La Reconquista (mot espagnol et portugais, en français : « la Reconquête ») est une succession de conflits entre les royaumes chrétiens du Nord de l'Espagne et les territoires musulmans d'Al-Andalus. Ces conflits durent du .

La période s'étend du premier débarquement des Omeyyades en 711 à la prise de Grenade en 1492, qui acte la disparition du dernier royaume musulman de la péninsule Ibérique, après de présence.

Après la conquête de l'Hispanie wisigothe en 711, les Omeyyades structurent leur pouvoir jusqu'à l'avènement du califat de Cordoue. Malgré quelques avancées chrétiennes au nord avec le soutien des Francs au et l'établissement de la marche d'Espagne et les difficultés internes d'Al-Andalus pendant le , les forces musulmanes dominent et contrôlent la péninsule. La guerre civile (1013-1031) et la chute du Califat ouvrent la voie à une progression rapide des royaumes chrétiens : dès 1085, le royaume de Castille prend Tolède et installe au centre de la péninsule. Cette avancée provoque la restructuration des pouvoirs d'Al-Andalus autour de la dynastie des Almoravides. En 1212, la bataille de Las Navas de Tolosa, avec l'appui des ordres chevaliers et croisés, accélère le délitement de la dynastie almohade et réduit la présence musulmane dans la péninsule au royaume nazari de Grenade qui devient vassal de la Castille. Sa chute en 1492 marque la fin de près de de pouvoirs musulmans dans la péninsule Ibérique.

L'historiographie traditionnelle utilise le terme de « Reconquista » à partir du , en remplacement de la vision précédente d'une « restauration » des royaumes chrétiens wisigoths comprise comme la conquête de nouveaux territoires par de nouvelles monarchies pour rétablir un ordre politique et religieux préexistant. Les objectifs de la reconquête changent. Si certains souverains de Castille avaient pu avoir l'ambition d'être les souverains des chrétiens comme des musulmans, au , la politique d'Isabelle la Catholique est l'unification de l'Espagne par la religion chrétienne.

La Reconquista est traditionnellement donnée comme débutant l'année 722 et s'achevant précisément le . La première date correspond à la première victoire des forces chrétiennes contre les troupes musulmanes arabo-berbères, à la bataille de Covadonga dans la cordillère Cantabrique, affrontement limité engageant de faibles effectifs mais élevé à un niveau légendaire, et qui permit l'établissement du royaume des Asturies. La seconde date marque la prise de Grenade par les « Rois catholiques », faisant disparaitre le dernier bastion musulman dans la péninsule Ibérique.

Malgré un nom unique, englobant l'essentiel du Moyen Âge Ibérique sur une durée de huit siècles, la Reconquista n'est pas un processus politiquement uniforme, ni continu temporellement ou géographiquement. Les objectifs des souverains sont plusieurs fois réajustés en fonction de l'évolution de la situation. L'avancée chrétienne subit de nombreuses interruptions, atteignant jusqu'à cent dix ans, et des épisodes de pertes territoriales. Les monarchies espagnoles et portugaises ne différencient pas les reconquêtes des terres ibériques des conquêtes de l'Afrique du Nord commencées en 1415, dans ce qui deviendra le Maroc portugais.

La notion de Reconquista soulève de nombreux débats portant sur la pertinence du terme, sur les dates de début et de fin, sur l'historiographie et sur la capacité du concept à traduire au les réalités médiévales.

Dénomination, définition et débat sur les limites du concept Si la volonté de apparaît dès 722 chez les chrétiens ibériques en réaction à la conquête musulmane, l'apparition du terme date du , en tant que concept pour les historiens afin de désigner cette période. et se fait dans un contexte nationaliste pour ce qui était auparavant connu sous le nom de « restauration » des royaumes chrétiens wisigoths, entendue comme la conquête de nouvelles terres par de nouvelles monarchies, qui cherchaient à rétablir un ordre politique et religieux préexistant.

Bien qu'il soit compliqué de différencier la reconquête de la conquête sur une période si longue, la Reconquista ne représente pas une période unie et cohérente, car les combats ne sont pas continus, et ne se réduisent pas à un simple affrontement entre deux camps étanches. Faute de meilleur terme, celui-ci reste utilisé par les historiens en dépit de leur désaccord sur ce qu'il sous-entend. Les historiens de langue arabe utilisent le terme istirdad qui traduit exactement Reconquista..

Par ailleurs, plusieurs dates de départ sont traditionnellement admises, notamment 722 (conquête musulmane) et 1031 (chute du califat de Cordoue). Bien que diverse et s'étendant sur près de huit siècles, la Reconquista est souvent montrée comme un mouvement continu, volontaire et inéluctable dès 722, un exemple de construction historiographique téléologique d'un roman national..

En 2010, expliquait que les chroniques de l'époque d' furent écrites entre la deuxième partie du , époque où Al-Andalus était secoué par une profonde crise, décrite comme une guerre civile opposant le pouvoir arabes aux convertis, les mozarabes. La profondeur de cette crise fit penser aux chroniqueurs que la fin de la présence musulmane dans la péninsule était proche. Mais . Mais les mentions postérieures « atténuèrent considérablement la composante religieuse. Ainsi, en plein , don Juan Manuel affirmait qu', mais il niait que le conflit ait un fondement religieux parce que ..

Des années plus tard, le même auteur, expliquait que le terme « Reconquista » présuppose de façon erronée la continuité entre les royaumes et comtés chrétiens du Nord et la monarchie wisigothe antérieure à la conquête musulmane, comme si Al-Andalus avait été une simple parenthèse historique dans l'évolution de la péninsule. De la même façon, il interroge le terme repoblación (repeuplement), et indique qu'Al-Andalus « fut commodément supprimé de façon subite et radicale après l'occupation chrétienne ». Il propose d'abandonner le binôme reconquista/repoblación pour se référer à l'expansion chrétienne, sans supposer un retour aux situations préexistantes, « sans que ça n'implique que l'occupation des enclaves et territoires n'altère substantiellement les situations antérieures, ni qu'il y a eu d'importants abandons de certaines enclaves, ni que, en fin, on ne mit en place de nouvelles organisations qui donnèrent les formes présentes aux sociétés du bas Moyen Âge. Il y eut une certaine continuité, mais également des changements dramatiques, et ces derniers augmentèrent avec le temps jusqu'à rendre méconnaissable l'ancienne société andalusi ».

Lors de la bataille de Las Navas de Tolosa (1212), le pape accorde la rémission de leurs péchés aux combattants, lorsqu'il attribue à l'Espagne la bulle de la sainte croisadeNom qui lui fut attribué rétrospectivement. Plusieurs termes concurrents coexistent durant le Moyen Âge.. La formation d'ordres chevaleresques religieux et militaires commence au , avec notamment les ordres d'Alcántara, de Santiago inspirés des succès de l'ordre du Temple formé en 1120.

Lors de la crise du , la reconquête militaire est interrompue, et durant une période de cent dix ans entre 1350 et 1460, la frontière est globalement en paix pendant quatre-vingt-cinq ans, malgré la prise d'Antequera. Le royaume de Castille accepte alors la mainmise musulmane sur Gibraltar. et une vassalité des derniers territoires du royaume de Grenade dans les affaires duquel il intervient souvent.

Conquête musulmane vignette|gauche|Rocher de Gibraltar d'où débuta la conquête de l'Hispanie.vignette|gauche|Bataille du Guadalete. vignette|upright=1.2|Hispanie en 721, après la conquête musulmane des derniers royaumes wisigoths de Narbonne.

Depuis la fin de l'Hispanie romaine, les Wisigoths, ayant assujetti les Suèves durant la période dite de l'« Hispanie wisigothe », dominent la péninsule Ibérique (royaume wisigoth de Tolède).

En 711 a lieu dans la péninsule Ibérique la première invasion musulmane. Celle-ci arrive d'Afrique du Nord par le détroit de Gibraltar, qui doit précisément son nom actuel à Tariq ibnou Ziyad, général qui commande l’expédition, et que le roi Rodéric (Rodrigo en espagnol), l'un des derniers rois wisigoths, combat personnellement. Le Roi Rodéric perd cependant la vie lors de la bataille du Guadalete. Tariq est appelé à Damas, alors capitale du califat, pour informer de sa victoire et ne revient pas. Sa place est prise par le gouverneur Abd al-Aziz, qui épouse Egilona, veuve du roi Rodéric, et organise ces territoires sous la forme d’un émirat dépendant du califat.

vignette|Conquête musulmane de la péninsule de 711 à 718.|alt=

Si l'invasion islamique est rapide et énergique, le retour à la stabilité politique et militaire est long. L’Émirat met immédiatement en place une politique de traités avec les nobles wisigoths qui lui permet de contrôler le reste de la péninsule. En 716, les Arabes commencent à diriger leurs forces vers les Pyrénées pour tenter d'entrer dans le royaume des Francs alors qu'Abd al-Aziz est assassiné à Séville générant une crise telle que, durant les quarante années suivantes, vingt gouverneurs se succèdent à la tête de l’Émirat qui fait face à de nombreux soulèvements. L'instabilité se poursuit au-delà de la prise de pouvoir mouvementée d'Abd al-Rahman à la tête de l'Émirat qui laisse néanmoins à son fils un territoire indépendant et relativement stable en 788.

En plus de facteurs endogènes qui conduisent à l'expansion mondiale de l'islam, cette évolution rapide est expliquée par les faiblesses des Wisigoths car leur domination sur la péninsule est fragile et incomplète : en 711, le roi Rodrigo dirige encore une campagne militaire contre les Basques dans le Nord. De plus, les élites wisigothiques sont divisées par des affrontements liés à la succession au trône de la monarchie qui est élective et non héréditaire. Les partisans de Rodrigo, duc de Bétique, s'opposent à ceux d' à Tarragone.

L'aristocratie terrienne, convertie tardivement au christianisme nicéenAvant de se convertir à la doctrine nicéenne, les Wisigoths sont de confession chrétienne arienne., est doublée d’une population libre ou servile, dont les conditions de vie difficiles la rendent mécontente. Beaucoup voient la conquête arabe comme une amélioration de leur situation. Enfin, la baisse de l'activité commerciale conduit à une sous-estimation de la population juive, qui participe largement à cette invasion. Les juifs, maltraités lors des règnes précédents, notamment avec leur conversion forcée en 617, offrent un accueil favorable aux musulmans, trouvant également un avantage dans la situation des minorités hébraïques protégées par la juridiction islamique plutôt que wisigothe... Enfin, le royaume wisigoth avait été particulièrement touché par des famines consécutives à des sécheresses et par des épidémies créant un fort déficit de population qui contribue à sa faiblesse et à sa chute.

Haut Moyen Âge Les envahisseurs tentent de poursuivre leurs avancées au nord des Pyrénées, vers des régions plus riches que la péninsule Ibérique, mais ils échouent d'abord à Toulouse en 721, à Poitiers en 732, à Avignon puis à la Berre en 737. À partir de cette date, les Francs reprennent le terrain jusqu'à la prise de Narbonne par Pépin le Bref en 759. Une deuxième tentative maure de s'implanter en Provence, vers 890, finira en 973.

Le fait que les musulmans orientent leurs efforts vers le nord, et s'y cassent les dents, favorise la résistance chrétienne dans la péninsule Ibérique. Deux foyers naissent (dans les Asturies et les Pyrénées), qui vont se consolider en différents royaumes pendant les trois siècles suivants.