300px|thumb|Drapeau du Parti national-bolchévique russe, devenu symbole de la mouvance NB.
Le national-bolchévisme (NB) ou national-bolchevisme (souvent désigné par l'expression ) est une tendance politique associant des éléments du nationalisme et du communisme. Le terme est né en Allemagne dans l'entre-deux-guerres pour désigner péjorativement le nationalisme révolutionnaire développé par la revue WiderstandTowards a Fourth Reich? The History of National Bolshevism in Germany, Klemens von Klemperer, The Review of Politics Vol. 13, No. 2 (Apr., 1951), pàg. 191-210. ; il désigne ensuite une mouvance née en Russie, considérée comme étant une variante du communisme orienté à l'extrême droite.
Les partisans de cette idéologie sont appelés .
Les débuts du national-bolchévisme en Allemagne Le mouvement est né au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans une Allemagne ruinée, déchirée par les conflits entre spartakistes marxistes et corps-francs nationalistes. La « synthèse » entre les deux idéologies nouvelles — le bolchévisme révélé par la Révolution russe de 1917 et un nouveau nationalisme modernisé par la Grande guerre, désormais « appuyé sur les masses » (selon ses théoriciens) et un goût pour la technique — va se former en Allemagne à partir de deux principaux éléments : une prétendue convergence d'intérêts entre l'Allemagne et la Russie soviétique (selon certaines sources, les mêmes présentant généralement le pacte germano-soviétique comme une alliance et non un gain de temps par l'URSS) ; quelques points communs idéologiques, de méthodes ou de styles, entre le bolchévisme et le nationalisme (toujours selon les mêmes sources). Cependant il est nécessaire de nuancer et de préciser que les militants se réclamant du bolchévisme ou plus généralement du communisme considèrent le national-bolchévisme comme un autre nom du national-socialisme, soit une forme du fascisme.
Le courant national-bolchévique issu du communisme Au sens strict, le courant national-bolchévique forme un courant très minoritaire, limité à un petit nombre de penseurs et de groupes politiques. Certains font remonter sa naissance, en , à la pensée de Paul Eltzbacher, un professeur de droit à Berlin connu pour ses écrits sur l'anarchisme et député nationaliste au Reichstag en 1919. Il suggère une alliance de l’Allemagne et de la Russie communiste contre le traité de Versailles.
En 1919, un courant national-bolchévique se développe à Hambourg autour de deux leaders de la révolution communiste de cette ville : Heinrich Laufenberg (1872-1932, président du conseil de travailleurs et de soldats de Hambourg en ) et Friedrich ou Fritz Wolffheim (1888-1942 ancien syndicaliste aux États-Unis puis à Hambourg. Juif mort en camp de concentration). Ils animent une tendance national-bolchévique en Allemagne et au sein de l’Internationale communiste. Exclus en du parti communiste officiel, le KPD, ils intègrent le Parti communiste ouvrier d'Allemagne (KAPD) qui reste dans l’Internationale jusqu’en 1922. À son tour, le KAPD exclut de ses rangs les nationaux-bolchéviques. Le national-bolchévisme sera dès lors un mouvement d’individualités et de petits groupes.
Parmi les groupes nationaux-bolchéviques, figure celui de Friedrich Lenz et Hans Ebeling autour de la revue Der Vorkampfer (vers 1930-1933), qui tente de réaliser une fusion idéologique nationale-communiste entre les idées de Karl Marx et celles de l'économiste allemand Friedrich List. Selon certains nationaux-bolchéviques actuels, un « Cercle d’études de l’économie planifiée » (ou « Arplan ») est créé en marge de la revue et aurait eu pour secrétaire le grand résistant antinazi Arvid HarnackLouis Dupeux, Le national-bolchévisme dans l'Allemagne de Weimar 1919-1933, Librairie Honoré Champion, Paris, 1979, 486-492..
Après l’arrivée des nazis au pouvoir, la plupart des nationaux-bolchéviques optent pour la résistance. Cependant, quelques groupes nationaux-bolchéviques collaborent avec le régime.
Ernst Niekisch et la revue Widerstand vignette|Couverture de Widerstand (mai 1934), avec l'Aigle de Widerstand. Pendant la République de Weimar, la personnalité la plus connue du nationalisme-révolutionnaire allemand de l'entre-deux-guerres est Ernst Niekisch (1889-1967). Cet enseignant social-démocrate participe en 1919 à la République des conseils de Bavière, puis est exclu du SPD en 1926 en raison de son nationalisme. Il se reporte sur un petit Parti socialiste de Saxe qu’il convertit à ses idées. Il anime alors la revue Widerstand qui aura une grande influence sur la jeunesse avant 1933. Le mouvement de Niekisch regroupe des personnes venues de gauche comme de la droite nationaliste. Après 1933, il s'oppose au nazisme, sera déporté en camp de concentration (1937-1945). Après 1945, il sera enseignant en RDA. À la suite de la répression de la manifestation du 17 juin 1953, il décidera de s'établir à Berlin-Ouest.
L'éphémère « ligne Schlageter » (1923) Dans le courant de l'année 1923, « année terrible » pour l'Allemagne, le parti communiste allemand KPD va adopter pendant plusieurs mois une stratégie de séduction des milieux nationalistes qui, sans mener au développement d'un véritable courant national-bolchévique, va en constituer une nouvelle ébauche inachevée.
La nouvelle synthèse politique va s'appuyer sur la question de l'occupation franco-belge de la Ruhr. Cette occupation empêche l'industrie rhénane de tourner à fond pour l'Allemagne et donc, par ricochet, pour l'URSS dont le seul allié de poids est l'Allemagne depuis le traité de Rapallo (1922). Les communistes, nombreux dans cette région industrielle et bien organisés, participent dès lors aux grèves et aux boycotts contre la France. Le lieutenant Schlageter, un nationaliste de droite, a organisé des sabotages aux explosifs et des attentats. Il est fusillé par les Français le . Sa mémoire sera exploitée autant par les nationalistes (dont les nazis) que par les communistesles hommages que lui rendent Radek (devant l’exécutif de l'Internationale communiste le ), Moeller van den Bruck et Heidegger).
Dans la foulée quelques signes concrets de rapprochement vont même s'opérer. Ainsi, quelques personnalités d’extrême droite nationaliste vont s’exprimer dans la presse communiste (Die Rote Fahne)(Wolton, op. cit...
En , à Stuttgart, le député communiste (qui deviendra peu après le président du parti communiste KPD puis membre du praesidium du Komintern jusqu’en 1931) organise une ébauche de rapprochement avec le parti nazi. Thierry Wolton explique : « Hermann Remmele, député communiste au Reichstag, se fait acclamer à Stuttgart dans une réunion de chemises brunes »Bulletin communiste 41, 11 octobre 1923 p.625, cité dans Thierry Wolton, Rouge Brun, page 93 et dans le livre de Margarete Buber-Neumann. Quelques jours plus tard, dans un meeting communiste à Stuttgart, Remmele invite à s’exprimer un nazi « venu plaider devant des milliers de militants pour une trêve entre le KPD et le NSDAP d’Hitler ». Remmele « alla jusqu’à affirmer qu’une alliance avec les nationaux-socialistes pour abattre le capitalisme lui paraissait moins blâmable qu’avec les sociaux-démocrates ».
La ligne nationaliste du KPD va cependant durer peu de temps et ne pas dépasser l’automne 1923.
L'offensive de charme du KPD envers les nationalistes (1930-1932) En 1930-1932, de nouvelles convergences apparaissent entre le parti communiste allemand KPD et le parti nazi NSDAP. Des historiens considèrent qu'il s'agit essentiellement d'une stratégie du KPD visant à reconquérir une partie de l'électorat prolétarien séduit par le nazisme (voir notamment Timothy S. Brown). Par ailleurs, la convergence d'intérêt des deux partis "extrémistes" à l'affaiblissement de la République de Weimar à dominante sociale-démocrate a souvent été soulignée. Cependant, certains auteurs relèvent que les tentatives de séduction communiste envers l'électorat nazi se sont appuyées sur une synthèse idéologique qui s'inscrit dans l'histoire du national-bolchévismeThierry Wolton, Rouge-Brun. Mais c'est aussi le NSDAP qui tente de convaincre les communistes de les rejoindre, notamment via la création du syndicat ouvrier NSBO.
La stratégie des communistes du KPD donne quelques fruits. Des groupes nazis de gauche détachés du NSDAP rejoignent le parti communiste. Par exemple, « Durant l’hiver 1930-1931, une majorité des d’une organisation nazie de gauche entre au KPD ». La plus célèbre conversion au communisme reste celle de , héros nazi et futur dirigeant communiste ouest-allemand après 1945Timothy S. Brown, étude sur le cas Scheringer. Il cite aussi des exemples de faux journaux SA édités en fait par le KPD, de cas de recruteurs communistes habillés en SA, d'une section des troupes de KPD habillée en SA, etc..
Si Thierry Wolton estime que, vers 1932-1933, « à cette époque, s’opère une sorte de symbiose entre les communistes et les nazis avec des allers-retours significatifs entre les deux partis », ce n'est pas le cas au niveau des bases militantes, qui dans les deux partis continuent de s'affronter violemment dans les rues, provoquant, en 1931, 103 tués parmi les communistes et 79 chez les nazis.
Les deux partis pratiquent parfois des actions communes contre la République de Weimar : référendum commun contre le gouvernement social-démocrate de Prusse en , motion de censure commune contre le gouvernement social-démocrate de Prusse en , motion commune provoquant la dissolution du Parlement allemand de , grève commune des transports de Berlin en .
La tentative de draguer l'électorat nazi atteint son apogée aux législatives de la fin 1932 : « À l’occasion de ce nouveau scrutin, l’organe du KPD publie une « Lettre ouverte aux électeurs ouvriers du NSDAP » » (Die Rote Fahne du ). Walter Ulbricht (futur dirigeant de la RDA) y écrit : « Les membres prolétariens du NSDAP sont entrés dans les rangs du front uni du prolétariat ». Thaelman déclare : « Nous avons même constitué un front unique de classe avec les prolétaires nazis »Die Rote Fahne du 10 novembre 1932, cité par Wolton, pages 101-102. Ainsi que : « Les communistes ont mobilisé leurs militants pour soutenir la grève des transports de Berlin organisée de concert avec les nazis, contre la centrale syndicale social-démocrate, BVG. Jeunesses communistes et Hitler Jugend quêtent ensemble dans les rues de la capitale pour soutenir les grévistes ». Discours prononcé quand effectivement le NSBO s'était rapproché des militants du KPD durant la grève des transports.
Quelques semaines plus tard, Hitler établit sa dictature avec l'appui de la droite et les communistes sont les premières victimes du régime nazi.
L'ambiguïté du national-bolchévisme allemand : géopolitique ou idéologie ? La national-bolchévisme se développe en Allemagne à partir d'une ambiguïté fondamentale : Pour certains, il s'agit avant tout de l'expression d'une stratégie géopolitique d'alliance entre l'Allemagne et la Russie devenue l'URSS. Soit la poursuite d'un très ancien courant géopolitique allemand, fondé sur des intérêts convergents tels l'étouffement de la Pologne, un certain antisémitisme, le mépris d'un Occident décadent alors que les jeunes peuples de l'Est incarneraient l'avenir de l'Europe, etc. L'antique fascination prussienne pour l'Est se combine également avec des intérêts immédiats nés des événements de 1917-1918. Pour d'autres, il s'agit d'une véritable convergence idéologique entre le nationalisme et le bolchévisme, notamment facilitée par des valeurs communes (notion de lutte populaire, antilibéralisme, anticapitalisme, etc.).
Une stratégie géopolitique : l'alliance germano-russe L'alliance de deux États isolés en 1918