Sherlock Holmes est un personnage de fiction britannique créé par Sir Arthur Conan Doyle dans le roman policier Une étude en rouge en 1887.

Revendiquant la fonction particulière de ., il est doté d'une mémoire remarquable pour tout ce qui peut l'aider à résoudre des crimes en général, ainsi que d'une capacité de déduction hors du commun. Lors de ses enquêtes, relatées dans les quatre romans et les cinquante-six nouvelles qui forment ce qu'on appelle le canon, Holmes est fréquemment accompagné du docteur Watson, véritable alter ego qui narre le plus souvent les aventures de son ami.

Personnage très « typé », Sherlock Holmes est devenu l'archétype du « détective privé » pour des générations d'auteurs populaires de roman policier, éclipsant ses ancêtres historiques que furent le chevalier Auguste Dupin d'Edgar Allan Poe et Monsieur Lecoq d'Émile Gaboriau, personnages auxquels Arthur Conan Doyle fait référence dans son œuvre.

Apparaissant tout d'abord dans deux romans au succès discret, Une étude en rouge (1887) et Le Signe des quatre (1890), que Conan Doyle écrit pour des raisons alimentaires, le personnage connaît une popularité phénoménale lorsqu'il devient le protagoniste régulier de nouvelles publiées dans le Strand Magazine. Dépassé par le triomphe populaire de sa créature qui l'empêche de se concentrer sur ses romans historiques, Conan Doyle tue son héros dans Le Dernier Problème (1893).

En raison de difficultés financières, il devra se résigner à le mettre de nouveau en scène dans Le Chien des Baskerville (1901), qui se déroule avant la mort du détective, puis dans La Maison vide (1903) qui officialise son retour et initie une nouvelle série de nouvelles. La dernière des soixante enquêtes de Sherlock Holmes, L'Aventure de Shoscombe Old Place, paraît en 1927, quarante ans après ses débuts.

La popularité persistante de ces enquêtes, un siècle et demi après leur création, est portée par leur atmosphère victorienne, la mise en scène de l'amitié fusionnelle liant Holmes et Watson, et de nombreux personnages devenus cultes : l'inspecteur Lestrade, la logeuse Mrs Hudson, le frère aîné de Sherlock Mycroft Holmes, l'épouse de Watson Mary Morstan, l'aventurière Irène Adler et le professeur Moriarty, le « Napoléon du crime ».

Cet univers fait l'objet de nombreuses adaptations et réinterprétations dans divers médias. Plusieurs de ces adaptations connaissent elles-mêmes un grand succès, permettant une modernisation permanente du personnage. On peut ainsi citer, dans les exemples récents, le film de 2009, la série Sherlock (2010-2017), ou la série de films Enola Holmes (depuis 2020).

Historique du développement du personnage L’ensemble des aventures écrites par Arthur Conan Doyle comporte quatre romans et cinquante-six nouvelles originales. Ces textes originaux recevront le titre d'ouvrages « canoniques », par opposition à l'énorme quantité de suites et d'aventures parallèles écrites par de nombreux auteurs, prenant plus ou moins de liberté avec le personnage original.

Une étude en rouge, 1887 : roman Le Signe des quatre, 1890 : roman Les Aventures de Sherlock Holmes, 1892 : recueil de nouvelles Les Mémoires de Sherlock Holmes, 1894 : recueil de nouvelles Le Chien des Baskerville, 1902 : roman Le Retour de Sherlock Holmes, 1905 : recueil de nouvelles La Vallée de la peur, 1915 : roman Son dernier coup d’archet, 1917 : recueil de nouvelles Les Archives de Sherlock Holmes, 1927 : recueil de nouvelles

Conan Doyle écrivit également deux textes parodiques, non inclus dans le canon, dans lesquels apparaît Sherlock Holmes : La Kermesse sportive (1896) et Comment Watson apprit le truc (1924), ainsi que trois pièces de théâtre : Le Diamant de la couronne (1921), Sherlock Holmes et La Bande mouchetée.

Une saynète comique dans laquelle Holmes reste muet lui est parfois attribuée. Il s'agit de Sherlock Holmes en fâcheuse posture. Mais William Gillette, l'acteur qui jouait Sherlock Holmes, en est généralement considéré comme l'auteur.

Conan Doyle laissa également dans ses archives le synopsis d'une aventure, L'Aventure du grand homme, et une aventure complète, Sur la piste du faussaire, qui fut publiée à titre posthume en son nom aux États-Unis ; mais une partie des droits d'auteur revint à Arthur WithakerÉtudes en Noir, éditions Corps 16..

L'existence de Sherlock Holmes doit beaucoup au professeur en chirurgie de Conan Doyle, le docteur Joseph Bell. Ses déductions étonnantes sur les patients et leurs maladies l'impressionnèrent beaucoup.

À l'origine, Conan Doyle avait prévu d'appeler son détective Sherrinford HolmesD'après des notes manuscrites de Conan Doyle, conservées à la British Library de Londres)..

Biographie fictive, telle que présentée dans l’œuvre originale vignette|gauche| Selon Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes aurait effectué ses premières déductions durant ses années étudiantes, autour de l'année 1875. L'idée d'en faire son métier lui est donnée par M. Trevor, père de l'un de ses camarades de classe.

Il a un frère, nommé Mycroft Holmes. C'est un homme politique faisant partie du gouvernement britannique, qui apparaît pour la première fois dans L'Interprète grec.

Sherlock Holmes est passionné par de nombreux sujets. Violoniste aguerri, il est féru de médecine et de science. Ces centres d’intérêt sont régulièrement mis à contribution dans le dénouement de différentes enquêtes et ses enquêtes témoignent du développement de la médecine légale au . Il fait néanmoins preuve d'une ignorance certaine, qu'il revendique parfois, dans les domaines qui ne lui paraissent pas pouvoir l'aider à mener ses déductions.

Holmes commence son activité professionnelle en 1878. Il rencontre le docteur Watson en 1881, avec lequel il partagera le même appartement jusqu'au mariage de ce dernier. Bien que , il arrive que les deux amis soient en désaccord, ou que Holmes fasse preuve d'un certain dédain envers Watson, se moquant souvent de ses tentatives de déduction systématiquement moins bonnes que les siennes et critiquant le style avec lequel il narre ses enquêtes. Watson, d'un tempérament très calme, reste toutefois patient et loyal et ressent une réelle excitation à suivre les aventures de son ami.

Malgré son ton sarcastique, son goût pour la solitude et son rejet des conventions sociales, contrastant avec la sociabilité d'un Watson très bien intégré dans un mode de vie de gentleman, Holmes n'est pas aussi cynique et misanthrope que certaines adaptations le représentent. Il peut être sincèrement troublé par certains événements auxquels ses enquêtes l'amènent à faire face, s'inquiète pour le bien-être de ses clients et fait preuve de compassion. Il est par contre capable d'être très hautain face à ce qu'il perçoit comme un manque de rationalité chez ses interlocuteurs, comme lorsque le docteur Mortimer lui raconte la légende du chien des Baskerville en refusant de rejeter la possibilité d'une créature surnaturelle. Indifférent aux femmes et à l'amour il est toutefois troublé par Irène Adler, l'une de ses rares adversaires à le mettre en échec dans Un scandale en Bohême.

Avec sa disparition en 1891, à la suite de son affrontement avec le professeur Moriarty et la mort de ce dernier dans les chutes du Reichenbach, tout le monde croit Holmes mort (Le Dernier Problème (1891)).

Il refait surface trois ans plus tard (dans La Maison vide). Il raconte qu'au cours de ces années (période appelée le « grand hiatus »), il a pris une fausse identité, celle d'un explorateur norvégien, et s'est rendu à Khartoum, dans le palais même où Gordon Pasha fut assassiné. Holmes justifia sa disparition par le fait que son coup de filet contre le professeur Moriarty laissa un membre dangereux de sa bande en liberté, le colonel Sebastian MoranLa maison vide.. Ce dernier, exécuteur des basses œuvres de Moriarty, avait réussi à échapper à toute mise en accusation lors de l’élimination du réseau criminel du professeur. Il avait suivi son mentor aux chutes de Reichenbach. Après avoir été le témoin de la mort de son chef, causée par Holmes, Moran avait essayé de tuer le détective en provoquant une avalanche de roches sur lui. Holmes réussit cependant à y échapper. Moran se jura de tuer Holmes, mais celui-ci fit tomber Moran dans un piège, provoquant son arrestation.

Il retourne habiter à Baker Street avec Watson (dont il a secrètement racheté le cabinet médical afin de le pousser à redevenir son colocataire) et reprend ainsi du service de 1894 à 1903. Il reçoit la Légion d'honneur en 1894mentionnée dans « Le retour de Sherlock Holmes » et l'histoire « Le pince-nez en or »., mais refuse le titre de chevalier en 1902.

S'ensuit une retraite à la campagne en 1907, où Holmes passe ses dernières années à étudier les abeilles et à écrire un traité d'apiculture. Il sortira de cette activité pour rendre service à son pays à la veille du premier conflit mondial en déjouant les ruses d'un espion prussien (Son dernier coup d’archet), et enfin pour narrer lui-même quelques aventures (comme La Crinière du lion), n’ayant alors pratiquement plus de contact avec le docteur Watson. Les détails de sa mort ne sont pas connus.

Réception et études holmesiennes vignette|gauche|

Rapidement adopté par le public, dès la publication de ses premières aventures dans The Strand Magazine, Sherlock Holmes est devenu un personnage de légende au point qu'au , il fait encore l'objet d'une véritable vénération. De nombreuses études lui ont été consacrées et les nouvelles de Conan Doyle ont fait l'objet de nombreuses adaptations télévisées.

Du statut de héros de papier, Sherlock Holmes est très vite passé à celui de figure historique au point que de nos jours encore, des lettres venant du monde entier lui sont encore adressées à son adresse du 221B Baker Street à Londres. Comme un personnage historique, Sherlock Holmes a donc droit à des « biographes » spécialisés, des exégètes de son œuvre et de ses méthodes policières et même à des musées consacrés à sa « vie ».

Le personnage de Sherlock Holmes a même servi de prétexte à un canular littéraire qui dure depuis près d’un siècle : la création d’une science nouvelle, nommée « holmésologie » ou « études holmésiennes ». Des centaines d’ouvrages ont été rédigés sur le sujet. Le but avoué de cette discipline est de retracer la vie et l'œuvre du détective à partir des écrits du docteur Watson, ami et hagiographe de Holmes.

Alors que certaines invraisemblances et contradictions dans l'œuvre de Conan Doyle ne s’expliquent que par le fait que celui-ci a écrit ces aventures sur une période de près de , la holmésologie prétend trouver dans les écrits de Watson les « véritables » raisons de ces hiatus.

Exemples de contradictions et d’invraisemblances ayant donné lieu à ces travaux : la femme de Watson l’appelle James dans une aventure, alors que son prénom est John ; dans une aventure, Watson affirme avoir été blessé à la jambe ; dans une autre, c’est au bras.

« Élémentaire, mon cher Watson »

Bien que la réplique célèbre « Élémentaire, mon cher Watson » soit associée à Sherlock Holmes depuis le début du . Chaque citation référencée est accompagnée de sa source en bas de page., il ne la prononce dans aucune des histoires écrites par Arthur Conan Doyle, l'auteur utilisant séparément « Élémentaire » et « Mon cher Watson »Bernard Ourdin, Enquête sur Sherlock Holmes, Découvertes Gallimard, chap. 2, .. La même association entre le personnage et cette citation existe dans la culture populaire anglosaxonne, alors que dans toutes les versions originales des romans, Holmes emploie « Elementary » à deux reprises seulement : une fois dans The Adventure of the Crooked Man paru en 1893 (traduit en français sous le titre Le Tordu), puis dans The Hound of the Baskervilles (Le Chien des Baskerville), publié pour la première fois en 1901.