L'abbaye Saint-Césaire, initialement appelée monastère Saint-Jean, était un monastère de femmes installé à l'intérieur de la cité d'Arles dans l'angle sud-est du rempart où, sous le nom de Saint-Césaire, il demeura jusqu'à la Révolution.

Histoire Haut Moyen Âge vignette|gauche|Plan du centre de la ville d'Arles (2008) ; le monastère Saint-Césaire était situé au sud-est de la cité (en bas, à droite du plan), sur les hauteurs qui dominent l'intersection des boulevards Emile-Combes et des Lices. vignette|gauche|150px|Reliquaire de ste Rusticule exposé à l'église de la Major d'Arles. vignette|gauche|Radegonde se retire, accompagnée du peuple, dans le monastère dédié à la Vierge qu'elle fonda à Poitiers sur le modèle du monastère Saint-Jean d'Arles. Vie de sainte Radegonde, . Bibliothèque municipale de Poitiers.

Le monastère Saint-Jean est fondé le par l'archevêque d'Arles, Césaire qui en nomme sa sœur Césarie, première abbesse. Ce monastère fait suite à une première tentative d'implantation hors des murs dans les années 506-507 détruite par les troupes franques et burgondes lors du siège d'Arles en 507-508.

Un peu plus tard autour de 567, une épouse du roi de Bourgogne Gontran, probablement Marcatrude Christian Settipani & Patrick van Kerrebrouck - La Préhistoire des Capétiens, 481-987, Première partie : Merovingians, Carolingians et Robertiens (Villeneuve d'Ascq, Éditions Christian, 1993), : D'après Christian Settipani & Patrick van Kerrebrouck, il s'agit de Marcatrude, reine de Bourgogne, par son mariage avec le roi Gontran. Elle est enfermée chez des moniales arlésiennes au monastère Saint-Jean, en 567, après la naissance d’un enfant mort-né. Elle serait la sœur de Giuccio et de Magnachar (vers 506-565), duc des Francs-Transjurans. ou Teutéchilde d'après Grégoire de Tours Grégoire de Tours - Histoire des Francs - Livre IV ici : Le roi Charibert lui-même mourut peu de temps après elle [Paris, entre 567 et 570], et après sa mort Teutéchilde, l’une de ses femmes, envoya des messagers au roi Gontran, et s’offrit à lui en mariage. Le roi répondit : Qu’elle vienne à moi sans retard avec ses trésors, je la prendrai pour femme et la rendrai grande aux yeux du peuple, afin qu’elle jouisse avec moi de plus d’honneurs qu’elle n’en a eus avec mon frère qui vient de mourir. Elle, joyeuse de cette réponse, rassembla tout ce qu’elle possédait et vint vers lui. Ce que voyant le roi, il dit : Il est plus juste que ces trésors soient en mon pouvoir qu’au pouvoir de celle-ci que mon frère a fait honteusement entrer dans son lit. Alors lui enlevant une grande partie de ce qu’elle avait, et ne lui en laissant qu’une petite portion, il l’envoya au monastère d’Arles. Là, elle ne se soumettait qu’avec beaucoup de chagrin aux jeûnes et aux veilles ; elle s’adressa donc par des messagers secrets à un certain Goth, lui promettant que, s’il voulait la conduire en Espagne et l’épouser, elle quitterait le monastère avec ses trésors et le suivrait de très bon cœur. Lui le promit sans hésiter : elle avait donc rassemblé ses effets, et les avait mis en paquet, se préparant à quitter le couvent, mais l’abbesse par sa vigilance prévint ce projet, et l’ayant prise en fraude la fit cruellement fustiger, puis renfermer, et elle demeura ainsi jusqu’à sa mort dans des souffrances non petites., y est enfermée. Le rayonnement du monastère et de ses premières abbesses permettent à la Règle de Césaire de se diffuser largement dans le royaume des Francs, à commencer par le monastère créé à Poitiers par Radegonde, l'ancienne épouse du roi Clotaire, qui effectue un séjour à Arles et dans ce monastère Grégoire de Tours - Histoire des Francs - Livre IX ici : Dans la suite, la bienheureuse Radegonde chercha souvent à se remettre bien avec son évêque, mais sans pouvoir y parvenir ; en sorte que, forcée par la nécessité, elle se rendit dans la ville d’Arles avec l’abbesse qu’elle avait instituée. Là, elles embrassèrent la règle de saint Césaire et sainte Césarie, et ne pouvant obtenir que celui qui aurait dû être leur pasteur s’occupât de les défendre, elles se mirent sous la protection du roi. De là s’élevèrent des différends qui s’aigrirent de jour en jour, jusqu’au temps où sainte Radegonde passa de ce monde dans l’autre. vers 568/569 Elle est accompagnée d'Agnès, sa sœur spirituelle qu'elle choisit comme future abbesse et Venance Fortunat, poète italien qui deviendra son biographe.. sous l'abbatiat de sœur Liliole, la troisième abbesse, qui décède peu après.

La Vie de Rusticule, texte consacré à la quatrième abbesse de ce monastère, signale l'existence de plusieurs églises à l'intérieur du couvent : une église dédiée à la Sainte-Croix puis à l'archange saint Michel et une autre plus grande édifiée pour recevoir dans de meilleures conditions les reliques de la Sainte-Croix. La présence de ces reliques à Arles est probablement liée au séjour de la reine Radegonde. Ce document fait aussi apparaître une basilique Saint-Pierre qui existe encore au et précise les saints qui y sont vénérés. Il s'agit, chose étrange, de personnages d'origine orientale aux noms peu répandus en Gaule, comme les archanges Gabriel et Raphaël, saint Thomas, saint Maurice, saint Sébastien et saint Pons.. Le ., l'archevêque d'Arles Théodose participe aux funérailles de cette abbesse considérée par la suite comme sainte.

Le couvent paraît avoir cessé d’exister du . Vers la fin des années 860, l'archevêque d'Arles Rotlang arrache de l'empereur Louis II, l'autorité sur le monastère : … Cette concession faite par l'empereur de dignités ecclésiastiques ne fut d'ailleurs pas la seule. Louis, en effet, se laissa plus ou moins corrompre en même temps que l'impératrice Engilberge, pour faire don à l'archevêque Roland d'Arles de l'abbaye de Saint-Césaire dans cette ville.. L'historien Jean-Pierre Poly, de son côté, précise et fait remonter cette propriété en l'an 869.. En 883, l'archevêque Rostang, le successeur de Rotlang, y restaure la tombe de saint Césaire violée peu de temps auparavant lors de la prise et du pillage de la villeChristophe Picard indique 850 comme date de pillage du Monastère Saint Césaire par les marins andalous et probablement maghrébins '"La mer des Califes" (2015) . par les Sarrasins.. En 887, dans son testament, ce même Rostang donne un nouveau départ à l’abbaye. Saint-Césaire possède à cette époque trois groupes de domaines : l’un près d’Arles, au Trébon et à Gallignan, et surtout en Camargue avec notamment Gimeaux, Malmissane, Notre-Dame-de-la-Mer, Ulmet, Agon, Saint-Césaire de Bozaringue, l’autre au comté de Vaison au nord avec Nyons, Vinsobres et Visan ; le dernier se trouvant dans le comté de Saint-Paul-Trois-Châteaux.. L'abbaye connait ensuite une période de sujétion à l'archevêque et d'indépendance.

Moyen Âge En 972, elle retrouve son autonomie sous la direction de l’abbesse Ermengarde nommée par l’archevêque d’Arles Ithier. Vingt ans plus tard, le marquis de Provence Guillaume lui restitue d’importants domaines. En 1194, le pape Célestin III la replace sous son autorité directe.

Du , l'abbaye Saint-Jean apparaît comme un grand propriétaire foncier doté initialement par Césaire puis par Rostan dans leurs testaments, et enrichi par des achats ainsi que de nombreuses donations. Ainsi en 972, la villa de Niomes est citée dans un acte de donation des églises Saint-Vincent et Saint-Ferréol de Nions à l'abbaye Saint-Césaire. Peu après 1060, la veuve d'Uc des Baux, Enaurs, et ses fils restituent les Albergues qu'ils perçoivent sur la villa d'Agon en Camargue.. L'abbaye possède aussi un des trois cimetières des Alyscamps comme l'évoque une sentence arbitrale de 1121 fixant les droits de sépulture respectifs avec celui de Saint-Honorat..

Moyen Âge tardif Au , l'abbaye se transforme en exploitant agricole dans ses domaines de Camargue (Agon, Granouillet) ; initialement elle y pratique l'exploitation directe, puis au , compte tenu de l'insécurité et de l'accroissement des coûts de main-d'œuvre la forme de métayage ou de fermage à l'instar des hospitaliers..

La crise démographique liée en grande partie aux épidémies de peste, qui fait perdre à Arles plus de la moitié de sa population entre 1320 et 1430, touche encore plus durement la communauté de moniales d'origine essentiellement arlésienne et noble, dont le nombre passe de 108 en 1343 à 22 en 1428. À cette époque, l'abbaye se heurte à plusieurs reprises à l'archevêque et est secouée par des conflits internes liés à la personnalité des moniales ainsi qu'à la discipline monastique qui se relâche sensiblement : Le 13 juillet 1441, le conseil adopte le texte suivant "que tous ceux qui n'ont pas de parentes dans le couvent ne le fréquentent pas, car cela risque de compromettre la réputation du couvent" et décide d'écrire au cardinal Louis Aleman, archevêque d'Arles, si l'official ne règle pas la question. Pour les membres du patriciat local, Saint-Césaire est un peu le dernier salon où l'on cause.. Le problème ne semble toujours pas résolu à la fin du , quand une moniale décide de quitter le monastère pour rejoindre une autre communauté à Aix, en raison de la légèreté des mœurs de l'abbaye.

Ancien régime vignette|gauche|En arrière-plan, vestiges de bâtiments de l'Ancien Régime. vignette|upright=0.8|Bâtiment de l'hospice transformé en résidence.

En 1559, l'abbesse Marguerite de Clermont demande aux autorités de faire boucher le passage entre le monastère et le rempart de la ville en raison d'intrusions intempestives de jeunes gens venant faire scandales jusque dans l'enceinte du couvent. En 1628, l'archevêque effectue une visite du couvent. Par la voix de son procureur, il juge nécessaire d'établir une prison afin de remettre les religieuses désobéissantes dans le droit chemin. Au milieu des années 1630, l'archevêque d'Arles Jean Jaubert de Barrault introduit la réforme bénédictine de la congrégation de Saint-Maur dans le monastèreCongrès archéologique de France - - Pays d'Arles, ..

Après la Révolution

Sous la Révolution le couvent est fermé puis vendu en 1792 comme bien national. Il est alors détruit en grande partie.

En 1877 la congrégation des sœurs de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, sous l'impulsion de Mlle Berthilde Bertrand originaire de Nancy qui finance le début du projet 1877, les débuts de l'« asile des vieillards » ou enclos Saint-Césaire in AVA N°173, p.37, s'y implante Les deux premières sœurs, sœur Bernard et sœur Zacharie, quittent la congrégation mère de Tarbes et arrivent à Arles le dimanche 22 octobre 1877 (ibidem, p.40 et 41). et installe un hospice pour personnes âgées qui nécessite des travaux de réaménagement importants confiés à l'architecte arlésien Auguste Véran. Inauguré le , le site devient l'hospice Saint-Césaire.

En 1995, les bâtiments sont définitivement abandonnés.

Architecture

Abbesses 512-527 : Césarie, sœur de l'évêque métropolitain d'Arles Césaire 527-559 Michel Baudat et Claire-Lise Creissen - Les saints d'Arles - ,149 : Césarie la JeuneJean-Maurice Rouquette (Conservateur en Chef Honoraire du Patrimoine) – conférence Saint-Jean d’Arles, la fondation et les débuts du monastère du 16 octobre 2008 ici 562-569 : Liliole ou Liliola Michel Baudat et Claire-Lise Creissen - Les saints d'Arles -

« On trouve une première mention d'elle en tant qu'abbesse du monastère de Saint-Césaire en 562/563, dans une lettre qu'elle adressa au roi Gontran. » ; sainte locale, fêtée le . 569-632 : Rusticule ou Resticule ou Resticula ou Marcia d'Arles (551 - ), quatrième abbesse Jean-Maurice Rouquette (sous la direction de) - ARLES, histoire, territoires et cultures, page 278. 632-? : Celsa; elle rédige la Vita de Resticule 6??-6?? : sainte Eulalie. 6??-7?? : sainte Léocadie. 7??-7?? : sainte Suzanne. 7??-8?? : sainte Julienne. 8??-8?? : sainte Eugénie. 8??-9?? : sainte Victoire. 9??-9?? : sainte Euphémie. 9??-970 : sainte Préminole. 972- : Ermengarde, abbesse nommée par l’archevêque d’Arles Ithier 992-993 : Eloïse.