La bulle Internet ou bulle technologique est une bulle spéculative qui a affecté les « valeurs technologiques », c'est-à-dire celles des secteurs liés à l'informatique et aux télécommunications, sur les marchés d'actions à la fin des années 1990. Son apogée a eu lieu en .
Le modèle économique du commerce électronique, lié à ce que l'on appelle l'immatériel, est rendu célèbre par Amazon, eBay et AOL, des sociétés profitant d'une bulle des capitalisations boursières des jeunes sociétés sans équivalent dans l'histoire, qui finit en krach, phénomène touchant aussi de nombreuses petites sociétés de biotechnologies.
En 2012, on parle de seconde bulle Internet, devant le constat d'une répétition des événements survenus dix ans plus tôt.
Par analogie, de plus en plus d'analystes financiers prévoient une bulle de l'intelligence artificielle, similaire à la bulle Internet en raison d'investissements massifs qui ne pourraient être rentabilisés.
Déroulement Période d'euphorie (1995-2000) vignette|400px|right|Indice IXIC du NASDAQ, 1994-2005. Les premiers symptômes de la bulle technologique apparaissent en 1995. La frénésie des investisseurs lors de l'introduction en bourse de Netscape fait monter le cours de l'action de la jeune société de 28 à en un jour. À la fin de sa première journée de cotation, la société atteint 2 milliards de dollars de capitalisation boursière.
Pendant environ cinq ans, les gains promis par les sociétés du secteur des TIC aiguisent l'appétit d'un nombre croissant d'investisseurs, grands et petits, ce qui se traduit par des volumes importants d’émissions d’actions, d’emprunts et de crédits bancaires. Les valeurs boursières des entreprises du secteur augmentent sans lien avec leur chiffre d’affaires réel ou leurs bénéfices.
L'indice IXIC du marché électronique NASDAQ, qui était à au début de 1995 a ainsi été multiplié par 5 en 5 ans et culminé à plus de . Plusieurs événements conjugués sont à l'origine de ce phénomène, notamment : Un excédent mondial d'épargne financière, lié notamment à la préparation de leur retraite par les baby boomers ; Une modification de la politique monétaire très accommodante aux États-Unis et au Japon. Le crédit, peu cher, est largement disponible, notamment grâce aux investisseurs en capital risque ; Plusieurs changements de politique macro-économique amplifient l'effet : L'ouverture à la concurrence du marché des services de télécommunications dans la plupart des pays de l'OCDE a eu pour incidence d'augmenter massivement les investissements des opérateurs et entraine de nombreuses fusions-acquisitions dans tout le secteur. Les investissements réalisés dans l'informatique pour adapter les systèmes à l'an 2000 gonflent les rendements des sociétés informatiques. Les pays européens investissent pour assurer la transition des monnaies nationales à l'euro La popularisation du réseau Internet en 1994 fait croire à la veille d'une quatrième révolution industrielle et, partant, d'une période de croissance économique faramineuse.
Ouverture à la concurrence du marché des services de télécommunications Durant la deuxième moitié des années 1990, la majorité des pays de l’OCDE ont adapté leur cadre réglementaire afin d'ouvrir plus largement leur marché des télécommunications à la concurrenceLes grandes étapes de l’ouverture du marché des télécommunications à la concurrence : Les États-Unis (marché du longue distance) et la Grande-Bretagne (privatisation de BT, premiers opérateurs concurrents) sont les pionniers depuis le milieu des années 1980. De 1987-1997, la plupart des pays européens se préparent : ouverture de certains marchés (réseaux d’entreprises et mobiles). Dans les années 1990, introduction en bourse de Deutsche Telekom, de KPN, de Telefonica (dernière tranche vendue en 1997), de France Télécom et de Telecom Italia. En 1996, le « Télécommunications Act » aux États-Unis ouvre le marché local aux CLEC et du longue distance aux RBOC. En 1997, 68 pays signent l’accord sur la libéralisation des télécoms à Genève dans le cadre de l'OMC. En 1997, officialisation de la Directive sur les Télécommunications en Europe. En 1998, ouverture du marché longue distance en France. En 1999, selon l'ITU-T, près de la moitié des opérateurs dans le monde (90 sur 189) sont complètement ou partiellement privatisés.. Les analystes s’accordent alors sur une prévision de croissance du marché des services de près de 10 % par an, ceci malgré la baisse du prix causée par l'arrivée des concurrents, ce qui attise l’intérêt de beaucoup d'investisseurs.
L’accord sur la libéralisation des télécoms signé à Genève dans le cadre de l'OMC ouvre la voie à de nouvelles perspectives de développement. Les grands opérateurs historiques nationaux partent à la conquête de nouveaux marchés fixes et mobiles à l'international. À coups de milliards de dollars, ils prennent des participations dans des opérateurs historiques étrangers qui viennent d'être privatisés ou alors créent de nouveaux opérateurs concurrents de toutes pièces ou en partenariat avec des groupes locaux (coentreprise).
En quelques années, le secteur des services en télécommunications connait une effervescence extraordinaire. Il devient le champ de bataille de grands groupes européens, américains et asiatiques, avec tous les superlatifs : « méga-fusions » (exemple, OPA de BT sur MCI, Contre-OPA par le « petit » Worldcom), méga-croissance et méga-investissements.
Avec la mondialisation de l'économie, les performances des grandes entreprises internationalisées dépendent de plus en plus de leurs réseaux de télécommunications. Ces grands comptes représentent des chiffres d'affaires importants et des marges élevées pour les opérateurs historiques nationaux, ce qui les conduit à vouloir proposer des services mondiaux « sans couture ». On assiste à une course aux « alliances globales », notamment : Alliance entre le français France Telecom, l'allemand Deutsche Telekom et l'américain Sprint (projets « Phoenix », « Atlas » et « Global One ») Alliance entre le britannique BT et l'américain MCI (« Concert ») Alliance autour de l'américain AT&T (« World Partners ») à laquelle se joignent des opérateurs de tous pays qui ont des liens avec une alliance européenne baptisée « Unisource ».
Ces alliances, complexes, pas toujours efficaces et parfois ingérables, seront le plus souvent un échec.
Partout dans le monde, des cohortes de « nouveaux opérateurs » ont un accès facile à d’importantes liquidités et déploient de vastes infrastructures alternatives à haut débit, notamment à base de fibres optiques (« autoroutes de l'information »). Les technologies de transmission de données en mode paquet et optiques évoluent rapidement et permettent d'augmenter de manière spectaculaire (d'un facteur 100) la capacité des réseaux déjà en placeAugmentation de la capacité de transmission sur fibre optique :* 1997 : premiers déploiements de réseaux optiques basés sur des systèmes 10 gigabit par seconde (OC-192) permettant de combiner huit longueurs d’onde (80 Gbit/s) dans une seule fibre* 2000 : premiers déploiements commerciaux de réseaux capables de transporter voix et données au débit de 1,6 térabit par seconde en combinant 160 longueurs d’onde dans une seule fibre.. Les opérateurs justifient les milliards de dollars investis en agitant des prévisions montrant l'« explosion du trafic », conséquence de l'augmentation « exponentielle » du nombre et de la demande moyenne des utilisateurs. Ce type d'annonce suscite beaucoup d'enthousiasme et de fascination dans la presse économique et financière.
En réalité, les revenus sur le segment longue distance n'évoluent pas comme cela est projeté, notamment parce qu'à l'autre bout de la chaîne, il existe encore (à la fin des années 1990) un goulot d'étranglement sur la boucle locale, partie des réseaux qui donne accès au client final. Il faudra attendre encore de nombreuses années pour assister au décollage du nombre d'accès haut débit, de l'Internet mobile, des services avides en bande passante et, surtout, des services générant des recettes. Les réseaux sont bien souvent déployés sur les mêmes routes reliant les mêmes grandes métropoles, et il n'y a pas de marchés réels suffisants permettant de justifier les sommes colossales investies. En d'autres termes, de nombreux concurrents sont redondants.
En Europe, les opérateurs mobiles s'endettent très lourdement en achetant au prix fort les « licences des réseaux de troisième génération UMTS »(3G). Les États les allouent en utilisant la méthode des enchères. Des recettes considérables sont prélevées sur les opérateurs à cette occasion. Au Royaume-Uni, les cinq licences attribuées à Vodafone, BT, One 2 One, Orange et TIW le leur coûtent la somme de 22,47 milliards de livres (38,4 milliards d'euros). Selon l'OCDE, près de 120 milliards d’euros sont au total prélevés par les États membres.
Un opérateur historique national comme France Télécom dépense en 1999 et en 2000 au total près de 80 milliards d’euros en acquisitions de sociétés et droits de licences.
Redéploiement stratégique pour les équipementiers en télécommunications En 1995, un cycle d'investissements massifs dans les réseaux d'opérateurs commence, ce qui fait le bonheur des équipementiers.
La croissance rapide de l’Internet fait qu'une part non négligeable des achats des opérateurs se font dans l'optique et l'IP, ce qui pousse les équipementiers à étendre leurs activités au-delà de leurs métiers traditionnels respectifs via des fusions/acquisitions. De Lucent à Nortel, en passant par Alcatel ou Cisco, les grandes multinationales des télécoms se livrent une guerre sans merci à coups de milliards de dollars pour prendre le contrôle de jeunes sociétés ayant les savoir-faire technologiques requis. Elles achètent souvent trop cher et, parfois, sans réelle stratégie, simplement pour imiter les concurrents. Le prix des acquisitions flambe.
Ascend Communications rachète Cascade Communications pour 20 milliards de francs français en 1997, Stratus pour 5 milliards de francs français en 1998. Lucent achète Ascend Communications en 1999 pour la somme record de 20 milliards de dollars, Kenan Systems pour 1,48 milliard de dollars et au total près d'une trentaine de sociétés. Alcatel achète DSC pour 26 milliards de francs et Packet Engines pour 315 millions de dollars en 1998, puis Xylan pour 2 milliards de dollars et Assured Access Technology pour 350 millions de dollars l'année suivante, et enfin en 2000, il achète l'un des derniers grands indépendants du secteur, Newbridge, pour 7 milliards de dollars. Cisco Systems, historiquement un spécialiste des réseaux de données pour entreprises, doit rattraper son retard dans certaines technologies maîtrisées par les équipementiers traditionnels (Alcatel, Lucent et Nortel). Au total, elle achètera près d’une quarantaine de sociétés pour 20 milliards de dollars dans la téléphonie (Fibex, Sentient Network, GeoTel Communications Corp., Transmedia, Calista, MaxComm Technologies, Webline, Worldwide Data Systems, InfoGear, Komodo Technology, Vovida Networks, Active Voice Corporation…) et surtout dans le transport optique qui est nécessaire sur le marché opérateurs (StratumOne, Monterey Networks, Cerent pour 6,9 milliards, Pirelli Optical Systems, Qeyton Systems…).
Les conséquences de ces investissements deviennent visibles à partir de mars 2000, lorsque le marché des capitaux s'assèche.
Phénomène des startup, stock-options et IPO Le redéploiement stratégique des grands groupes de télécommunications fait que, durant cette période, les jeunes sociétés (les startup) poussent comme des champignons dans certaines technopoles comme la Silicon Valley ou Research Triangle Park aux États-Unis, Montréal (création vidéo) ou Ottawa (plus de dans les télécoms et l'optique) au Canada.
Plusieurs rêvent que quelques startup reproduiront le succès légendaire des sociétés Apple et Microsoft dans les années 1970.