La déontologie du journalisme est l'ensemble des normes auxquelles les journalistes devraient au minimum s'astreindre. On trouve la . Sa définition varie selon les pays.
En Europe, elle est encadrée par trois textes de référence : la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, dite Charte de Munich., qui a été approuvée par les syndicats de journalistes des six pays membres de la CEE en 1971, plus ceux de la Suisse et de l'Autriche ; la Charte d'éthique professionnelle des journalistes, rédigée en 1918 par le Syndicat National des Journalistes et modifié en 1938 et 2011 ; et la Charte d’éthique mondiale des journalistes de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), adoptée en 2019 à Tunis. Ces trois chartes sont consultables sur le site du Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM). Certaines sociétés de presse ont rédigé leur propre charte « maison », qui ne s'applique que dans leurs murs. Les règles de déontologie sont, dans le journalisme, essentiellement déclaratives, et elles ne sont donc sanctionnées par aucune juridiction.
Selon les pays, les règles déontologiques peuvent aussi bien concorder avec le droit de la presse que s'y opposer. Le respect de la personne peut par exemple conduire à s'abstenir de prendre une photographie ou d'écrire un article, même quand le droit le tolère. Les chartes de déontologie promues par les syndicats de journalistes insistent sur la vérification des faits. Le principe de la liberté de l'information et d'expression impose de s'opposer à toute censure, fût-elle appuyée par le droit en vigueur. Un des principes importants, la protection des sources d'information, s'oppose à la loi de certains pays, mais le droit européen, souverain en la matière, s'est imposé.
Définition Pour Marc-François Bernier, professeur à la Faculté des arts de l'Université d'Ottawa, constituent les et la Marc-François Bernier, Éthique et déontologie du journalisme, Presses de l'Université de Laval, Québec, 2004. Selon lui, la déontologie contribue à protéger les journalistes des manœuvres de propagande, de promotion et de désinformation et les incite à s'en méfierSur cet aspect, voir aussi Jean-Jacques Jespers, "Conseil de presse : la déontologie, arme ultime contre le marché triomphant ?", Politique, revue de débats, Bruxelles, numéro 78, janvier-février 2013..
Une autre définition est offerte par José Maria de Santes Guater, dans El autocontrol de la información (« L’autocontrôle de l'information »). Selon lui, la déontologie , même si pour aller de l’avant, .
En France, à la différence de professions indépendantes comme les médecins, l'éthique du journalisme concerne des salariés, les journalistes pigistes ayant eux-mêmes le statut de salariés. C'est parce que le journalisme est un travail d'équipe, où l'on discute du choix et du traitement des sujets, en se faisant relire, que sa déontologie peut jouer un rôle de contrainte malgré l'absence d'organe de contrôle. Tout candidat qui se présente à l'élection à la Commission de la carte de presse doit se référer à l'une ou l'autre des trois chartes reconnues par les syndicats de journalistes.
Ces règles s'appliquent à la mission du journaliste : devoir d'informer, respect du lecteur, intérêt public, droit de savoir. Elles contribuent à sa crédibilité au même titre que l'indépendance à l'égard des pouvoirs politiques et économiques, le respect de la vie privée et la protection des sources d'information des journalistes.
Histoire La question de la déontologie des journalistes est apparue avec la professionnalisation au début du . En France, les fondateurs du Syndicat national des journalistes ont rédigé en 1918 la Charte des devoirs professionnels des journalistes français, révisée en 1938 et en 2011. En 1971, tous les syndicats de journalistes français existant alors ont participé à la rédaction de la « Déclaration des devoirs et des droits des journalistes », souvent nommée Charte de Munich, qui a été adoptée par les syndicats de journalistes de la Communauté européenne, de Suisse et d’Autriche. Elle a été reprise par plusieurs organisations internationales de journalistes. Enfin, la « Charte d’éthique mondiale des journalistes » a été adoptée lors du congrès mondial de la Fédération internationale des Journalistes (FIJ) à Tunis, le . Elle complète le Code de principes de la FIJ sur la conduite des journalistes (1954), dit «Déclaration de Bordeaux», notamment en tenant compte de l'évolution des technologies (web-journalisme). Cette charte et la charte de Munich sont la référence pour le SNJ-CGT, FO, la CFTC, et l'USJ CFDT. Le SNJ les reconnaît aussi mais leur préfère la charte de 1918 (souvent dite "charte du SNJ" puisque seul ce syndicat existait à cette époque), pour tenir compte en particulier des impératifs de Protection des sources d'information des journalistes. Les syndicats français de journalistes réclament l'annexion de ces textes à la Convention collective nationale de travail des journalistes. Il existe aussi des chartes déontologiques propres à certaines entreprises (par exemple en France pour Ouest-France, Le Monde et France Télévisions).
Lors des débats sur la loi du 29 mars 1935 créant un statut de journaliste professionnel et instaurant la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels, le rapporteur, le député de l’Aube Émile Brachard, affirmait alors que Rapport Brachard N° 4516 remis à la Chambre des députés - 1935 .
Textes par pays Charte des journalistes français de 1918, 1938 et 2011
Publiée en juillet 1918 et révisée en janvier 1938, puis en 2011, elle a été rebaptisée « Charte d’éthique professionnelle des journalistes », pour souligner qu'elle désigne des droits et des devoirs à la fois.
Alors que le texte initial imposait seulement au journaliste de , la version de 2011 y ajoute le droit et le devoir de la protection des sources d'information des journalistes. Ses principes et règles éthiques engagent chaque journaliste, quelles que soient sa fonction, sa responsabilité au sein de la chaîne éditoriale et la forme de presse dans laquelle il exerce.
Selon le texte, le journaliste doit considérer la calomnie, les accusations sans preuves, la déformation des faits, l'intention de nuire, la manipulation et le mensonge comme . Il s'interdit d'être payé par un service public ou par une entreprise privée qui pourrait profiter de sa qualité de journaliste, de ses influences, et de ses relations ni . Il ne doit d'ailleurs jamais signer de son nom des publicités ni s'abriter derrière la liberté de la presse . Enfin, ses articles doivent être originaux et citer les confrères s'ils s'en inspirent.
A contrario, un journaliste selon cette charte, tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité et l’impartialité pour les piliers de l’action journalistique.
Charte mondiale d’éthique des journalistes La Charte d’éthique mondiale des journalistes de la FIJ (Fédération internationale des journalistes) a été adoptée lors du 30e congrès mondial de la FIJ à Tunis, le . Elle complète le Code de principes de la FIJ sur la conduite des journalistes (1954), dit «Déclaration de Bordeaux».
La Charte repose sur des textes majeurs du droit international, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elle contient un Préambule et 16 articles et précise les droits et les devoirs des journalistes en termes d’éthique.
Code déontologique de la presse pour les enfants (France) En France, la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesseLoi du 16 juillet 1949 se proposait de réagir contre l'influence de certaines bandes dessinées importées pendant l'entre-deux-guerres et contre l'ambiance de désordre née de la Deuxième Guerre mondiale.
La loi disposait que .
La Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à la jeunesse, instituée pour veiller à la bonne application de la loi, émit l'opinion qu'il était nécessaire de .
Charte européenne des devoirs et des droits des journalistes de 1971
La charte de Munich adoptée le , par les syndicats de journalistes des pays de la Communauté économique européenne. Ce texte définit dix devoirs et cinq droits fondamentaux..
Ses auteurs, les syndicats de journalistes, l'ont rédigée avec l'objectif qu'elle devienne opposable en droit, par une annexion à la convention collective de la profession.. Ils craignent que le texte ne reste qu'une déclaration, même si la jurisprudence sociale a commencé à le prendre en compte comme un code de déontologie, tant il fait autorité auprès des salariés.
Ce texte précise en préambule que « le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain » et que « la responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics ».
Le texte distingue d'une part dix devoirs et d'autre part cinq droits, en précisant que tous concernent aussi bien les journalistes que leurs employeurs.
Parmi les dix devoirs, le respect de la vérité et de la vie privée, l'impératif de ne publier que des informations ou accompagnées de réserves, l'obligation de , de , de "ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste" et de refuser les pressions comme .
Parmi les cinq droits cités par ce texte, la possibilité d'avoir un et d’enquêter « librement » sans se voir opposer le , sauf exception clairement justifiée.
Il prévoit que le journaliste salarié, mensualisé ou à la pige, puisse refuser d'accomplir un acte professionnel ou d'exprimer une opinion .
La Charte européenne des devoirs et des droits des journalistes de 1971 est un ensemble de règles générales qui assure un tronc communs de droits et devoirs à tous les journalistes mais ne précise rien concernant certains conflits d'intérêts, où sont apparus des principes de bon sens comme en France la jurisprudence Anne Sinclair concernant ceux résultant de l'exercice simultané de hautes responsabilités politiques et journalistiques au sein d'un couple.
Déclaration des devoirs et des droits des journalistes (Suisse)
Instances de régulation
Belgique Le Conseil de déontologie journalistique (CDJ), créé en 2009, exerce les fonctions d’information, de médiation et de régulation des médias francophones et germanophones de Belgique.
France Le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM), association loi de 1901 française créée le , a un rôle d’autorégulation et de médiation entre les journalistes, les médias, les agences de presse et les publics sur toutes les questions relatives à la déontologie journalistique. Composé à parts égales de journalistes professionnels, d'éditeurs de médias et de représentants d'associations citoyennes, il peut être saisi en cas d'atteinte supposée aux bonnes pratiques journalistiques, et délivre des avis sans valeur contraignante.
Rôle de la commission de la carte de presse (France) La carte de presse en France a été créée par un décret d'application de la Loi Brachard, votée à l'unanimité en 1935 après les révélations tardives sur l'affaire Arthur Raffalovitch, au cœur du scandale des emprunts russes. Elle est délivrée par une commission de la carte d'identité de journaliste professionnel, dite 'lcommission de la carte de presse, où siègent 8 journalistes élus à bulletins secrets et 8 représentants des employeurs.