Paul Strauss, né le à Ronchamp (Haute-Saône) et mort le à Hendaye (Basses-Pyrénées), est un journaliste et homme politique français. Conseiller général, sénateur et ministre, durant toutes ces fonctions et pendant près de cinquante ans, il est toujours préoccupé par les questions sociales, de l'hygiène et de l'Assistance publique.
Il est directeur de la Revue philanthropique de 1887 à 1934, président de l'Association des journalistes républicains, à la suite de Arthur Ranc et vice-président du Conseil supérieur de l'Assistance publique.
Paul Strauss porte un vif intérêt aux questions sociales : protection de la mère et de l'enfant, ainsi que des personnes âgées ; habitat social ; hygiène et santé. Il inspire la loi du , parfois appelée loi Strauss, qui complète la loi Siegfried du sur les habitations à bon marchéMarie-Jeanne Dumont, Le logement social à Paris, 1850-1930 : les habitations à bon marché, Paris, Mardaga, 1991, (en ligne)..
Biographie
Débuts
Paul Strauss est le fils d'Isidore Strauss (1819-1906) Archives de Paris, Archives du IXe arrondissement de Paris, Acte de décès n°63 de l'année 1906, Paris, (présentation en ligne)., négociant drapier juif de la Haute-Saône, et de Zélie Schwob (1825-1908), de la famille Schwob d'Héricourt.
L'enfance de Paul Strauss est ignorée, puisqu'il reste très pudique sur cette période de sa vie, y compris dans ses mémoires (Souvenirs, 1934). Les premières informations connues débutent par sa montée à Paris en , qui représente une opportunité d'ascension sociale. Il reste à Paris jusqu'en .
L'engagement politique de Paul Strauss est précoce, liée à son arrivée à Paris, alors qu'il n'a que 17 ans et débute par la lecture de journaux d'opposition au Second Empire, notamment Le Réveil, La Marseillaise, Le Rappel et participe à plusieurs réunions publiques. Ce sont ces lectures qui forment son engagement politique, en écoutant notamment Adolphe Crémieux, Léon Gambetta et en rencontrant par exemple Gustave Courbet et Eugène Varlin, qui sont toutes des personnalités qui représentent une contestation au régime en place.
Lors de la journée du 4 septembre 1870, Paul Strauss est à Lure en vacances et exprime dans ses Souvenirs le regret de ne pas avoir été à Paris lors de cet évènement.
Cette apparition d'un engagement politique et de convictions politiques précoces, notamment la détestation du Second Empire, l'anticléricalisme et la défense de la liberté, entrent en contradiction avec un engagement de patriote. Malgré cela, il s'engage militairement dès l'âge de 17 ans lors de la Guerre franco-allemande de 1870. Le , il est enrôlé dans la garde nationale de Lure. Cet engagement le conduit à effectuer des missions de reconnaissances en tenue civile, peu avant le Siège de Belfort, qui sont des échecs et il revient, lui et ses camarades, auprès de sa compagnie et est affecté à la défense de Besançon. C'est à ce moment qu'il raconte dans son récit Souvenirs, avoir rencontré Léon Gambetta et Giuseppe Garibaldi.
Le , Paul Strauss rejoint, à sa demande, le bataillon de la garde nationale de Haute-Saône et est promu au grade de Caporal-fourrier. L'ordre de retraite du Haut-Doubs le surprend. Il arrive, accompagné de ses camarades en Suisse, le et est désarmé. Il arrive malgré tout à s'évader et entreprend un long périple à pied et en train pour parvenir jusqu'à Lure. Il est alors contraint d'y rester, dans une commune sous domination allemande, car le sous-préfet refuse les passeports pour Paris.
Hélas ! La Commune éclate, le sang coule, la guerre civile ajoute ses horreurs à celles de la guerre France-Allemagne (Souvenirs, 1934, page 20)
En , il regagne Paris et découvre une ville sortant « des ruines fumantes des Tuileries, de la cour des Comptes, de l’Hôtel de Ville » (Souvenirs, page 38). Son récit témoigne d'un traumatisme de la Guerre et la Commune, il est parmi ceux qui considèrent Gambetta comme une « légende » ayant fondé la République.
Dès 1872, avec des étudiants, jeunes professeurs et apprentis journalistes, Paul Strauss participe à la création du journal mensuel La Joute, qui ne connaît que quelques numéros. Dans ce journal, de jeunes étudiants en droit ou en médecine, républicains et anticléricaux prônent l'amnistie, l'instruction obligatoire, le service égal pour tous. Ces revendications font écho avec le programme de Belleville de Léon Gambetta lors de son discours en 1869.
Paul Strauss débute en politique au sein des réseaux républicains. Il est de ceux qui ont eu le même parcours de vie et qui se côtoient, notamment la montée à Paris, la rédaction au sein de journaux républicains, la création de réseaux d'amitiés, une critique et un combat contre l'Empire. L'historien Jérôme Grévy nomme ces réseaux la « nébuleuse gambettiste » Jérôme Grévy, La République des opportunistes (1870-1885), Paris, Perrin, 1998, (en ligne)., composé de six cercles de réseaux, plus ou moins proches, rassemblés autour de Léon Gambetta. Il fréquente alors les cafés, lieu emblématique de la sociabilité des républicains, ou l'on discute et débat d'un article de journal, des débats parlementaires. Dans ses Souvenirs, Paul Strauss cite le Café Voltaire ou encore le Café Procope et nomme les cafés de la rive droite, fréquentés par le groupe gambettiste, comme la Brasserie des Martyrs, le Café de Madrid (...). La rive droite sera le lieu d'entrée au sein de la politique pour Paul Strauss, puisque comme l'évoque Jérôme Grévy, la « rive droite, la gare Saint-Lazare étant le point de départ et le point d’arrivée des trains des parlementaires », et le lieu des sociabilités de la classe politique républicaine Jérôme Grévy, Les cafés républicains de Paris au début de la Troisième République. Étude de sociabilité politique, Paris, Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2003, (en ligne)..
Condamnation et exil
Paul Strauss, le , rejoint un corps d'infirmier afin de faire son service militaire par devancement d'appel. Il est alors, parallèlement, étudiant en médecine et engagé au sein du journalisme politique, et est poursuivi par le gouvernement à cause d'un article pour Le Radical. Cette poursuite du gouvernement s'inscrit dans la crise du 16 mai 1877 et amène le Gouvernement à user des moyens de pressions pour combattre les républicains. Cet article, il le rédige et le signe le , sous le pseudonyme de « Paul Bouquet », car « strauss » en allemand signifie « bouquet ». Il est jugé et condamné par la 11e chambre correctionnelle de Paris pour « complicité dans les délits d’offense envers la personne du président de la République et d’apologie de faits qualifiés de crimes par la loi ». Paul Strauss ne se présente pas à l'audience, il est déclaré déserteur par l'armée le et condamné à trois ans d'emprisonnement puis est radié le . À la suite de cette condamnation, la publication du Radical est suspendue et Paul Strauss préfère fuir son pays qui le traque car républicain.
Il va fuir et s'exiler à Strasbourg, puis à BruxellesLe Radical, Paris, 17 avril 1884, p. 2 . Durant cet exil, il entreprend l'écriture de son premier livre, publié en 1878, Le suffrage universel auprès de la librairie socialiste d'Henry Kistemaeckers. Découpé en douze chapitres, cet ouvrage est une histoire du suffrage universel depuis la Révolution française, au sein duquel il développe l'idée que le suffrage universel reste indissociable de l'accomplissement de la République. Notamment, il développe que l’instruction est primordiale car elle prépare la « diffusion des connaissances politiques » (Le suffrage universel, p.84) et que l'école républicaine, gratuite et obligatoire reste toujours un objectif, souhaitant un programme éducatif « purgé de tout élément métaphysique ou religieux » (p. 86).
Le reste de son expérience de l'exil n'est pas connue, il revient à Paris le , un an après la loi d'amnistie sur les délits de presse, adoptée par la Chambre des députés le . Dès son retour, il se présente spontanément à l'armée et est écroué au sein de la maison d'arrêt et de correction (prison du Cherche-Midi) puis est condamné à une peine de trois ans de travaux publics pour désertion à l'étranger. Il est incarcéré pendant deux mois et demi puis libéré par une décision ministérielle, à la suite d'une lettre écrite au Ministre de la Guerre. Il est remis en liberté le et libéré de ses obligations militaires en 1881.
Carrière de journaliste
La fondation du journal La République française, le , est un moment marquant pour le Parti républicain, lui permettant de résister aux tentatives de restaurations monarchiques et la carrière de journaliste de Paul Strauss. Il fait ses premiers pars au sein de journaux « à risques », dans lesquels publient, sous pseudonymes, des exilés de la Commune et des républicains de gauche. Il est notamment rédacteur aux Droits de l'Homme (crée en ) et au Radical.
C'est après son exil que sa carrière de journaliste parlementaire débute, dont la liberté est garantie par la loi du 29 juillet 1881.
Dès lors, Paul Strauss collabore et écrit dans de petits journaux tels que La Lanterne, Le Voltaire, Le XIXe siècle, Le Figaro.
Le , il crée le journal La Ville et, cinq ans plus tard, une autre revue consacrée à l’action sociale, La Revue philanthropique, qu’il dirigera jusqu’à la disparition du journal en .
Comme l'évoque l'historien Christian Delporte dans son ouvrage Les Journalistes en France (1880-1950) Christian Delporte, Les Journalistes en France (1880-1950). Naissance et construction d’une profession, Paris, Éditions du Seuil, coll. « » , 1999, (en ligne)., le journaliste parlementaire devient un reporter, le métier consiste à aller de cafés en cafés, au sein des salles de rédaction, d'aller chercher l'information. Paul Strauss fréquente la Chambre des députés, à la recherche d'informations, de rencontres, se rend à la tribune de la presse. Le rôle de journaliste parlementaire est alors essentiel car tous les journaux évoquent et commentent les actions du Gouvernement.
Conseiller général vignette|redresse|gauche|Paul Strauss, conseiller général, en 1895.
Aux élections de , Paul Strauss bénéficie du soutien de ses collègues journalistes. Le Petit Journal, à la veille du scrutin et à la demande de Pierre Waldeck-Rousseau, écrit un article extrêmement favorable à sa candidature. Il est présenté par le comité d'Union républicaine et se réclame d'une aile modérée du radicalisme Serge Berstein, Marcel Ruby, Un siècle de radicalisme, Paris, Presses universitaires du Septentrion, 2004, 288 pages, (présentation en ligne).. Le texte de soutien du comité est publié dans le journal Le Siècle le : « Le comité de l’Union républicaine qui, en , désignant M. Ranc à vos suffrages, vous recommande aujourd’hui la candidature de M. Paul Strauss pour l’élection municipale […] ».
Le , au cours d’une réunion publique, le candidat présente les grandes lignes de son programme : la séparation de l’Église et de l’État, le service militaire obligatoire, la suppression des impôts indirects, toutes les mesures prônées par la mouvance radicale, inspiré par le Programme de Belleville.
Durant la campagne, plusieurs candidats, dont le candidat ouvrier, provoquent des polémiques au sujet de Paul Strauss, notamment le lors d'une réunion publique : « A-t-il dans le 9e arrondissement des intérêts qui soient les siens ? Non. Du reste, on sait que M. Paul Strauss est israélite. Il se moque de la séparation de l’Église et de l’État, de la grave question du budget des cultes, du Concordat, etc. Il est issu de parents allemands et il a des relations très étendues dans l’entourage de Bismarck ». Des attaques qui tentent d'assimiler le candidat à un étranger, de deux façons différentes, puisque « issu de parents allemands », son origine et « israélite », sa religion et il serait donc lié à l'ennemi (l'Allemagne).