Le capital social est la possibilité de mobiliser à travers ses réseaux sociaux des ressources en tout genre. Plus le capital social d'une personne ou d'une organisation est grand, plus elle est privilégiée dans les dynamiques sociales. Certains groupes sociaux ont un capital social vu comme plus faible, il s'agit des groupes marginalisés ou dans la précarité. Il en va de même dans le cadre des échanges entre des institutions sociales, comme les marchés. La notion de capital social sous-tend que les structures sociales sont hiérarchisées.
Le capital social est généralement considéré comme une forme de capital qui profite aux divers groupes sociaux qui en possèdent, et qui peut manquer à d'autres.
Le capital social a été utilisé pour expliquer la performance accentuée de différents groupes, la croissance des entreprises, les hautes performances managériales, la qualité des chaînes d'approvisionnement, la valeur créée grâce à des alliances stratégiques, et l'évolution des communautés. Au cours des années 1990 et des années 2000, le concept est devenu de plus en plus populaire dans un large éventail de disciplines des sciences sociales et aussi en politique...
Origine du concept Le terme de capital social a été utilisé ponctuellement à partir de 1890 environ, avant de devenir largement utilisé dans la fin des années 1990..
Les observations d'Alexis de Tocqueville sur la vie américaine, réalisées dans la première moitié du , semblent apporter une première description et définition du capital social. L'auteur a observé que les Américains étaient très enclins à participer à un grand nombre de réunions pour discuter de l'ensemble des problèmes liés à l'État, l'économie ou au monde qu'ils pouvaient observer. Le haut niveau de transparence résultant de ces rencontres fut selon Tocqueville la cause d'une plus grande participation du peuple et donc d'un meilleur fonctionnement démocratique. Il souligna également que le niveau de participation à la vie sociale (capital social) dans la société américaine était directement lié la question de l'égalité..
On trouve une des premières occurrences du terme Capital social (utilisé en référence à la cohésion sociale et à l'investissement personnel dans un collectif) dans un article de Lyda Judson Hanifan publié en 1916 traitant de la question des soutiens locaux aux écoles rurales.. Par contraste avec les biens matériels, Hanifan définit le capital social comme les relations sociales qui servent à améliorer les conditions de vie. :
En 1900, John Dewey utilise le terme dans sa monographie intitulée « l'École et la Société » mais n'apporte aucune définition du concept.
Jane Jacobs a également utilisé le terme au début des années 1960. Elle ne définit pas explicitement le terme de capital social, mais se réfère à la valeur des réseaux. Dans son article « An Exchange Theory of Interest Groups » publié dans le Midwest Journal of Political Science, le politologue Robert Salisbury mentionne le capital social comme une composante critique pour la formation des groupes d'intérêt. Le sociologue Pierre Bourdieu a utilisé le terme en 1972, dans son Esquisse d'une Théorie de la Pratique, et a clarifié le terme quelques années plus tard en le distinguant du capital culturel, du capital économique et du capital symbolique. Les sociologues James Coleman, et Barry Wellman & Scot Wortley ont adopté la définition proposée par Glenn Loury en 1977 pour développer et vulgariser le concept. À la fin des années 1990, le concept gagne en popularité, il est au centre d'un programme de recherche de la Banque Mondiale et fait l'objet de plusieurs livres grand public, notamment Bowling Alone de Robert Putnam et Better Together de Lewis Feldstein.
Cependant, la notion sur laquelle repose le capital social a une histoire plus longue. Les penseurs qui ont exploré la relation entre la vie associative et la démocratie ont utilisé des concepts similaires dès le , en se basant sur les travaux d'auteurs comme James Madison (Les Federalist Papers) ou Alexis de Tocqueville (de la Démocratie en Amérique) et intégré les concepts de cohésion sociale et de connectivité dans la tradition pluraliste des sciences politiques américaines. John Dewey pourrait avoir fait le premier usage « mainstream » du concept de capital social dans L'École et dans la Société en 1899, bien qu'il n'apporte pas sa définition.
L'importance des formes de gouvernance communautaires a été soulignée par de nombreux philosophes, de l'antiquité au , d'Aristote à Edmund Burke en passant par Thomas d'Aquin. Mais cette vision de la société est fortement remise en cause au avec le développement de l'idée de l'Homo Economicus, puis avec la théorie du choix rationnel. Ces théories deviennent dominantes dans les siècles suivants, mais de nombreux penseurs interrogent alors la relation complexe entre la société moderne et l'importance des anciennes institutions, en particulier la famille et les communautés traditionnelles. Le débat opposant la communauté à la modernisation et à l'individualisme a été l'un des sujets les plus discutés parmi les fondateurs de la sociologie (Tönnies, 1887; Durkheim, 1893 ; Simmel, 1905 ; Weber, 1946). Ils étaient convaincus que l'industrialisation et l'urbanisation transformaient les relations sociales de façon irréversible. Ils ont observé la rupture des liens traditionnels et le développement progressif de l'anomie et de l'aliénation dans la société.
Après les travaux de Tönnies et Weber, la réflexion sur les liens sociaux dans la société moderne a continué dans les années 1950 et 1960, en particulier avec la théorie de la société de masse (Bell, 1962 ; Nisbet, 1969 ; Stein, 1960 ; Whyte, 1956). Les auteurs de cette époque reprennent des thèmes similaires à ceux des pères fondateurs, avec un accent plus pessimiste en ce qui concerne le développement de la société (Ferragina, 2010: 76). Pour citer Stein (1960:1) : « Le prix à payer pour maintenir une société qui encourage la différence culturelle et l'expérimentation est sans aucun doute l'acceptation d'un certain degré de désorganisation à la fois au niveau individuel et social ». Ces réflexions ont contribué remarquablement au développement du concept de capital social dans les décennies suivantes.
La conceptualisation moderne du capital social renouvelle le débat en faisant le lien entre l'importance de la communauté pour développer la confiance généralisée, et l'importance de la liberté de choix individuel, dans le but de créer une société plus cohésive (Ferragina, 2010 ; Ferragina, 2012) C'est pour cette raison que le capital social a généré beaucoup d'intérêt dans le milieu universitaire et le monde politique (Rose, 2000).
Définitions Le capital social a de multiples définitions, interprétations et usages. Thomas Sanders le définit comme « la valeur sociale que représente l'ensemble des réseaux sociaux (l'ensemble des gens qu'une personne connait), ainsi que l'inclinaison qui fait pression dans ces réseaux pour que chacun se rende la pareil (normes sociale et réciprocité) ». Avec cette définition, le capital social est ce qui permet de produire « des bénéfices spécifiques qui dérivent de la confiance, de la réciprocité, de l'information et de la coopération liée aux réseaux sociaux ». Il « crée de la valeur pour les individus qui sont connectés, ainsi que pour les éventuels passagers clandestins ». Parallèlement, des normes négatives de réciprocité dissuadent les comportements néfastes ou violents.
Selon David Halpern, la popularité du concept de capital social au sein des décideurs politiques est liée à la notion sa dualité : « résolument économique tout en réaffirmant l'importance du social ». Parmi les chercheurs, le terme est populaire notamment en raison du grand nombre de phénomènes qu'il peut expliquer. Les multiples usages du terme ont mené à de multiples définitions. Le capital social a été utilisé pour expliquer entre autres la performance managériale, la croissance des entreprises, l'amélioration de la performance de groupes ayant des fonctions variées, la valeur obtenue à partir d'alliances stratégiques, et l'amélioration des relations au sein des chaînes d'approvisionnement.
Baker (1990, ) définit le capital social comme « une ressources que les acteurs tirent de certaines formes de structures sociales et utilisent pour servir leurs intérêts ; elle est créée par les changements dans les relations entre acteurs.
Selon la définition de l’OCDE, le capital humain recouvre les connaissances, les qualifications, les compétences et les autres qualités d’un individu qui favorisent le bien-être personnel, social et économiqueOECD. Le capital humain - La valeur des gens https://www.oecd.org/fr/lesessentiels/lecapitalhumain-lavaleurdesgens.htm.
Chez Bourdieu Dans Les formes de capital (1986), Pierre Bourdieu distingue quatre formes de capital : capital économique, capital culturel, capital symbolique et capital social. Il définit le capital social comme « l’ensemble des ressources actuelles ou potentielles qui sont liées à la possession d’un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisées d’interconnaissance et d’inter-reconnaissance » Bourdieu P. (1980), “ Le capital social. Notes provisoires ”, Actes de la recherche en sciences sociales, , janvier, .. Selon lui, le capital social ne saurait suffire pour expliquer la hiérarchie sociale : son rôle est principalement un rôle de démultiplicateur pour les deux autres capitaux. Pour filer la métaphore économique, le rôle du capital social est de faire fructifier le capital économique (par exemple, l'entrepreneur qui « possède un réseau » et grâce à celui-ci accroît ses profits, qui lui permettent d'élargir plus encore son réseau…) et le capital culturel (par exemple, un professeur qui, en assistant à de multiples conférences, accroît son aptitude à la réflexion en la confrontant à d'autres interlocuteurs…).
Chez Putnam Selon le politologue américain Robert Putnam, auteur de Bowling Alone: The Collapse and Revival of American Community (2000) et le principal partisan du concept (mais non son créateur), le capital social « se réfère à la valeur collective de tous les « réseaux sociaux » et les inclinations qui résultent de ces réseaux pour faire des choses l'un pour l'autre ». Selon Putnam et ses disciples, le capital social est une composante clé de l'établissement et du maintien de la démocratie. Putnam estime que le capital social a diminué aux États-Unis à partir de la deuxième moitié du . Ceci se manifeste par une baisse de la confiance dans le gouvernement et de la participation civique. Putnam indique également que la télévision et l'étalement urbain ont joué un rôle significatif en éloignant les Américains les uns des autres. Bien que sa thèse soit critiquée pour l'utilisation de sources disparatesPonthieux S. (2004), Le concept de capital social, analyse critique. Contribution au 10ème Colloque de l’ACN, Paris, 21-23 janvier 2004, son concept a été relayé par la Banque mondiale puis l'OCDE et elle a pu être transposée en France (l'INSEE réalise en 1982 Enquête contacts entre les personnes puis la refait en 1997 sous le nom relations de la vie quotidienne : ces enquêtes semblaient montrer les mêmes résultats mais furent contredites par le développement des médias sociauxPierre Mercklé, Sociologie des réseaux sociaux, éd. La Découverte, 121 p. .).
Sous-types de capital social Le capital social est un terme élastique avec une variété de définitions dans de multiples domaines., donc il est possible de distinguer plusieurs sous-types de capital social.
Bonding et bridging Putnam distingue deux composantes du concept : les liens « ouverts » (bridging, qui font le pont) et les liens « fermés » (bonding, qui unissent des égaux).. Le capital social qui unit (bonding) agit comme une « colle » sociologique, le capital qui relie (bridging) agit comme un « lubrifiant » sociologique.