Civette est un nom vernaculaire qui désigne en français de nombreuses espèces de petits mammifères du sous-ordre des Feliformia, principalement de la famille des Viverridés. L’espèce nominale de cette terminologie est la Civette africaine (Civettictis civetta).
Définition
Histoire et étymologie du terme Étymologie Le mot « civette » dérive du terme arabe désignant le musc et signifiant écumeux, via l'italien , ou bien le catalan civetta. Les Arabes désignaient l'animal entre autres sous le nom de , c'est-à-dire « chat à musc », désigne donc une odeur, le musc mais aussi une couleur (l’« écume », la « crème ») zebda est le « beurre ».
L’italien zibetto donnera également la dénomination de Zibet ou Zibeth, utilisée pour désigner certaines espèces du genre actuel Viverra, en particulier Viverra zibetha. L’utilisation de cette terminologie est moindre par rapport à « Civette », mais se retrouve en allemand comme équivalant de Civette sous le nom de .
Histoire Ces animaux ont posé des problèmes de classification aux naturalistes dès le Moyen Âge. Au Pierre Belon rapporte, conformément aux croyances de l'époque, que la civette était nommée Hyaena (ce qui en ferait une sorte de hyène), mais qu'elle ressemble plus à une Panthère odoriférante. Pour Buffon au Belon P., Voyage en Égypte de Pierre Belon du Mans, par S. Sauneron, Ifao, 1970, la civette était bien une sorte de blaireau. Il fut capable de donner une description et surtout d'annoncer que sous ce terme se cachaient en fait plusieurs espèces différentes. Buffon rapporte aussi que des civettes étaient effectivement en voie de domestication au Moyen-Orient et en Inde et même dans certains cas apprivoisées. Buffon distingue les genettes des civettes du fait que les premières sont plus petites que les secondes.
En taxonomie En zoologie pré-Linné, le terme « Civette » rapporte en français à la Civette africaine (Civettictic civetta) : dans son histoire naturelle Buffon différencie clairement les deux grands Viverridés que sont la Civette et le Zibeth qui ont une entrée distincte.
Mais la traduction française du Systema Naturae de 1793 utilise le nom « Civette » comme une traduction française pour le nom de genre Viverra : ainsi, l’on trouve des animaux désignés sous le nom de « civette palmiste » comme la Civette de Ceylan (Viverra zeylonensis), le Civette hermaphrodite (Viverra hermaphroditus), d’autres viverridés apparentés comme la genette tigrine sous le nom de Civette tigrine (Viverra tigrine), mais aussi le ratel, désigné sous le nom de « Civette du Cap de Bonne espérence » (Viverra capensis), mais la civette à proprement dite, reste toujours la civette africaine nommée Viverra civetta.
Durant le siècle, le genre Viverra va s’enrichir de nouvelles espèces d’origine asiatique, qui sont alors désignées sous le nom de « Civette ». Cependant, avec la création de la famille des Viverridés, ainsi que la création de nouveau genres, comme le genre Genetta, ainsi que la reclassification des différentes espèces, le terme de « Civette » va toujours plus se réduire au genre Viverra.
Le nom « Civette palmiste » pourraît être une évolution des terminologies « Martre des cocotiers » ou encore « Martre des palmiers » utilisées pour désigner différentes espèces de Paradoxurinés. Cette dernière appellation est notamment formalisée en 1820 par le naturaliste Anselme-Gaëtan Desmarest dans son ouvrage de Mammalogie, où il répertorie l'animal sous le nom de « Marte des palmiers », en précisant qu'il s'agit du nom rapporté par des français émigrés à Pondichéry en Inde, notamment par Leschenault de la Tour.
Biologie, comportement et écologie Caractéristiques communes Les civettes partagent plusieurs caractéristiques communes à la majorité des espèces. L'odeur de la civette provient de la civettone, substance contenue dans un liquide blanc produit par les glandes anales de tous les Viverridae. Ce liquide possède à l'état brut une odeur très forte, avec des relents d'excréments, mais une fois dilué il dégage une odeur de musc et de fleur. Les sécrétions des glandes anales de la civette étaient utilisées en pharmacie et dans la fabrication des cigares ou de parfums. Leur usage remonte à plus de ans ; elles avaient la réputation d'être très appréciées de Cléopâtre.
Noms français et noms scientifiques correspondants Ci-dessous une liste non exhaustive des espèces désignées sous le nom de civette en français, dans l’histoire et actuellement. Les noms binomiaux sont issus de .
Les Viverrinés Il s’agit du groupe de la civette d’Afrique et des espèces qui lui sont le plus apparentées, elles sont toujours couramment désignées sous le nom de « civette » du fait que l’espèce nominale fut pendant longtemps désignée sous le nom de genre Viverra, mais nombre d’entre elles possèdent des noms d’espèces ou de genre spécifique. + Classification des espèces de la sous-famille ViverrinaeGenreEspèceNoms vernaculaires françaisSynonymes scientifiques / Notes Civettictis Civettictis civetta (Schreber, 1776)250px|sans_cadre|gauche Civette Civette africaineMeyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad.Civette d'Afrique Viverra Viverra zibetha Linnaeus, 1758250px|sans_cadre|gauche Civette zibethGrande civette de l'IndeGrande civette d'IndeAnnexes au Journal officiel des Communautés européennes du 18 décembre 2000. Lire en ligne.Civette de l'IndeGrande civette Viverra tangalunga Gray, 1832250px|sans_cadre|gaucheCivette tangalungaCivette malaiseCivette de MalaisieCivette de SumatraCivette orientale Viverra Tangalunga J. E. Gray, 1832 (Protonyme) Civetta tragalunga (Lesson, 1842) Viverra tanggalunga E. Blyth, 1862 Viverra tungalunga J. A. Allen, 1910 Viverra tangalunga lancavensis H. C. Robinson & Kloss, 1920 Viverra tangalunga lankavensis Pocock, 1933 Viverra tangalunga tangalunga Laurie & J. Edwards Hill, 1954 Viverra megaspila Blyth, 1862sans_cadre|gauche|alt=250px Civette à grandes tachesCivette tachetéeCivette de la Malaisie Viverra megaspila E. Blyth, 1862 (Protonyme) Moschothera megaspila (Pocock, 1933) Viverra megaspila megaspila A. T. Smith & Xie Yan, 2008 Viverra civettina Blyth, 1862Civette civettineCivette de MalabarCivette du MalabarCivette à MalabarCivette à grandes taches Viverra civettina E. Blyth, 1862 (Protonyme) Moschothera civettina (Pocock, 1933) Viverricula Viverricula indica (Desmarest, 1804)250px|sans_cadre|gauche Petite civetteCivette indiennePetite civette de l'IndeCivette rasse
D’autres genres de viverridés Dans ce groupe-ci, il n’est pas question de « civettes » à proprement dites ; nombreuses d’entre elles étant des viverridés arboricoles sont désignées sous l’appellation vernaculaire de « civette palmistes ». Hormis le luwak (Paradoxurus musanga) et dans une moindre mesure la pagume masquée (Paguma larvata), la plupart de ces animaux, souvent très rares voire menacés, sont méconnus du grand public et mal caractérisées ou présentés par les zoologues. Sous-familleGenreEspèceNoms vernaculaires françaisSynonymes scientifiques Paradoxurinae Arctogalidia (Gray, 1832) Civette palmiste à trois bandesCivette à trois bandes - Paradoxurus (Pallas, 1777)Civette palmisteCivette palmiste hermaphroditeCivette hermaphroditeCivette palmiste commune Viverra hermaphrodita (Protonyme) Viverra gallica Viverra bondar Viverra nigra Viverra prehensilis Viverra hermaphradita (Blanford, 1885)Civette palmiste de JerdonCivette de Jerdon - (Pallas, 1778) Civette palmiste doréeCivette de Ceylan Viverra zeylonensis (Protonyme) Viverra zeilonensis Viverra ceilonensis Viverra zeylanica Viverra zeglanica Paguma (C. E. H. Smith, 1827)Civette masquée Civette palmiste masquée Civette palmiste à masque Viverra (Paradoxurus) aurata Macrogalidia (Schlegel, 1857) Civette palmiste brune des CélèbesCivette des Célèbes -Hemigalinae Chrotogale (Thomas, 1912)Civette d'Owston Civette palmiste d'Owston - Hemigalus (Gray, 1837)Civette de Derby Civette à bande Civette palmiste de Derby Civette palmiste à bandes Viverra Boiei Viverra Derbyi Viverra (Paradoxurus) Derbyana Diplogale (Thomas, 1892)Civette de Hose Civette d’Hose Civette palmiste de Hose Civette palmiste d’Hose Cynogale (Gray, 1837)Civette-loutre. Civette-loutre de Sumatra Viverra carchariasGenettinaeGenettaGenetta tigrina(von Schreber, 1776)Civette tigrine
D'autres espèces de carnivores Le nom de « civette » est erronée chez ces espèces. Famille / Sous-familleGenreEspèceNoms vernaculaires françaisSynonymes scientifiques Euplerinae Fossa Fossa fossana(P. L. S. Müller, 1776) Civette de MadagascarCivette fossaneCivette malgache Viverra Fossana Viverra fossa Civetta fossa Civetta fossana Fossa daubentonii Viverra fosa var. Alluaudi Nandiniidae Nandinia Nandinia binotata(Gray, 1830) Civette palmiste africaineCivette palmiste d'Afrique Viverra binotata Viverra (Paradoxurus) HamiltoniiPrionodontidaePrionodonPrionodon linsang(Hardwicke, 1821)Civette tachetée EupleridaeGalidictisGalidictis fasciata(J. F. Gmelin, 1788)Civette à bandes Viverra faciataMustelidaeMellivoraMellivora capensis(von Schreber, 1776)Civette du Cap de bonne espérence Viverra capensis (Protonyme) Viverra rate/ Viverra (Mellivora) Viverra Mellivora
La civette et l’Homme Menaces La Civette de Malaisie (Viverra tangalunga) se rencontre dans de nombreux habitats, notamment les forêts, les habitats secondaires, les terres cultivées et la périphérie des villages ; l'espèce est très adaptable aux perturbations humaines, y compris l'« exploitation forestière sélective » (élimination partielle de la forêt).
La Civette d'Afrique (Civettictis civetta) est classée comme préoccupation mineure. Cependant, dans certaines régions d'Afrique, sa population est en déclin en raison de la chasse, des empoisonnements directs et indirects, et de l'augmentation des clôtures agricoles à grande échelle qui limitent les flux de population. Elle est également considérée comme une option relativement abondante dans le commerce de la viande de brousse.
Problème de santé publique Des civettes masquées (Paguma larvrata) vendues pour leur viande sur les marchés locaux du Yunnan, en Chine, ont transmis le virus du SRAS des chauves-souris rhinolophes à l'homme ; cela a entraîné l'épidémie de SRAS de 2002-2004.
Exploitation Les civettes sont également élevées en captivité par l'homme pour deux raisons. En Asie, elles sont élevées pour transformer les grains de café (voir Kopi luwak). En Éthiopie, elles sont élevées en captivité pour récolter leurs sécrétions périnéales, également appelées civette, utilisées dans la fabrication de parfums.
Le « café civette »
Les excréments de la Civette de Sumatra (Paradoxurus musanga) sont utilisées dans la confection d'un café dispendieux, le Kopi luwak. Les « cerises » de Caféier sont partiellement digérées par l'animal qui rejette les graines (grains de café) dans ses déjections, transformation réputée bénéfique aux arômes où se mêle celui du musc produit par ses glandes anales. Ce café d'exception, initialement récolté dans la nature, a donné lieu dans le sud-est asiatique à des dérives d'élevage de civettes contraires au bien-être animal. Les organismes de protection animale et les consommateurs tentent de décourager ces procédés en privilégiant le café de civette sauvage.
Tabac Le tabac parfumé « à la civette » est à l'origine du nom souvent donné par les buralistes à leur débit de tabac, inspirés par un célèbre établissement parisien portant ce nom, fondé en 1716. Cette tradition a pour origine l'utilisation des glandes à musc de la civette pour conserver et parfumer le tabac à priser.
Environnements urbains Les civettes palmistes s'aventurent souvent dans les villes et les banlieues, les habitants se plaignant souvent de leurs excréments et du bruit qu'elles font en grimpant sur les toits. Des études ont été entreprises pour examiner et atténuer ces conflits entre l'homme et l'animal.
Littérature et culture