre de la Haute-Saône, affiliée à la Fédération nationale Maginot. Il la préside pendant une quinzaine d'années« Obsèques de M. G. About », Le Comtois, , rubrique Haute-Saône.. Lors de ses obsèques, Marcel Hollinger, son successeur à la tête de la fédération et vice-président national, déclare que celle-ci « fut son œuvre ». Il rappelle surtout que « votre bon sens, votre jugement plein de droiture et surtout votre sagesse conciliante vous signalèrent à l'attention d'André Maginot, dont vous fûtes l'un des intimes ». Maginot, lui-même grand mutilé de guerre et ministre des Pensions, fut l'artisan de la loi du 31 mars 1919 sur le droit à réparation ; la fédération haut-saônoise fondée par About est affiliée à l'organisation qui porte aujourd'hui son nom.

Membre par la suite de la des médaillés militaires de Bailleul, il y est décrit en 1955 comme « un bon et dévoué camarade, l'ami de tous », qu'« une maladie consécutive à ses blessures » a enlevé prématurément« Médaillés Militaires », La Bailleuloise, ..

Carrière politique vignette|gauche|Affiche électorale d'une candidature de Gaston About. Élu député de la Haute-Saône le sur la liste de l'Union des républicains, à la majorité absolue des suffrages exprimés, il siège au groupe de l'Entente républicaine démocratique. Réélu en 1924 sur la liste d'Union nationale républicaine, puis en 1928 au premier tour dans la circonscription de Vesoul après le rétablissement du scrutin d'arrondissement, il rejoint le groupe de l'Union républicaine démocratique. Il est secrétaire de la Chambre des députés en 1923 et 1924. Battu au second tour en 1932 par le radical André Liautey, il se retire de la vie politique.

Au début des années 1920, il est cité parmi les petits « boîtiers » de la Chambre des députés, c'est-à-dire les parlementaires détenant les boîtes de bulletins de quelques collègues lors des scrutins publics.

Il est par ailleurs conseiller général du canton de Vitrey-sur-Mance de 1928 à 1934, succédant à Aster Baissey et précédant Marcel Rousselot.

vignette|Séance à la Chambre des députés, : de gauche à droite Félix Liouville et Gaston About. Photographie de presse de l'Agence Rol.

Travaux parlementaires Membre sans interruption des commissions des pensions et des travaux publics, About consacre l'essentiel de son activité aux victimes de guerre. Sous la , il est rapporteur de la proposition de loi du colonel Picot révisant les taux de majoration pour enfants accordés aux veuves de guerre pensionnées, et prend part aux débats sur les emplois réservés aux mutilés, veuves et orphelins de guerre, ainsi qu'à l'élaboration de la loi de 1924 réformant le régime des pensions civiles et militaires.

Le , il dépose une proposition de loi tendant à modifier le deuxième alinéa de l'article 30 de la loi du 31 mars 1919, afin d'aligner la pension du père veuf d'un « mort pour la France » sur celle de la mère veuve. Le texte, salué par l'Union nationale des combattants comme l'aboutissement de « réclamations répétées », est renvoyé à la commission des pensions civiles et militaires« Pensions d'ascendants — Une grave injustice », organe de l'Union nationale des combattants, , consultable sur Gallica..

Sous la , ses interventions au budget des pensions portent successivement sur les anciens combattants, les infirmes non pensionnés, les ascendants et les pères veufs (1929), les fonctionnaires anciens combattants (1930), les pensionnés pour infirmités multiples, les amputés de guerre et les anciens prisonniers de guerre (1931), puis l'office national des mutilés et les grands invalides (1932). Il intervient également, en 1931, dans le débat sur la péréquation des pensions des fonctionnaires, où il soutient le texte gouvernemental« Vie corporative », L'École émancipée, , ..

Directeur de l'hôpital psychiatrique de Bailleul vignette|Gaston About, directeur de l'hôpital psychiatrique public autonome de Bailleul de 1934 à 1954, commandeur de la Légion d'honneur. Le , Gaston About est nommé à la direction administrative de l'hôpital psychiatrique public autonome de Bailleul, dans le Nord, où il s'installe route d'YpresFormulaire de renseignements à l'appui d'une proposition dans l'ordre de la Légion d'honneur, gouverneur militaire de Dunkerque, , base Léonore, cote .Rapport de l'adjudant Thérage, brigade de gendarmerie de Bailleul, , base Léonore, cote .. L'établissement, ancien asile départemental d'aliénées transféré de Lille à Bailleul en 1863, détruit en 1918 et reconstruit jusqu'en 1936, accueille alors environ . Il en assure la direction jusqu'à sa mort ; l'établissement est aujourd'hui l'établissement public de santé mentale des Flandres.

Les bombardements de mai 1940