La guerre civile en al-Andalus est une période marquée par l'effondrement du califat de Cordoue. La mort d'Al-Mansûr en 1002 marque son début et la constitution des taïfas, vers 1040, clôt cette première période de guerre civile.

Les causes thumb|Le califat de Cordoue vers l'an mil Jusqu'à la mort d'Al-Hakam II, en 976, le califat de Cordoue constitue un État puissant, respecté et craint des royaumes chrétiens. Son fils Hicham II étant encore enfant, le pouvoir est assumé par le vizir Almanzor, faisant d'Hicham un prince fantoche. La force de l'État omeyyade reposait sur la cohabitation des différentes ethnies islamiques. L'industrie et le commerce, encouragés par Abd al-Rahman III (émir de 912 à 961), avaient permis à beaucoup d'Andalous de faire fortune d'une manière très rapide. Les rivalités ethniques entre ArabesEux-mêmes divisés entre Qahtanides (Arabes du Yémen) et Maaddites (Arabes du désert, notamment du Nejd et du Hejaz)., Berbères et Esclavons (Saqāliba), qui avait longtemps menacé le pays, étaient en sourdine et le pays jouissait à ce moment d'une grande tranquillité. Pour asseoir et conserver son pouvoir, Almanzor favorise les Berbères, au détriment des autres, mais en parallèle il éteint les foyers de contestation intérieurs et extérieurs.

À la mort d'Almanzor, c'est son fils Al-Muzaffar qui prend la relève en continuant sur la voie tracée par son père et en assainissant les finances de l'État, si bien qu'on espère un second âge d'or pour le califat omeyyade.

En dépit de cette apparence heureuse, la situation demeure trouble. Abd al-Rahman III puis Almanzor tentent de faire disparaître la noblesse arabe, souvent opposée au pouvoir royal. À présent ruinées, vaincues et brisées, les anciennes familles arabes s’éteignent tandis que le pouvoir des nouvelles familles enrichies sous Abd al-Rahman III et Almanzor augmente sans cesse. Parvenue, ignorante de la culture andalouse, d'un comportement hautain, cette nouvelle noblesse est peu respectée par la population qui ne cesse de se plaindre de ses vexations. De plus, l'idée qu'Almanzor et ses fils ont usurpé le trône à la famille royale omeyyade mécontente le peuple. La lutte raciale éteinte depuis près d'un siècle fait place à une haine et une lutte des classes. Cordoue, ville délaissée au profit des palais de Madinat al-Zahra et Madinat Al-Zahira, est devenue une cité manufacturière où vivent des milliers d'ouvriers. Les prémices de cette guerre civile se font sentir depuis longtemps et Almanzor de son vivant a anticipé son évolution plusieurs décennies avant le début de la guerre civile. En effet, se promenant à Cordoue avec un ami, il dit :

Premier acte : la chute de la maison Almanzor (1009) Bien que le désir de changement devienne urgent, beaucoup placent leurs espoirs dans la chute de la famille d'Almanzor. À la mort d'Al-Muzaffar en , un autre fils d'Almanzor, Abd al-Rahman Sanchuelo, le remplace. Il est encore plus haï que son frère, connu pour sa passion du vin, et même accusé d'avoir empoisonné son frère. Incompétent, provocateur, il commet ce qui était un sacrilège aux yeux de nombreux Andalous : il oblige Hisham II, l'héritier omeyyade, à abdiquer et se fait couronner calife à peine un mois après la mort d'Al-Muzaffar, puis en 1009 à l'occasion d'une expédition militaire contre le royaume de León, décide de se coiffer d'un turban (coiffure uniquement réservée aux théologiens et hommes de loi à l'époque) et ordonne à ses soldats d'en faire de même.

Ce nouveau caprice est considéré par les Cordouans comme un nouvel affront envers la religion et l'État et à son retour, Sanchuelo apprend qu'une révolution est en cours dans la capitale. Elle est conduite par Muhammad II, cousin d'Hisham II et arrière-petit-fils d'Abd al-Rahman III qui, à la tête de quatre-cents hommes, s'est fixé pour objectif de reprendre le pouvoir au profit de la dynastie omeyyade. Le en fin d'après-midi, accompagné de trente hommes parmi les plus déterminés, Muhammad se rend près du palais califal. Profitant de l'effet de surprise, ils désarment les gardes du palais et s'introduisent dans les appartements d'Ibn-Ascalédja qui gouverne le palais en l'absence de Sanchuelo. Avant qu'il ait le temps de se défendre, Muhammad II et ses hommes le tuent. L'annonce de la nouvelle est accueillie avec joie dans la ville de Cordoue, les Cordouans n'attendant qu'une bonne raison pour prendre les armes contre les fils d'Almanzor. De tout Cordoue et des campagnes environnantes le peuple se joint à la foule des protestataires.

Hisham II, l'héritier au trône renversé par Sanchuelo et qui vit enfermé dans le palais, craint d'être assassiné par son cousin Muhammad II. Il lui fait parvenir une lettre indiquant qu'il lui laissait le pouvoir en échange de sa vie, ce à quoi Muhammad II répond que cela n'a jamais été son souhait mais qu'il ne refuserait pas de devenir calife lui-même :

Le soir même, Hishâm II abdique de nouveau au profit de Muhammad II et dès le lendemain un premier ministre est nommé. De très nombreux Cordouans de toutes conditions sociales souhaitent immédiatement s'enrôler dans l'armée de Muhammad II, tant l'enthousiasme et la satisfaction de voir la famille royale de nouveau au pouvoir était grand. C'est ainsi qu'en moins de vingt-quatre heures, la dynastie amiride au pouvoir depuis plus de trente ans tombe dans l'oubli. Muhammad II informé de scènes de pillage dans la ville ordonne de transporter tous les objets de valeur à Cordoue, mais il est trop tard, le palais d'Al-Madînat al-Zâhira ainsi que toutes les propriétés de la famille d'Almanzor sont pillées jusque dans leurs portes et boiseries et incendiées. Malgré tout, Muhammad II parvient à récupérer plus d'un million de pièces d'or issues du palais. Plusieurs impôts sont abolis. Quant à Muhammad II, il exige de se faire appeler Mahdî et appelle à la guerre contre Sanchuelo. Le succès est encore au rendez-vous, puisque de tout Al-Andalus des gens accourent pour s'engager dans la guerre.

Sanchuelo, qui au même moment est à Tolède décide de mater la rébellion mais pendant sa marche, de très nombreux soldats l’abandonnent, y compris les éléments berbères pourtant très généreusement financés par les Amirides. Sanchuelo, inconscient des réalités, est convaincu qu'il lui suffirait de rentrer à Cordoue pour voir la population se ranger de nouveau de son côté. Le , Sanchuelo est arrêté par les soldats de Muhammad II au couvent de Chauch et envoyé au premier ministre (un membre de la famille omeyyade) qui ne lui épargne aucune humiliation. Durant le voyage, Sanchuelo tente désespérément d'assassiner le premier ministre mais il est tué sur le coup par ce dernier.

Le règne et la chute de Muhammad II (Mahdî) La mort de Sanchuelo est accueillie avec joie dans tout le califat, les Berbères de même que les Esclavons promettent fidélité au nouveau calife. Mais Muhammad II se révèle incompétent à diriger un pays qui avait besoin de profonds changements et commet de nombreuses erreurs comme le licenciement de cordouans qui se retrouvent sans emploi. Il fait exiler de nombreux Esclavons fidèles à Almanzor et son comportement ne plaît pas aux religieux qui ne voient pas de différence avec Sanchuelo. Mais c'est certainement son irrespect envers les soldats berbères, ceux-là mêmes qui avaient porté la dictature amiride, qui perdra Muhammad II. Il interdit aux soldats berbères de Sanchuelo de monter à cheval et leur interdit l'accès au palais. Muhammad II comprend que sa situation est très instable, il craint que le peuple ne se retourne vers Hisham II et décide donc d'annoncer dans toute la ville que Hisham II est mort, faisant fait exposer le corps d'une personne qui ressemblait fortement à celui-ci. Dans le même temps, il fait enfermer Suleiman, un fils d'Abd al-Rahman III qui devait hériter du trône. Hisham II quant à lui est toujours enfermé dans sa prison dorée.

Un autre Hisham, fils de Suleiman ben Abd al-Rahman, décide de lancer une nouvelle révolution le . Accompagné de soldats berbères et de civils, il marche sur le palais de Muhammad II. Une fois arrivé dans les appartements du calife, Hisham exige la libération de son père et l'abdication de Muhammad II mais celui-ci souhaitant gagner du temps feint des pourparlers qui durent des heures. Ne voyant pas Hisham sortir, les soldats berbères se lancent dans le pillage de Cordoue et très rapidement la population cordouane ainsi que les armées de Muhammad II ripostent, si bien que le combat dure toute une journée et toute une nuit jusqu'au matin du où les soldats berbères défaits sont chassés de la ville. Dans le désordre, Muhammad II fait enfermer Hisham et tue son père Suleiman ben Abd al-Rahman.

Une fois chassés de Cordoue, les Berbères s'unissent autour d'un certain Zâwi et souhaitent placer un autre Omeyyade lui aussi nommé Suleiman, fils d'al-Hakam. Rapidement, les soldats berbères marchent vers Guadalajara mais ne parviennent pas à prendre Medinaceli. Ils décident donc de demander l'assistance du comte de Castille, mais celui-ci négocie déjà avec Muhammad II. En quelques mois, la situation avait totalement changé, et c'était à un souverain chrétien qu'allait incomber le destin de l’Andalousie musulmane. Le comte de Castille décide de se rallier au camp berbère qui immédiatement décide d'aller vers Cordoue. Muhammad II envoie toutes les forces disponibles dans la ville y compris des paysans armés, mais les soldats berbères aidés par les armées chrétiennes repoussent l'attaque et tuent plus de . Les soldats berbères et castillans entrent à Cordoue et pillent la ville. Ce n'est que vers le , les bras chargés de trésors, que les Castillans quittent la ville tout en rappelant à Suleiman, le nouveau calife, les engagements qu'il avait formulés auparavant, à savoir le don de plusieurs villes et forteresses au compte du seigneur de Castille.

Muhammad II, qui s'est enfui à Tolède, décide de riposter afin de reprendre la ville de Cordoue, aidé de soldats catalans. Ainsi, au début du mois de , les deux armées se font face et à la suite d'une erreur de Suleiman ben al-Hakam, Muhammad II remporte la bataille et rentre à Cordoue qui, à peine six mois après les pillages perpétrés par les soldats castillans, est de nouveau pillée par les soldats catalans. Quelques jours plus tard, les deux armées se rencontrent de nouveau, mais cette fois-ci, c'est Suleiman aidé des soldats berbères qui remporte la bataille. Quelque temps plus tard, le , un groupe de soldats esclavons tue Muhammad II et replace Hishâm II au rang de calife.

Le retour du calife Hisham II, sa disparition et la chute de Cordoue

vignette|Madinat al-Zahra aux abords de Cordoue. Siège du Califat, la ville a été détruite en 1010, lors des débuts de la guerre civile en Al-Andalus vignette|La guerre civile de 1002 à 1032

Le retour au trône du calife Hisham II par les soldats esclavons ne suffit pas à calmer les soldats berbères qui soutiennent un autre membre de la famille omeyyade, Suleiman. Ce dernier, qui ne leur sert que de faire-valoir et qui est en réalité une marionnette du camp berbère comme l'est Hisham II pour le camp slave, exécute ce que ses maîtres lui dictent.