vignette|alt=Vestiges d'une maison d'administrateurs|Fordlandia, Pará, 2005 : ancienne maison d'administrateur. vignette|alt=Vestiges d'usine de caoutchouc et débarcadère sur le Tapajos|Fordlandia, Pará, 2005 : Vestige d'usine de latex et débarcadère sur le Tapajos.

Fordlândia est le nom donné à une ville nouvelle, une cité ouvrière du monde américain (« company town »), bâtie par l’industriel américain Henry Ford en 1928. Traduction d'un article de Simon Romero paru au New York Times le 20 février 2017., sur une immense concession au bord du Rio Tapajós dans l'État de Pará au Brésil. Elle se situe à mi-parcours entre Santarem et Itaituba. Elle est reliée actuellement par une piste de à la Transamazonienne (route BR-230) près de Ruropolis. Sa création répond au besoin d’exploiter le caoutchouc naturel mais le projet se solda par un échec complet.

Présentée parfois comme une ville fantômeVincent Joly, « Dans le cœur vide des villes fantômes », in Le Figaro Magazine, semaine du 13 décembre 2013, ., Fordlândia compte cependant à la fin des années 2010 environ ...

Histoire Henry Ford avait l'intention d'utiliser Fordlandia comme une source d’approvisionnement en caoutchouc pour les pneus des voitures Ford, en mettant fin à sa dépendance pour le caoutchouc de la Malaisie britanniqueLes arbres à caoutchouc originaires de l'Amérique avaient été transplantés en Asie en culture intensive pour les besoins des industriels européens au . Ils ont été exploités dans le système colonial jusqu'après la Seconde Guerre mondiale.. Il voulait en faire la plus grande plantation de caoutchouc du monde, avec une matière bon marché, qui réduirait par conséquent le coût de ses pneus.. Il se basa sur les résultats d'une mission mixte americano-brésilienne qui avait eu lieu en 1923-1924 dans une grande partie du bassin amazonien. Cette mission avait présenté un rapport au département du Commerce des États-Unis recensant tous les territoires d'implantation des hévéas natifs situés au Brésil, au Pérou et en Bolivie. Le territoire de Fordlandia était vallonné, rocheux. Mais aucun des cadres de Ford n'avait une connaissance suffisante de l’agriculture tropicale pour réussir un tel projet. En effet, les arbres à caoutchouc, plantés de manière très dense près les uns des autres dans les plantations, devinrent des proies faciles pour la rouille, un champignon phytopathogène, le Microcyclus ulei et les insectes.

Henry Ford a imposé pour la ville la version puritaine des patrons chrétiens de la période de la Prohibition, y compris l'utopie dans le système de production et la constitution d'une cité. Henry Ford a inscrit son action dans le système capitaliste pur tout rejetant le paternalisme. Le « fordisme » représente le modèle d'organisation et de développement d'entreprise dans le « compromis économique et social vertueux » selon Henry Ford qui par convictions prônait le « mode-de-vie sain »"Henry Ford Health System" est le système de santé conçu par Henry Ford franc-maçon qui par convictions hygiénistes était fermement opposé à la consommation de tabac et d'alcool (voir Henry Ford#Welfare capitalism).. Il est également opposé au syndicalisme et instaure dans ses unités de production une police privée interne.

Les employés recrutés localement devaient porter des badges d'identification et travailler aux heures les plus chaudes de la journée, sous le soleil tropical. Le climat agressif a fait de très nombreux morts, plus que les autres conditions de travail. Les ouvriers, souvent des Amérindiens brésiliens, sont nourris avec des produits dont ils n'ont pas l'habitude, comme des hamburgers. Par ailleurs, il leur est interdit de boire de l'alcool et de fumer, dans les lieux publics comme privés.

Dans ces conditions, beaucoup d'ouvriers refusent de travailler et, en 1930, certains se révoltèrent contre l'encadrement. Le mouvement se termina au bout de quelques jours, après l'arrivée sur place de l'armée brésilienne.

Pendant la brève histoire de son activité de ville-usine, un village s'était établi à quelques kilomètres en amont, sur l'île de l’Innocence, avec des bars, des boîtes de nuit et des prostituées.

Greg Gandin, professeur à l'université de New York, reproduit dans l'un de ses ouvrages le témoignage d'une jeune femme ayant accompagné son père ingénieur à Fordlândia : .

Le gouvernement brésilien était alors peu ouvert aux investissements étrangers, tout particulièrement dans la région amazonienne, et n'offrit que peu de soutien à ce projet. Ford tenta une nouvelle expérience en amont de la première, à Beltarra, où le climat était plus favorable à la culture du caoutchouc. Au début des années 1940, une équipe du studio Disney en tournée en Amérique du Sud réalise un documentaire commercial sur la gigantesque plantation intitulé (1944) Steven Watts, The Magic Kingdom, ..

À partir de 1945, le développement de la production de caoutchouc synthétique réduit la demande mondiale en caoutchouc naturel. Par ailleurs, les arbres sont décimés par Microcyclus ulei, un champignon phytopathogène, alors que le climat provoque la mort de nombreux employés. Ces problèmes conduisent Ford à cesser ses investissements.

Fordlândia fut un échec total et Henry Ford, qui n'y est jamais allé, revendit ses possessions en 1945 avec une perte de 20 millions de dollars. La ville est donc abandonnée à partir de 1945. L'administration brésilienne laisse les lieux en l'état. Les machines sont pillées et la nature reprend ses droits.

Le gouvernement brésilien a initié en 1990 une procédure de classement (tombamento). Cette procédure est toujours en cours et, en mai 2026, la justice fédérale a ordonné à l'Union, à l'État du Pará, à la municipalité d'Aveiro et à l'IPHAN de mettre en œuvre des mesures de conservation et de restauration du site historique, malgré l'absence de classement fédéral définitif"Justiça Federal atende a pedido do MPF e condena poder público a recuperar o complexo histórico de Fordlândia (PA)"|date=29 mai 2026|https://www.mpf.mp.br/o-mpf/unidades/pr-pa/noticias/justica-federal-atende-a-pedido-do-mpf-e-condena-poder-publico-a-recuperar-o-complexo-historico-de-fordlandia-pa. Les archives de Ford contiennent des documents filmés sur l'édification de la ville et l'exploitation industrielle des arbres. Mais si l'usine est encore surveillée par du personnel malgré son matériel hors d'usage, et si les corons sont encore habités par d'anciens ouvriers – ou sont devenus des squats –, les pavillons ont été dévalisés au fil du temps et sont au bord de la ruine, de même que l’hôpital, inutilisé depuis la fermeture.

Un médiateur faisant office de maire essaie actuellement de préserver le patrimoine historique.

La salle polyvalente est encore un lieu de rassemblement pour les habitants, toutes générations confondues, qui veulent faire revivre la ville en promouvant sa richesse historique.

Urbanisme de ville-usine Fordlândia se situe dans une concession attribuée à Ford, qui couvre plus de le long de la rivière Tapajós, près de la ville de Santarém, dans l'État du Pará, à environ de l’embouchure de l'Amazone. La ville nouvelle fut constituée par des maisons préfabriquées dont le style dépendait de la fonction de son occupant dans l'entreprise : pavillons pour l'encadrement, corons pour les ouvriers. La manufacture de traitement du latex, une construction de très grandes dimensions est une des composantes de l'architecture industrielle américaine. Un hôpital fut construit dès le début, les soins y étaient gratuits et réputés pour leur efficacité. Une centrale électrique, une scierie qui l'alimentait, elle-même fournie par le déboisement initial, furent mises en service. Des boutiques se sont ajoutées, organisées sur le mode américain basé sur la facilité moderne du self-service. Proche de l'embarcadère, la ville est formée d'un « centre urbain » éclaté, formé de la salle polyvalente (cinéma, salle de danse...), de l'école, du golf ou encore de la piscine. Toutes les constructions et leurs meubles étaient importés directement des États-Unis.

Pour approfondir

Bibliographie Michel Braudeau, « Henry Ford vaincu par la « rouille » », in Le rêve amazonien, éditions Gallimard, 2004 . Jean-Claude Derey, Fordlandia, Paris, éditions Payot Rivages, 2016, 322 p. (roman) Jean-Marie Warêgne, "Fordlandia, un crépuscule amazonien", Paris,éditions l'Harmattan, 2026, 265p. roman historique

Articles connexes Projet Jari Fordlandia (bande dessinée de la série Marsupilami)

Liens externes Alan Bellows, The Ruins of Fordlândia (avec photographies). « Henri Ford vaincu par la "rouille" », Le Monde, .

Notes et références

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