Le régiment de chasse 2/30 « Normandie-Niémen » est une unité de combat de l’Armée de l'air et de l'espace française. Ce régiment est le descendant du fameux groupe de chasse « Normandie-Niémen », des Forces françaises libres, créé en 1942 et engagé en Union soviétique sur le front de l'Est. C'est pour cette raison qu'il porte le double nom de « Normandie », la région française, et de « Niémen », un fleuve de l'ex-Union soviétique qui se jette dans l'Est de la mer Baltique. Il s'agit d'un cas presque unique d'une force occidentale à s’être battue aux côtés de l’Armée rouge sur le sol soviétique durant la Seconde Guerre mondialeDeux escadrons de Hurricane du 151 Wing de la RAF ont combattu dans le nord de l'URSS, il est vrai beaucoup plus brièvement, en septembre-octobre 1941, dans le cadre de l'opération Benedict..

Le , le « Normandie-Niémen » est officiellement réactivé avec des Rafale F3 monoplaces sur la base aérienne 118 Mont-de-Marsan. Depuis le , le « Normandie-Niémen » est à nouveau rattaché à la de chasse, reformée le même jour sur la BA 118 Mont-de-Marsan.

Historique vignette|Le pilote français Bruno de Faletans, mort en mission, et une opératrice radio soviétique en . Création À l’appel de juin 1940 du général de Gaulle invitant à le rejoindre à Londres, certains Français répondirent en restant sur place , tandis que d'autres allèrent en Grande-Bretagne afin de continuer la lutte aux côtés des Alliés. La Grande-Bretagne constitua alors la plus importante base militaire et politique des forces aériennes, navales et terrestres « françaises libres ». En 1940 vinrent également des volontaires des États-Unis pour constituer les « Eagle Squadrons » de la RAF, comme il y eut des escadrilles polonaises, tchèques

Après la rupture du pacte de non agression germano-soviétique le 22 juin 1941 et devant la politique collaborationniste du régime de Vichy, ses représentants sont déclarés personæ non gratæ par les autorités soviétiques et sont priés de rentrer en France. Le colonel Charles Luguet, attaché de l'air du régime de Vichy à Moscou, rallie la France libre, indiquant au général Martial Valin qu'il pense que l'Union soviétique ne sera pas battue rapidement, contrairement à ce que pensent les Britanniques. Le général de Gaulle, mis au courant de cette analyse, songe alors à faire reconnaître sa légitimité auprès de ce nouvel allié.

En 1942, le chef de la France Libre, considérant comme important que des soldats français servent sur tous les fronts de la guerre, décide d'engager des forces sur le front de l'Est. Le , il envoie pour cela à Moscou une mission comportant un responsable militaire, le général Petit, ainsi qu'un ambassadeur, Roger Garreau, qui sera en mission diplomatique à Kouïbychev, ville de repli des ambassades après l'opération Barbarossa. Le général de Gaulle envisage tout d'abord d'envoyer une division mécanisée (la future française libre du général de Larminat) sur le front de l'Est, mais l'opposition britannique, ajoutée aux difficultés de ce projet, et l'avis du général Valin, commandant des Forces aériennes françaises libres, le font opter pour l'envoi d'une unité aérienne en lieu et place d'une division.

Début 1942, le diplomate de l'URSS auprès du Comité national français à Londres, Alexandre Bogomolov, annonce que le gouvernement soviétique accueille avec chaleur le projet d'envoyer des aviateurs français combattre sur le Front de l'Est. Le , une première liste de pilotes est communiquée aux Soviétiques. Le premier commandant, Joseph Pouliquen, est nommé par le général de Gaulle en personne pour compléter et commander le futur groupe de chasse (GC 3) qui jusqu'à sa mise à disposition au front, s'installerait au Liban en attendant le feu vert des Soviétiques.

Les Soviétiques étudient la proposition avec intérêt mais les négociations pratiques prennent du temps, le colonel Pougatchev, chef de la mission militaire à Londres, n'acceptant pas la notion d'un groupe purement français, détaché auprès d'armées soviétiques. De plus des divergences entre le général Petit, les responsables militaires français à Alger et les négociations parallèles menées par Roger Garreau, provoquent des cafouillages. Les négociations à Moscou n’avançant pas, De Gaulle envoie le capitaine Mirlesse, russophone, aider le général Petit. Mirlesse joue un rôle primordial dans cette négociation ainsi que dans la préparation de la venue des aviateurs français. Le , le général Petit obtient des Russes l’accord pour l’envoi du premier contingent d’aviateurs et le , l’accord officiel est signé entre le général Petit et le général Falaneiev.

Les premiers aviateurs arrivent en Russie le . Joseph Pouliquen suggère le nom Normandie pour le GC 3 : il ne peut nommer ce groupe du nom de sa province, la Bretagne, celui-ci étant déjà utilisé par un groupe de bombardement. Le GC 3 est constitué d'un groupe de pilotes de chasse et de mécaniciens français, tous volontaires. Le premier groupe est constitué de quatorze pilotes de chasse et de cinquante-huit mécaniciens. Y sont adjoints dix-sept mécaniciens soviétiques.

Les quatorze premiers pilotes de chasse du GC3 proviennent d'une part, d'unités de la RAF ou du groupe de chasse Île-de-France installées en Angleterre (les Anglais), et d'autre part du groupe de chasse Alsace, alors installé en Afrique du Nord (les Libyens).

Les Anglais sont les aspirants Joseph Risso, Yves Mahé, Marcel Albert, Marcel Lefèvre, Albert Durand, Marcel Yves Bizien et Roland de La Poype et le lieutenant Didier Béguin.

Les Libyens sont l'aspirant Noël Castelain, les lieutenants Raymond Derville, André Poznanski, Albert Preziosi, le capitaine Albert Littolff et le commandant Jean Tulasne.

Après de longues négociations avec le colonel Levandovitch, chargé des relations internationales à l'état-major du ministère de l'Air de l'Union soviétique, le groupe quitte la base aérienne de Rayak, au Liban, le pour arriver le à la base aérienne d'Ivanovo (située à au nord-est de Moscou), via l’Irak et l’Iran. Sur la base aérienne d’Ivanovo, une formation est donnée aux personnels pour l'apprentissage du premier avion du GC3, le Yak-1Sur instruction spéciale du général de Gaulle, les pilotes français choisissent l'avion de chasse qui leur semble le meilleur et le mieux adapté aux conditions climatiques spécifiques de l'Union soviétique..

Engagement dans la Seconde Guerre mondiale vignette|Des pilotes du Normandie en URSS. Avant le départ du , le commandant Pouliquen et le colonel Corniglion-Molinier, en compagnie des commandants Denis et Tuslane, remettent respectivement le fanion du groupe et les insignes aux armes de Normandie aux membres de l'unité. La cérémonie est accompagnée du discours suivant :

vignette|upright=0.6|Armoiries de la Normandie

C'est le général Valin qui valida, le , le nom proposé par le G.C. 3 de « Normandie »

Ce choix, après concertation, fut fait en raison des souffrances subies par cette région (occupation, bombardements) et tout naturellement c'est le blason de la Normandie qui fut retenu pour insigne : . Les insignes sont réalisés par des orfèvres arméniens des souks de Damas.

Les trois escadrilles composant le régiment se virent attribuer le nom de : « Rouen » pour la première, « Le Havre » pour la deuxième, « Cherbourg » pour la troisième.

Soixante militaires (15 pilotes et 45 mécaniciens) forment l'effectif français. La liste des officiers, sous-officiers et hommes retenus est la suivante :

Cette liste est établie, puis soumise par le capitaine Albert Mirlesse aux autorités soviétiques, le .

Arrivés en URSS le , les Français se forment sur des Yak-7 et Yak-1 du au . À partir du suivant, le général Ernest Petit, chef de la mission militaire française à Moscou, en compagnie du colonel Schoumoff commandant la base d'Ivanovo et du colonel Levandovitch du commandement supérieur des Forces aériennes russes, passe le groupe en revue pendant deux jours.

À la suite de cette inspection il en résulte que : .

Il s'agira de la seule force occidentale à s’être battue aux côtés de l’Armée rouge sur le sol soviétique durant la Seconde Guerre mondialeM. M. Kozlov, Velikaia Otetchestvennaia Voina 1941-1945, Entsiklopediia, Moscou, Sovetskaia Entsiklopediia, 1985..

Première campagne (22 mars 1943 - 6 novembre 1943) Le groupe est engagé à partir du , dans la armée aérienne soviétique comme quatrième escadron du 6e régiment de chasseurs.

Le , la patrouille Preziozi-Durand revient après avoir abattu deux Focke-Wulf sur un groupe de deux avions qui avaient engagé un Petliakov Pe-2 soviétique.

En mai, deux traducteurs français sont adjoints aux commandants Tulasne et Pouyade : il s'agit de deux membres du groupe d'évadés français de l'Allemagne par la Lituanie en fin 1940 et tenus en captivité en URSS, lesquels ont choisi de rester combattre en URSS quand l'essentiel du groupe est rapatrié en Angleterre. L'un des deux est aussi mécanicien du régiment Normandie..

Le régiment s'illustre dans la bataille de Koursk-Orel au cours du mois de juillet. Son commandant Jean Tulasne et son adjoint Albert Littolff sont tués au cours de cette bataille. Le commandant Pierre Pouyade, qui a rejoint le Normandie après son évasion d'Indochine, prend le commandement. En août, les mécaniciens français commandés par Alex Michel et Louis Duprat, les deux officiers mécaniciens, sont dirigés vers le Moyen-Orient et définitivement remplacés par des mécaniciens soviétiques aux ordres de l'ingénieur-capitaine Sergueï Agavelian. Là aussi, des considérations de formation au matériel soviétique ont prévalu.

En , le maréchal Keitel donne l'ordre selon lequel les pilotes français capturés sur le front de l’Est doivent être immédiatement fusillés sur place.

Retiré exsangue à l'orée de l'hiver, le groupe Normandie est transformé en régiment à quatre escadrilles grâce au renfort de nombreux pilotes venus d'Afrique du Nord.

Deuxième campagne Joseph Staline attribue à l'unité le nom de Niémen le pour sa participation aux batailles du fleuve Niémen. L'unité recevra de nombreuses distinctions militaires, aussi bien soviétiques que françaises, et, fin 1944, les aviateurs du « Normandie-Niémen » sont les premiers Français à entrer militairement en Allemagne.

Les 16 et , Normandie, engagé dans l'opération Gumbinnen bat un record en abattant allemands sans une perte.

Fin , le commandant Pierre Pouyade donne l'ordre de faire repeindre sur les Yaks l'éclair blanc qui est l'emblème de la 303e division aérienne de chasse unité de la soviétique à laquelle le régiment « Normandie-Niémen » appartient.

Retiré du front à l'approche de l'hiver, le régiment se déplace à Moscou afin d'accompagner la visite diplomatique du général de Gaulle à Staline, et y reçoit ses médailles et honneurs. Un quart des pilotes obtiennent également une permission en France, ce qui réduit le groupe à trois escadrilles.

Troisième campagne De janvier à , Normandie participe à l'invasion de la Prusse-Orientale et au siège de Königsberg, future Kaliningrad.

Il a été décidé en décembre de transformer le régiment Normandie en division aérienne France par le renfort d'un groupe de chasse dénommé Aquitaine, ainsi que d'un groupe de bombardiers, mais la fin de la guerre met un terme à ce projet.

Début , un décret de Staline accorde aux combattants le droit de s'en retourner avec leurs armes. Il est fait don à chacun de son Yak-3 à titre personnel. Ce point donne lieu à contestations. Le , les aviateurs français retrouvent la France en se posant au Bourget, où ils sont accueillis en héros.

La chronologie du retour est la suivante :

Selon certaines sourcesDelin Robert (Colonel), « Regard d'un ancien de Normandie Niemen sur Toussus-le-Noble », Groupe Historique de Toussus-le-Noble, Bulletin 5 - année 2000., les défilent au-dessus des Champs-Élysées.

Controverse sur le devenir des avions