L’économie du travail est une branche de l’économie qui cherche à comprendre les stratégies et les décisions des différents acteurs (salariés, entreprises, syndicats, etc.). Dans l’approche néoclassique, l’économie du travail étudie également l’offre du travail (offerte par les travailleurs) et la demande (des entreprises) sur le marché du travail et son fonctionnement. Plus spécialement, la discipline analyse désormais les résultats de leurs interactions (salaires, emploi, temps de travail, effort, etc.) et les inégalités et discriminations. Aujourd’hui, la majorité des cours définissent plutôt l’économie du travail comme « l’économie du marché du travail ». Or, il n’en a pas toujours été ainsi dans l’histoire de l’économie.

Elle est apparue dès la fin du avec l'émergence du salariat pendant la révolution industrielle. Les économistes classiques comme Adam Smith ou David Ricardo analysent la division du travail et son organisation. Plus tard, Karl Marx étudie la valeur du travail ainsi que la répartition du revenu issu du travail dans son livre Le Capital (1867https://www.universalis-edu.com/encyclopedie/le-capital/).

Histoire L'économie du travail apparait lors des premiers mutations du travail pendant la Révolution industrielle. Depuis le Néolithique, le partage des tâches et la collaboration sont inhérents à la condition humaine et à la vie de la communauté. L'économie était principalement basé sur l'équité et la symétrie avec un système de dons et de contres-dons.

Comme l'analyse le sociologue Emile Durkheim, les sociétés traditionnelles post-révolution industrielle ont une conscience collective très importante résultant de la solidarité mécanique. La révolution industrielle développe les villes et change profondément le fonctionnement de la société. En opposition aux sociétés traditionnelles, les sociétés modernes sont régies par une solidarité organique et l'interdépendance. Chaque individu est spécialisé sur quelques taches selon la théorie de la division du travail. L'économiste Adam Smith montre son efficacité avec l'exemple de la manufacture d'épingle. Cependant, ce sont les travaux de Richard T. Ely dans son oeuvre The Labor Movement in América, publié en 1886 qui établissent le travail comme la dimension fondamentale et paradoxale de la société. Le travail est une source de souffrance de fait mais également une source de richesse de part son fruit. La richesse dégagé permet alors la consommation de biens de prestige, façonnant la distinction sociale et établissant un pouvoir hiérarchique en fonction de sa position dans la chaine de production. Karl Marx analysera sous ce prisme le travail dans son oeuvre Le Capital parut en 1867. La question centrale en économie du travail est alors posée: comment organiser l'acte de travail pour que la production soit efficace et que les hommes puissent en vivre ?

Le travail est certes un facteur de production mais il est différent de tous les autres. La catégorie est spécifique et inspirante. Le travail échangé sur le marché n'existe pas avant l'échange contrairement à un autre bien. Il possède une potentialité de création de valeur qui dépend de la fonction du salarié dans l'entreprise. Une grande partie des travaux d'économie traite du travail, dès Aristote, et le travail sera la source des grands courants d'analyse économique: le marxisme, les classiques, le marginalisme, etc.

La notion même de travail est différente d'une époque à l'autre.Au XIXe siècle, le travailleur typique était défini comme un homme employé dans le secteur des transports (docks et chemins de fer), les mines, l'industrie ou l'agriculture à grande échelle. Le travailleur est libre de choisir son employeur et indépendant du propriétaire des moyens de production. Quant à la famille du travailleur, elle assure les fonctions de consommations et de reproduction. Les protestations ouvrières étaient prises très au sérieux, surtout si elles prenaient la forme de grèves, de revendications syndicales et politiques. La classe laborieuse définissait alors un groupe de travailleurs respectables, par opposition aux esclaves, aux indépendants et aux marginaux. Mais cette vision oublie plusieurs aspects de l'activité de production que constitue le travail :

le travail domestique: ménage, entretien, couture, jardinage, bricolage, éducation des enfants, soins, ... la collaboration dans les activités de production familiales: petits commerces, fermes rurales, ... le bénévolat dans les associations, dispensant des conseils gratuits et une entraide locale. le volontariat le travail forcé ou l'esclavage le travail non-déclaré

Un exemple est très marquant pour illustrer cette vision. Un homme quitte sa maison pour couper du bois. S'il est bucheron, il vendra le fruit de son travail contre de l'argent. Il s'agit donc d'un travail. Mais, il est possible qu'il coupe du bois pour sa cheminée ou pour chez lui. Dans ce cas, ce n'est pas un travail. L'homme s'entraine également pour une compétition d'aizkolaritza ou de coupe de buches. Alors l'entrainement est il un loisir ou un travail ? Ainsi, le travail ne doit pas être interprété seulement par l'activité en elle-même mais également en fonction de son but. Cette question peut être davantage contemporaine: un consommateur qui emprunte les caisses automatiques remplace une caissière et réalise alors un travail, le montage d'un meuble en kit, la composition des numéros d'une hotline d'un service après vente.

Les historiens et anthropologues montrent qu'il n'existe pas une définition universelle du travail. Il s'agit d'une catégorie de la pensée et de la pratique, construite par les sociétés et donc variable dans le temps. Il est nécéssaire de distinguer ce qu'est qu'une activité par rapport à un emploi et par rapport à un travail. Le travail regroupe l'ensemble des activités humaines organisées, exigeant du temps ou des efforts, coordonnées en vue de produire ce qui est socialement utile et possède une valeur.

La vision néoclassique permet, grâce à la microéconomie moderne, d'appréhender les comportements autour du travail (échange, production, consommation, coopération, etc) et, grâce à la macroéconomie, d'évaluer les politiques publiques d'emploi et du travail.

Cadre théorique Approche macroéconomique Analyse néoclassique Sur le marché du travail, la confrontation de l’offre et de la demande conduit à déterminer deux grandeurs : le salaire et le niveau d’emploi. La théorie néo-classique utilise ce mécanisme de marché pour démontrer que le chômage ne peut être durable. Il suffit en effet de diminuer les salaires pour que la demande de travail des entreprises s’accroisse et fasse disparaître le chômage. Le salaire, qui est la variable stratégique, permet la réalisation de l’équilibre. Cependant de multiples rigidités (intervention des syndicats ou des entreprises monopolistiques par exemple), influencent les salaires (réels) qui s’éloignent du niveau d’équilibre, créant ce faisant un sous-emploi qui peut être important et durable.

Monopsone Article principal: MonopsoneCertains marchés du travail n’ont qu’un seul employeur et ne satisfont donc pas l’hypothèse de concurrence parfaite du modèle néoclassique présenté ci-dessus. Le modèle d’un marché du travail en situation de monopsone conduit à une quantité d’emploi plus faible et à un salaire d’équilibre plus bas que le modèle concurrentiel.

Analyse keynésienne Les économistes keynésiens ont contesté le mécanisme du marché car une baisse des salaires réduit le pouvoir d'achat des travailleurs et donc la demande des biens et services qui s’adresse aux entreprises, ces dernières ne seraient plus incitées à embaucher pour accroître leur production en bien et services. Les keynésiens affirment qu’il n’existe pas un véritable marché du travail car les quantités de travail demandées par les entreprises ne sont pas liées à court terme au prix du travail (à savoir le salaire), mais au niveau de la demande effective c'est-à-dire au niveau des ventes attendues par les entreprises.

Approches microéconomiques A l'échelle microéconomique, l'économie du travail consiste à analyser individuellement les personnes et relever des estimations sur leur comportement. On parle tant des offreurs (les salariés disposés à travailler) que des demandeurs (entreprises ou employeurs qui ont besoin d'embaucher des travailleurs). Le but pour chacune des variables est de maximiser leur utilité U, des modèles pour les situations spécifiques sont pertinents.

Une utilité U intertemporelle représente les préférences dans la durée, si on note xt =(CT,Lt) le flux de panier de consommation-loisirs, on s'impose souvent a U les propriétés suivantes :

- Stationnarité : si U(x1...xn,...xF +1) préféré a U(x1'...xn',xF...xF +1) alors U( xF...xF +1) préféré a U(xF'...xF+1'). Les préférences entre deux flux de départ ne dépendent pas de la période de départ F.

-Séparabilité additive : Les préférences entre les flux de consommation aux dates ultérieures à F sont indépendantes des choix faits entre les dates 0 et F, et les préférences entre les flux de consommation aux dates postérieures à F sont indépendantes des choix faites après la date F.

L’économie du travail microéconomique repose sur la maximisation de l'utilité intertemporelle. Les hypothèses de stationnarité et de séparabilité additive assurent la rationalité des choix et simplifient l’analyse des préférences entre consommation, loisir et travail.

D'autres approches microéconomiques comment celle d'Orley Ashenfelter, qui étudie la manière dont les agents font leur choix entre loisir et travail dans les modèles microéconomiques de l'offre de travail où les individus choisissent leur offre de travail en fonction du salaire, du revenu non salarial et de leurs préférencesAshenfelter, O. (1984), Macroeconomic Analyses and Microeconomic Analyses of Labor Supply, NBER Working Paper n°1500..

Contrairement aux modèles macroéconomiques courants, l’approche microéconomique permet quant à elle d’identifier précisément les mécanismes comportementaux à l’origine des variations de l’offre de travail, particulièrement les effets de substitution et de revenu liés aux variations de salaire. Il souligne toutefois que les estimations empiriques de l’élasticité de l’offre de travail sont souvent faibles, notamment pour les travailleurs à temps plein, ce qui réduit l’impact des changements de salaires sur le volume total de travail offert.

L'auteur conclut que l’approche microéconomique est primordiale pour comprendre le fonctionnement du marché du travail et juger les politiques publiques, mais qu’elle doit être complétée par des analyses empiriques fines et par la prise en compte des institutions du marché du travail.

Analyse néoclassique en concurrence parfaite Dans l'analyse néo-classique du marché du travail, l'offre de travail est constituée par les ménages qui font un arbitrage entre le travail et le loisir. La courbe d'offre de travail associe à chaque taux de salaire la quantité d'heures maximum qu'un travailleur est prêt à offrir aux employeurs pour une période de temps donnée.

La demande de travail est le résultat d'un calcul de maximisation de la fonction de profit du producteur.

L'équilibre sur le marché du travail est alors défini comme le point où la courbe d'offre agrégée rencontre la courbe de demande agrégée.

Thèmes Rendements de l'éducation sur le marché du travail

Depuis les travaux de Gary Becker sur le capital humain et de Michael Spence sur la théorie du signal, de nombreux travaux empiriques cherchent, à la suite du travail pionnier de Jacob Mincer à estimer les rendements privés de l'éducation et de l'expérience sur le marché du travail.

Discriminations sur le marché du travail

Gary Becker a appliqué la microéconomie pour comprendre les phénomènes de discrimination sur le marché du travail ().