est le troisième album studio de George Harrison en solo, sorti en . Cette période est une époque difficile pour le musicien qui vient d'être quitté par sa femme Pattie, partie auprès de son ami Eric Clapton. Il y fait d'ailleurs mention dans sa reprise de dans laquelle il adresse quelques piques au couple, ainsi que dans , seule chanson qu'il écrit sur le sujet. De plus, à l'aube d'une tournée aux États-Unis, il est atteint d'une laryngite qui altère totalement sa voix : ce problème se ressent particulièrement sur plusieurs chansons de l'album, attirant l'hostilité de la critique.

Enregistré dans les studios de Friar Park à l'automne 1974, l'album fait participer de nombreux amis de Harrison : Billy Preston, Nicky Hopkins, Ringo Starr, Jim Keltner, Tom Scott… Outre la chanson titre, publiée en single l'année suivante, l'album contient , un chant de Noël, ou encore , chant aux sonorités indiennes. L'album accompagne également la création de , le label de Harrison qui publie ses créations et celles de quelques autres auteurs. Il est également accompagné d'une tournée américaine qui doit en faire la promotion.

Lorsqu'il est publié, est fustigé par la critique qui y voit une très forte baisse de niveau, dans la foulée d'un désaveu reçu au cours de sa tournée durant laquelle il fait tout son possible pour détruire son image de Beatle, qui est justement celle attendue par le public. S'il atteint la quatrième place des classements américains, il ne parvient pas à pénétrer dans les charts britanniques. Il est finalement considéré comme l'une des pièces les plus faibles du guitariste, et le début d'une période plus obscure après le succès de ses deux premiers albums.

Historique Contexte Les années 1973 et 1974 sont particulièrement difficiles pour George Harrison. Après avoir commencé la décennie sur les chapeaux de roue avec son album plébiscité par la critique, il a connu un léger désaveu avec , qui laisse une presse partagée. Sans être une réelle crise artistique, l'album est souvent jugé inégal, et comparé à son prédécesseur, toujours au bénéfice de ce dernier. Dans le même temps, les soucis s'enchaînent autour des restes des Beatles : Harrison, John Lennon et Ringo Starr se rendent en effet compte que leur manager Allen Klein, qu'ils avaient engagé contre l'avis de Paul McCartney, ne gère pas leur société Apple Corps à leur avantage, et lui intentent un procès.

C'est dans ce climat que Harrison fonde son label en . Son but est, d'une part, d'abriter son catalogue une fois rompu son contrat avec EMI qui expire en 1975, mais aussi de publier les disques d'un certain nombre d'artistes qui lui sont chers, dans un esprit proche de celui qui avait mené à la création d' quelques années auparavant. Parmi les groupes engagés par le label, le premier, et celui qui connait le plus de succès, est Splinter. Harrison participe d'ailleurs à l'enregistrement de leur album sous le pseudonyme de . Un autre artiste notable publié par est Ravi Shankar. Cependant, le label est un échec cuisant : il ne publie plus que les disques de Harrison depuis 1977, et tous les autres albums publiés ne l'ont jamais été sur CD.

D'un point de vue personnel, la situation de George Harrison est alors particulièrement désastreuse, puisque son épouse Pattie Boyd vient de le quitter pour son meilleur ami Eric Clapton, bien que le divorce n'ait officiellement lieu qu'en 1977. À la même époque, Harrison entretient quelque temps une relation avec Maureen Starkey, l'épouse de Ringo. Le musicien parle dans son autobiographie d'une , et se met à boire assez régulièrement.

Au début de l'année 1974, Harrison voyage également en Inde et met en place divers projets avec Shankar, notamment un album, une tournée européenne de musique indienne (le ) et une tournée conjointe de Harrison et Shankar en Amérique du Nord, annoncée en mars 74 pour la fin de l'année. C'est dans l'optique de cette tournée que Harrison prépare un nouvel album.

Enregistrement thumb| est le premier album enregistré par George Harrison dans son studio personnel de .|alt=Détail des portes de Friar Park Harrison peine à trouver du temps libre dans son emploi du temps pour enregistrer son album, entre ses travaux de production d'autres groupes et la préparation de sa tournée. Les sessions d'enregistrement de se déroulent dans le studio personnel du musicien, dans sa demeure de Friar Park (nommé FPSHOT, pour ). Ce changement est particulièrement important pour Harrison qui n'a plus à faire les voyages jusqu'à Londres pour enregistrer. Artistiquement, cela marque également un changement : le musicien n'est plus obligé de travailler avec des coproducteurs, qui auraient pu lui signaler certains problèmes. De même, il peut ainsi échapper aux musiciens de la scène londonienne et, comme l'explique Klaus Voormann, enregistrer les morceaux avec ses amis, et seulement eux.

Cependant, ce ne sont pas là les premières sessions pour le disque. et le chant de Noël sont enregistrés fin 1973 dans des versions par la suite complétées, de même qu'une version jamais publiée de la chanson titre. Sont alors présents un certain nombre de musiciens proches de Harrison : Ringo Starr, Jim Keltner, Klaus Voormann, Gary Wright et Nicky Hopkins.

Les sessions se poursuivent sur une rencontre en . Joni Mitchell donne alors un concert au de Londres, accompagnée par le , formation de jazz-pop américaine alors très populaire, et menée par le saxophoniste Tom Scott. Les musiciens, invités par George Harrison à Friar Park, l'accompagnent dans une improvisation instrumentale qui devient , la chanson d'ouverture de l'album, et sur . Les sessions ne durent pas plus d'une journée, le groupe ayant un avion à prendre le lendemain. Dans les temps qui suivent, mais à une date inconnue (probablement en juillet, période où il est certain qu'il a travaillé seul en studio), Harrison enregistre totalement seul la chanson , reprise d'une chanson des Everly Brothers et (finalement face B de single, mais absente de l'album).

C'est cependant en septembre et qu'est fait le plus gros du travail sur le disque. Harrison s'entoure alors des musiciens destinés à l'accompagner durant sa tournée : les américains Tom Scott, Billy Preston, Andy Newmark et Willie Weeks. C'est à cette époque que la laryngite de Harrison se fait la plus forte, donnant à sa voix une tonalité rauque qu'il garde par la suite au cours de sa tournée américaine. Ces soucis ne permettent pas à Harrison d'enregistrer la chanson qui donne à l'album et à la tournée leur nom. C'est finalement à Los Angeles qu'il se voit obligé de l'enregistrer malgré sa voix, dans des conditions quasi-live dans les studios A&M, à quelques jours du début de la tournée.

Parution et réception thumb|left|Billy Preston, George Harrison et Ravi Shankar rencontrent Gerald Ford durant le en 1974. Dès sa conception, répondait à un principe commercial selon lequel il aurait été inconcevable pour George Harrison de se lancer dans une tournée sans avoir de nouveau matériel à promouvoir, de nouvelles chansons à interpréter sur scène. C'est donc en plein milieu du que sort le disque, le aux États-Unis, et onze jours plus tard au Royaume-Uni. À cette époque, la tournée du guitariste reçoit déjà un accueil plus que froid, qui poussera son auteur à arrêter les tournées à l'exception de passages éclair sur les planches lors de concerts de charité, et d'une tournée japonaise en 1991, débouchant sur un album à la publication assez confidentielle.

Si la presse s'est montrée divisée à son sujet, la tournée a surtout déçu les fans en quête d'un retour à la Beatlemania perdue depuis 1966 et la fin des tournées des Beatles. Harrison clame alors pour sa part à la presse qu'il , et fait tout pour se défaire de cette image, ce qui trouble une partie du public. Sur scène, Harrison reprend ses grands classiques (, ), plusieurs chansons issues de son dernier album, mais aussi des classiques des Beatles : , , (composée par John Lennon), mais il surprend, et déçoit, le public lorsqu'il lui adresse des piques en modifiant radicalement la structure et les paroles de , où en détournant les paroles de Lennon en . La perte de voix de Harrison, et le choix audacieux que constitue la prestation de Ravi Shankar durant les concerts ajoutent à l'accueil décevant de la tournée.

Le succès de l'album s'en ressent. S'il atteint aux États-Unis une très honorable dans les charts, il n'entre pas dans les classements britanniques, grande déception pour Harrison après avoir été numéro 2 avec . Le disque s'accompagne de deux singles. La chanson de Noël ne connait qu'un succès mitigé en atteignant la des charts britanniques, et la aux États-Unis. Le deuxième single, connaît un résultat plus encourageant aux États-Unis où il se dresse en des classements, mais il ne parvient pas à entrer dans les charts britanniques. Ces deux singles, après des débuts beaucoup plus encourageants dans les charts, marquent les débuts d'une chute de Harrison dans les classements.

La critique se révèle à l'époque très sèche envers l'album. Le magazine , notamment, signe une critique particulièrement acérée, qualifiant l'album de , et déclarant qu'il « Dark Horse », Rolling Stone. Consulté le 28 mars 2012. La critique souligne également que, séparé des Beatles, Harrison se révèle être piètre chanteur, piètre compositeur et piètre musicien, et que . Le parle pour sa part d'un Bob Woffinden, « George Harrison: Dark Horse », NME, 21 décembre 1974. Cette critique sonne le glas du succès commercial de Harrison, qui voit dans les années suivantes ses albums chuter dans les charts, malgré des avis souvent positifs dans la presse, jusqu'à en 1987. La volonté de Harrison de s'éloigner du rock est également très mal perçue par une partie de la critique et du public. Sur scène, il va jusqu'à montrer sa guitare en clamant : , renvoyant une image très éloignée de celle qu'attendent les fans des Beatles.

Postérité et rééditions La critique plus récente réhabilite, de façon relative, en lui reconnaissant quelques qualités. S'il reste considéré comme un dans la carrière du musicien, et souvent comme son moins bon album, certaines de ses chansons voient leur beauté soulignée. Richard S. Ginell, du site AllMusic, qualifie de chanson et considère qu'avec la chanson titre, certains morceaux auraient mieux fait d'attendre un meilleur album « Dark Horse », AllMusic. Consulté le 28 mars 2012.

La chanson titre de l'album apparaît, deux ans plus tard, sur la compilation . En revanche, aucune chanson tirée du disque n'est présente en 2009 sur . Publié sur CD en 1992, est un des rares albums studio de George Harrison à ne pas avoir été remastérisé ou réédité depuis, et l'un des plus difficiles à trouver avec son successeur, . En 1980, cependant, EMI avait réédité le disque sur son label à petit budget .

Contenu artistique Analyse musicale thumb| est une composition signée par Ron Wood et George Harrison parue sur leurs albums respectifs de 1974.|alt=Ron Wood en 2005