Ramón Gómez de la Serna Puig (souvent désigné simplement par son prénom Ramón), né à Madrid le , et mort à Buenos Aires le , est un prolifique écrivain d'avant-garde espagnol, généralement rattaché à la Génération de 14 ou au Noucentisme (bien que lui-même affirme n'appartenir à aucun groupe ni génération), inventeur d'un genre littéraire poétique, la greguería.
Il est l'auteur d'une œuvre vaste qui va de l'essai à la biographie (il en écrit plusieurs : sur Valle-Inclán, Azorín ou Colette), l'autobiographie (Automoribundia) en passant par le roman et le théâtre. Sa vie et son œuvre sont en rupture avec les conventions. Il incarne l'esprit de l'avant-garde de son temps à laquelle il consacre un livre, Ismos (en français, Ismes). La greguería, figure poétique dont il est l'inventeur, joue un rôle central dans ses écrits. La greguería (criaillerie) est une observation humoristique qui inclut une pirouette conceptuelle ou une métaphore insolite. Elle peut être variée : gag, jeu de mots ou même philosophique.
« Ramón », comme il aimait être appelé, a écrit une centaine de livres, traduits pour la plupart dans de nombreuses langues. Il fit connaître en Espagne les avant-gardes européennes à travers les rencontres littéraires (tertulias) du Café de Pombo, lieu où se rassemblait la bohème artistique de Madrid, immortalisée par le peintre José Gutiérrez Solana.
Ses biographies étaient souvent un prétexte à des divagations et rêveries où s'accumulaient les anecdotes authentiques ou fictives. Il voulut faire de sa vie une œuvre emblématique autant d'une révolution artistique que d'une existence vouée entièrement à la littérature.
Biographie La vie de Ramón Gómez de la Serna a été l'objet de nombreuses biographies, certaines écrites par ses amis. Ramón a écrit sa propre autobiographie (Automoribundia) durant son exil à Buenos Aires. Elle fut publiée en 1948 lorsque Ramón était âgé de soixante ans.
Enfance et jeunesse Ramón Gómez de la Serna naît le , au numéro cinq de la Rue de las Rejas (actuellement numéro sept de la Rue Guillermo Rolland) à Madrid. Fils de don Javier Gómez de la Serna y Laguna, avocat aux sympathies politiques libérales et fonctionnaire du Ministère d'Outre-mer, et de doña Josefa Puig Coronado dont la tante est la femme de lettres Carolina Coronado. Il a quatre frères et sœur dont il est l'aîné : Pepe, Javier, Julio et Lola.
Il passe son enfance près de la Plaza de Oriente, accompagné de sa tante Milagros. Ensuite la famille déménage à la calle de la Cuesta de la Vega près de la calle de Segovia (à la hauteur du viaduc). Une augmentation de loyer et l'arrivée d'un petit frère font que la famille s'installe dans la calle de Corredera Baja de San Pablo (près du Teatro Lara, qui venait d'être inauguré).
Ramón commence sa formation au Colegio del Niño Jesús. En raison du désastre de 1898 qui voit l'Espagne perdre ses dernières colonies, le Ministère d'Outre-mer disparaît ce qui oblige le père de Ramón à se recycler dans le registre de propriété. La famille déménage alors à Frechilla, village de la province de Palencia.
Ramón passe trois années dans un internat de Palencia avec son frère José (Colegio de San Isidoro, près de la cathédrale). Après que le père soit élu député, la famille revient s'établir à Madrid dans une maison située à la calle Fuencarral (numéros 33-34). Ramón poursuit ses études chez les Padres Escolapios de l'Instituto Cardenal Cisneros. Son oncle Andrés García de Barga (un an plus vieux que Ramón), surnommé Corpus Barga, est un écrivain qui incite Ramón à écrire. En 1903, Ramón obtient son baccalauréat et son père lui offre en récompense un voyage à Paris. Il voyage seul et s'installe dans une modeste pension au bord de la Seine.
Ramón s'inscrit ensuite à la Faculté de Droit de Madrid, mais le Droit ne l'attire guère. Son oncle Corpus Barga publie à l'âge de dix-sept ans un recueil de poèmes (Cantares), chants mélancoliques de l'adolescence. Ramón est encouragé par cette publication et s'efforce d'émuler son oncle. En 1905, le père de Ramón qui est alors directeur général des registres de propriété, finance la publication de la première œuvre de Ramón, Entrando en fuego. Ramón n'a que seize ans. La tante de Ramón, Carolina Coronado, l'encourage à poursuivre dans cette voie.
En 1908, Ramón s'inscrit à l'Université d'Oviedo pour y poursuivre ses études de Droit. Ramón obtient son diplôme d'avocat mais il n'exercera jamais cette profession. La passion littéraire absorbera toute son énergie. Sa famille lui conseille de rentrer dans l'administration. En 1908, il publie sa deuxième œuvre, Morbideces, où il fait son portrait et établit les principes de son style. C'est à cette époque que décède sa mère, Josefa Puig Coronado.
Ramón débute dans le journalisme où il se fait remarquer par son caractère original et rebelle face à une société bourgeoise et ennuyeuse. Il commence à fréquenter les cercles littéraires nocturnes de Madrid.
La revue Prometeo
Ramón quitte la maison de ses parents de la calle Fuencarral et s'installe à la calle de la Puebla, où il se consacre à l'écriture de chroniques journalistiques. En 1909, il crée avec son père la revue Prometeo et écrit sous le pseudonyme de Tristán. Il cherche à renouveler le paysage littéraire en s'inspirant des modèles français et anglais de la fin du (Charles Baudelaire). Ramón y fait traduire de nombreux textes d'auteurs étrangers d'avant-garde comme Filippo Marinetti et son manifeste futuriste, et des auteurs décadentistes comme Remy de Gourmont, Oscar Wilde, Gabriele D'Annunzio, etc.). Prometeo eut une grande importance pour la diffusion de la littérature étrangère en Espagne.
Dans le premier numéro de Prometeo, Ramón écrit un article intitulé «El concepto de la nueva literatura» (en français "Le concept de la nouvelle littérature"). Il lit cet article lors d'une conférence à l'Ateneo de Madrid causant un scandale par la virulence de son propos contre la littérature réaliste et naturaliste qui prédomine encore à cette époque. La revue durera quatre ans (1908-1912) et comptera trente-huit numéros. Les articles que Ramón écrit dans Prometeo sont qualifiés d'anarchistes, iconoclastes, blasphématoires. Il publie Beatriz en 1909, Desolación un drama, Ateneo, El libro mudo et en 1911, Sur del renacimiento escultórico español ainsi que Las muertas.
Toujours en 1909, âgé de 21 ans, Ramón tombe amoureux de l'écrivain et journaliste Carmen de Burgos (1867-1932), surnommée Colombine, qui est de vingt ans son aînée et travaille à l'École Normale. Elle vit seule et a une fille. Ramón passe tous les jours la visiter chez elle à dix-sept heures, ils écrivent ensemble puis ils partent se promener dans les cafés de la Puerta del Sol jusqu'à minuit. Le père de Ramón n'apprécie pas cette idylle et il fait jouer son influence afin que Ramón soit nommé secrétaire des pensions au Bureau espagnol de Paris. Ramón effectue avec enthousiasme son deuxième voyage à Paris. Il loge près du Café de la Source (café fréquenté alors par Manuel Machado (1874-1947)). Carmen de Burgos, demande un congé de trois ans, et va visiter Ramón à Paris avec l'intention de rester avec lui. Ils traversent l'Europe ensemble et visitent Londres, Naples, Lisbonne et la Suisse.
À Paris, en 1912, Ramón continue à écrire pour la revue Prometeo. À la fin de son étape parisienne, il commence à parler à ses amis de sa nouvelle création : la greguería, figure littéraire qui l'accompagnera toute sa vie. À cette époque, il se dispute avec l'écrivain Pío Baroja (1872-1956) avec qui il ne s'entend pas.
Depuis Paris, Ramón apprend que son père veut faire arrêter la publication de Prometeo. L'emploi comme secrétaire arrivant à son terme, Ramón souhaite de plus en plus revenir à Madrid. Avec sa fiancée, il quitte Paris et s'installe de nouveau à la calle de la Puebla alors que Carmen de Burgos reprend son emploi à l'École Normale.
Période du Café de Pombo Ramón fait son retour dans les cafés madrilènes et se lie d'amitié avec le peintre José Gutiérrez Solana, l'écrivain Azorín, Manuel Bueno et tant d'autres qui l'accompagneront lors de débats et rencontres littéraires. Les plus inséparables de ses amis sont Paco Vighi et Tomás Borrás.
Ramón entre au journal La Tribuna. Il retourne à Paris pour la troisième fois en 1914 et écrit son premier roman, Le Docteur invraisemblable qui selon Ramón anticipe la psychanalyse et les théories de Georg Groddeck, et qu'il termine le jour même du début de la Première Guerre mondiale. La guerre le fait revenir à Madrid. Son père lui obtient un poste au Tribunal Suprême.
C'est en revenant de Paris en 1914 qu'il a l'idée de créer un cercle littéraire. Il commence par chercher un lieu adéquat pour ces rencontres littéraires. Il fallait un lieu au centre-ville mais pas populaire. Un jour il rentre par hasard dans un petit café au numéro 4 la calle Carretas près de la Puerta del Sol. Cet établissement fermait tôt en raison du peu de clientèle et s'appelait Café de Pombo. Bien que situé au centre de la ville, Café de Pombo n'était pas un lieu renommé comme pouvaient l'être le Café Fornos, le Suizo, ou la Montaña, etc.).
Ramón adopte le Café de Pombo comme lieu de réunion littéraire. Le Café Pombo a un air provincial mais ancien. Les réunions littéraires commencent avec les amis les plus proches de Ramón. Elles ont lieu le samedi. Le cercle littéraire est baptisé «Sagrada cripta del Pombo» (en français "Crypte sacrée du Pombo"). Le propriétaire du café, Eduardo Lamela, donne son autorisation.
Le cercle littéraire du Café de Pombo fut en activité pendant près de vingt-trois années, entre 1914 et 1936. Ramón consacre toute l'année 1917 à son activité au Pombo. Ces rencontres littéraires ont une grande répercussion dans toute la ville, et l'écho de son succès parvient jusqu'à Paris.
Ramón publie Le Cirque préfacé par son frère Julio. Son père part vivre temporairement à Ségovie et achète à Madrid un hôtel situé calle María de Molina numéro 43. En 1918, Ramón publie en un volume un résumé des débats littéraires qu'il intitule, El Pombo, volume qui sera suivi quelques années après par un deuxième tome consacré aux rencontres du Pombo sous le titre de La sagrada cripta del Pombo. Son père se retire du monde politique et décède le . Cet évènement provoque la vente du petit hôtel.
Ramón loue un studio dans un immeuble à la calle Velázquez numéro 4, édifice où a vécu le grand peintre espagnol et qui maintenant fait partie de l'Hôtel Wellington. Dans cet espace réduit, il range tout son bric-à-brac d'objets insolites recueillis dans les brocantes, objets auxquels il consacre un livre fameux, El Rastro.
En 1923, l'arrivée au pouvoir du général Miguel Primo de Rivera lui fait perdre son revenu de la municipalité. Avec son héritage et la vente du petit hôtel, il se fait construire une maison à Estoril (Portugal), maison qu'il baptise El Ventanal. Les voyages entre Madrid et Lisbonne sont fréquents à la recherche de solitude et d'une atmosphère propice à l'écriture. Il vit de ses articles pour El Liberal et de ses droits d'auteur. Ses difficultés économiques l'obligent à vendre sa maison d'Estoril. Une grève des imprimeurs laisse l'Espagne sans journaux, El Liberal fait faillite à cause de cette grève.
À cette époque (1869-1951) fonde le journal El Sol et recrute Ramón dont les articles auront une grande repercussion. Ramón écrit aussi dans La Voz. À l'âge de trente-cinq ans, Ramón est reconnu du monde littéraire et journalistique. Le , ses amis lui rendent hommage avec un dîner littéraire au restaurant Lhardy. Cet hommage est resté célèbre car Ramón offrit un autre dîner en parallèle dans un endroit plus modeste et accessible à toutes les bourses : le restaurant El Oro del Rin.
Maturité littéraire