Bernardine Eugénie Désirée Clary, née le à Marseille (royaume de France), et morte le à Stockholm (Suède-Norvège), est princesse de Pontecorvo, puis reine consort de Suède et de Norvège de 1818 à 1844. Elle épouse en 1798 Jean-Baptiste Bernadotte, qui deviendra roi de Suède sous le nom de Charles XIV Jean. Elle change officiellement son nom en « Desideria », nom latin qu'elle-même n'utilise pas.
Biographie Jeunesse Désirée Clary est née à Marseille le et baptisée le lendemain à l'église Saint-Ferréol. Elle est la fille cadette d'une famille de neuf enfants, du riche fabricant et marchand de soie, François ClaryFrançois Clary est né à Marseille, Saint-Ferréol, le et meurt dans cette même ville, le 20 janvier 1794., échevin de Marseille, et de sa seconde épouseFrançois Clary épouse en premières noces Gabrielle Fléchon (1732 - 3 mai 1758) à Marseille, le 13 avril 1751 et en secondes noces Françoise Somis, le 26 juin 1759 à Marseille. Françoise SomisFrançoise Somis est née à Marseille, Saint-Ferréol, le 30 août 1737 et meurt à Paris, le 28 janvier 1815.. L'avant-dernière fille est Julie, née à Marseille le , non dénuée d'esprit mais frivole et à l'humeur changeante..
Désirée Clary passe son enfance entre l'hôtel particulier de ses parents, situé dans l'actuelle rue des Phocéens, non loin du Vieux-Port de Marseille et une somptueuse bastide. Elle est très attachée à ses proches et en particulier à sa sœur Julie. Grâce à la fortune issue du négoce, les enfants de François Clary reçoivent une excellente éducation et Désirée intègre le couvent réservé aux jeunes filles des classes sociales supérieures pour parfaire son enseignement. Mais au cours de la Révolution, les couvents sont fermés et Désirée doit retourner vivre avec ses parents. Les destinées des deux dernières filles vont croiser celles d'une famille corse.
La famille Bonaparte obligée de quitter la Corse le s'installe à Marseille à la fin du mois d'août après que Napoléon Bonaparte a participé à la reprise de la ville au nom de la Convention. En , le frère aîné de Désirée, Étienne Clary, est incarcéré en pleine Terreur sur ordre du Tribunal révolutionnaire et à la veille de comparaître devant ses juges.. Les autorités découvrent en effet que le père, François Clary, décédé le , souhaitait acquérir un titre de noblesse sous le règne du « tyran Louis Capet ». Ce que le Comité de surveillance omet de signaler ou ignore, c'est que la demande d'anoblissement sous l'Ancien régime, est refusée. En cette période troublée, la répression consécutive à la Loi des suspects est féroce et sans commune mesure. Pour cette raison, Étienne, à présent chef de famille et négociant, est suspecté à la place de son père. Désirée accompagne sa belle-sœur Marcelle Guey qui prend l'initiative d'intervenir auprès du représentant en mission, le député Antoine Louis Albitte, pour faire libérer son époux. Dans la salle d'attente, une foule se presse pour obtenir maintes requêtes. Désirée, accablée, s'est endormie et Marcelle s'est rendue seule à l'audience pour plaider sa cause. Son entretien terminé et sa mission couronnée de succès, elle ne réussit pas à rejoindre Désirée, pressée d'apporter à la prison l'ordre d'élargissement de son mari.. Désirée seule et désemparée est découverte par Joseph Bonaparte, commissaire de la marine à Marseille, qui la rassure sur le sort de son frère. Ils font connaissance et Joseph lui propose de la raccompagner à son domicile Témoignage de la reine Désirée à son chambellan, le baron Karl Fredrik Lotarius Hochschild. Cette version diffère de celle souvent émise où Joseph Bonaparte qui jouit d'un crédit considérable à Marseille, intervient et fait libérer Étienne Clary à la suite d'une sollicitation de Désirée rencontrée chez le représentant en mission Antoine Albitte.. Le lendemain, il retourne chez les Clary pour être présenté à la famille. Sous le charme de Désirée, Joseph la courtise et lui promet le mariage dès qu'elle aura atteint sa majorité.
C'est sans compter sur l'arrivée du frère cadet de Joseph, le héros de la prise de Toulon, le général récemment promu à ce grade, Napoléon Bonaparte. Il est chargé à présent de l'organisation de la défense de Marseille et l'inspection de la côte provençale. L'officier jette également son dévolu sur Désirée et sans ambages impose sa volonté : . En réalité Napoléon s'est aperçu de l'amour que portait Julie à Joseph. Ce dernier reporte finalement son attention sur l'ainée, Julie Clary, qu'il épouse le à Cuges-les-Pins et Désirée se fiance officiellement avec Napoléon le , malgré les réticences de Clary : Il s'agirait d'une citation apocryphe qui a même été attribuée au père, François Clary, décédé pourtant le 20 janvier 1794. Le témoignage de Désirée Clary, alors reine de Suède, affirme que le rapprochement des deux familles avait bien eu lieu après la disparition de son père. ! L'alliance des Bonaparte avec les Clary leur apporte fortune et notoriété et à ces derniers, protection et opportunités.
Au mois de , Désirée accompagne sa mère avec son frère Nicolas à Gênes en Italie, où son beau-frère Joseph est chargé par le gouvernement d'une mission diplomatique. Au cours de l'été, Napoléon rencontre pour la première fois Joséphine de Beauharnais, au salon de Tallien à ParisLa première rencontre de Joséphine de Beauharnais avec Napoléon Bonaparte, par l'entremise de Paul Barras, est fréquemment datée du 15 octobre 1795. Ce jour-là, Napoléon se rend pour la première fois au domicile de Joséphine, dans son hôtel particulier au rue de la Chaussée-d'Antin à Paris, maison habitée ensuite par le général Maximilien Sébastien Foy. Auparavant le couple se voit chez Tallien le 5 septembre 1795 et il existe une lettre fort tendre et engageante de Joséphine à Napoléon, écrite le 28 septembre suivant avant l'écrasement de l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1795) par le général. Car à Sainte-Hélène, Napoléon confie à Bertrand qu'il connaissait déjà Joséphine et qu'il dînait avec elle, le soir de cette révolte où insurgés sont tués. Consulter : Impératrice Joséphine, Correspondance 1782-1814, par Bernard Chevallier aux éditions Payot du 16 octobre 1996, ainsi que Le grand Consulat 1799-1804, par Thierry Lentz aux éditions Fayard du 3 novembre 1999.. Bonaparte renonce au projet de mariage avec Désirée, non sans mauvaise conscience comme en témoigne sa correspondance. Il rompt ses fiançailles le dans une lettre adressée à son frère aîné., après quoi sur les conseils de sa mère, Désirée libère Napoléon de ses engagements. Mais si elle pardonne à l'infidèle, Désirée garde toujours une rancune tenace envers sa rivale Joséphine, désormais surnommée par ses soins : . Napoléon Bonaparte épouse Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, dite Joséphine de Beauharnais, le dans le ancien à Paris.
Clary prolonge son séjour à Gênes tant que son gendre est en poste. Désirée se plaît à se rendre au salon mondain de Faipoult, la femme du ministre plénipotentiaire, Guillaume-Charles Faipoult. Ce cercle est fréquenté par l'élite française dont des officiers de l'armée d'Italie et en particulier le protégé du ministre, le général de brigade Léonard Duphot. Ce gradé se montre fort entreprenant auprès de Désirée, mais la laisse de marbre. Il est aussi vrai que Duphot est intéressé par la dot et la position de sa promise. Au mois d', la famille Clary se déplace à Rome où Joseph vient d'être nommé ambassadeur de France. Faipoult bien décidé d'assurer un bel avenir à Léonard, fait intervenir le général Bonaparte afin d'obtenir son appui dans un projet de mariage avec Désirée. Napoléon consent d'autant plus facilement que ce dessein permettrait à son ex-fiancée d'oublier leur déconvenue et il agit en ce sens, auprès de son frère Joseph.. Léonard Duphot est donc appelé à se rendre auprès de l'ambassadeur, en tant que son aide de camp. Malheureusement, la destinée en décide autrement et cette éventuelle union ne verra pas le jourDésirée Clary n'a jamais eu l'intention d'épouser Léonard Duphot, pour la simple raison qu'elle n'éprouvait aucun sentiment envers lui. Elle a eu également connaissance de sa liaison avec une autre femme et la naissance d'un enfant illégitime. Le mariage supposé entre Désirée Clary et Léonard Duphot qui devait se dérouler le 29 décembre 1797, soit au lendemain du drame, n'était qu'une fabulation de Joseph Bonaparte pour satisfaire son frère, Napoléon.. Un drame survient le : Duphot est tué au Palais Corsini par les soldats du Pape, au moment où il tente d'apaiser une émeute occasionnée par une fête que célèbrent les Républicains françaisConsulter à ce propos : .. Le corps de l'infortuné est transporté à l'intérieur de l'ambassade dans un tumulte indescriptible. Désirée horrifiée, assiste du haut de l'escalier à cette scène tragique. Joseph quitte aussitôt la ville avec son épouse, Clary et sa fille. Cette rébellion favorise la décision du Directoire d'envoyer des troupes françaises en Italie, le .
L'ascension De retour à Paris, les prétendants se bousculent à la porte de Clary, comme Junot qui après un refus, n'hésite pas à faire intervenir Marmont pour plaider sa cause, sans plus de succès. Par contre, Désirée n'est pas restée insensible au physique de Marmont… Un autre général, plus intrépide, fait sa demande par l'intermédiaire de Joseph, l'éternel protecteur de Désirée. Il s'agit de Jean-Baptiste Bernadotte. Leur rencontre a lieu au mois de et c'est le coup de foudre.
Bernadotte est l'adversaire militaire et politique de Bonaparte. Ce sont deux hommes ambitieux qui ne se supportent pas et qui n'auront de cesse de s'affronter. Pour Désirée, cet antagonisme ne peut que servir ses intérêts à la suite de l'humiliation infligée par son précédent prétendant et son futur époux personnifie sa revanche, il est celui qui pourra tenir tête à Napoléon. Elle se marie donc avec le général Bernadotte, le (30 thermidor an VI) à Sceaux où il possède une demeure, rue de la LuneArchives départementales des Hauts-de-Seine : État civil de Sceaux (sous la Révolution : Sceaux L'unité par décret de la Convention nationale) - acte de mariage pour l'année de l'An VI et page du registre. Cote du document : image 15 - . Archives départementales des Hauts-de-Seine, avenue Frédéric et Irène Joliot-Curie, 92023 Nanterre.. Les témoins au mariage sont bien sûr Joseph Bonaparte et son épouse Julie Clary, mais aussi Lucien et Christine Bonaparte. Désirée et Jean-Baptiste ont un fils unique, Oscar, né le (16 messidor an VII) à Paris et son parrain n'est autre que le général Bonaparte.
Lorsque Jean-Baptiste est élu prince héritier de Suède le , Désirée s'installe à Stockholm avec son fils en . Au bout de cinq mois, elle retourne toutefois s'installer seule à Paris sous le titre de comtesse de Gotland. Elle juge en effet la Cour de Stockholm sévère et ennuyeuse et ne s'adapte pas à la rigueur extrême du climat suédois. D'autre part, demeurant en France, sa position lui permet de connaître les intentions de l'Empereur et elle s'empresse de transmettre les conversations à son époux. Elle devient un agent de liaison utile à Jean-Baptiste Bernadotte qui l’appelle . Parallèlement, Napoléon se sert également de Désirée pour faire passer des messages à Bernadotte. À la Restauration, elle est éprise d'Armand-Emmanuel du Plessis de Richelieu, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de Louis XVIII. Mais la réciprocité est imaginaire et cet attachement vertigineux est loin d'être partagé. Richelieu meurt à Paris le et le chagrin de Désirée est si immense, qu'elle décide de porter le grand deuil austère. Ce qui ne manque pas de faire scandale vis-à-vis de ses contemporains.