La ménagerie du Jardin des plantes est un parc zoologique public du Muséum national d'histoire naturelle, situé à Paris dans le . Fondé en 1794 à l'initiative de Bernardin de Saint-Pierre, ce zoo est l'un des plus anciens du monde toujours ouverts au public. Depuis 1993, tous les bâtiments, abris horticoles ou zoologiques inclus, sont classés monuments historiques.
La ménagerie s'étend sur environ dans le quart nord-est du jardin des plantes de Paris, bordée par la rue Cuvier au Nord-Ouest et le quai Saint-Bernard au Nord-Est. Elle présente au public environ 600 mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens, auxquels s'ajoutent des invertébrés, pour un total de 189 espèces. C'est l'un des rares zoos français à présenter des kangourous arboricoles, des orangs-outans et des diables de Tasmanie.
Comme le parc zoologique de Paris (dit « zoo de Vincennes ») et la réserve zoologique de la Haute-Touche, la ménagerie a longtemps été gérée par la chaire d'éthologie du Muséum ; lors de la réorganisation du Muséum en 2001, elle fut rattachée au « département des jardins botaniques et zoologiques » et depuis 2017 au département « Adaptations du vivant » qui gère environ animaux vivantsRapport d'activité : Muséum national d'histoire naturelle (2017) ; section « Organisation », . Depuis , Aude Bourgeois est la directrice de la ménagerie..
Elle est membre permanent de l'Association européenne des zoos et aquariums et s'engage dans la conservation ex situ en participant à des programmes européens pour les espèces menacées (EEP et ESB), dont elle en coordonne cinq. Elle est également membre de l'Association mondiale des zoos et aquariums (WAZA).
Histoire Création de la ménagerie L'idée de la fondation d'une ménagerie à Paris commence à germer pendant la période de la Révolution française, en 1792. Après que Louis XVI a été contraint d'abandonner Versailles pour retourner à Paris en , la ménagerie royale de Versailles tombe en ruine et subit les pillages, de nombreux animaux étant même tués. Le , à la veille de la Première République, le régisseur du domaine de Versailles écrit à Bernardin de Saint-Pierre, alors surintendant du Jardin des plantes de Paris, pour l’informer qu’Étienne Clavière, le ministre des Finances, l’a chargé d’offrir au Cabinet d’histoire naturelle les derniers animaux de la ménagerie de Versailles afin qu'ils y soient exposés taxidermisés. Lorsqu'il visite les lieux, seuls subsistent cinq animaux sauvages : un quagga, un bubale, un goura, un lion d'Afrique (prénomé Woira) et un rhinocéros indien. De retour à Paris, il rédige son Mémoire sur la nécessité de joindre une ménagerie au Jardin national des plantes de Paris, dans lequel il s'adresse à la Convention nationale afin de la convaincre de fonder cette institution présentant des animaux vivants, principalement à des fins d'étude du règne animal et d'instruction publique, mais aussi pour le progrès des arts naturalistes, de l'économie rurale et de la philosophie.
Les premiers animaux à arriver sur le site sont des animaux confisqués aux forains qui les exhibaient dans les rues de la capitale et dont l'activité est interdite par arrêté municipal le . Ils sont rejoints par les animaux des ménageries de Versailles et du Raincy (appartenant au duc d'Orléans), respectivement le et le .La ménagerie du Jardin des plantes ouvre officiellement le , ce qui en fait un des zoos les plus anciens du monde toujours ouverts au public, après celui de Schönbrunn à Vienne qui est fondé dès 1752. Lorsqu'elle ouvre, elle n’a pas encore l’étendue qui est la sienne aujourd’hui : la partie nord était encore partagée entre des propriétés privées. Elle n’acquerra sa surface présente qu’en 1860, lorsque Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, alors directeur du Muséum, préconisera d’agrandir la ménagerie pour y étudier le comportement des animaux dans des espaces plus appropriés.. Lors de son ouverture la ménagerie abrite seulement 58 animaux : 32 mammifères et 26 oiseaux (dont un lion, un quagga, un bubale, des paons, des daims, des moutons, des chèvres, des singes, des ours, un chameau et un taureau).
Diversification des espèces jusqu'à la fin du vignette|Jean-Baptiste Huet, Les lions Marc et Constantine et leur troisième portée de lionceaux, née le 17 juillet 1801. À partir de 1798, la jeune ménagerie accueille plusieurs animaux ramenés par les armées de la Convention, puis par les armées napoléoniennes : ainsi l'année 1798 voit l'arrivée des lions d'Afrique Marc et Constantine (offerts par le roi du Maroc et le dey d'Alger, ils donnent naissance à trois lionceaux dès 1800), ainsi que des éléphants asiatiques Hans et Parkie (réquisitionnés à la ménagerie du stathouder de Hollande) qui seront hébergés au parc respectivement de 1798 à 1802 pour Han, et de 1798 à 1817 pour Parkie. D'autres animaux affluent donnés ou réquisitionnés : les ours de Berne et des porcs-épics donnés par le gouverneur du Cap. vignette|Louis-Jean Allais, Nicolas Huet le Jeune, Vues du jardin des Plantes, à Paris, Jardin Anglais et derriere de la Serre, vers 1817. Au cours de son histoire, elle a présenté une grande variété d’espèces animales, dont la première girafe présentée en France (Zarafa, en 1826), des hippopotames, des ours bruns, blancs et malais, des bisons, des tigres, des gorilles, des chimpanzés, des phoques ou des otaries. vignette|Andrew-Best-Leloir, L'étable de la girafe dans la grande rotonde de l'éléphant, 1842 - avec Zarafa. Beaucoup de constructions, parfois sophistiquées pour l’époque, ont été édifiées à cet effet au et au début du , succédant aux enclos et cages sommaires du début : rotonde, fosses aux ours, singeries, fauveries, maisons des rapaces et des reptiles, faisanderies. Au fil du temps, on y a installé des fosses aux ours (1805), des loges des « animaux féroces » (1817-1821), une rotonde des « animaux paisibles » (1804-1812), un palais des singes (1835-1837), un pavillon des reptiles (1870-1874), un bassin des crocodiles, un bassin des otaries (1882), une grande volière, une faisanderie (1881), une cage des oiseaux de proie (1820-1825), auxquelles s’ajoute la grande volière métallique édifiée en 1888 par Alphonse Milne-Edwards pour l’Exposition universelle de 1889Selon "La Revue de Paris" et toujours utilisée.
Guerres et renouveaux de 1870 à la fin du Au , des promenades à dos d'éléphant d'Asie et de dromadaire avaient lieu pour le public dans les allées de la ménagerie moyennant un supplément ; elles ont cessé dans les années 1930 pour des raisons de sécurité (chutes).. Lors du siège de Paris (1870-1871), la ménagerie est bombardée et le parc ne peut plus subvenir aux besoins de ses pensionnaires : les animaux, dont les éléphants Castor et PolluxCertains animaux survécurent, comme les singes jugés trop proches des humains pour être tués, les lions et les tigres trop dangereux, et les hippopotames parce que le prix de francs qu’on en demandait était hors de portée des bouchers., sont alors abattus puis mangés par les Parisiens assiégés et affamés.
Quelques animaux comme des primates, des lions, des tigres, des hippopotames et un rhinocéros seront toutefois épargnés et les collections animales vite reconstitués après la guerre.
Dans les années 1890, après presque cent ans d'existence, plusieurs bâtiments vieillissants sont en très mauvais état, telle la rotonde. En 1910 la ménagerie abrite presque : 407 mammifères, 636 oiseaux, 216 reptiles, 237 amphibiens et 197 poissons. Les périodes de pénurie, lors de la Première Guerre mondiale, entraînent une sévère réduction du nombre d'animaux : en 1918 il ne reste que 124 mammifères et 205 oiseaux.
Parmi les pensionnaires les plus célèbres de la fin du XIX siècle figure l'éléphant africain Saïd, arrivé le 8 avril 1883. Animal d'ordinaire très pacifique, il est au cœur de plusieurs faits divers rapportés par la presse : en 1892, il tord le poignet d'un assistant de la ménagerie, Ernest Sauvinet ; en août 1905, il étouffe son cornac de vingt-cinq ans, le brigadier François-Xavier Neff, qui succombe de ses blessures.
Ces événements contribuent au contexte dans lequel est fondée quelques mois plus tard, en décembre 1905, la société des Amis de l'Éléphant« Un drame au Jardin des Plantes. L'éléphant "Saïd" étouffe son gardien », Le Journal, 31 août 1905, disponible sur RetroNews (BnF)..
À partir de 1926, la ménagerie est protégée au titre des monuments historiques par plusieurs arrêtés (inscriptions en 1926, 1937, 1964, 1989 et 1992 ; classements en 1930 et 1937).
Le parc zoologique de Vincennes vient en 1934 compléter la Ménagerie et accueillir les animaux qui y étaient à l’étroit, tels les éléphants ou les girafes. La ménagerie tente elle aussi de se moderniser, les vieux bâtiments centenaires que sont alors les « loges des animaux féroces » et le « palais des singes » sont démolis et remplacés par la singerie (1934) et la fauverie (1937) actuelle. vignette|Plan de la Ménagerie en 1910. Au milieu du , la ménagerie nécessite des rénovations qui ne peuvent être entreprises, faute de moyens (c'était aussi l'époque où la galerie de Zoologie, depuis 1994 renommée « grande galerie de l'Évolution », avait dû fermer parce qu'il pleuvait à travers sa verrière). Les animaux vivaient dans des installations généralement dégradées et exiguës et par conséquent la ménagerie est contestée par les mouvements anti-zoos et éclipsée par des parcs zoologiques plus modernes (zoo de Vincennes, Thoiry ZooSafari).
C’est à partir des années 1980 qu’une politique de réhabilitation de la ménagerie peut enfin être mise en œuvre, avec plusieurs rénovations successives (volières à rapaces, rotonde, pavillon d’herpétologie…). En 1993, un nouvel arrêté classe monuments historiques les bâtiments, sols et clôtures de la ménagerieMénagerie, le zoo du Jardin des Plantes.
vignette|Distribution des enclos et des vivarii dans la ménagerie du Jardin des plantes, classée, avec l'ensemble des bâtiments, monument historique le 24 mars 1993.
Une nette préférence est alors accordée à la conservation et présentation d’espèces de petite et moyenne taille, généralement peu connues et menacées d’extinction. Ainsi de 1991 à 1996, la Ménagerie accueille en moyenne annuels.
Contestations au nom de la défense des animaux et adaptations au Dès 1979, la Fondation droit animal, éthique et sciences avait entrepris des actions ayant pour objectif de faire fermer la Ménagerie, au nom de la défense de ses pensionnaires. L'association propose alors, avec l'appui d'écoles municipales limitrophes, un projet architectural visant à transformer le parc zoologique en ferme pédagogique. Les soigneurs prennent conscience dans les années 1980 que les animaux peuvent souffrir de la captivité. Les plus grandes espèces (éléphant, girafe, lion, tigre, guépard, gorille, chimpanzé, ours, loup, zèbre, hippopotame, rhinocéros, yack, panthère des neiges), quittent progressivement la ménagerie des années 1970 à 2020 à mesure que le respect des droits des animaux progresse dans la société française. En effet, les installations de petite taille, impossibles à agrandir dans cet espace enclavé, n’offrent pas des conditions de vie compatibles avec les besoins de ces grands animaux. Ces espèces ne sont aujourd'hui plus présentées à la Ménagerie, mais pour certaines au zoo de Vincennes, plus vaste et rouvert après rénovation en 2014. En parallèle, des programmes d'enrichissement sont mis en place pour lutter contre l'ennui et le mal-être engendrés par la privation de liberté. Les perroquets sont entrainés à la réflexion, les orang-outang disposent de jeux et peuvent exercer leur créativité via la peinture et les fauves sont incités à rechercher leur nourriture.