John George Phillips, dit Jack Phillips ( – ), est un radiotélégraphiste britannique. Passionné de télégraphie dès sa jeunesse, il suit des cours à l'école Marconi de Liverpool, puis, son diplôme en main, s’engage sur les paquebots en tant qu’opérateur radio. Après avoir servi sur des grands bâtiments comme le Lusitania et le Mauretania, Phillips est envoyé durant plusieurs années à la toute nouvelle station radio de Clifden, en Irlande.

De retour en mer, au service de la , Phillips est affecté, fin , au paquebot Titanic, pour son voyage inaugural, avec Harold Bride comme assistant. Lorsque le navire coule, dans la nuit du 14 au 15 avril, Phillips reste très longtemps à son poste pour appeler des secours, envoyant à la fois l'habituel CQD et le nouveau signal, SOS. Il meurt dans la catastrophe, alors qu'il venait de fêter ses 25 ans.

Son rôle lui vaut de nombreux hommages par le biais de monuments commémoratifs, mais aussi d'actions ponctuelles comme cinq minutes de silence annuelles pour commémorer sa mort. Il apparaît également dans plusieurs films sur la catastrophe.

Biographie Jeunesse Premières années

John George Phillips, dit Jack, est né le , un lundi de Pâques, à Farncombe dans le Surrey en Angleterre« Jack Phillips, l'opérateur du Titanic, page 1 », Jack Phillips. Consulté le 18 septembre 2011. Sa famille est issue d’un milieu modeste. Sa mère, Ann Sanders, vient d’une famille de fermiers originaire du sud du Devon, et son père, George Phillips, est le fils d’un tailleur de Trowbridge, dans le comté de Wiltshire.

Après avoir vécu à Londres où Ann Phillips a donné naissance à deux jumelles, Elsie et Ethel, le couple s’installe à Farncombe, vers 1880, pour diriger un magasin de linge de la succursale Gammon « RMS Titanic’s Chief Radio Officer », Chief Radio officer Jack Phillips. Consulté le 20 septembre 2011. Le dirigeant de la firme, Ebenezer Gammon, possède de nombreux autres magasins dans les régions environnantes, et il avait alors besoin de nouveaux dirigeants pour le magasin de Farncombe. Celui-ci se situe en bas de la rue principale du village au 11a Farncombe Street. La famille Phillips habite au-dessus de la boutique, ainsi que dans une petite maison attenante au bâtiment.

Enfant, Jack Phillips étudie à l’école de l'église de Farncombe, dans laquelle il rejoint, quelques années plus tard, la chorale pendant quatre ans. Il continue ensuite ses études au collège de Godalming. Tout au long de sa scolarité, il n’est pas décrit comme un élève studieux et semble s’ennuyer pendant les cours« Jack Phillips, l'opérateur du Titanic, page 2 », Jack Phillips. Consulté le 18 septembre 2011.

En , alors âgé de 15 ans, Phillips intègre le bureau de poste de Godalming dans lequel il reçoit une formation de télégraphiste. Quatre ans plus tard, il a atteint un niveau d’expérience suffisant pour lui permettre de poursuivre ses études dans ce domaine.

Formation à l'école Marconi

Phillips arrive à Seaforth, au nord de Liverpool, en , pour suivre une nouvelle formation qui dure six mois et au cours de laquelle il apprend le métier de télégraphiste à la Marconi Training School« La station radio du Titanic », Le site du « Titanic ». Consulté le 20 septembre 2011. Cette dernière est directement située dans la station radio.

Jack Phillips a 19 ans et les étudiants du centre de formation sont généralement admis entre 21 et 25 ans. La compagnie met un point d’honneur à n’employer que des jeunes gens sérieux et compétents. Les étudiants doivent, par exemple, être capables d’envoyer et recevoir vingt-cinq mots par minute. Malgré ces exigences et un rythme de travail soutenu, l’assurance d’un bon salaire et la perspective de pouvoir voyager à travers le monde attirent bon nombre de jeunes hommes. À l'époque, un opérateur radio peut être affecté en mer, sur des paquebots, des yachts, des vaisseaux de guerre ou même sur des dirigeables, mais il peut également trouver un travail à terre, dans plusieurs pays étrangers. La formation est payante, mais ceux qui se révèlent qualifiés et en état d’assurer leur fonction, voient leurs frais remboursés.

Durant ces six mois de formation, Phillips étudie le processus de transmission et de réception des messages, mais reçoit également des cours de magnétisme et d’électricité élémentaires. La théorie laisse ensuite place à la pratique, et il apprend à installer un appareil sans fil et à le réparer. Enfin, il doit apprendre les lois et les règlements en vigueur, établis par la Convention télégraphique de la radio internationale de 1903, et la manière de diriger une station sans fil, y compris le fait de savoir tenir des comptes de gestion.

En , un examen final vient mettre un terme aux six mois de formation « Mr John George Phillips », Encyclopedia Titanica. Consulté le 20 septembre 2011. Phillips, que l’un de ses professeurs décrit comme « un garçon agréable, s’exprimant bien, d’un bon caractère et gentil », le réussit sans difficulté et termine premier de sa promotion.

Carrière

En mer

Son diplôme en main, Jack Phillips embarque, pour son premier travail, en , comme opérateur radio junior à bord du Teutonic et l'Oceanic de la . Il navigue ainsi, jusqu’à la fin de l’année, à bord de différents bateaux comme le Campania, le Corsican, le Victorian et le Petorian. Ses voyages le mènent en Turquie, sur la côte de l’Afrique jusqu'à Durban, puis Montréal, Québec, en redescendant par Boston, et enfin New York.

Sa réputation va grandissante et, en 1907, il a l’opportunité de travailler huit semaines en tant que troisième opérateur à bord du plus grand paquebot de l'époque, le Lusitania. Il rejoint ensuite le de ce dernier, le Mauretania, sur lequel il célèbre son vingt-et-unième anniversaire. À bord de celui-ci, il officie en tant que deuxième opérateur Marconi, jusqu'en , et se voit alors offrir un poste dans une nouvelle station à terre « Jack Phillips », BBC Surrey. Consulté le 20 septembre 2011.

Clifden

Imaginée par Guglielmo Marconi, la station se trouve en Irlande, à Derryimlagh Bog, situé à de Clifden, un village du Connemara. Son inauguration, le « The Marconi Story », Clifden 2012. Consulté le 18 septembre 2011, fait de Clifden le lieu de la première transmission radio transatlantique commerciale.

La station, qui emploie une centaine de personnes à plein temps, possède toute la modernité de l'époque. Les logements des employés sont équipés de l'électricité ainsi que de l'eau courante chaude et froide. Un luxe dont ne disposent pas les paysans des environs car, malgré la nouveauté et les avancées technologiques de la station, Clifden n'en demeure pas moins un village irlandais du début du , avec peu de commerces et de loisirs. Aussi, pour éviter que ses employés ne s'ennuient, la station radio est également équipée d'un court de tennis, d'une salle de billard et d'une bibliothèqueNadine Chérubini, « Pour une plaque à la mémoire de « Jack » Phillips », Latitude 41°, numéro 47, janvier 2011, p. 13-14.

Le travail de Jack Phillips consiste à émettre et recevoir des messages avec la station radio de en Nouvelle-Écosse. De temps à autre, il s’occupe en conversant par les ondes avec son ami Walter, qui travaille à la station de , sur l'île de Terre-Neuve ,au sud. Cependant ce nouveau rythme de vie le lasse rapidement, ses voyages lui manquent et il qualifie Clifden de . Phillips y demeure néanmoins plus de trois ans.

Engagement à la White Star Line

Jack Phillips reprend finalement la mer, en , à bord de l’Adriatic, un autre paquebot de la . Il reste à bord jusqu'à Noël, avant de retourner à Farncombe pour passer l'hiver avec sa famille. C'est durant cette période qu'il aurait confié sa grande peur des icebergs à un de ses amis« Jack Phillips, l'opérateur radio du Titanic, page 3 », Jack Phillips. Consulté le 20 mars 2011. L'hiver 1911-1912 est en effet anormalement rigoureux, et bon nombre d'icebergs dérivent sur l'océan Atlantique Nord.

Il retourne en mer à la fin du mois de , sur l’Oceanic, à bord duquel il a déjà travaillé six ans auparavant. Phillips y effectue trois voyages, jusqu'à ce que le bâtiment soit désarmé par la , le à Southampton, à cause d'une grève des mineurs, qui paralyse les paquebots à quai. Quatre jours plus tard, Jack envoie une lettre à sa sœur Elsie, dans laquelle il écrit : .

Opérateur radio du Titanic Traversée

Jack Phillips est ainsi engagé comme chef-opérateur radio au sein de l'équipage du Titanic, avec un assistant, Harold Bride, de quelques années son cadet. Tous deux ne sont pas payés par la , compagnie opératrice du navire, mais par la société Marconi, qui est chargée de l'installation télégraphique du paquebot, et en tire les bénéfices. À l'époque, le but principal de ce dispositif n'est pas de servir à la sécurité des navires, mais de permettre aux passagers de communiquer avec la terre ferme, contre paiement. La salle radio où travaillent les opérateurs se situe sur le pont des embarcations, à l'arrière de la passerelle de navigation et des logements des officiers. Ils y disposent d'une petite cabine où celui qui n'est pas en service peut se reposer.

Le service commence à Belfast dès le , date prévue pour les essais en mer du Titanic. Pour cause de mauvais temps, les essais sont reportés au lendemain. Le rôle des opérateurs radio est particulièrement prenant. Ils sont en effet chargés de transmettre les nombreux messages des passagers, pour la somme importante de 12 shillings et 6 pence les dix premiers mots, puis 9 pence par mot supplémentaire. Le télégramme est ainsi un outil de luxe et les nombreux passagers aisés n'hésitent pas à en envoyer, pour suivre la mode. D'autre part, ce sont les mêmes opérateurs qui reçoivent les nouvelles du jour et les transmettent à l'équipe chargée de préparer le journal destiné aux passagers, l. Avec ses six ans d'expérience, Phillips est capable de taper trente-neuf mots par minute, tandis que Bride en fait vingt-six.

L'activité en lien avec la bonne marche du navire prend donc une importance secondaire. En conséquence, les messages signalant la position de glaces sur la route du navire, bien au sud des positions habituelles, ne sont pas tous transmis aux officiers. Les opérateurs surchargés n'en ont tout simplement pas le temps, et aucune directive ne concerne ces messages techniques. Un événement imprévu vient encore leur ajouter du travail, puisqu'ils doivent consacrer toute une nuit à réparer un des appareils tombés en panne, coupant toute transmission radio. Le travail à rattraper les jours suivants vient donc en surplus. Dans ces conditions, Phillips ne peut célébrer que de façon précaire son vingt-cinquième anniversaire, le .

Titanic en détresse

Le soir du , Phillips est particulièrement occupé, car le navire est tout juste entré dans la zone d'émission de Cap Race, station radio de Terre-Neuve qui lui permet de communiquer avec la terre ferme sans passer par d'autres navires. Harold Bride dort dans la cabine voisine en attendant de prendre la relève. Après de nombreux messages transmis ou non à la passerelle durant la journée, le Titanic reçoit, à , un message crucial : Cyril Evans, le télégraphiste du , qui suit la même route, un peu plus au nord, l'avertit qu'il a stoppé pour cause d'icebergs. Phillips, interrompu par ce signal qui n'a pas été précédé du sigle indiquant les communications officielles, rétorque à l'opérateur du cargo, Cyril Evans, "Tais, tais toi, je suis occupé, je suis en communication avec Cap Race." L'utilisation des mots «Shut up» était une formule courante parmi les opérateurs radio pour demander poliment aux autres de «garder la ligne libre».. Evans entendra le Titanic pour la dernière fois à 22 h 25 qui communiquait avec Cap Race. Il n'éteindra donc pas la radio à la suite du message de Phillips mais à 23 h 35, soit plus d'une demi-heure plus tard. Étant le seul télégraphiste à bord, il n'avait pas obligation de rester en veille en permanence.