La est une série de cuirassés de la Marine impériale japonaise construits et utilisés durant la Seconde Guerre mondiale.

Déplaçant près de à pleine charge, ces navires ont été les cuirassés les plus lourds et les plus puissants jamais construits. Cette classe a été équipée du plus grand canon naval jamais adapté sur un navire de guerre avec neuf canons type 94 capables de tirer des obus de à plus de de distance. Deux cuirassés : le Yamato et le Musashi, ont été achevés, tandis qu'un troisième, le Shinano, est converti en porte-avions en cours de construction.

En raison de la menace des sous-marins et des porte-avions américains, le Yamato et le Musashi passent la majorité de leur carrière dans des bases navales à Brunei, Truk et Kure. Cependant, ils sont déployés plusieurs fois en réponse aux raids américains sur les bases japonaises avant de participer à la bataille du golfe de Leyte en dans la force commandée par le vice-amiral Takeo Kurita. Le Musashi a été coulé durant cette bataille par les avions américains. Le Shinano est ensuite coulé dix jours après son entrée en service, en , par le sous-marin , puis le Yamato en pendant l'opération Ten-Gō.

Histoire

Contexte

La conception des cuirassés de classe Yamato a été définie par les mouvements expansionnistes du gouvernement japonais, la puissance industrielle japonaise et le besoin d'une flotte assez puissante pour intimider des adversaires probables. vignette|gauche| Photographie du Musashi prise depuis la proue en . Après la Première Guerre mondiale, beaucoup de marines de guerre (dont celles des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'empire du Japon) poursuivent et développent des programmes de construction amorcés pendant le conflit. Les énormes coûts associés à ces programmes amènent les gouvernements à envisager une conférence de désarmement. Le , le secrétaire d'État des États-Unis Charles Evans Hughes invite des délégations de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni à venir à Washington, D.C. pour discuter d'une fin possible à la course aux armements navals. La Conférence navale de Washington aboutit au traité naval de Washington. Parmi diverses dispositions, il limite les futurs cuirassés à un déplacement standard de et un calibre de tir de maximum. Les cinq pays s'interdisent également de construire plus de navires militaires pendant dix ans et à ne pas remplacer les bateaux qui auraient échappé aux conditions du traité pendant au moins vingt ans.

Dans les années 1930, le gouvernement japonais bascule vers l'ultranationalisme. L'empire du Japon vise à poursuivre une politique expansionniste en Asie, en prenant le contrôle des pays de la région sous le couvert d'un indépendantisme pan-asiatique théorisé par le concept de sphère de coprospérité de la grande Asie orientale. Le maintien d'un tel empire, s'étalant de la Chine jusqu'aux îles Midway, nécessite une flotte capable de contrôler de façon durable ce territoire. Bien que les cuirassés japonais construits avant la classe Yamato ont été achevés en 1921, soit un an avant la signature du traité (qui interdit toute nouvelle construction), toute la flotte a été reconstruite ou significativement modernisée dans les années 1930. Cette modernisation comprend, entre autres, de plus grandes vitesses et puissances de feu, que les Japonais comptent utiliser pour agrandir et défendre leur empire. Lorsque le Japon se retire de la Société des Nations en 1933, deux ans après l'incident de Mukden, il renonce également à toutes ses obligations issues des traités internationaux. Ainsi le Japon ne se considère plus tenu de concevoir ses cuirassés selon les limitations du traité naval de Washington et s'estime libre de construire des navires de guerre plus grands que ceux des puissances maritimes de l'époque.

L'intention du Japon d'acquérir des ressources à partir de ces colonies du Pacifique et de l'Asie du Sud-Est mènerait probablement à la confrontation avec les États-Unis ; ainsi ce pays est devenu le premier ennemi potentiel de l'empire du Japon. À cette époque, les États-Unis possèdent 30 % de la production industrielle mondiale tandis que le Japon n'en comptabilise que 3,5 %. En 1935, des membres du Congrès des États-Unis affirment que « le Japon se lance dans une course à l'armement maritime ». Parce que la production industrielle japonaise ne peut surpasser la puissance industrielle des États-Unis, les ingénieurs japonais proposent de concevoir un cuirassé supérieur à ses homologues de l'United States Navy. Chacun de ces cuirassés doit être capable d'engager simultanément plusieurs navires ennemis, ce qui devait permettre de réduire le besoin de dépenser autant d'effort industriel que les États-Unis auraient investi dans la construction de leurs cuirassés.

Conception

vignette|gauche|200px|Pont du Musashi. Le début de la conception du Yamato remonte à l'année 1934. De 1934 à 1936, initiaux ont été mis en avant. Les plans finaux, après modifications, sont acceptés en , pour un cuirassé de . Après la sortie du Japon du Traité naval de Washington en 1934, et le retrait de la conférence de désarmement naval en 1936, la connaissance par les puissances occidentales de cette nouvelle classe de cuirassés aurait probablement été considérée comme une provocation. C'est pourquoi cette classe de navire fut construite dans le plus grand secret. Ainsi, les canons furent officiellement appelés « canons de », et les autorités civiles ne furent pas informées de leur mise en service. Le budget de construction fut divisé et réparti sur de nombreux projets, de façon à ne pas éveiller les soupçons.

Le Yamato était conçu pour surclasser tout navire susceptible d'être construit par les États-Unis d'Amérique. Le choix du calibre de pour l'armement principal (plutôt que le ) était motivé par la largeur du canal de Panama, car il aurait été impossible pour la marine américaine de construire un navire portant un calibre équivalent sans de graves restrictions dans l'arrangement ou le blindage du navire.

Initialement elle devait comporter cinq navires. La construction du Yamato commença le dans un bassin spécialement conçu aux chantiers navals de Kure situés dans la préfecture de Hiroshima. En 1938, c'est au tour du Musashi d’être construit et il fut lancé en 1940. Le troisième de la série, le Shinano, est transformé en porte-avions en cours de construction et la construction du quatrième, jamais baptisé et connu seulement comme le « navire de guerre numéro 111 » est annulée alors que le bâtiment n'était construit qu'au tiers. Le cinquième cuirassé prévu ne sera jamais construit. Les plans pour le type Super-Yamato, armé de canons de , qui devait succéder au Yamato pour maintenir l'avance des cuirassés japonais sur leurs rivaux américains, furent abandonnés.

Construction

La construction des navires de la classe Yamato requiert avant tout la modernisation et le développement des quatre chantiers navals de Kure, Nagasaki, Yokosuka et de Sasebo pour permettre la construction de coques de la taille envisagée.

Le Yamato est construit en trois ans et neuf mois au chantier naval de Kure, où la quille est partiellement couverte pour que la construction reste secrète. Le Shinano est construit au chantier naval de Yokosuka, et le Musashi est construit en trois ans et cinq mois au chantier naval de Nagasaki. Le quatrième cuirassé, connu seulement comme le « navire de guerre numéro 111 » est destiné à être construit au chantier naval de Sasebo.

Navires vignette|droite|Le Yamato et le Musashi ancrés dans les eaux des îles Truk en 1943 Bien que cinq navires de la Classe Yamato fussent planifiés en 1937, seulement trois (deux cuirassés et un cuirassé converti en porte-avion en cours de construction) sont achevés. Ces trois navires sont construits dans le plus grand secret pour empêcher les services de renseignement américains d'apprendre ni leur existence, ni leurs caractéristiques techniques. En effet, l'Office of Naval Intelligence de l'United States Navy ne connaissait que les noms du Yamato et du Musaho à la fin de l'année 1942. Dans un premier temps, les services de renseignement américain supposaient que les caractéristiques techniques de la classe Yamato étaient exagérées, alors qu'en réalité elles étaient correctes. En effet ils ont estimé que les navires de la classe Yamato avait un maître-bau de (alors qu'il était en réalité il était de ) et un déplacement de à (alors qu'il était en réalité il était de ). De plus, à la fin du mois de (soit quatre mois après le naufrage du Yamato) ils pensaient toujours que l'armement principal de la classe Yamato était composé de canons de alors qu'en réalité il était composé de canons de . L'ouvrage de référence Jane's Fighting Ships et les médias occidentaux ont également mal rapporté les caractéristiques technique des navires. En , la Jane's Fighting Ships décrit le déplacement du Yamato et du Musashi comme étant de . De même, le New York Times et l'Associated Press rapportent que les deux navires déplaçaient à . Et même après le naufrage du Yamato en , le quotidien britannique The Times a continué d'attribuer de déplacement au navire. Néanmoins, l'existence des bateaux (et leurs spécifications supposées) influença fortement les ingénieurs naval américains dans le design des cuirassés de la classe Montana. Bien qu'annulés, les cinq navires de la classe Montana ont spécialement été prévus pour contrer la puissance de feu des navires de la classe Yamato.

25px|Italie naval Marine impériale japonaise - Classe Yamato Nom Chantier naval Mise en chantier Lancement Entrée en service Destination finale PhotoYamato Arsenal naval de Kure Coulé le par une attaque aérienne lors de l'opération Ten-Gō150pxMusashi Mitsubishi Heavy Industries, Nagasaki Coulé le par une attaque aérienne lors de la bataille du golfe de Leyte150pxShinano Arsenal naval de Yokosuka Converti en porte-avions en juillet 1942Coulé par quatre torpilles le 150pxNavire de guerre numéro 111 Arsenal naval de Sasebo colspan=2 Annulé le alors qu'il était complété à 30 % puis démantelé sur place

Yamato

vignette|droite|Le Yamato pendant des essais en mer en 1941

Le est commandé en , sa quille posée le , puis il est lancé le , et armé le . Il participe à des exercices d'entrainement jusqu'au , quand l'Amiral Isoroku Yamamoto a considéré qu'il était opérationnel. Il rejoint la Division de Cuirassé, en tant que vaisseau amiral de la Flotte combinée durant la bataille de Midway en , pourtant il n'a pas engagé des forces ennemies pendant cette bataille. Les deux années suivantes ont été passées entre les bases navales Truk et de Kure, tandis que son sister-ship le Musashi l'a remplacé en tant que vaisseau amiral de la Flotte combinée. Dans le cadre de la Division de Cuirassé, le Yamato est déployé à de multiples reprises pour contrer les raids des porte-avions américains sur des bases japonaises. Le , il subit des dégâts majeurs à la suite d'une attaque de torpilles du sous-marin et il est forcé de retourner à la base navale de Kure pour y subir des réparations et des améliorations structurelles.