vignette|redresse=1.2|À la fin du , la troisième quête du Jésus historique a dressé l'inventaire des différents portraits de JésusGerd Theissen et Dagmar Winter, The Quest for the Plausible Jesus : The Question of Criteria , p. 5.James Charlesworth et Petr Pokorny, Jesus Research: An International Perspective (Princeton-Prague Symposia Series on the Historical Jesus) , p. 1–2.. L'exégèse contemporaine concernant le personnage de Jésus confronte les éléments de la vie de Jésus de Nazareth présents dans les textes antiques, essentiellement chrétiens, avec les connaissances historiques générales modernes. Elle soumet donc, depuis le , les textes du Nouveau Testament à l'analyse critique afin de départager ce qui est compatible avec l'histoire et ce qui ne l'est pas.

Les critères d'historicité

Une historiographie complexe Les historiens et les exégètes ont élaboré une quinzaine de critères d'historicitéJacques Schlosser, Jésus de Nazareth, Noesis, 1999. pour l'analyse des sources historiques. Les principaux critères sont au nombre de quatre et ils doivent être utilisés conjointement. Selon Gerd Theissen, . : ils n'ont donc pas une valeur absolue, l'histoire du christianisme primitif n'étant pas une science exacte.

vignette|redresse=1|Le Reniement de Pierre par Rembrandt, 1660. Qu'elle traite du christianisme ancien ou d'autres domaines, l'histoire n'en reste pas moins une science. L'histoire du christianisme ancien ne présente aucune spécificité qui la rendrait moins rigoureuse que dans d'autres domaines. La difficulté se situe plutôt dans la restitution des faits. Des précautions sont nécessaires à la suite de la crise moderniste car les approches dogmatiques tirent dans un sens tandis que les courants athées et/ou laïcs tirent dans un autreCette difficulté particulière de l'historiographie, qui tient moins à la nature du travail mais au contexte de la publication, est traitée dans l'ouvrage de Serge Bardet, Testimonium Flavianum (éditions du Cerf) comme dans "Catholicisme et Judaïsme dans la modernité" de Geneviève Comeau, 1998, ..

Les critères d'historicité servent à systématiser les arguments qui font consensus parmi la majorité des exégètes. Les plus importants sont : La dissimilarité (discontinuité ou dissemblance) prend en compte l’originalité par rapport à la tradition juive et au christianisme primitif. Ainsi, peut être attribué à Jésus de Nazareth ce qui ne relève ni de l'une ni de l'autre. L'embarras ecclésiastique : est en faveur de l'authenticité, ce qui se trouve dans les textes alors que cela constitue une difficulté pour les rédacteurs du Nouveau Testament. Par exemple, le reniement de Pierre, l'humiliation du crucifiement ou la parole de Jésus sur la croix en Marc 15:34 John Paul Meier, « How do we decide what comes from Jesus », dans James D. G. Dunn et Scot McKnight, The Historical Jesus in Recent Research, 2006, . L'attestation multiple : plus un élément est attesté par des sources multiples et indépendantes les unes des autres, plus son authenticité est probable. La cohérence : ce critère va de soi, mais ne doit pas masquer qu'il y eut des formulations et des interprétations différentes des paroles et des actes de Jésus.

Une historicité globale Les spécialistes voient dans les évangiles des œuvres théologiques dont les auteurs ont plus une visée doctrinale qu'un souci historique. Les textes évangéliques ne sont pas des comptes-rendus objectifs, mais des témoignages de foi qui ont été rédigés une ou deux générations après les événements qu'ils décrivent. Ils traitent de la vie et de l'enseignement de Jésus de Nazareth, qui aurait été un prédicateur juif situé dans le contexte réel de la Palestine du , dont ils disent que Dieu l'a ressuscité après sa mort. En prenant en compte les critères d'authenticité, la majorité des chercheurs concluent à une historicité assez faible des évangiles, à l'exception de leurs récits du baptême du Christ et de sa crucifixion.

vignette|redresse=1|gauche|L'Institution de l'eucharistie par Juste de Gand, 1473. Le pape Benoît XVI rappelle que d'après l'exégèse historico-critique, et qu'il .

Pour Günther Bornkamm, « malgré la vulnérabilité historique de beaucoup de récits et de paroles, pris isolément, l'historicité globale des Évangiles est incontestableGünther Bornkamm, article « Jésus » de l'Encyclopædia Universalis, 2002..

Toutefois, l'« historicité » ne doit pas être confondue avec ce qui est « historique »Michel de Certeau sj, Comment on écrit l'histoire. Par exemple, quand l'un des récits de la Cène à Béthanie précise que tel participant « s'allonge à côté de », on peut en conclure que tous dînent couchés, c'est-à-dire à la romaine. Ce détail indique que les rédacteurs sont suffisamment romanisés pour qu'il leur semble évident de présenter un repas de cette manière. C'est l'historicité. En revanche, l'archéologie n'a pas retrouvé la maison à Béthanie, et, sur la date, on hésite. En outre, le récit de l'institution de l'eucharistie est une interprétation dont on ne sait pas les modalités, les évangiles ne racontant pas la même chose : c'est le manque d'histoire.

Étienne Trocmé, également éloigné de ceux qui considèrent cette vie comme inconnaissable et de ceux qui font très largement confiance aux textes, pensait que « sans pouvoir reconstituer d'une façon précise la carrière et l'enseignement de Jésus, on est en mesure d'en retrouver quelques aspects essentiels et d'en comprendre l'orientation généraleÉtienne Trocmé, « Le christianisme jusqu'à 325 », dans Histoire des religions, II, Paris, Gallimard, coll. « Encyclopédie de la Pléiade », 1972.. »

Le nom de Jésus et le titre de « Christ »

Jésus Toutes les sources chrétiennes ou juives s'accordent à dire que cet homme s'appelait Jésus, en grec / , vient du prénom YehoshuaLe débat sur le sens littéral du nom Yehoshua provient d'un débat grammatical. L'initiale peut être comprise comme une de l'inaccompli du verbe IChR, mais, dans ce cas le sujet est absent. Le BDB-Thayer (version complète) complet termine le mot par un ayin à l'article Ab Yehoshuah, qui ruine cette étymologie. Il en résulte que le débat est ouvert. (hébreu : ), dont Yeshoua (ישע) est une forme abrégéeVoir l'article dans le Thayer's Lexicon, in Dictionary and Word Search for Iēsous (Strong's 2424). Blue Letter Bible. 1996-2008 . Yehoshua signifie « Dieu sauveToutefois, selon le Brown-Driver-Briggs Hebrew and English Lexicon, la référence des dictionnaires d'hébreu biblique, le sens du mot signifie « salut, santé, aisance financière » et tout ce qui a trait au bien-être. ». La Septante (rédigée en grec) utilise également le nom de Iesoûs pour désigner Josué, lieutenant de Moïse« Les pères de l'Église ne manqueront pas d'utiliser cette homonymie : c'est "Jésus" (Christ) qui assure la victoire finale sur Amalek », in Le Pentateuque. La Bible d'Alexandrie, Cécile Dogniez et Marguerite Harl (dir.), Gallimard, Folio Essais, 2003, 731, note.. Les sources juives utilisent la forme Yeshu (sans le aïn final), nom unique qui ne sert à désigner que Jésus de NazarethJean-Pierre Osier, L'évangile du Ghetto, ou comment les Juifs se racontaient Jésus, éd. Berg international, Paris, 1984..

Jésus est un prénom courant dans la Palestine de l'époque. Il est par exemple attesté pour Jésus Ben Sira (), l'auteur du Siracide, pour un fils d' dans l'Évangile selon Luc) ou encore pour Barabbas, le prisonnier libéré par Ponce Pilate selon certaines versions de l'Évangile selon MatthieuB. Feldman, Barabbas and the Gospel of Yeshua the Galilean, American Imago New York, 1982, vol. 39, , et Jean-Paul Michaud, Barabbas, InterBible, 26 /09/003. L'historien juif Flavius Josèphe () cite plusieurs individus prénommés Jésus.

Christ Dans les milieux gréco-romains, on lui donne très tôt le titre de Chrestos ou Christos, ce dont témoignent quelques sources païennes ou gréco-romaines. Ce mot grec / ) est la traduction du terme hébreu (mashia'h, dont dérive le nom français « messie »), signifiant « l’oint [du Seigneur] », c’est-à-dire une personne consacrée par une onction divine.

Vers 116, dans ses Annales, l'historien Tacite parle de sectateurs de « Christos, qui, sous le règne de Tibère, fut livré au supplice par le préfet romain Ponce PilateTacite, Annales, livre XV, 44, sur le site de l'Université catholique de Louvain. ». Suétone vers 120, mentionne dans la Vie de ClaudeSuétone, XXV, 11. un Chrestos dont il est généralement admis qu'il désigne Jésus-ChristPaul Mattei, Le Christianisme antique de Jésus à Constantin, éd. Armand Colin, 2008, 51. Selon Suétone, mal informé, ce Chrestos aurait été présent à Rome dans les années 40François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, 148. lors des troubles qui agitaient la communauté juive de Rome, à l'encontre de laquelle Claude promulgue un édit d'expulsionMichel Quesnel, Les sources littéraires de la vie de Jésus, in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, 196..

Les récits de la naissance et de l'enfance Année de naissance

Il n'existe aucune indication précise sur l'année de sa naissanceGerd Theissen et Annette Merz, The Historical Jesus : A Comprehensive Guide, Fortress Press, Minneapolis, 1998, p. 153.. La seule certitude est que Le début de l'ère chrétienne a été fixé au par Denys le Petit avec quatre ans de retard.. Si cette hypothèse paraît vraisemblable, le manque de fiabilité chronologique de ces deux évangiles concernant l'enfance de Jésus laisse subsister un doute.

Luc relie la naissance de Jésus au recensement de Quirinius, qui eut lieu en l'an 6 apr. J.-C. selon Flavius Josèphe (Guerre des Juifs 2.117s, 7.253 ; Ant. jud. 17.355, 18. 1sqq.), ce qui a été considéré comme une erreur chronologique. Pendant le règne de Hérode le Grand, la Judée n'était pas sous l'administration directe des Romains ; par ailleurs, la pratique consistant à se faire enregistrer dans la ville de ses ancêtres n'est pas une pratique romaine connue.

Luc tient à placer loyalement Jésus dans l'ordre romain, par opposition aux révoltes qui se sont produites à l'occasion de ce recensementMarie-Françoise Baslez, Bible et Histoire, Folio Histoire, Gallimard, 1998.. Il a été tenté de déterminer plus précisément la date de naissance de Jésus en faisant des corrélations entre l'étoile des Mages (2) et des phénomènes astronomiques, mais cela de façon illusoire puisque Matthieu décrit une « étoile miraculeuse ».

Enfance Les récits de l'enfance, imprégnés de merveilleux, écrits après 70-80 (L'Évangile selon Marc, le plus ancien, n'a pas de récit de l'enfance) reprennent le midrash du petit Moïse, conservé notamment par Philon d'Alexandrie (v. 20 -v. 45 ) dans sa Vie de Moïse, et qui comporte aussi un songe prémonitoire, le recours aux mages, le massacre des nouveau-nésCharles Perrot, Les récits de l'enfance de Jésus, Cahiers Évangile , Cerf, 1976..

Leur intention, par l'utilisation du thème, fréquent dans l'hellénisme et le judaïsme antiques, de la naissance surnaturelle, est de montrer que la venue de Jésus comme Sauveur était, dès l'origine, déterminée par Dieu. La naissance virginale a pu être évoquée par le Livre d'Isaïe, où il est dit « la jeune fille est enceinte et va enfanter un fils » (14, cité en 23), le mot hébreu עלמה, almah, s'appliquant dans la Bible à une fille nubile en âge d'être mariée, qu'elle le soit ou non, bien que ce soit improbable dans ce contexte précisla Bible de Jérusalem, édition de 2000, note critique, mais la Septante, texte biblique de référence des premiers temps du christianismePierre Gibert, Comment la Bible fut écrite, Centurion-Bayard, 1995., l'a compris comme « vierge » (qui eût été betula, en hébreu) ainsi en traduisant par , « vierge ».

vignette|gauche|redresse=1|Premières lignes de l'Évangile selon Luc, manuscrit byzantin (v. 1020).