Les (), forment un ordre très diversifié de tétrapodes ayant prospéré dans le monde entier durant le Carbonifère, le Permien et le Trias, apparaissant rarement dans les registres fossiles du Jurassique et du Crétacé.

Les temnospondyles sont connus depuis le début du et étaient alors considérés comme des reptiles. Ils seront par la suite décrits à plusieurs reprises comme « batraciens, stégocéphales et labyrinthodontes », noms tombés en désuétude dans le courant du , période durant laquelle ils se sont avérés appartenir à des taxons bien distincts par la structure de leurs vertèbres.

Définition Le nom Temnospondyli vient du grec ancien et provient des mots , « couper », et , « vertèbre », en raison du fait que chaque vertèbre est divisée en plusieurs parties. Les temnospondyles font partie des amphibiens et leur histoire de vie est bien comprise, avec des fossiles connus depuis le stade larvaire, la métamorphose et la maturité, mais à la différence des amphibiens modernes, beaucoup possédaient des écailles, des griffes et des plaques osseuses en forme d'armure : les fossiles montrent que les temnospondyles étaient beaucoup plus diversifiés que les amphibiens actuels. Un des traits les plus marquants des temnospondyles est la présence d'une vacuité interptérygoïdienne, avec deux gros orifices à l'arrière de la bouche. Deux autres trous appelés choanes sont présents à l'arrière du palais en face de ces orifices.

Description

Si beaucoup de temnospondyles présentaient des tailles comparables à nos amphibiens actuels et ressemblaient à des salamandres, nombre d'entre eux étaient beaucoup plus grands et ressemblaient à première vue à des crocodiles, qui occupent aujourd'hui les mêmes niches écologiques.. La plupart avaient de larges têtes plates, parfois courtes (brévirostres), parfois allongées (longirostres). Vus de dessus, leurs crânes étaient arrondis ou triangulaires, et généralement couverts de creux et de crêtes ; vus de côté, beaucoup étaient très plats.

De nombreux temnospondyles avaient sur la tête des sillons appelés sensoriels, généralement situés autour des narines et des orbites, et faisant partie d'un système de sillons très probablement utilisés pour détecter les vibrations dans l'eau. Comme les animaux semi-aquatiques, la plupart des temnospondyles avaient de petits membres, avec quatre orteils palmés aux pattes avant et cinq aux pattes arrière. Les espèces terrestres avaient, en plus, des membres puissants et certains avaient même des griffes..

Un temnospondyle, Fayella, avait la particularité d'avoir des membres relativement longs par rapport à son corps, ce qui laisse penser qu'il était probablement un prédateur gracile particulièrement actif, peut-être coureur et/ou arboricole. Ce nouveau genre a été attribué à la famille des Dissorophidae et au clade des Olsoniformes Bryan M. Gee, Diane Scott, Robert R. Reisz Reappraisal of the Permian dissorophid Fayella chickashaensis, Revue canadienne des sciences de la Terre, 2018, 55(10): 1103-1114, https://doi.org/10.1139/cjes-2018-0053..

La forme des os de temnospondyles se retrouve chez d'autres tétrapodes anciens, même si chez certains taxons sont apparus des os crâniens supplémentaires, interfrontaux, internasaux et interpariétaux. La plupart avaient des « cornes » à l'arrière du crâne : excroissances osseuses arrondies, séparées par des encoches appelées échancrures otiques. Chez certains temnospondyles comme Zatrachys, elles sont pointues et très saillantes. Leur palais présente une vacuité interptérygoidienne (deux trous à l'arrière de la bouche) et des choanes situées en face : on ne sait pas s'il y avait une communication fonctionnelle entre la cavité nasale et la bouche, ou si ces trous étaient tendus d'une membrane souple. Les temnospondyles ont souvent des dents sur le palais aussi bien que sur les mâchoires. Certaines de ces dents sont si grandes qu'elles sont appelées défenses. Chez certains temnospondyles comme Nigerpeton, des défenses de la mâchoire inférieure percent le palais et sortent par des ouvertures sur le haut du crâne..

Plusieurs groupes de temnospondyles présentent de grandes plaques osseuses sur le dos. Ceux du genre Peltobatrachus avaient des plaques qui couvraient aussi bien leur dos que leur ventre.. Le genre Laidleria avait aussi un vaste plaquage sur son dos. La plupart des membres de la famille des Dissorophidae avaient une protection dorsale, même si elle ne couvrait que la ligne médiane du dos, grâce à deux rangées de plaques étroites.. D'autres temnospondyles, comme ceux du genre Eryops avaient de petites plaques osseuses en forme de disques, qui étaient probablement intégrées dans leur peau. Tous ces temnospondyles étaient adaptés à un mode de vie terrestre. Leur armure peut leur avoir offert une protection contre la dessication, ainsi que contre les prédateurs dans le cas de Peltobatrachus. Les écailles peuvent aussi avoir assuré la stabilité de la colonne vertébrale, en limitant sa flexibilité grâce à de puissants ligaments qui reliaient les écailles entre elles..

Les temnospondyles tels que Sclerothorax et Eryops, qui peuvent avoir été au moins partiellement terrestres, avaient aussi de longs processus épineux au-dessus de leurs vertèbres, qui pouvaient stabiliser leur colonne vertébrale.. Des plaques osseuses ont également été observées chez des plagiosaures, mais contrairement aux Peltobatrachus, Laidleria, Eryops et les dissorophidés, ces animaux semblent avoir été totalement aquatiques. Les plagiosaures peuvent avoir hérité leur armure d'un ancêtre terrestre, car tant Peltobatrachus que Laidleria sont considérés comme proches du groupe.

Les temnospondyles doivent leur nom à leurs vertèbres en plusieurs segments. Chez les tétrapodes actuels, le corps principal de la vertèbre est en un seul morceau appelé le , mais chez les temnospondyles il est partagé en un et un . On distingue deux types de vertèbres chez les temnospondyles : les « rhachitomes » et les « stéréospondyles ». Dans les rhachitomes, l’ est grand et en forme de coin, et le est formé de blocs relativement petits qui s’emboîtent entre eux. Les deux éléments soutiennent l'épine neurale, et des excroissances osseuses bien développées appelées zygapophyses qui viennent renforcer les liens entre les vertèbres. Ce type d'épine dorsale solide et fort rencontré chez plusieurs temnospondyles leur a permis d'être partiellement et, dans certains cas totalement, terrestres. Pour les stéréospondyles, le a entièrement disparu, l’ élargi devenant la partie principale des vertèbres. Ce type d'ossature fragile indique que les temnospondyles à stéréospondyles passaient plus de temps dans l'eau..

Histoire de leur étude thumb|Crâne de Mastodonsaurus.

Le nom de Temnospondyli a été créé par le paléontologue allemand Karl Alfred von Zittel dans sa seconde édition du , publié en 1888. Des restes de temnospondyles étaient déjà connus depuis le début du . Le premier à être décrit a été le fameux Mastodonsaurus, nommé par Georg Friedrich Jaeger en 1828, et dont un exemplaire reconstitué trône à la Haus der Natur de Salzbourg (Autriche). Jaeger avait nommé Mastodonsaurus une seule dent qu'il a estimé être celle d'un reptile. Mastodonsaurus signifie « lézard à dents en mamelon » d'après la forme de la pointe de la dent.

La dénomination des premiers spécimens a cependant été contestée. Léopold Fitzinger a renommé l'animal Batrachosaurus en 1837. En 1841, le paléontologue anglais Richard Owen a proposé le nom Labyrinthodon pour décrire ses dents très pliées ou labyrinthiques. Owen pensait que le nom Mastodonsaurus « ne devait pas être conservé, car il rappelle inévitablement l'idée de mastodonte (un genre de mammifères), ou bien une forme de dent en mamelon… et parce que le deuxième élément du nom saurus, indique une fausse parenté, l'animal n'étant pas un saurien, mais un batracien. ». Owen avait reconnu que l'animal n'était pas un reptile, aussi il le rapprocha du genre Phytosaurus de Jaeger. Bien que les deux aient été de taille similaire avec des dents coniques, Phytosaurus s'est révélé plus tard être un reptile ressemblant à un crocodile. Des éléments supplémentaires, notamment le crâne, ont solidement placé le genre Labyrinthodon parmi les amphibiens. Jaeger avait également créé l'espèce Salamandroides giganteus en 1828, en se basant sur une portion d'occiput. En 1833, il a décrit un crâne complet de S. giganteus qui avait les mêmes dents que son Mastodonsaurus : c'était en fait le premier crâne complet d'un temnospondyle. Comme le nom Mastodonsaurus avait été attribué en premier, il a eu priorité sur les autres noms, qui sont devenus des synonymes. Batrachosaurus est encore utilisé comme nom d'un temnospondyle de la famille des brachyopidés.

Mastodonsaurus et d'autres animaux similaires ont été placés dans les labyrinthodontes en raison de leurs dents fortement repliées en coupe transversale. Labyrinthodon jaegeri a été trouvé plus tard par le paléontologue William Buckland à Guys Cliffe, en Angleterre. D'autres spécimens ont été trouvés dans les grès rouges du Warwickshire. Comme de nombreux fossiles ont été découverts en Angleterre, Owen décrivit ces labyrinthodontes comme les et les a comparés aux crocodiles, qu'il considérait comme la forme la plus évoluée des reptiles. Il a également noté que ces grands labyrinthodontes du Keupérien (un étage géologique de la fin du Trias) étaient plus récents que les reptiles les plus évolués ayant vécu au Zechstein, un sous-étage du Permien supérieur. Owen a utilisé ces fossiles pour contrer l'idée que les reptiles avaient évolué à partir des premiers amphibiens (qu'il appelait « poissons métamorphosés »).

En plus de Mastodonsaurus, parmi les premiers genres de Temnospondyles figurent Metopias et Rhombopholis en 1842, Zygosaurus en 1848, Trematosaurus en 1849, Baphetes et Dendrerpeton en 1853, Capitosaurus en 1858 et Dasyceps en 1859. Baphetes est maintenant cconsidéré comme un tétrapode primitif placé en dehors des Temnospondyli et Rhombopholis comme un reptile prolacertiforme.

Plus tard au , les temnospondyles ont été classés dans les Stegocephalia, un nom inventé par le paléontologue américain Edward Drinker Cope en 1868. Cope avait placé les stégocéphaliens dans la classe des batraciens (nom remplacé ultérieurement par celui d'amphibiens). Stegocephalia signifie en grec « tête en toit », une référence à la large tête plate de temnospondyles et autres tétrapodes primitifs. À cette époque, les paléontologues considéraient les temnospondyles comme des amphibiens, car ils en possédaient trois caractéristiques principales : les arcs branchiaux retrouvés dans les squelettes des juvéniles, indiquant qu'ils étaient amphibies au moins dans la première partie de leur vie ; les côtes qui ne se connectent pas à la face inférieure de la cage thoracique ; et des fosses profondes au niveau du crâne interprétées comme un espace pour les glandes à mucus.