La distribution des chambres et couloirs de la pyramide de KhéopsKhéops ou Chéops ? La forme « Khéops » est apparue sous l'influence de la transcription du nom égyptien du roi, « Khoufou » ; mais le mot « Chéops », couramment utilisé dans de nombreuses langues modernes, est directement hérité des auteurs grecs (Hérodote en tête) : il suit donc les règles d'orthographe des mots transcrits du grec ancien (voir Romanisation du grec). est, du point de vue architectural, absolument originale et innovante : la voûte en chevrons est utilisée pour la première fois et à trois reprises, et la construction de la grande galerie établit le record de la plus grande longueur de voûte en encorbellement jamais réalisée.
vignette|redresse=1.2|Description de l'Égypte : la grande galerie de Khéops, vers 1799.
Trois couloirs, trois chambres
Coupe de la pyramide L'entrée La percée d’Al-Mamoun La sape de liaison des couloirs descendant et ascendant Le couloir descendant La chambre souterraine Le couloir ascendant La chambre de la reine et les conduits de ventilation Le couloir horizontal La grande galerie La chambre du roi La chambre des herses Le boyau ou puits de service
Voici d’abord, en résumé, comment se présente la distribution interne de la pyramide :
depuis l’entrée (1), un couloir descendant (4) de cent-cinq mètres conduit à la chambre souterraine (5) creusée dans la masse rocheuse ; un couloir ascendant de quarante mètres (6), s’embranchant sur le précédent par le plafond (3), aboutit, au bas de la grande galerie, à l’embranchement du couloir horizontal de trente-huit mètres (8) qui mène à la chambre de la reine (7) ; la grande galerie (9), longue de quarante-sept mètres, conduit à la chambre du roi (10), par l’intermédiaire de la chambre des herses (11) ;
À cela s’ajoute un très long « puits ou boyau de service » (12) de cinquante-huit mètres, très étroit, qui mène verticalement du bas de la grande galerie au bas du couloir descendant.
Explorations et récits anciens
Il est probable que la pyramide fut visitée dès l'Ancien Empire, par des pilleurs de tombes qui forcèrent tous les accès et s’emparèrent de tout ce qui pouvait avoir une quelconque valeur. Ces premiers aventuriers ne nous ont pas laissé de récits de leurs explorations.
Ensuite, ni Hérodote ( avant notre ère), ni Diodore de Sicile ( avant notre ère), qui décrivent pourtant les monuments de Gizeh, ne donnent de description des aménagements intérieurs de la pyramide de Khéops, lesquels étaient probablement inaccessibles durant toute l’antiquité gréco-romaine. Le géographe Strabon, qui vivait à l’époque d’Auguste, mentionne seulement l’existence d’une porte d’entrée levante.
Plus près de nous, le baron d’Anglure, en 1395, voulut tenter l’exploration : il trouva des carriers occupés à déchausser les pierres du revêtement. Il s’approcha de l’entrée, qui avait été murée : il se la fit ouvrir, mais renonça finalement à l’exploration des couloirs, car, nous dit-il, .
À partir du , les récits des voyageurs se font plus nombreux : ils notent la poursuite de l’exploitation des pierres du revêtement, et certains poussent désormais la visite de la pyramide jusqu’à la chambre supérieure.
vignette|Dessin extrait de la Pyramidographia de John Greaves (1646)
La première étude scientifique substantielle de la grande pyramide et de ses aménagements intérieurs est due au professeur anglais John Greaves en 1646, qui mesura les chambres et couloirs et décrivit tout autant qu’il put, jusqu’à la chambre du roi. Des traductions françaises de cette Pyramidographie parurent en 1663 et 1696.
Benoît de Maillet, Consul de France en Égypte à la fin du , nous donne aussi un dessin presque complet de la distribution intérieure : les deux chambres du roi et de la reine, les couloirs supérieurs y sont correctement figurés, ainsi que les amorces supérieures du couloir descendant et du puits de service. Mais les parties inférieures de ces deux couloirs étant obstruées, il ne put visiter les installations souterraines.
Les descriptions à caractère véritablement scientifique, au sens moderne, apparaissent à la fin du , ouvrant la porte aux recherches des savants de l’Expédition d’Égypte Lauer..
Description de la distribution intérieure
L'entrée de la pyramide
vignette|L'entrée d'origine : chevrons, linteaux
L'entrée de la pyramide présente aujourd’hui l’aspect d’une immense brèche couverte de chevrons énormes, située sur la face nord, le sol à hauteur de la quinzième assise, culminant à hauteur de la trente-deuxième et désaxée de sept mètres vers l’est.
La pierre amovible tenant lieu de porte
Le géographe grec Strabon, qui visita l’Égypte du temps d'Auguste, mentionne l'existence d’une pierre amovible dans le parement extérieur. Cette Traduction d'Amédée Tardieu, sur mediterranees.net, depuis longtemps disparue, est sans doute à rapprocher des vestiges du dispositif – gonds horizontaux, encastrement dans le plafond - visible à l’entrée nord de la pyramide de Dahchour-sud (« rhomboïdale »). Il n'en subsiste à Gizeh aucune trace, puisque de nombreuses pierres de l'entrée ont été enlevées, probablement au Moyen Âge, de toute évidence pour vérifier si cette structure gigantesque ne recelait aucun autre couloir ou cavité.
Les chevrons
Les chevrons de l’entrée, doublés en hauteur, sont les premiers connus dans l’histoire de l’architecture. Ce sont des monolithes de calcaire qui, selon toute apparence, ne jouent ici qu’un rôle de décharge, comme ceux de la chambre du roi, et non vraiment de couverture, comme ceux de la chambre de la reine. Ils sont constitués d’éléments monolithes pesant chacun une dizaine de tonnes.
Le principe de la couverture en chevrons, ayant sans doute donné satisfaction dès cette première expérience, sera repris aussitôt (si l’on admet que la construction de la pyramide s'est effectuée par couches horizontales) dans la chambre de la reine, située juste au même niveau, puis un peu plus tard dans la chambre du roi, puis dans nombre de pyramides à venir.
Sur le bord supérieur ouest se trouve une inscription hiéroglyphique presque disparue, datant du et exécutée par l'égyptologue allemand Karl Richard Lepsius en hommage au roi de Prusse , dénommé pour l'occasion .
Ensuite, et jusqu'à nos jours, on n’aura plus guère recours à cette technique de couverture titanesque. Hors d'Égypte, on en relève un autre exemple en mer Égée : le monument connu sous le nom d'« antre du Cynthe », situé au pied du mont Kynthos, sur l’île de Délos, est couvert de lourds chevrons de pierre, probablement à l'imitation des monuments égyptiens.
Les linteaux
Trois dalles successives dressées presque à la verticale forment une série de linteaux surplombant l’entrée. Ils ne mesurent pas moins de de large, de haut et d’épaisseur, ce qui en fait des monolithes de vingt à vingt-cinq tonnes, hissés au niveau de la quinzième assise. Tels qu’ils sont, ces linteaux paraissent très surdimensionnés pour ne protéger que l’étroit couloir descendant large de et haut de .
On peut s’étonner que les explorateurs de la pyramide s’en soient tenus là dans leurs investigations concernant l’entrée : mais c’est un fait, une fois la porte arrachée, et avec elle les premiers éléments des chevrons et les pierres de l’entrée, jamais personne n’a pu soulever ou percer ces énormes dalles verticales situées sous les chevrons, au-dessus du couloir.
Pour l’anecdote, leur face la plus visible fut « ornée » par des membres de l’expédition d’Égypte d’une pensée (orthographe d’époque) empruntée à l’abbé Jacques Delille : Leur masse indestructible / a fatigué le tems
Nous sommes redevables au même abbé Delille de mots non moins solennels et définitifs inscrits à l’entrée des catacombes de Paris.
Tunnels forcés Percée d’Al-Mamoun
vignette|Percée d'Al-Mamoun : cheminement à travers le libage vignette|Jonction de la percée d'Al-Mamoun avec le couloir ascendant
Cette entrée secondaire est connue de tous les visiteurs actuels, puisque c’est par elle qu’on pénètre normalement de nos jours. Elle est attribuée au calife Al-Mamoun (début du ). Cette trouée est d’un grand intérêt pour les observateurs, puisqu’elle révèle, sur plus de trente mètres, la structure interne brute de la pyramide : d’abord la maçonnerie noble, puis, en profondeur, un remplissage beaucoup plus grossier.
Depuis l’orifice, situé juste dans l’axe de la pyramide, on traverse ainsi sept couches de maçonnerie de pierres énormes appartenant aux sixième et septième assises, du type de toute la maçonnerie soignée de calcaire nummulitique visible de l’extérieur de la pyramide. Puis on atteint la zone du libage, où les blocs sont de forme moins définie, d’aspect plus ou moins ovoïde ou cyclopéen, avec des interstices pouvant atteindre dix à quinze centimètres. Le sol est aplani et le plafond lui-même apparaît assez bien horizontal. La percée se termine par un virage à gauche pour rejoindre le couloir ascendant, les hommes d'Al-Mamoun ayant sans doute bifurqué à cause de l'acoustique (peut-être après avoir entendu un bruit dû à la chute d'un gros bloc dans une cavité voisine)... La progression, entièrement à l’horizontale, est facile : on se tient debout sans difficulté et la qualité de l’air est encore très acceptable.
La percée d’Al-Mamoun est mentionnée dans la Description de l'Égypte de l’expédition de Bonaparte par le dessinateur Dominique Vivant Denon, sans l'appeler ainsi mais . Obstruée, elle ne débouchait plus à l’extérieur à cette époque. Son débouché intérieur sur le couloir ascendant (au niveau des blocs bouchons) a été aperçu et étudié par Denon et l'équipe des savants français après être passé par la descenderie.
Sape de liaison des couloirs descendant et ascendant
Pour accéder aux appartements supérieurs, ces savants empruntèrent donc forcément une très ancienne sape quasi verticale remontant probablement aux premiers pilleurs de tombes, qui relie, de manière très abrupte, le couloir descendant au couloir ascendant, en contournant les trois blocs bouchons. C’était, avant la percée d’Al-Mamoun, et durant la période de son oubli, le seul accès au couloir ascendant.
Conduits d’origine Le couloir descendant
vignette|Couloir descendant : vue vers l'entrée vignette|Plan de la chambre souterraine (1910) vignette|La chambre souterraine (1910) vignette|La chambre souterraine (1910)
Depuis l’entrée de la pyramide, le cheminement de ou , appelé « la descenderie », n’est pas particulièrement aisé, il faut parcourir un couloir d’une hauteur sous plafond de et de largeur en descente de (soit une pente de 1/2) sur la quasi-totalité de la longueur. Il se divise en deux sections, « le couloir descendant », maçonné, long de ( de l'extérieur jusqu'à la jonction du couloir ascendant de de largeur, puis ), et la « syringe »définition sur Universalis ; définition du TLFi., longue de , creusée dans le roc ( creusées depuis le socle rocheux ou pivot au-dessus du niveau zéro, puis depuis le niveau zéro) descendant vers le couloir nord qui mène au local souterrain.
Cheminement maçonné
À partir de l’entrée d’origine normalement au niveau du parement de la pyramide, plus loin de la grille de fermeture actuelle, la descente inclinée d'un angle de ayant une pente de 50 %, commence par () de couloir descendant revêtu de toutes parts de calcaire fin blanc de Tourah. Puis, juste après l’embranchement de () du couloir ascendant (jonction par le plafond, à travers lequel on voit la face Nord la plus avancée du bloc bouchon de granite), l’ouvrage de maçonnerie continue sur () avant d'entamer la « syringe » creusée de () jusqu'au niveau zéro (pivot naturel du socle rocheux), puis () pour atteindre le couloir nord à la profondeur de ().
Cheminement dans la masse rocheuse