Essais sur la Chine est un recueil de textes documentaires et historiques de Simon Leys publiés en un seul volume aux éditions Robert Laffont dans la collection « Bouquins » en 1998. Précédé d'un avant-propos inédit datant de 1989, destiné à replacer le lecteur dans le contexte d'époque, le volume réunit l'ensemble des analyses écrites par le sinologue belge entre 1971 et 1989.
La partie la plus importante de l'ouvrage reprend la célèbre étude de la révolution culturelle chinoise intitulée Les Habits neufs du président Mao (sous-titré : Chronique de la "révolution culturelle") à laquelle s'ajoutent une série de témoignages et d'analyses : Ombres chinoises, Images brisées, La Forêt en feu : essais sur la culture et la politique chinoises, et L'humeur, L'honneur, L'horreur, une suite de pamphlets publiés en 1974, revus par l'auteur en 1978. (Il précise que pour la plupart des mots chinois et des noms, il a adopté l'écrirure dite pinyin, à l'exception de noms très célèbres.)
Comme le soulignent Claude RoyClaude Roy, Sur la Chine, Idées-Gallimard, 1979, réédition 1983, 85-86 et Pierre Haski, Simon Leys fut détesté par l'intelligentsia française pour avoir été le premier à dénoncer les horreurs de la période maoïste.. Présentation Dans de nombreuses pages des Essais sur la Chine, Simon Leys explique en particulier que le pouvoir maoïste ne repose pas sur la prédominance d’un message idéologique intangible, mais, plutôt sur la diffusion de données aussi provisoires qu'inconsistantesPierre Piret Conditions et fonctions de l’écriture chez Simon Leys 2008.
Les Habits neufs du président Mao (1971)
Les Habits neufs du président Mao. Chronique de la Révolution culturelle est un livre de Simon Leys publié en 1971 par Champ Libre.
La chronique traite des événements qui se sont déroulés en République populaire de Chine de à , au plus fort de la Révolution culturelle, alors que l'auteur se trouvait lui-même à Hong Kong. Sources de l'ouvrage
Le journaliste Francis Deron du Monde indique à propos des sources des Habits neufs qu'il s'agit : Francis Deron "Les Habits neufs du président Mao", par Francis Deron Le Monde, 6 août 2008. Simon Leys revendique, dès 1972, l'exhaustivité des sources utilisées. Dans la presse communiste chinoise, ce sont : Renmin ribao (Le Quotidien du peuple), Hong qi (Drapeau rouge), Jiefang jun bai (journal de l'Armée populaire de libération), Wenhui bao. Simon Leys utilise aussi les publications des Gardes rouges. Pour la presse de Hong Kong, il lit Da gong bao, journal officiel du régime communiste, Ming bao (Gauche indépendante), Xingdao ribao (droite)... Simon Leys cite aussi les sources des annexes, avec de nombreux documents relatifs à l'affaire Peng Dehuai. Pour les biographies, Simon Leys utilise le Biographical Dictionary of Républican China de Boorman, le Who's Who in communist China, Huang Zhenxia , Zhonggong junren zhi, China News AnalysisSimon Leys, Essais sur la Chine, pages 223 et suivantes.Pierre Boncenne, Le parapluie de Simon Leys, Philippe Rey, 192 pages, p. 37..
Dans sa dénonciation de la révolution culturelle, Pierre Ryckmans a été influencé par le bulletin mensuel China News Analysis publié à Hong Kong par le sinologue jésuite hongrois László Ladány, directeur d'un centre recueillant et analysant les informations sur la situation en Chine à l'époque :
Toutes les ambassades et consulats étaient abonnés à ce bulletin, « remarquablement bien informé et de très haut niveau », qui professait que la révolution culturelle était . Pierre Ryckmans a reconnu s'être inspiré des numéros 759, 761, 762, 763 (mai à ) pour écrire Les Habits neufs du président MaoA propos de Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, et des sources qui ont inspiré 'Les Habits neufs du président Mao' Églises d'Asie, 21 août 2014 : ..
Ombres Chinoises En 1972, Leys est nommé attaché culturel à l'ambassade belge, nouvellement ouverte, à Pékin ; il y réside six mois (de la deuxième quinzaine d'avril au ), car un poste d'enseignant lui est proposé à la section de chinois de l'université nationale australienne à Canberra en Australie Rowan Callick, Pierre Ryckmans’ early books triggered outrage and controversy in Europe, The Australian, 12 août 2014.. De cette mission à l'ambassade de son pays, il tire la matière d'un nouveau livre, Ombres chinoises, qui paraît en 1974 Ian Buruma, , Perry Link, 'Whoever Talks About China Talks About Himself'. Remembering Sinologist Pierre Ryckmans, Foreign Policy, August 12, 2014 : ..
Avant-propos Lu XunLu Xun, quant ji, Pékin, 1963, p. 396.
« On ne s'étonnera pas de trouver de nombreuses citation de Lu Xun tout au long de mon petit livre. Le président Mao qui l'a consacré comme maître à penser de la Chine contemporaine, estime que son œuvre est restée d'une brûlante actualité. Je viens de la relire en entier, et je suis du même avis. » Simon LeysSimon Leys. Ombres Chinoises, avant-propos de 1973, p. 233.
Les Étrangers en Chine populaire (1974) La cible favorite de Leys était, selon ses propres termes les « sinologues germano-pratins et les sinologues improvisés »Simon Leys,543-544, annexe « mondanités parisiennes », c'est-à-dire n'ayant fait que de courts séjours officiels en Chine et se permettant de publier des textes sur ce pays comme s'ils l'avaient étudié. En cela, il a été vivement soutenu par Claude Roy : .
Suivez le guide Leys s'en prend aussi aux touristes politiques, parmi lesquels à Roland Barthes et la délégation du groupe Tel Quel, composée de Philippe Sollers, Julia Kristeva et Marcelin Pleynet, lesquels n'ont séjourné en Chine que du au Le Magazine Littéraire n°482, janvier 2009, séjour nettement insuffisant pour faire autorité sur la question chinoise. Ce que Leys dénonce avec un humour corrosif :
Petit intermède hagiographique Petit intermède philosophique Bureaucrates Vie culturelle Universités Bâtons rompus comprenant une post-face à la réédition de 1978
L'Après maoisme comprenant: notes de lecture : camarade Jiang Qingextrait de « Comrade Chiang Ch'ing » par Roxane Witke, New York, éd. Little Brown, 1977, traduction française par Anne Villelaur, et Madeleine Charvet, éditions Robert Laffont, 1978, . La Version originale de ce compte rendu a été publié dans la revue américaine The New Republic, le
Introduction à Lu Xun, La Mauvaise Herbe (1975) La mauvaise herbe de Lu Xun dans les plates-bandes officielles « La Mauvaise Herbe de Lu Xun dans les plates-bandes officielles » est un texte publié en 1975 sous le nom de Pierre Ryckmans, « en guise d'introduction » à sa traduction de La Mauvaise Herbe, recueil de poèmes en prose de Lu XunLu Xun, La Mauvaise Herbe, U.G.E. 10/18, 1975..
Résumé Alors que l'écrivain Lu Xun est une figure quasi divinisée de la Chine maoïste, Pierre Ryckmans rappelle que dans les derniers mois de son existence Lu Xun s'est opposé à la politique de la direction du parti communiste chinois de rapprochement avec le Guomindang, épisode passé sous silence par l'hagiographie officielle, de même que les relations entre Lu Xun et Qu Qiubai. Si Mao Zedong, afin de se concilier intellectuels et jeunesse, fait dès 1940 un éloge outré de l'écrivain (dans De la démocratie nouvelle, ouvrage destiné à une audience nationale), il estime cependant en 1942 (dans un ouvrage à l'audience plus restreinte, Intervention aux causeries sur les arts et les lettres) que la prose de Lu Xun n'est pas un exemple à suivre. Parmi les individus chargés de son hagiographie sous le régime maoïste figurent certains de ceux qui détestaient Lu Xun de son vivant : Zhang ShizhaoQui, en tant que ministre de l'Éducation du seigneur de la guerre Duan Qirui, s'est opposé à Lu Xun, et plus largement aux mouvements étudiants. Voir l'article Sous le dais fleuri., ou l'écrivain Guo Moruo. Au contraire, les anciens amis de Lu Xun sont victimes de purges et réduits au silence tels Hu Feng en 1955 ou Feng Xuefeng lors de la campagne des cent fleurs.
Pierre Ryckmans analyse ensuite le recueil La Mauvaise Herbe, « une des œuvres les plus obscures de Lu Xun », et la place centrale qu'il occupe dans la création littéraire de l'écrivain.
Prolongements Dans la même collection, 10/18, paraissent l'année suivante, en 1976, deux volumes d'essais de Lu XunLou Sin, Essais choisis, 2 tomes, traduits de l'anglais par Liliane Princet, introduits et annotés par Daniel Hamiche, U.G.E. 10/18, 1976., introduits cette fois par un maoïste, Daniel Hamiche. Ce dernier défend dans son introduction la figure d'un Lu Xun disciple de Mao et s'en prend vivement à Pierre Ryckmans-Simon Leys, qu'il qualifie de « petit-maître ès-ignoranceDaniel Hamiche, « Introduction », p. 51. ».
Images brisées (1976) Images brisées paraît en 1976 aux éditions Robert Laffont et recueille en volume une série d'articles et d'essais, parus dans la presse ou inédits, écrits au cours des deux années précédentes.
Témoignages Cette partie de l'ouvrage, sous-titrée « Images brisées », qui est une série de textes élaborée à partir de témoignages recueillis à Hong Kong, accompagnée de réflexions personnelles, a paru initialement dans Contrepoint, , en 1975.
Arts et lettres Ce chapitre comprend deux textes, « Fermeture provisoire pour cause de travaux. Note sur les musées de Chine populaire », paru dans l'Arc, , et « Ah Q vit-il encore ? », paru dans le Point du . Le premier est consacré à la fermeture de la totalité des musées en Chine populaire à la suite de la Révolution culturelle, pendant sept ou huit ans. Le second a trait à la nouvelle de l'écrivain Lu Xun, La Véritable Histoire de Ah Q, et à la survivance de l'« ahqisme » en Chine populaire.
Politique Le mouvement de critique de Lin Biao et Confucius Le manifeste de Li Yizhe Après Mao ? Nécrologie Portrait de Tchiang Kai shek
Aspect de Mao Zedong Annexe : mondanité parisiennes Dans Notules en marge d'une réédition barthienne, Leys fustige l'édition par Christian Bourgois en 1975, d'un articulet de Barthesparu dans le journal Le Monde du intitulé Alors la Chine ? et publié en 1975, « dans sa nouvelle version pour bibliophilesSimon Leys P.544. » Lorsque Bourgois édite en sous le titre Carnets du voyage en Chine le même texte augmenté d'inédits, Philippe Sollers écrit : Et Simon Leys de répondre :
Préface 1 (1976)
Mao, réalités d'une légende, dédicadé à Émile Guikovaty. Mao Zdong et l'histoire de Chine
Préface 2 (1983)
Enquête sur la mort de Lin Biao, dédicadé à Yao Ming Le
La Forêt en feu Essais sur la culture et la politique chinoises (Hermann 1983)
Arts et lettres
Poésie et peinture
Les tribulations d'un gascon en Chine
Le feu sous la glace : Lu Xun
Le discours du moustique
Politique
Les droits de l'homme en Chine
Le printemps de Pékin
La carrière d'un mao nazi
La Chine populaire survit-elle à Mao ?
Sur la Chine
Hygiène En Chine les yeux fermés
Han Suyin : l'art de naviguer
Ces experts qui nous expliquent la Chine
Annexes Quelques propos de Lu Xun Wei Jingsheng : la cinquième modernisation de la démocratie
L'humeur, L'honneur, L'horreur Essais sur la culture et la politique chinoises (Laffont 1991)
L'attitude des chinois à l'égard du passé
L'exotisme de Segalen
Propos de HUang Binhong sur la peinture
Zhou Enlai ou le sillage d'une barque vide
Bel automne à Pékin
Nouvelle arithmétique
L'art d'interpréter les inscriptions inexistantes
Après le Massacre de Tian'anmen
Réponse à Alain Peyrefitte en réponse à une entrevue publiée dans La Lettre de Reporters Sans Frontières.
Excursion en haute platitude Critique des Impressions d'Asie. de Bernard-Henri Lévy. Outre son pamphlet sur Alain Peyrefitteparu dans La lettre de Reporters Sans Frontières, septembre 1990, Leys s'en prend à Bernard-Henri Lévy et ses Impressions d'Asie sur lequel il écrit :
Notes et références
Amélie Nothomb, cosmétique de l'ennemie: Le discours du moustique de Lu Xun
Bibliographie