La congrégation de Saint-Maur, dont les membres sont appelés Mauristes, est une congrégation française de moines bénédictins fondée en 1618, réputée en raison de ses travaux historiques d'un haut niveau d'érudition. Elle tire son nom de celui d'un disciple de saint Benoît, saint Maur, à qui est attribuée l'introduction au en Gaule mérovingienne de la règle de saint Benoît.

L'école historique et critique des Bénédictins de Saint-Maur est initiée en 1632 par son supérieur général Dom Tarrisse. Elle s'illustre par un grand nombre d'auteurs, notamment : Dom Mabillon (1632-1707), créateur de la diplomatique, et Dom Lobineau (1667-1727), historien de la Bretagne ; et par de nombreuses collections monumentales d'une grande valeur tels : la Gallia Christiana, L'Art de vérifier les dates, l’Histoire littéraire de la France et l’Histoire générale de Languedoc.

La congrégation de Saint-Maur est supprimée au début de la Révolution française par le décret du de l'Assemblée nationale constituante, dissolvant les ordres réguliers, hors éducation et œuvres de charité. Les textes non publiés qu'elle laisse représentent des centaines de volumes de manuscrits, aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale de France ou dans d'autres bibliothèques françaises.

Histoire À la fin du , les monastères bénédictins de France tombent dans la désorganisation et le laxisme. Cette situation provient notamment du régime de la commende par lequel les revenus des monastères, les « bénéfices », sont en partie attribués à des personnes extérieures, par exemple à de simples clercs tonsurés qui deviennent « abbés commendataires » et n'ont pas le moindre souci de veiller au respect de la règle, n'étant pas eux-mêmes moines et ne résidant pas dans la communauté.

1601 : Fondation de la congrégation Saint-Vanne de Verdun, en Lorraine La réforme est initiée par dom Didier de La Cour à l'abbaye Saint-Vanne de Verdun. De là, elle s'étend à plusieurs établissements du duché de Lorraine, qui fait partie du Saint-Empire.

En 1604 est établie officiellement la congrégation de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe dont les membres les plus distingués sont Rémy Ceillier et Dom Calmet.

À partir de , par autorisation royale, le royaume de France étant alors gouverné par la régente Marie de Médicis, un certain nombre de maisons françaises rejoignent cette congrégation, mais de créer sur le même modèle une congrégation française.

1618-1621 : Fondation de la congrégation de Saint-Maur, à Paris En , le roi Louis XIII signe les lettres patentes autorisant la fondation d'une nouvelle congrégation bénédictine placée sous le patronage de saint Maur, premier disciple de saint Benoît et, selon la tradition, introducteur de sa règle en Gaule.

En le chapitre de fondation de cet ordre a lieu dans le monastère des Blancs-Manteaux à Paris et élit dom Martin Tesnières comme prieur.

Le , le pape Grégoire XV promulgue la bulle d'érection de la congrégation, officiellement appelée en latin Congregatio sancti Mauri Gallicana Parisiensis (« Congrégation gallicane parisienne de saint Maur »). Une bulle de confirmation est publiée en 1628 par Urbain VIII.

En 1630, Grégoire Tarrisse (1575-1648) est élu premier supérieur général de la congrégatio.

: Développement de la congrégation La plupart des monastères bénédictins de France, à l'exception de ceux de l'ordre de Cluny, rejoignent peu à peu la nouvelle congrégation qui atteint son apogée dans les années 1690-1700 avec 190 monastères répartis en six provinces : France, Normandie, Bretagne, Gascogne, Berry et Bourgogne.

La maison mère est l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, résidence du supérieur général et centre de l'activité intellectuelle de la congrégation. Les autres monastères ont le statut de prieurés.

Organisation vignette|Une abbaye mauriste et son jardin: l'abbaye d'Évron. Chaque province de la congrégation dispose de son noviciat et de sa maison d'études. Le chapitre général de la congrégation, réuni tous les trois ans, désigne l'ensemble des prieurs locaux pour deux mandats de trois ans successifs dans le même monastère, les six visiteurs provinciaux, le supérieur général et ses deux assistants.

En adoptant cette organisation centralisée, la congrégation de Saint-Maur se démarque de la règle de saint Benoît qui prévoit l'élection directe du supérieur par les moines d'un établissement. La congrégation remet aussi en cause le vœu de stabilité par lequel un moine est attaché pour toujours au monastère où il fait sa profession. Ce dernier aspect est cependant tempéré par une stabilité au sein de la province.

Introduction et place des travaux d'érudition

Au départ, la congrégation n'est pas fondée pour que les moines se consacrent aux travaux d'érudition. L'idée principale des fondateurs est de revenir à une vie monastique régie par la règle dans laquelle la première place est dévolue à la prière communautaire et personnelle.

Les travaux d'érudition ne sont introduits qu'à partir de 1630 par Dom Tarrisse, devenu supérieur général cette année-là.

Tout au long de la période la plus glorieuse de l'histoire des mauristes, il n'est pas autorisé que le travail d'érudition gêne l'exécution obligatoire de l'office divin dans le chœur de l'église, ni les autres devoirs de la vie religieuse.

Vers la fin du , une tendance apparait à desserrer l'observance monastique en faveur de l'étude, mais les constitutions de 1770 montrent qu'un régime proprement monastique est maintenu jusqu'au bout.

Débats théologiques

L'histoire des mauristes et de leurs travaux est traversée par les controverses ecclésiastiques qui déchirent l'Église catholique du royaume de France au cours des .

Certains de ses membres se rallient à la cause janséniste, mais la plupart, notamment les plus grands noms, suivent une voie moyenne, en s'opposant à la théologie morale relâchée, condamnée en 1679 par le pape Innocent XI, et en adhérant à des opinions fermes sur la grâce et la prédestination associées aux écoles augustinienne et thomiste de la théologie catholique romaine.

Comme toutes les écoles et facultés de théologie du royaume, les mauristes sont tenus d'enseigner les quatre articles gallicans de 1682.

Vers la fin de l'Ancien Régime, après plusieurs décennies de développement de la philosophie des Lumières : Voltaire, Diderot, Rousseau . ..

1790: Suppression de la congrégation

En , moment crucial de la Révolution française, le royaume de France passe de la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle, lorsque Louis XVI reconnait aux états généraux réunis depuis le 1789 le droit de rédiger une constitution pour le royaume. Le véritable maître est désormais l'Assemblée nationale constituante.

En , l'assemblée met fin au statut légal des vœux monastiques et décide la dissolution des ordres réguliers, sauf les œuvres charitables. La congrégation de Saint-Maur fait partie des institutions dissoutes. Les établissements sont fermés et les moines dispersés.

3 septembre 1792 : Massacre de septembre

Le dernier supérieur général, Dom Chevreux (1728-1792) est élu député aux états généraux de 1789 pour le clergé de Paris. Il est arrêté après le 10 août 1792, jour du renversement de Louis XVI par les républicains, ainsi que son neveu lui aussi mauriste, Louis Barreau de La Touche (1758-1792).

Tous deux, incarcérés à la prison des Carmes, sont massacrés par les sans-culottes parisiens, ainsi que 190 autres ecclésiastiques dont trois évêques, dans la nuit du 2 au . C'est le début de l'épisode tragique des massacres de Septembre.

Travaux L'école historique et critique des moines mauristes a produit de nombreux ouvrages d'érudition dont la valeur est permanente. Les fondements de cette école ont été posés par Dom Grégoire Tarrisse, le premier supérieur général, qui en 1632 a donné pour instructions aux supérieurs des monastères d'entraîner les jeunes moines à des habitudes de recherche et de travail organisé. Les pionniers dans cette production ont été Ménard et Luc d'Achery.

Les axes de travail sont l'Écriture sainte, la patrologie, la théologie dogmatique, le droit canonique, l'ascétisme chrétien et monastique, l'histoire ecclésiastique, la liturgie et la vie des saints.

La bibliographie mauriste contient au total les noms de quelque 220 auteurs et plus de 700 œuvres. Ce qui a été publié n'est qu'une partie de ce qui avait été envisagé et préparé.

La Révolution française met brutalement fin à de nombreuses entreprises, et les matériaux restants constituent des centaines de volumes de manuscrits de la Bibliothèque nationale de France et d'autres bibliothèques en France. On trouve à Paris 31 volumes de matériaux dus à Berthereau, à l'usage des historiens des croisades, pas un seul n'est en latin ni en grec, mais dans les langues orientales.Paul Riant, « Inventaire des matériaux rassemblés par les Bénédictins au XVIIIe siècle pour la publication des historiens des Croisades (Collection dite de Dom Berthereau, Paris, Bibl. nat. fr-9050-9080) », dans Archives de l'Orient latin, 1882, tome II, p. 105-130. ; c'est de là qu'a été tiré en grande partie le Recueil des historiens des croisades dont 15 volumes in-folio ont été publiés par l'Académie des inscriptions et belles-lettresHenri Dehérain, « Les origines du recueil des "historiens des croisades" », dans Journal des savants, septembre-octobre 1919, p. 260-266 lire en ligne.. Il existe aussi les matériaux préliminaires pour une édition de Rufin et une d'Eusèbe de Césarée, et pour la continuation des Lettres pontificales et des Concilia Galliae. Dom Cafflaux et Dom Villevielle ont laissé 236 volumes de matériaux pour un Trésor généalogique. Ajoutons les Antiquités bénédictines (37 vol.), un Monasticon Gallicanum et un Monasticon Benedictinum (54 vol.) Parmi les histoires des provinces de France, c'est à peine si une demi-douzaine a été imprimée, mais ce qui avait été collecté pour le reste remplirait 800 volumes de manuscrits. Les matériaux pour une géographie de la Gaule et de la France en 50 volumes ont disparu dans l'incendie de la maison mère à Saint-Germain-des-Prés, au cours de la Révolution.

Il s'agit d'une production prodigieuse, si l'on songe qu'elle venait d'une seule société. Les qualités qui ont rendu proverbial le travail des mauristes pour l'érudition sont leur sens critique et leur rigueur.

Principales réalisations +TitreDateVolumesAuteursEn ligneL'Antiquité expliquée et représentée en figures1719-172415Bernard de MontfauconGallicaL'Art de vérifier les dates17501Charles Clémencet, Maur Dantine, Ursin DurandGallicaDe re diplomatica16811Jean MabillonGallicaGallia Christiana1626-186516Denis de Sainte-Marthe, Jean Thiroux ,Scévole de Sainte-MartheGallicaHistoire de Bretagne composée sur les titres & les auteurs originaux17072Antoine-Paul Le Gallois, Guy Alexis Lobineau, Denis BriantNumelyoHistoire générale de Languedoc1730-17455Claude Devic, Joseph VaissèteGallicaHistoire littéraire de la France1733-176312Antoine Rivet de La Grange, Charles Clémencet, François ClémentGallicaMonasticon Gallicanumnon publiéMichel GermainGallicaRecueil des historiens des Gaules et de la France1738-183319Martin Bouquet, Michel Jean Joseph BrialGallica Personnalités Moines érudits