L’Artiste est une revue hebdomadaire illustrée française publiée de 1831 à 1904, réputée pour ses estampes et ses contributeurs de qualité.

Histoire du support Fondation et première série (1831-1838) vignette|redresse|gauche| L'acteur Bocage, estampe livrée en 1832, permet à Ricourt d'affirmer son amour du théâtre (lithographie signée Léon Noël)Notice œuvre, Paris Musées Collections.. La revue L’Artiste est lancée le avec pour sous-titre journal de la littérature et des beaux-arts, par Achille Ricourt (1797-1875), acteur originaire de Lille, grand amateur de théâtre et proche de Honoré de Balzac, ce dernier étant fort occupé, trois mois plus tôt, à lancer La Caricature, rive droite. Le siège parisien de la rédaction est situé au 39 rue de Seine-Saint-Germain. Le financement de cette première formule est assurée par deux autres associés, Jean-Baptiste-Joseph Aimé Brame (1796-?), également originaire de Lille, et négociant réputé à Menin , et, par ailleurs, Alexandre Mesnier (Lisieux, 1809-?)., libraire-éditeur parisien, successeur d'Auguste Sautelet. Publiée avec soin, en un format grand in-quarto, cette revue est illustrée de vignettes et culs-de-lampe gravés sur bois , ainsi que des planches gravées sur acier et des lithographies — la première planche livrée est signée Charlet, figurant Napoléon en 1814. Sur le plan rédactionnel, Ricourt et son équipe placent la littérature et la musique au centre de leurs préoccupations, cependant que les arts plastiques y tiennent dès le départ une place visiblement importante. Cette revue émerge en pleine révolution romantique et les esprits critiques s'échauffent : ainsi, dès le premier numéro, Jules Janin annonce la couleur avec un article programmatique, un quasi manifeste, intitulé « Être artiste ! » qui se termine par L'Artiste, Paris, 6 février 1831, — sur Gallica.Peter J. Edwards, La revue « L'Artiste » (1831-1904). Notice bibliographique, in: Romantisme, 1990, 67, — sur Persée.

Cette revue fait connaître des plumes prestigieuses, à commencer par Balzac : la nouvelle le Chef-d'œuvre inconnu y est publiée deux fois sous les titres Maître Frenhofer, en , et Catherine Lescault, conte fantastique, la même année. Puis, Le Colonel Chabert y est publié l'année suivante sous le titre La Transaction. Plus tard, la première des cinq parties d’Autre étude de femme, est publiée en .

Sur le plan politique, Ricourt se veut . Mais dès la quatrième livraison, des prises de position se manifestent dans les colonnes de la revue, signées Eugène Delacroix, Paul Huet, Achille Devéria, Étienne-Jean Delécluze, ou encore par les jeunes Gustave Planche et Théophile Thoré-Burger, se montrant sévère à l'égard du gouvernement quant à sa façon d'intervenir dans le domaine de l'art, un interventionnisme critiqué, tandis que se profilait, déjà, une volonté de limiter la liberté de la presse. Les choses se calment à partir de 1834, quand la première génération romantique voit les portes des institutions s'ouvrir.

En 1837, la revue lance un supplément qui eut une existence très brève, le Bulletin des arts, des sciences et de l'industrie..

vignette|redresse| La Réflexion, gravure de Théophile Victor Desclaux d'après Rembrandt publiée en 1841, une estampe qui témoigne des goûts classiques de Delaunay.

Deuxième et troisième série (1838-1843) Ricourt n'a rien d'un gestionnaire. Par ailleurs, le tirage initial de la revue, exemplaires, s'effondre à partir de 1834, nécessitant un nouvel associé, à savoir André-Hippolyte Delaunay, architecte de formation, qui est nommé gérant le . Fermé à l'esthétique nouvelle, il met en avant les maîtres anciens, ouvrant ses colonnes à Gustave Planche et Jacques-Germain Chaudes-Aigues, critiques ennemis des romantiques. Soucieux de relever les ventes, il fait appel à des plumes connues du grand public. Jules Janin est ainsi nommé rédacteur-en-chef de à . Ce dernier y fit publier juste avant sa nomination une « Lettre au nouveau Directeur de L’Artiste » dans laquelle, tout en rappelant « l'esprit de 1831 », il met l'accent sur l’appui qu’un groupe d’artistes a toujours reçu des critiques, mais aussi sur la supériorité des écrivains – groupe dans lequel il s’intègre – sur les artistes : Celina Moreira de Mello, « L’Artiste (1831-1838) : l’artiste, les Salons et la critique d’art », in: Jean-Louis Cabanès (dir.), Romantismes, l'esthétique en acte, coll. « Orbis litterarum », Presses universitaires de Paris Nanterre, 2009, — lire sur OpenEdition Books..

Les difficultés néanmoins perdurent. En 1838, les ventes remontaient à exemplaires en moyenne, score insuffisant pour éviter une recapitalisation, ce qui fut fait en , pour un montant de francs, avec comme nouveaux associés les éditeurs parisiens Pierre-Joseph Opigez et Antoine Poilleux, ainsi qu'un certain BérèsLe Moniteur de la librairie ancienne et moderne, Paris, , 15 mars 1842, — sur Google Livres.. Fin 1843, néanmoins, la faillite est prononcée. Delaunay poursuivra sa carrière de critique d'art au Journal des artistes et des amateurs Dominique Lobstein, « Jacques Guiaud, une carrière au Salon parisien, 1831-1876 », in: Jacques Guiaud, aquarelliste du pays niçois, Acadèmia Nissarda, 2018, — en ligne..

Les années Houssaye (1843-1881) vignette|redresse| Les vendeanges (1842), eau-forte par Célestin Nanteuil (Wellcome Trust Notice œuvre, Fonds Wellcome.). vignette|redresse| La Misère (1851), eau-forte de Charles-Désiré Rambert, un exemple d'estampe originale remarquable qui caractérise cette période (British Museum Notice œuvre # 2008,7006.1, Catalogue en ligne du British Museum.). vignette|redresse| Le Parc abandonné, eau-forte de Fortuné Méaulle d'après un dessin de Victor Hugo (alors en exil) : publiée par Houssaye en septembre 1855, ce geste constitue une provocation vis-à-vis du pouvoir impérialNotice œuvre inv. n° 883, Paris Musées Collections.. Le , Arsène Houssaye, âgé de 39 ans, la rachète avec l'appui de quelques amis pour un montant de francs. Commence avec lui une période de près de quarante ans durant laquelle l'homme de lettre va se battre bec et ongle pour maintenir son titre à flot. Ses premiers associés sont l'imprimeur parisien Jules Belin-Leprieur, le botaniste Émile Le Dien, Victor Laluyé et H. de Bray. Dans un premier temps, se réservant la rédaction en chef, il fait prendre à la revue un tournant radical, lui conférant une tournure à la fois plus littéraire et plus ouverte à la nouvelle génération d'artistes. En , Alphonse Esquiros y publie une sorte de manifeste qui donne le ton, appelant au dépassement des querelles d'écoles, plaçant toute sa confiance dans le progrès et dans la critique, seule capable de guider la maturation saine de l'art. Cette nouvelle série, qualifiée d', ouvre ses colonnes à de nouvelles plumes comme Théodore de Banville, Charles Baudelaire, Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Charles Monselet, Gérard de Nerval, Charles Nodier, Jules Sandeau, etc. Sur le plan littéraire, la revue va connaître son « âge d'or », et la production d'estampes qui l'accompagne, n'est pas en reste puisque pour les planches l'on relève les signatures de contemporains comme Chassériau, Chenavard, Delacroix, Daubigny, Gavarni, Grandville, Isabey, Célestin Nanteuil, Théodore Rousseau, entre autres. La production, de haute qualité, coûte cependant très cherGuillaume Cousin, Arsène Houssaye, directeur-gérant et rédacteur en chef de L’Artiste (1844-1849), in: Centre d'études et de recherches éditer, Université de Rouen Normandie, Actes de colloques et journées d'étude, , juin 2016 — lire en ligne..

Dès sa reprise en mains, Houssaye veut transformer cette revue qu'il dirige en un , pour

En , Houssaye se voit proposer le rachat de la Revue de Paris, qui avait fait faillite un mois plus tôt, et qui était encore forte de abonnés (contre 600 pour L'Artiste), et fonde donc dans la foulée la société L’Artiste-Revue de Paris, qui devient le nouveau titre du périodique. L'acquisition se fait grâce au soutien de Jules Lefèvre-Deumier, l'un des défenseurs les plus « frénétiques » du courant romantique et qui venait d'hériter d'une certaine fortune. Cette quatrième série commence avec un premier tirage annonçant plus de exemplaires, soit trois fois plus qu'une année plus tôt. C'est sans doute trop pour Lefèvre-Deumier, qui, déçu des résultats effectifs, claque la porte, suivi par François Buloz, en , non sans avoir intenté un procès à Houssaye, au motif qu'il aurait gonfler les chiffres au titre des abonnements. À propos de l'évolution du contenu rédactionnel et du lectorat, Adrien GoetzAdrien Goetz, L’Artiste, une revue de combat des années romantiques (1831-1848), thèse de doctorat en art et archéologie, dirigée par Bruno Foucart, Université Paris Sorbonne-Paris IV, 1999, . constate que : . Toutefois, ce propos doit être nuancé à l'aune des événements révolutionnaires de 1848 : juste après les violentes émeutes de février, Houssaye met tout de suite en avant les fervents républicains de L’Artiste, en particulier Clément de Ris et Alphonse Esquiros. vignette|redresse| Les images, lithographie de Pierre-Édouard Frère (publiée en 1858).

En 1849, Houssaye se voit proposer la direction du Théâtre-Français. Il confie la rédaction en chef de la revue à Pierre Malitourne et Paul Mantz, deux de ses amis. Cette période inaugure une cinquième série pour la revue, qui s'achève en . Durant cet intervalle, L'Artiste est l'endroit de la bataille du réalisme, et accueille en son sein un fervent apôtre de cette nouvelle école de peinture, Champfleury. Elle change également d'éditeur, contrat est passé avec Ferdinand Sartorius, qui avait lancé sa maison d'édition quai Malaquais, et qui devient associé, avant de céder ses parts en 1851 à Charles Furne. Entre 1852 et 1857, Édouard Houssaye, le frère d'Arsène, entre dans le capital et devient rédacteur-en-chef, aux côtés de Xavier Aubryet et Auguste de Vaucelle. Arsène, lui s'en va refonder la Revue de Paris avec Louis de Cormenin, Maxime Du Camp et Théophile GautierLa Salle à manger, août 1865, — sur Gallica.. La pagination est de 16 pages par livraison. Puis Théophile Gautier devient rédacteur en chef de 1856 à 1859, et la revue connaît alors ses plus belles années depuis 1835. Sous sa direction, la périodicité devient bimensuelle, et la pagination passe à 24 pages pour trois estampes en prime, au lieu d'une seule. En 1860, le siège parisien de la rédaction passe du 55 rue Vivienne au 122 avenue des Champs-Élysées. Le numéro est alors vendu 3 francs. À compter d' et jusqu'en , L'Artiste devient un mensuel. Arsène en reprend la direction en 1862, après avoir rachetées ses parts à son frère. Il fait passer la prime à quatre estampes par numéro pour une pagination de 160 pages en moyenne jusqu'en 1872. Quant au tirage, il plafonne à un millier d'exemplaires. Adolphe Pierre Riffaut est l'un des graveurs les plus publiés durant cette période et Félix Bracquemond y livre de remarquables estampes ; les aquafortistes vont d'ailleurs dominer la période des années 1860, contribuant à la « renaissance de l'eau-forte », tant par des reproductions que par des créations originales. Depuis 1867, la revue s'affirme essentiellement par l'image, mais ne parvient pas à conserver sa prééminence sur le plan critique. De nombreux anciens articles sont réimprimés. Elle finit par perdre en originalité et s'essouffler.

Les années Alboize (1881-1904) vignette|redresse| Achille, lithographie d'Henri Bellery-Desfontaines : publiée en 1899, cette estampe symbolise les efforts de modernité de la revue dans ses ultimes années.