L'histoire comparée est une démarche consistant à mettre en parallèle des éléments du passé pour en faire ressortir les points communs et les différences, voire pour en tirer des réflexions plus générales sur l'histoire (fonctionnement des systèmes, mise en évidence de structures...). L'histoire comparée des sociétés est apparue comme une spécialité importante parmi les intellectuels des Lumières au XVIIIè siècle, déjà chez Montesquieu, chez Voltaire et Adam Smith entre autres. Les sociologues et économistes du XIXe siècle ont souvent exploré l'histoire comparée, ainsi qu'en témoignent Alexis de Tocqueville, Karl Marx et Max Weber. Marc Bloch est l'un des grands noms qui ponctuent l'histoire comparée à partir de 1900.

En science historique, cette démarche comparatiste pose notamment le problème de sa méthodologie. Sur le plan épistémologique, l'histoire comparée entre en interaction avec plusieurs autres sciences humaines et sociales.

À partir de la fin du dans le contexte européen d'une coopération franco-allemande entre chercheurs, et ce dans un monde de plus en plus globalisé, quant à l'histoire croisée qui privilégie d'aborder l'histoire transnationale dans une histoire multi-perspectives (l'histoire globale étant apparue dès les années 1980) l'histoire comparée se renouvelle donc sous l'impulsion des tendances historiographiques de celle-ci. Il s'agit dès lors, et dans ces démarches, d'écrire avec Leopold von Ranke et, en son métier d'historien : ().

Histoire et comparaison L'histoire comparée a elle-même son histoire, ponctuée à partir de 1900 par de grands noms comme ceux de Henri Berr, Émile Durkheim, Marc Bloch Le Dictionnaire des sciences humaines, (Dir. Sylvie Mesure, Patrick Savidan), Paris, PUF, 2006, Entrée « Histoire comparée » (Christophe Charle). Voir : .

Si la comparaison fait partie de toute opération cognitive, est Bénédicte Zimmermann, « Histoire comparée, histoire croisée » dans Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia et Nicolas Offenstadt (dir.), Historiographies. Concepts et débats, vol. I, Gallimard, , 2010, . : selon Bénédicte Zimmermann, la guerre de 1870 puis la Première Guerre mondiale ont entrainé en Europe, ainsi qu'en témoigne de Marc Bloch « Pour une histoire comparée de sociétés européennes ».

L 'a priori sociologique : Fustel de Coulanges

Henri Pirenne D'après Élise Julien, alors que Max Weber cherche à dégager la spécificité des sociétés occidentales modernes par le détour d’une comparaison à grande échelle et que l’histoire francophone connaît une évolution semblable dans les années 1920, Henri Pirenne épouse ouvertement la cause comparatiste en 1923 avec son discours au Ve Congrès international des sciences historiques à Bruxelles Henri Pirenne, « De la méthode comparative en histoire », dans Compte rendu du Ve Congrès international des sciences historiques, Bruxelles, 1923, Élise Julien, « Le comparatisme en histoire. Rappels historiographiques et approches méthodologiques », Hypothèses, vol. 8, no. 1, 2005, . Par sa méthode, Pirenne a été considéré comme l'inspirateur de l'école historique française dite École des Annales. Jacques Le Goff écrit : « pour les fondateurs des Annales il s'agissait de retrouver la synthèse historique et la perspective comparatiste, admirant la façon dont Henri Pirenne en avait parlé dans sa Méthode comparative en histoire au V congrès international des sciences historiques, le , première édition : Retz CEPL, 1978.. »

Marc Bloch, méthode et comparaison . D'après J.M. Hannick, : Pour Bloch, pratiquer la méthode comparative, . La méthode comparative aurait Jean-Marie Hannick, « Simples réflexions sur l'histoire comparée »,d'après J.-M. Hannick, « Brève histoire de l'histoire comparée », paru dans Guy Jucquois, Christophe Vielle (éd.), Le comparatisme dans les sciences de l'homme. Approches pluridisciplinaires, De Boeck|De Boeck université, Bruxelles, 2000, . Voir .

Histoire comparée et sciences humaines Tout au long du vingtième siècle, l'histoire comparée se trouve impliquée dans sa relation à d'autres sciences humaines et sociales, mais en premier lieu à la sociologie qui nécessite la démarche comparative pour se définir en tant que science.

, explique Olivier Dumoulin, , contrairement à ce que pensent les qui . Au début du siècle, le , écrit-il, . Bien plus tard, quand l'objet de l'histoire comparée aura , Michel de Certeau observera dans les années 1970 que recourt à la démarche comparative , parce que Dictionnaire des sciences historiques (dir. André Burguière ), Entrée: , article d'Olivier Dumoulin, Paris, PUF, 1986, .

Nouvelles approches

Synchronie et diachronie L'une des difficultés de , difficultés qui toutes, concernent , réside, selon Michael Werner et Bénédicte Zimmermann, dans le fait que Werner Michael, Zimmermann Bénédicte, « Penser l'histoire croisée : entre empirie et réflexivité. », Annales. Histoire, Sciences Sociales 1/2003 () , , voir en ligne , consulté le 19 janvier 2016. .

Limites du comparatisme : transferts culturels

Des réserves ont été exprimées sur par Michel Espagne qui introduit la notion de « transferts culturels »Michel Espagne, « Sur les limites du comparatisme en histoire culturelle », In: Genèses, 17, 1994. Les objets et les choses, sous la direction de Francine Soubiran-Paillet. , .. Michel Espagne a Christophe Prochasson, Michel Espagne et Michael Werner (éd.), Transferts. Les relations interculturelles dans l'espace franco-allemand (), In Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 46ᵉ année, N. 4, 1991, , relève Michel Trebitsch en 1998 dans Pour une histoire comparée des intellectuels: Michel Trebitsch dans Pour une histoire comparée des intellectuels (dir. : M. Trebitsch, M-C. Granjon), Bruxelles, Complexe, 1998, coll. « Histoire du temps présent », et . M. Trebitsch réfère en notes à Michel Espagne, « Sur les limites du comparatisme en histoire culturelle », Genèses, n° 17, septembre 1994, et à Michel Espagne et Michael Werner, Transferts. Les relations interculturelles dans l'espace franco-allemand (), Paris, Éditions Recherches sur les civilisations, 1988..

De la comparaison à l'histoire croisée Ainsi que l'observe Bénédicte Zimmermann, la chute du mur de Berlin en 1989 et la fin de la guerre froide marquent un nouveau tournant après celui de l'après Seconde Guerre mondiale. L'après-guerre aura donné lieu en effet à de avec des clés d'explication des conflits mondiaux (ainsi, la thèse controversée du Sonderweg allemand). Tandis que la comparaison comme méthode de recherche et de construction d'objets occupait auparavant une place dominante , on assiste désormais, du fait de la nouvelle donne politique, à la . L'histoire croisée .

De même que l'histoire comparée s'est déployée sur le terrain fécond d'une coopération entre chercheurs français et allemands, de même .

Notes et références

Voir aussi Bibliographie (Dans l'ordre alphabétique des noms d'auteurs)

Christophe Charle, « Intellectuels, Bildungsburgertum et professions au XIXème siècle ». Essai de bilan historiographique comparé (France, Allemagne), In Actes de la recherche en sciences sociales Vol. 106-107, , Histoire sociale des sciences sociales, , « Histoire comparée », dans Le Dictionnaire des sciences humaines (dir. Sylvie Mesure, Patrick Savidan), Paris, PUF, 2006, . Olivier Dumoulin, « Comparée (Histoire) », in Dictionnaire des sciences historiques (dir. André Burguière), Paris, PUF, 1986, . Michel Espagne, « Sur les limites du comparatisme en histoire culturelle », In: Genèses, 17, 1994. Les objets et les choses, sous la direction de Francine Soubiran-Paillet. , . Moses I. Finley, « La Cité antique. De Fustel de Coulanges à Max Weber et au-delà » dans Mythe, Mémoire, Histoire, París, Flammarion, 1981, pp. 89-120. François Hartog, Le XIXe siècle et l'histoire. Le cas Fustel de Coulanges, París, Presses Universitaires de France, 1988. Guy Jucquois, Christophe Vielle (éd.), Le comparatisme dans les sciences de l'homme. Approches pluridisciplinaires, De Boeck université, Bruxelles, 2000, Élise Julien, « Le comparatisme en histoire. Rappels historiographiques et approches méthodologiques », Hypothèses, vol. 8, no. 1, 2005, . Arnaud Macé, « Renan et Fustel : le comparatisme indo-européen et la science des origines », in Romantisme, vol. 185, no. 3, 2019, , . Arnaldo Momigliano, « La Cité antique de Fustel de Coulanges » dans Problèmes d'historiographie ancienne et moderne, Paris, Gallimard, 1983, 402-423 Henri Pirenne, « De la méthode comparative en histoire », dans Compte rendu du Ve Congrès international des sciences historiques, Bruxelles, 1923, . Christophe Prochasson, Michel Espagne et Michael Werner (éd.), Transferts. Les relations interculturelles dans l'espace franco-allemand (), In Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 46ᵉ année, N. 4, 1991, Peter Schöttler, « Le comparatisme en histoire et ses enjeux : l'exemple franco-allemand », In Genèses, 17, 1994. Les objets et les choses, sous la direction de Francine Soubiran-Paillet. p. 102, Michel Trebitsch, Marie-Christine Granjon (dir.), Pour une histoire comparée des intellectuels, Bruxelles, Complexe, 1998, coll. « Histoire du temps présent », Michael Werner et Bénédicte Zimmermann (dir.), De la comparaison à l'histoire croisée, Seuil 2004. Michael Werner et Bénédicte Zimmermann, « Penser l'histoire croisée : entre empirie et réflexivité », Annales, Histoire, Sciences Sociales, vol. 58e année, no. 1, 2003, Bénédicte Zimmermann, « Histoire comparée, histoire croisée » dans Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia et Nicolas Offenstadt (dir.), Historiographies. Concepts et débats, vol. I, Gallimard, , 2010, .

Articles connexes Histoire intellectuelle Méthodologie Histoire croisée Histoire transnationale Histoire culturelle Histoire globale Histoire connectée Histoire rurale Robert Fossier

Liens externes Groupe de recherche « transferts culturels » à l'ENS (Paris) auprès du CNRS: Forum spécialisé concernant l'histoire des transferts culturels et les imbrications transnationales en Europe et dans le monde:

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