Le gouvernement polonais en exil, officiellement nommé gouvernement de la république de Pologne en exil, est le nom donné aux instances politiques légales polonaises qui, avec le président de la république de Pologne, après la campagne de 1939, s'établissent d'abord à Angers en France, puis, après la défaite de la France en , à Londres au Royaume-Uni, pour continuer, au nom du peuple polonais, la lutte contre l'agresseur.

En vertu de la Constitution polonaise d'avril 1935, les autorités polonaises en exil se perpétuent légalement jusqu'au , date à laquelle le dernier président de la République en exil, Ryszard Kaczorowski, prononce leur dissolution et transmet ses pouvoirs en même temps que les insignes présidentiels de la Deuxième République de Pologne à Lech Wałęsa, premier dirigeant issu d'élections libres et démocratiques depuis la guerre.

De Varsovie à Londres (septembre 1939-juin 1940) Alors que Varsovie subit un raid aérien de terreur mené par la Luftwaffe mais que l'armée polonaise résiste encore à l'invasion allemande, une « tête de pont roumaine » en Pocoutie accueille le le gouvernement polonais et l'or de la banque nationale de Pologne« Chroniques de septembre 1939 », dans Histoires de la dernière guerre n° 1, septembre 2009.. Le lendemain, le président et le gouvernement, menacés d'être capturés, ainsi que l'or polonais sont transférés au port roumain de Constanța, tandis que de l'Armée rouge attaquent la Pologne selon les clauses secrètes du pacte germano-soviétique du . Le , les cryptologues polonais quittent à leur tour Varsovie pour la France : ils ont mené des recherches avancées sur les codes allemands et le déchiffrage d’Enigma. Près de polonais parviennent à déjouer la Luftwaffe et l’aviation soviétique pour rejoindre la France et la Grande-Bretagne (qu'ils contribueront à défendre pendant la bataille d'Angleterre). Pendant ce temps, le gouvernement et l’or polonais sont convoyés par le navire britannique HMS Eocene (commandé par Robert E. Brett) de Constanța à Alexandrie, en Égypte, d’où ils rallieront Londres. Après le , à la suite des menaces d'invasion allemandes formulées par l'ambassadeur allemand à Bucarest , les militaires polonais échappés aux Allemands ou aux Soviétiques et réfugiés en Roumanie, que le Service maritime roumain n'a pas eu le temps de débarquer à Alexandrie ou à Beyrouth, au Liban français, sont internés, dont le général Edward Rydz-Śmigły ; beaucoup rallient la France sous l'égide de Rydz-Śmigły, par des filières officieuses, via la Turquie (neutre) et la Syrie (sous mandat français). C'est le cas, par exemple, des chasseurs alpins polonaisGrigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l'Est, Éditions Egloff et L.U.F. (Librairie de l'Université de Fribourg), Fribourg & Paris, 1944.Nicolette Franck, La Roumanie dans l'engrenage, Elsevier Séquoia, 1977..

Pour permettre la poursuite de l'action des autorités polonaises et préserver la continuité juridique de l'État polonais, le président de la République depuis 1926, Ignacy Mościcki, transmet sa charge, selon la constitution polonaise d'avril 1935 Ignacy Mościcki (1867-1946), site du gouvernement Polonais., à Władysław Raczkiewicz, qui nomme Premier ministre le général Władysław Sikorski. Celui-ci concentre dans ses mains l'essentiel du pouvoir exécutif et son cabinet prête serment le . Ce gouvernement légitime et le commandement suprême polonais se reconstituent en France : le Premier ministre et son gouvernement s'installent à Angers à partir du 22 novembre 1939. Le , le président de la République polonaise en exil, Władysław Raczkiewicz, est accueilli au château de Pignerolle, sa résidence à Saint-Barthélemy-d'Anjou près d'Angers. vignette|Château de Pignerolle, éphémère siège du Gouvernement polonais en exil.

Sur le sol français, le gouvernement polonais met sur pied une armée polonaise forte de afin de continuer le combat aux côtés de l'allié français. Celle-ci devait être constituée de quatre divisions. Deux seulement sont complétées en et s'illustrent par une grande combativité en mai-. Le , n'ayant pas accepté l'armistice du maréchal Pétain et voulant poursuivre la lutte, le gouvernement polonais quitte la France pour la Grande-Bretagne, suivi par quelque polonais, soit un quart des effectifs polonais présents en France ; sont livrés aux Allemands et plus d'un millier internés en Suisse. En orient, alpins polonais internés en Syrie passent en armes en Palestine anglaise. soldats parviennent à passer à travers les lignes allemandes et à gagner la zone libre.

En Pologne occupée, le Gouvernement polonais en exil suscite la création d'une Union de la lutte armée (Związek Walki Zbrojnej, ZWZ) confiée au général Stefan Rowecki qui se chargera de fédérer les nombreux mouvements de la résistance qui se forment dès les premiers jours de la guerre. Edward Rydz-Śmigły s'y joint comme simple soldat. Cette armée clandestine se développe, puis adopte, en , le nom d'Armée de l'intérieur (Armia Krajowa ou AK). Outre son rôle militaire, l'AK développe, sous l'autorité du Gouvernement polonais en exil, des structures civiles de l'État clandestin. L'AK constitue, à son apogée, le principal mouvement de résistance en Europe avec un effectif de plus de , fédérant l'immense majorité des résistants polonais tandis que le mouvement séparé d'obédience communiste, apparu seulement à partir de 1941, reste largement minoritaire.

Gouvernement de coalition Après la défaite française de juin 1940, le gouvernement polonais en exil s'installe à Londres. Il est reconnu par les Alliés et a pour vocation de défendre les intérêts supérieurs de la Pologne jusqu'à la fin des hostilités et la possibilité de tenue d'élections libres sur le sol national. Représentant la Pologne combattante, il cherche à apporter la plus grande contribution possible à la victoire des forces coalisées. Au sein de ce gouvernement se retrouvent les quatre principaux partis d'opposition de la période d'avant-guerre : le Parti paysan (PSL), le (SP), Parti socialiste (PPS), (Stronnictwo Narodowe).

Contribution militaire majeure à la coalition anti-hitlérienne Le général Sikorski persuade les responsables militaires britanniques de reconstituer l'armée polonaise en Grande-Bretagne. Renforcée par l'arrivée de soldats exilés, elle est la plus grande force armée étrangère combattante alliée à la Grande-Bretagne après la défaite de la France et jusqu'à l'entrée en guerre des États-Unis en . Elle permettra aux Polonais de participer activement à la libération de l'Europe sur plusieurs fronts.

Les pilotes polonais de la de chasse jouent un rôle capital dans la Bataille d'Angleterre.

Le polonais, dont la blindée polonaise, participe, sous commandement opérationnel britannique, à la bataille de Normandie et notamment à la bataille dite de la « fermeture de la poche de Falaise » avant de poursuivre vers le Nord, la Belgique et les Pays-Bas et pénétrer en Allemagne. Sa indépendante de parachutistes participe à l'opération Market Garden prématurée de . Son tribut est très lourd.

Après l'offensive allemande contre l'Union soviétique en , le gouvernement polonais en exil décide de renouer les relations diplomatiques avec l'Union soviétique (accords Sikorski-Maïski). Une partie des prisonniers de guerre polonais ayant pu survivre à leur détention et déportation en URSS sont alors libérés et rejoignent l'armée polonaise en cours de constitution du général Władysław Anders. Près de (sur environ 330 000 citoyens polonais déportés) parviendront ainsi à s'extraire de la Terre inhumaineOuvrage de Józef Czapski, officier polonais rescapé du massacre des officiers polonais par le NKVD en mars-avril 1940 et publié en 1978 en France. pour rejoindre l'Armée polonaise de l'Ouest avant que Staline ne mette fin à cette évacuation. Ce polonais se bat sur tous les fronts occidentaux de la Seconde Guerre mondiale dont l'Afrique du Nord et la campagne d'Italie où elle s'illustre en particulier à la bataille du Monte Cassino en .

L'alerte au monde sur la Shoah

Durant la guerre et en particulier à partir de 1942, les autorités polonaises en exil, alimentées en informations de première main par la Résistance intérieure, fourniront aux gouvernements alliés et aux opinions publiques du monde libre les rapports les plus précoces et les plus précis sur l'extermination en cours des populations juives, dont le rapport Raczyński, publiée ensuite, le , par le même Ministère, sous forme d'une brochure à l'attention du grand public (lire en ligne, sur Ministère des affaires étrangères de Pologne ; transcription, sur Project InPosterum). « Churchill and the Holocaust: The Possible and Impossible », conférence de Sir Martin Gilbert (historien britannique) à la ICS 25th Anniversary International Conference U.S. Holocaust Memorial Museum, Washington, le (consultable en ligne). et appelleront, en vain, à des actions spécifiques pour mettre fin à l'extermination Martin Gilbert, Auschwitz and the Allies, Pimlico edition, 1981, : Walter Laqueur, The terrible secret, 1980, Penguin edition, p. 236 : . Quelques dizaines de courriers, comme Jan Karski, Jan NowakJan Nowak, Courrier de Varsovie, Témoins/Gallimard, Paris, 1983. ou Tadeusz Chciuk Tadeusz Chciuk (pseudonyme de Marek Celt), By parachute to Warsaw, Londres 1945 ; et Courriers blancs (en polonais, Biali kurierzy). feront des voyages, dans les deux sens, au péril de leur vie : Jan Karski et Jan Nowak, envoyés par l'AK, sont tous deux allés de Pologne à Londres, tandis que Tadeusz Chciuk a été parachuté deux fois sur la Pologne comme envoyé du gouvernement polonais en exil.

Les courriers envoyés en Pologne dans ces conditions étaient appelés Cichociemni (« Silencieux de l'Ombre »).

La rupture polono-soviétique et l'érosion de l'influence du Gouvernement sur les événements vignette|Le général Władysław Sikorski, Premier ministre de septembre 1939 à juillet 1943. En , la découverte du massacre de Katyń et la demande d'enquête formulée par le Gouvernement polonais auprès de la Croix Rouge offrent à Staline le prétexte pour rompre les relations diplomatiques avec le gouvernement polonais.

Le , la Gestapo arrête et exécute Stefan Rowecki, le commandant en chef de l'Armia Krajowa, la résistance combattante en Pologne occupée. Le , le Premier ministre et commandant en chef Władysław Sikorski meurt à son tour dans un accident d'avion (restant jusqu'à ce jour sujet de controverse) au retour d'une inspection des troupes polonaise au Proche-Orient.

Le vice-Premier Ministre et meneur du Parti paysan, Stanisław Mikołajczyk succède à Sikorski, mais il n'a ni l'aura ni l'autorité de son prédécesseur parmi les Alliés. Il hérite surtout d'une situation où le renversement de la situation sur le front de l'Est à partir du début de 1943 (échec allemand à Stalingrad en février et bataille de Koursk en ) contribue au renversement des alliances. Celle avec l'Union soviétique est de plus en plus recherchée par les Alliés, alors que la contribution polonaise à l'effort de guerre perd de l'importance à leurs yeux.

Dès 1943, Staline rassemble à Moscou un groupe de communistes polonais. Au sein de ce petit groupe, la militante Wanda Wasilewska joue un rôle de figure de proue, notamment dans la création de la division polonaise de l'Armée rouge. Elle recrute parmi les Polonais qui n'ont pas réussi à s'évacuer de l'URSS avec le général Anders. En , alors qu'une partie des terres orientales polonaises est en train d'être « libérée » par l'Armée rouge, ce groupe communiste se transforme en Comité polonais de libération nationale (PKWN ou Comité de Lublin) et se proclame gouvernement légitime en dépit de l'existence d'un gouvernement en exil légal et internationalement reconnu, qui siège à Londres.