La guerre d'Afghanistan oppose de 2001 à 2021 les États-Unis, avec la contribution militaire de l'Alliance du Nord et d'autres nations occidentales (Royaume-Uni, France, Canada), au régime taliban. Cette guerre s'inscrit dans la « guerre contre le terrorisme » déclarée par l'administration Bush à la suite des attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington. Le but de l'invasion selon les États-Unis et leurs alliés était de capturer Oussama ben Laden, détruire l'organisation Al-Qaïda qui possédait des bases dans le pays avec la bénédiction des talibans, et renverser ces derniers.

La campagne initiale chassa les talibans du pouvoir, permettant l'instauration d'un gouvernement provisoire dirigé par Hamid Karzai à la suite des accords de Bonn de . Les talibans engagèrent alors une guérilla contre la Force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS) qui regroupe les forces armées sous commandement de l'OTAN , Council on Foreign Relations, juin 2008. Depuis 2006, les forces armées talibanes sont très actives. Le gouvernement afghan de Karzai, élu président en octobre 2004, n'a que peu de légitimité et ne contrôlait en 2006 que le secteur de Kaboul , agence de presse des Nations-Unies, 22 novembre 2006. En août 2008, il y avait étrangers en Afghanistan, pour la FIAS et pour l'Operation Enduring Freedom américaine ; en 2009 quelque étrangers, dont américains, sont déployés dans le pays. ; en 2012 ce sont environ étrangers dont américains qui y sont présents. ; en août 2013, étrangers y sont encore déployés dont américains ISAF Total Strength Effectif total de la FIAS ; enfin au , il reste de la Fias dont Américains ISAF Total Strength Effectif total de la FIAS ; ces chiffres n'incluent pas les nombreux employés des sociétés militaires privées ( de la firme britannique Saladin, ceux de Blackwater).

En janvier 2009, le think tank a estimé dans un rapport que les talibans étaient actifs dans environ 72 % du territoire afghan, conclusions contestées par le commandement de l'OTANHuffingtonpost : Taliban Support Increasing, Holds 72 % Of Afghanistan: Report. Le site National priorities estime à plus de de dollars le coût de la guerreDépenses supplémentaires portées au budget national, comme primes de guerre, munitions, reconstruction, sans tenir compte des futures pensions d'invalidité des soldats blessés (pour le cercle de réflexion CSIS, le chiffre s'élevait déjà à en Dominique Moïsi, « L'Afghanistan et le syndrome de la débâcle annoncée », Les Échos, 22 avril 2013.). En , le coût pour le département de la Défense américain est de de dollars si le budget 2018 est voté en l’état..

Cette guerre est particulièrement liée à l'insurrection islamiste au Pakistan et donc à la question de la lutte contre les groupes agissant depuis les régions tribales du Pakistan. Ce conflit est le plus long engagement de l'armée américaine, et le plus coûteux.

Le , l'OTAN met fin à son engagement en Afghanistan après treize ans de guerre et passe le relais à l'armée nationale afghaneFrédéric Bobin, « L’OTAN se retire, l’armée afghane livrée à elle-même », Le Monde, 27 décembre 2014.. Toutefois, la guerre se poursuit jusqu'en 2021, année où Joe Biden annonce le retrait des troupes américaines. Le , les dernières troupes américaines quittent l'Afghanistan. Les talibans reprennent alors le contrôle du pays. Au lendemain du départ des dernières troupes, Biden annonce le renoncement des États-Unis aux « déploiements militaires majeurs visant à refaire des nations ».

Dans les années qui ont suivi l'invasion de 2001, plus de 5,7 millions de réfugiés sont retournés en Afghanistan., mais au moment où les talibans sont revenus au pouvoir en 2021, 2,6 millions d'Afghans étaient toujours des réfugiés et 4 autres millions avaient été déplacés à l'intérieur du pays..

Renversement du régime taliban (2001)

Événements antérieurs

vignette|gauche|Territoires contrôlé par les parties en conflit en 1996. vignette|Un milicien de l'alliance du Nord le .

Après la première guerre d'Afghanistan et le retrait de l'Armée rouge en 1989, les moudjahiddin afghans parvinrent à renverser le régime communiste en 1992. Cependant, le partage du pouvoir entre les différents seigneurs de guerre victorieux s'avéra impossible dans la durée. Une violente guerre civile, causée par les différends entre ethnies luttant pour le contrôle des différentes provinces, éclata alors entre les diverses factions. À l'origine (fin 1994), les talibans s'inscrivent dans ce schéma. Cependant, soutenus par les services secrets pakistanais et issus de l'ethnie pachtoune majoritaire d'Afghanistan, ils s'imposent en moins de deux ans dans le sud du pays, dominé par les Pachtounes.

Face à ces progrès, les moudjahiddin non talibans renforcés de quelques autres groupes avaient créé une coalition connue sous le nom d'Alliance du Nord, laquelle ne contrôlait plus en 2001 que la partie nord du pays. À cette époque, le gouvernement taliban est le gouvernement de facto du pays bien que reconnu seulement par le Pakistan, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis et mis à l'index par l'ONU Comité créé par la résolution 1267 (1999). En , les talibans ont signé un accord sur la construction d'un gazoduc traversant leur pays avec le consortium menée par la compagnie américaine UnocalCe consortium regroupait au total Unocal, le saoudien Delta Oil Company, le russe Gazprom, le gouvernement du Turkménistan, le sud-coréen Hyundai Engineering and Construction les japonais Inpex et Itochu, le pakistanais Crescent Group mais la situation politique a fait que cette dernière abandonne le projet le , au lendemain de l'opération Infinite Reach de représailles après les attentats des ambassades américaines en Afrique.. Le président d'Afghanistan mis en place par les Américains, Hamid Karzai, aurait été, à l'époque, consultant pour cette compagnie..

De son côté, l'Alliance du Nord, qui comprend le gouvernement officiellement reconnu par l'ONU, éprouve de grandes difficultés. Militairement, ses forces sont inférieures et elle est divisée entre différentes ethnies, Ouzbeks et Tadjiks notamment. Les liens entre alliés sont donc relativement faibles. Le , le chef de l'Alliance, Ahmad Shah Massoud, est assassiné vraisemblablement par des agents d'Al-Qaïda lors d'un attentat-suicide, affaiblissant encore plus l'Alliance.

La situation change avec les attentats du 11 septembre 2001. En effet, dès le , les États-Unis et le Royaume-Uni désignent ouvertement Oussama Ben Laden comme responsable. Ils préviennent les talibans que leur soutien à Oussama Ben Laden aura des « conséquences » et demandent son extradition. De nombreux pays, alliés des États-Unis, ayant les mêmes intérêts ou craignant de s'attirer une hostilité américaine durable voire de se trouver mêlés aux attentats du , promettent aussitôt leur soutien ou leur concours. Les plus notables, qui arrivent dès le , sont le PakistanTHE UNITED STATES AND THE GLOBAL COALITION AGAINST TERRORISM, SEPTEMBER 2001-DECEMBER 2003, Site officiel du département d'État américain dont le président annonce un « soutien illimité à la lutte contre le terrorisme », l'OTAN, le Conseil de Sécurité de l'ONU et les ministres des finances du G7. Des discussions américaines ont également lieu avec la Russie et la Chine le . Le même jour, le conseil OTAN-Russie déclare son intention de lutter contre le terrorisme. Le Premier Ministre australien déclare le que les accords défensifs de l'ANZUS peuvent s'appliquer tandis que les membres de l'OTAN se déclarent solidaires des États-Unis. Le , c'est le tour de l'OEA de déclarer les accords de défense de cette organisation applicables. Ainsi, en quelques jours, les États-Unis sont assurés d'un large soutien international leur laissant la possibilité de riposter.

Cependant, le soutien le plus important se traduit le par la demande du Conseil de sécurité des Nations unies envers les talibans d'appliquer la résolution 1 333 et l'extradition d'Oussama Ben Laden devant les autorités compétentes.

Le même jour, les talibans repoussent les premières demandes d'extradition et appellent à la réunion d'une assemblée de religieux musulmans pour décider du sort d'Oussama Ben Laden. Le 20, ce conseil demande au chef d'Al-Qaïda de quitter l'Afghanistan. En revanche, les talibans annoncent qu'ils répliqueront à toute attaque des États-Unis. Enfin, le , l'ambassadeur taliban au Pakistan déclare que son pays ne livrera pas Ben Laden sans que lui soient fournies des preuves de son implication dans les attentats.

Dans le même temps, l'armée américaine commence des missions de reconnaissance en Afghanistan. Un drone est ainsi perdu (peut-être abattu) le . Le même jour, les combats reprennent entre l'Alliance du Nord et les forces talibanes. Les premiers obtiennent deux jours plus tard l'assurance d'un soutien accru de la Russie. Les Américains revendiquent toutefois le contrôle des opérations, refusant à l'ONU le droit de les surveiller, tandis qu'ils empêchant les soldats américains d'être déférés devant la Cour pénale internationale.

Les menaces américaines et britanniques contre les talibans se font alors plus pressantes début octobre alors que les premières unités militaires gagnent la région (discours de George Bush ou de Tony Blair le ). De plus, les Anglo-américains préparent un éventuel nouveau régime en entamant des discussions avec l'ancien, et âgé, roi d'Afghanistan Mohammed Zaher Chah. Le 5, le gouvernement pakistanais se déclare également convaincu de l'implication d'Oussama Ben Laden dans les attentats. Les opérations militaires commencent deux jours plus tard, le , et le lendemain, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld annonce que la guerre se poursuivra jusqu'à la « destruction des réseaux terroristes ».

Forces en présence Forces talibanes Les forces talibanes comptent environ The Taliban’s military forces (prior to hostilities), Estimations IHS Jane’s, . Elles sont renforcées par de nombreux volontaires étrangers, dont environ à Pakistanais et 500 à 600 Arabes. Elles disposaient d'une centaine de chars d'assauts de modèles anciens (T-55) voire archaïques (T-34/85) et d'environ d'artillerie. Le corps d'artillerie regroupe les meilleurs éléments de leurs forces. Enfin, la défense anti-aérienne apparaît comme très largement insuffisante. Dans l'ensemble, le commandement est moyen, avec des frictions entre unités de différentes nationalités, même si les talibans ont largement innové depuis les années 1996-1998 par rapport à leurs adversaires. De plus, peu de soldats talibans ont alors une réelle expérience des formes de guerre occidentales.

Forces de la coalition vignette|Le est une caserne de la Force internationale d'assistance et de sécurité construite en 2006 pour assurer une présence militaire internationale dans le pays. Elle est utilisée principalement par la Bundeswehr. vignette|Navy SEAL, , Afghanistan Les forces occidentales engagées dans l'offensive d'octobre- sont presque essentiellement fournies par les Américains et les Britanniques. Cependant, en raison de la distance séparant ces pays de l'Afghanistan, la majorité des unités terrestres ne fut déployée que progressivement. Les Américains nomment cette opération d'abord « Justice sans limites » (Opération Infinite Justice) puis optent pour le moins agressif « Liberté Immuable » (Opération Enduring Freedom), avec comme but officiel de lutter contre le « terrorisme international » et ses soutiens : cette distinction prendra son importance après le renversement du gouvernement taliban, les unités chargées de la « guerre contre le terrorisme » échappant au commandement de la FIAS qui doit, pour sa part, aider à reconstruire le pays en stabilisant le nouveau régime.