Le parler marseillais est la forme locale du français parlé dans la région de Marseille et modifié par le substrat linguistique provençal sur lequel il s'est greffé, mais aussi par les apports linguistiques dus aux diverses immigrations, notamment au cours des , ainsi que par l'évolution linguistique propre à toutes les langues vivantes.
Histoire L'apparition du parler marseillais remonte à la seconde moitié du , époque où une grande partie des habitants parlent encore le provençal. Ils s'approprient alors la langue française sous l'influence du vocabulaire, de la grammaire et de l'accent provençal ; 90 % du parler marseillais viendrait encore du provençal. En même temps, cette accommodation s'est construite par une francisation de certains termes provençaux tout en gardant les prononciations et intonations du langage provençal. Ce mélange linguistique est une des caractéristiques de l'« accent marseillais ».
Le vocabulaire marseillais s'enrichit également des vagues d'immigration successives. L'italien a été très influent, sans doute grâce à sa proximité avec le provençal, mais le langage s'étoffe aussi de mots arabes, corses, comoriens ou calós. Si la jeunesse du début du intègre au parler marseillais de nombreux termes et expressions issus de leur pays d'origine, beaucoup de mots provençaux sont encore largement utilisés et conservés dans leur usage courant (cagole, dégun, fada, peuchère, etc.)
Depuis 2006, l'Académie de Marseille a son propre dictionnaire du parler marseillaisDominique Auzias, Jean-Paul Labourdette, Peuchère ! Un dico de la langue marseillaise !, Marseille 2014, Petit Futé, 18 février 2014..
Usage et diffusion Beaucoup d'habitants de la région de Marseille restent fidèles au parler local, y compris aux expressions en provençal, comme l'illustrent le style caractéristique de groupes musicaux marseillaisQuand la France parle le marseillais, lepoint.fr, 11-10-2007. ou l'utilisation de ces expressions par les institutions localesMarseille Un gabian pour faire passer le tram, article dans 20 minutes-MarseilleZou pour des trains moins chers, article dans Métrofrance-Marseille ou par l'Olympique de MarseilleOM_maillots_Degun publicité Olympique de Marseille dans leurs communications respectives.
Variantes sociologiques Derrière l'apparente unicité du parler marseillais, des variantes sont identifiables en plus de l'accent populaire « traditionnel » : un accent dit « des quartiers nord » et un accent dit « de la bourgeoisie marseillaise »Binisti, N., Gasquet-Cyrus, M. (2003) « Les accents de Marseille », Cahiers du Français contemporain, 8, Lyon : ENS Éditions, ..
Accent « jambon » L'accent de la bourgeoisie marseillaise serait « provençal », « chantant » mais moins « vulgaire » que le parler populaire. À Marseille, cet accent « retenu » est qualifié de « pointu » ou « jambon »..
Cet accent se caractérise par le phonème /ɑ̃/ prononcé [ɔ̃] et /ɛ̃/ prononcé [œ̃].
Dans Trois jours d’engatse, Philippe Carrese décrit ainsi l'accent « jambon » :
Accent « des quartiers nord » L'accent « des quartiers nord » se caractérise par une plus forte palatalisation : quartier devient /kaʁ.tʃe/, petit devient /pə.tʃi/.
Originaire du nord de la ville, cet accent s'entend de plus en plus chez les jeunes adultes et les adolescents de Marseille, parfois même dans les quartiers sud. Il est parfois perçu comme un accent « des cités »..
Phonologie Accent tonique prononciation des -e terminaux ainsi que des -e intersyllabiques, normalement muets à Paris : « Une petite femme sur la fenêtre » se prononce en marseillais /y.nə.pə.tʃi.tə.fa.mə.syʁ.la.fə.nɛ.tʁə/ (« uneu peutiteu fame sur la feunétreu ») au lieu de /yn.ptit.fam.syʁ.la.fnɛtʁ/ (« une p(e)tite fame sur la fnètre ») dans le parler parisien ; soit le double de syllabes. simplification de -è ouverts en -é fermés il n'est fait aucune distinction entre les, lait, laid, lais ou laie, prononcés tous indistinctement [le] (« lé ») les mots marseillais, très, après, etc., se prononcent /maʀ.sɛ.je/, /tʁe/, /a.pʀe/) ;
Voyelles nasales devant p ou b : am / em se prononcent amm ; om se prononce omm. « empéguer » devient donc « ammpégué » ; « tomber » devient « tommbé. » devant q : an / en se prononcent èng ; on se prononce òng ; « tranquille » devient donc « trèngkile » ; « Arenc » devient « Arèngk » ; « jonquille » devient « jongkiye. » devant t, tch, d, dj : en / an / em se prononcent ann ; in, ain, ein se prononcent ènn. « Endoume » devient donc « Anndoume » ; « peintre » devient « pènntre ». à la fin d'un mot, -an se prononce -ang ; -in / -ain deviennent -èng ; -on devient -òng ; -un devient -œng. il y est conservée donc, à la différence du français parisien, une nette distinction entre « brun » et « brin », « un » et « hein » ; notons que cette distinction est de moins en moins présente parmi les jeunes générations.
Mutation consonantique et vocalique Transformation de la syllabe initiale re- en ro-. rocommencer, roprendre, romonter pour recommencer, reprendre, remonterhttps://journals.openedition.org/tipa/753 Dans Sidi (parodie du Cid en marseillais, 1997), H.-F. Blanc est ainsi l’un des seuls à avoir transcrit un phénomène phonétique intéressant, le passage du schwa à une voyelle postérieure [o]. .
simplification des /l/ et /n/ + /j/ : « escalier » se prononce esca-(l)-ierParticularité commune avec le parler lyonnais ; « magnolia » devient manolia ; « peignoir » et « baignoire » deviennent pénoir, bainoire. Ce trait de prononciation était déjà existant dans la variante du provençal parlé à Marseille« à Marseille, G tombe fréquemment devant N : pigno, pino, tigno, tino, vigno, vino » https://www.lexilogos.com/provencal/felibrige.php?q=g ;
Diérèse et palatalisation diérèse de certaines diphtongues : « avion » se prononce /a.vi.jɔ̃/ (« aviyon »), « camion » devient /ka.mi.jɔ̃/ (« camiyon »), « rien » devient /ʁi.jɛ̃/ (« riyin »)Le marseillais. Guide de conversation pour les nuls, . ; palatalisation de t et d devant les voyelles i et uQuartier devient /kaʁ.tʃe/, petite devient /pə.tʃi.t(ə)/, voiture devient vwa.tʃy.ʁ(ə)Français : variations, représentations et pratiques, , ENS Éditions.. À l'oral, tu as peut devenir /tʃɑ/ et tu es, /tʃe/, à la différence du parler parisien, on /ty.a/ et /ty.ɛ/ seront simplifiés en /ta/ et /tɛ/ à l'oral. Ce trait de prononciation est particulièrement appuyé dans les quartiers nord de la ville.
Grammaire Usage fréquent d'impératifs de verbes pour attirer l'attention : Tè ! (« tiens ! »), vé ! (« vois ! ») Usage d'interjections pour marquer l'expression : « Oh fan ! » (exclamation de surprise) ; « Qué » signifie « quoi, quel » (« Qué rendez-vous ? » a le sens de « Quel rendez-vous ? De quoi tu me parles ? ») ; Usage transitif de verbes intransitifs en français standard, sur le calque du provençal : « tu vas tomber le verre » pour « tu vas faire tomber le verre » ; Usage particulier des superlatifs et comparatifs : « Je préfère mieux » pour « je préfère encore »; « c'est plus pire » pour « c'est encore pire ».
Lexique {| class="wikitable" |+Lexique de mots et expression du parler marseillais !Origine !Mot !Définition !Étymologie |- |Provençal |aganter (variante : guinter) |saisir, attraper |provençal agantar (attraper) |- |Italien |aouf |« gratuit » |a ufo, acronyme du latin ad usum fabricae operis. |- |Provençal |arapède|nom local de la patelle, coquillage collé aux rochers ; par dérivation, personnage dont on ne peut pas se débarrasser |L'occitan général emploie la forme alapeda, du latin lepas, lepadis|- |Provençal |bader|« regarder bouche bée », « contempler », admirer » |badar : « béer » |- |Français |ballon|« football » (par métonymie) |- |Français |bandeur|lèche-cul |bander sur quelqu'un = l'envier, le courtiser |- |Provençal |barbeau|originellement un poisson, signifie blanc bec, jeune homme voire proxénète en argot marseillais.. |barbèu|- |Provençal |bastide|grande maison de campagne que les bourgeois se faisaient construire |bastida : « bâtie » |- |Provençal |bestiasse|bête féroce |bestiasso|- |Provençal |bette|bateau appelé improprement « pointu » |beta|- |Provençal |Bèou|Beau, grand. Souvent utilisé dans l'interjection « Mon bèou » (parfois orthographié bew) |bèu|- |Provençal |bisquer|« râler », « rouspéter » |biscar|- |Provençal |bomber|« frapper » |bombar|- |Provençal |bordille|« ordure », au sens propre comme au figuré |bordilha|- |Provençal |borie|cabane en pierre sèche |bòri|- |Caló |botch|fou, cinglé |du catalan boig ou de l'occitan baug|- |Provençal |bouléguer|« (se) bouger », « (se) secouer » |bolegar : « remuer, agiter » - du lat. tardif bullicare|- |Provençal |bouchon|petite boule servant de but à la pétanque |bouchoun : « petite boule » |- |Provençal |bougnette|tache (sur un vêtement) |bougneto : « tache d'huile » |- |Arabe |brêle|« idiot », « incapable » |بغل, beḡel : « mulet » |- |Provençal |cacou|jeune voyou, a donné aussi kéké|quèco|- |Provençal |cafi ou clafi|« rempli », dans le sens « qui abonde de qqch » |dérive du latin clavo figere : « fixer au clou » |- |Provençal |cafoutche|placard ou pièce en désordre, débarras |cafoucho|- |Provençal |cagnard|lieu fortement exposé au soleil, chaleur étouffante |canhard|- |Provençal |cagole|fille vulgaire |cagola, cagoule, portée par les jeunes filles travaillant dans les usines de dattes, réputées de basse extraction |- |Provençal |caguer|« déféquer » ; se caguer : « avoir peur » (familier) ; cagade : grosse bêtise (familier) ; caguette : peureux |cagar|- |Provençal |capèu|chapeau |capèu|- |Provençal |chaler|transporter quelqu'un avec soi sur sa bicyclette, son scooter ou sa moto |chalar|- |Piémontais |chapacan|« bon à rien » |ciapa can : « attrape-chien » |- |Provençal |chaufestre|Dans l'expression "faire chaufestre", énerver, abuser |escaufèstre, énervement, surexcitation |- |Provençal |chichi-frègi|sorte de beignet de forme oblongue, préparation ressemblant à celle du churros |chichí fregit : « petit oiseau frit » (le chichi désigne à la fois un petit oiseau et le sexe masculin) |- |Parler jeune |chnine|telephone |chnine|- |Arabe |chouf |« faire le guet », « guetteur » |شاف : « regarder » |- |Provençal |collègue|« ami », « copain » |collèga, utilisé dans sens d'ami. |- |Provençal |couillon|imbécile, benêt (familier) |colhon, testicule |- |Français |craindre|« mal supporter » (au sens de détester : « je crains l'alcool »), avoir peur de qqch ("je crains qu'il pleuve") |- |Provençal |dégun|personne (nul individu) |degun, même signification |- |Provençal |de longue|« tout le temps» |de lònga, même signification |- |Provençal |emboucaner|« escroquer », « abuser », « tromper », "embêter", "taquiner" ("je t'emboucane") |bocanar, embocanar, faire du bruit, se quereller |- |Provençal |empéguer|« mêler à une affaire », « verbaliser », « attraper », se faire embêter |empegar : « encoller » - de pegar : « coller ». |- |Provençal |encaper |réussir, atteindre un but, |encapar |- |Italien |engatser (s') |s'énerver |incazzarsi, avec la prononciation des dialectes centro-méridionaux de la langue |- |Provençal |ensuquer |endormir, assommer |ensucar : « assommer » - de suc, argot provençal signifiant la tête, littéralement « taper sur la tête ». |- |Provençal |esque |vers servant d'appât de pêche |esca : « le bout », « la terminaison » (ici, de la canne à pêche) |- |Provençal |esquicher |« serrer » ; esquiché : « à l'étroit » |esquichar, serrer, écraser |- |Provençal |estanquer |escroquer |estancar : « arrêter ». La signification « escroquer » est propre à Marseille. |- |Provençal |estrasse |« torchon », au sens propre comme au figuré |estraça, substantivation du verbe estraçar : « déchirer ». |- |Provençal |fada, fadade |« fou, folle » |fadat, fadada : « fou », « niais », dérivé de fada, « la fée ». Qui a littéralement des fées dans la tête. |- |Italien |fatche |« face », devenu exclamation de surprise (« oh fatche (de con) ! ») |faccia : « face » |- |Provençal |favouille