Robert de Nevers (né entre 1027 et 1035 - ), dit Robert le BourguignonIl est mentionné Rotbertus Burgundus dans une charte de Cluny (CL , 1081). Gilles Ménage fait des dissertations pour chercher d'où vient à ce dernier le surnom de Bourguignon ; il trouve que le Nivernais faisant autrefois partie de la Bourgogne, ce nom lui convenait. Inutile de chercher ailleurs, Robert était le filleul ou le protégé d'Agnès, sa tante : il prit son nom et même plus tard, pour la même raison, il le donna à sa fille Burgonde. Le surnom d'Allobroge qu'il prend aussi est un synonyme. ou encore Robert l'Allobroge, est un seigneur de Craon, issu de la maison de Nevers.

Biographie Origines Robert de Nevers naît entre 1027 et 1035. Il est le fils cadet de comte de Nevers et d'Alix de France fille de Robert le Pieux.

Robert le Bourguignon devint seigneur de Sablé par son alliance avec la fille restée unique de Geoffroy de Sablé. Ses frères aînés étaient Guillaume, comte de Nevers, Henri et Gui. Il fut élevé à la cour du duc d'Aquitaine et à celle du comte d'Anjou, par les soins de sa grand-tante Agnès de Bourgogne, veuve de ( était cousin germain de Robert le Pieux ; Agnès était fille d'Otte-Guillaume comte de Bourgogne et de Mâcon, comme Mathilde, la mère de de Nevers), et femme en secondes noces de Geoffroy Martel qu'elle épousa en 1032.

Aidée de Geoffroy Martel, son second époux, Agnès avait obtenu pour ses deux fils la succession paternelle de l'Aquitaine et du Poitou. Elle protégea de même Robert, son filleul, le forma surtout, et jamais fils ne profita mieux des leçons de sa mère. Quand cette mère adoptive fut répudiée, après vingt ans d'union, son fils adoptif ne perdit point la confiance de Geoffroy Martel, qu'il avait bien servi et qui appréciait sa présence et ses services éclairés.

Première apparition On ne trouve pas Robert le Bourguignon associé aux actes de Foulque Nerra, parce que dès ce temps-là il était attaché à la personne de Geoffroy Martel, presque toujours en guerre avec son père. On cite cependant un titre du Ronceray, daté de 1035, dans lequel paraît Gui, « frère de Robert » ; cette qualité donnée à un frère aîné, semble indiquer que la notoriété du jeune frère était plus grande que la sienne. Il est nommé personnellement pour la première fois en 1039, à l'occasion du meurtre d'un cousin de Geoffroy Martel. C'est aussi sans doute l'époque de son alliance avec l'héritière de Sablé dont le père, Geoffroy, ne reparaît plus après la fondation de Solesmes (1010), et dont les frères étaient certainement morts aussi car il n'en est plus question, sinon par erreur, dans une des confirmations de la fondation de Solesmes dont on ne peut invoquer l'autorité, les noms des témoins s'y trouvant systématiquement brouillés. Cette riche alliance était due à l'influence de Geoffroy Martel et plus encore à celle de la comtesse Agnès, protectrice du jeune seigneur, qui n'eût pas recherché l'orpheline si elle n'eût été en possession de l'héritage.

Baron de Craon Le premier événement important qui se rencontre dans la carrière du Bourguignon, et qui doubla sa fortune, fut le don de la baronnie de Craon, fait en sa faveur vers 1053 par Geoffroy Martel.

Forfaiture des anciens Craon Si l'on en croyait l'acte de fondation de l'abbaye de la Trinité de Vendôme du , cette inféodation pour Craon aurait eu lieu avant même cette date, puisqu'elle y est relatée, cum honorem Credonensem Roberto Burgundo donavimus, dit le fondateur. Mais il faut nécessairement admettre que la charte est au moins interpolée pour ce passage et pour d'autres articlesL'éditeur du Cartulaire, l'abbé Métais, avait promis de discuter l'authenticité des chartes concernant l'origine de l'abbaye dans l'Introduction de son ouvrage : il ne l'a point fait alors ; mais répondant aux critiques de Louis Halphen, il a étudié la question dans le Moyen Âge, , seconde série. Les deux auteurs admettent ici une interpolation..

Cette date est démentie d'ailleurs par une notice très précise du Cartulaire de l'abbaye Saint-Aubin d'Angers. Les moines y affirment que la première donation de Saint-Clément leur avait été faite par , dit Suhart le Vieux, premier seigneur de Craon, après 1007, date de la naissance de Geoffroy Martel ; ce dernier se plaint que ni son père ni lui n'avaient confirmé la donation. Foulque Nerra, père de Geoffroy Martel, vivait encore quand Guérin de Craon succéda à son père . , frère de Guérin de Craon, ayant remplacé ce dernier, Saint-Aubin garda quelque temps l'église Saint-Clément sous Geoffroy Martel. Tout cela, affirme-t-on avec précision, exigea plus de quarante ans, et cette estimation des moines de Saint-Aubin qui nous mènerait après l'an 1050, concorde avec le , date probable de l'abandon de Craon à Robert le Bourguignon, et n'offre pas les contradictions des chartes de Vendôme. D'après celles-ci, tantôt c'est Suhart le Vieux, tyran puni de confiscation et qui, sur un juste jugement de Dieu, termina sa vie d'impureté par une mort méritée ; tantôt c'est . Nous y voyons encore que la reprise de l'église sur Saint-Aubin est causée soit par le défaut de consentement des autorités ecclésiastiques et comtales à la première cession, soit par la faute de l'abbaye angevine qui n'avait pas rempli les conditions imposées, soit enfin par la forfaiture du baron de Craon, coupable publiquement reconnu et qui est dépouillé à bon droit.

Qu'y a-t-il au fond de cette accusation de forfaiture entre 1041 et 1050, qui aurait motivé une confiscation sur le sire de Craon par Geoffroy Martel ? Une tradition dont on ne voit pas l'origine, postérieure toutefois aux chartes et aux chroniques du , raconte qu'un baron de Craon, le Vieux ou son fils Guérin, aurait porté l'hommage de ses domaines au duc de Bretagne en en frustrant le comte d'Anjou, son suzerain légitime. Le mot de forfaiture se trouvant dans un texte du Cartulaire de l'abbaye de Vendôme, peut avoir donné naissance à la légende que Pierre Le Baud aurait insérée dans son Histoire de Bretagne, d'où elle est venue jusqu'à nous dans tous les ouvragesOn y ajouta le procès fait par Geoffroy Martel et par ses officiers contre le traître, nommé Guérin et non plus, comme dans les chartes, Suhart le vieux ou Suhart le jeune ; l'intervention d'Hugues et non plus Robert le Bourguignon, soutenant que le crime de félonie est assez évident pour qu'on n'ait pas à l'entendre ; l'audace du baron de Craon, blessé à mort par le champion de Geoffroy Martel.. Les auteurs, même modernes, y compris Ménage, ou dom Morice dans son Histoire de Bretagne, ont admis ce récit dramatique ; dom Piolin, D. de Bodard, l'abbé Charles Métais, rédacteur du Cartulaire de Vendôme, ont accepté la légende avec tous ses détails. A. Bertrand de Broussillon a déclaré ne rien comprendre à la forfaiture. Louis Halphen seul a conclu que tout était romanesque dans ce récit, y compris la guerre qui s'ensuivit avec .

L'abbé Angot ne sait comment Broussillon, auteur de l'histoire de la Maison de Craon, n'a rien vu d'anormal dans la succession des barons de la première maison de Craon telle qu'il nous la présente : Guérin/Garin, fils aîné de , lui succédant, cela est régulier ; mais , frère de Guérin, remplaçant son aîné, alors que Guérin avait laissé une fille, nommée Berthe de Craon, mariée à , cela n'est plus acceptable (?). L'héritage de Craon était acquis à celle-ci. Comment expliquer cette infraction aux règles invariables de l'héritage ? Il est vrai que Robert de Vitré semble avoir été, pendant quelques années, privé de la jouissance de son fief propre (du moins trouve-t-on une seule fois un seigneur de Vitré nommé autrement, peut-être par erreur). Mais Robert se remaria après son premier veuvage avec une autre Berthe et eut des enfants de ce second mariage ; l'aîné de ses fils, André, fils de sa première ou deuxième épouse Berthe, lui succéda. Enfin, le fait est certain : Suhart le Jeune succéda à son frère, au préjudice de sa nièce Berthe de Craon.

Pour l'abbé Angot, c'est cette transmission irrégulière qui constitue l'acte de félonie, cause de la confiscation de Craon par Geoffroy Martel ; et la confiscation, suivie quelque temps après par l'inféodation de la baronnie à Robert le Bourguignon, occasionna une guerre du baron de Vitré, époux de l'héritière légitime de Craon, et du duc de Bretagne, contre le comte d'Anjou. Si Suhart de Craon s'y trouve mêlé dans la légende, ce peut être une invention de chroniqueur, ou un retour du baron à la justice envers sa nièce. Louis Halphen n'a pas vu la difficulté, parce qu'il suppose Suhart le Jeune fils et non frère de Guérin, mais il se trompe certainement (Comté d'Anjou, , n. 2, et table, au mot "Guérin de Craon").

La confiscation de la baronnie de Craon et celle de l'église de Saint-Clément sont deux questions connexes, mais distinctes. La baronnie, par une règle du droit féodal, était revenue au suzerain après la violation du droit héréditaire par Suhart le Jeune, d'accord sans doute avec Guérin, son frère, au préjudice de sa nièce Berthe de Craon. C'est toujours ainsi qu'en parlent les chartes : « Cum honor Credonis ab heredibus illius qui donationem fecerat, dominicus in manum suam (Gaufridi) per forfacta eorum devenisset », comme on y lit plusieurs fois, le comte Geoffroy Martel se crut le devoir de casser la donation et d'attribuer l'église de Saint-Clément à la Trinité de Vendôme en l'enlevant à Saint-Aubin, et ensuite de concéder, après le , la baronnie de Craon à Robert le Bourguignon.

Ce premier acte conserva toujours sa valeur. Mais la confiscation de la baronnie et l'inféodation qui en fut faite à Robert le Bourguignon, malgré les circonstances multiples où il s'était paré de ce titre, furent déclarées caduques, et quand il maria son fils aîné Renaud à la fille de Berthe de Craon et de Renaud de Vitré, Enoguen de Vitré, héritière légitime de la baronnie de Craon, Renaud déclara franchement qu'il ne tenait la baronnie de Craon que de son mariage et non de l'héritage paternel. Il est vrai qu'on était alors sous le gouvernement de Geoffroy le Barbu et non plus sous celui de Geoffroy Martel. Il ne faut pas chercher ailleurs l'explication de la convention familiale en vertu de laquelle Robert le Bourguignon garda pour lui la seigneurie de Sablé qui lui venait du chef de sa femme Avoise de Sablé, et laissa à son fils, époux d'Enoguen de Vitré, la baronnie de Craon.

Geoffroy Martel Robert le Bourguignon avait porté le titre de baron de Craon jusqu’au mariage de son fils. On voit par l'investiture que lui en avait donnée Geoffroy Martel que le chevalier, depuis longtemps seigneur de Sablé, n'avait plus besoin de la protection de sa tante Agnès de Bourgogne, répudiée depuis 1052, et qu'il jouissait plus que jamais de la faveur du comte. Vers 1055, Geoffroy Martel était en partie de campagne (deambulandi causa) avec sa nouvelle épouse à l'île de Tirmont (actuelle Ile Saint Aubin d'Angers), accompagné des premiers membres du clergé et de grands personnages séculiers, et c'est déjà Robert le Bourguignon qui est en tête de tous les autres, y compris le baron de Château-Gontier, . Il le fut toujours depuis. Il avait déjà assisté aux principales fondations de Geoffroy Martel, vers 1040 à celle de Vendôme, en 1047 à l'érection du chapitre de Saint-Laud, et à toutes les fondations contemporaines de l'Anjou.

Le premier devoir du seigneur de Sablé envers le comte d'Anjou était le service des armes. Il n'est pas douteux qu'il s'en acquitta fidèlement en raison même de la confiance dont il jouissait auprès de Geoffroy Martel. Il prit part surtout à la campagne du Passais contre Guillaume le Bâtard. Elle ne fut pas couronnée de succès puisqu'elle aboutit à la défaite de Geoffroy Martel à Ambrières ; mais il y a encore de la gloire à être battu par un pareil adversaire. Sous Geoffroy le Barbu, neveu et successeur de Geoffroy Martel, Robert eut la même autorité.

Geoffroy le Barbu