Le Grand Prix de France 1961 (XLVIIe Grand Prix de l'A.C.F.), disputé sur le circuit de Reims le , est la quatre-vingt-dix-huitième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la quatrième manche du championnat 1961.
Contexte avant la course Le championnat du monde La saison 1961 correspond à l'introduction de la nouvelle Formule 1 , effective à partir du premier janvier. Cette nouvelle formule, très proche de l'ancienne Formule 2 en vigueur de 1957 à 1960, a remplacé la précédente réglementation autorisant une cylindrée de 2500 cm3 (moteur atmosphérique) ou de 750 cm3 (moteur suralimenté).
- Principaux points de la nouvelle réglementation : interdiction des moteurs suralimentés cylindrée minimale : 1300 cm3 cylindrée maximale : 1500 cm3 poids minimal : 450 kg (à sec) double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial ravitaillement en huile interdit durant la course
thumb|upright=1.2|right|Les Ferrari 156 (ici lors d'une course historique) sont les seules monoplaces du plateau spécifiquement développées en vue de la nouvelle réglementation et dominent outrageusement leurs concurrentes. La nouvelle formule ayant été annoncée officiellement le par le président de la Commission sportive internationale (CSI), Monsieur Pérouse, les constructeurs disposaient de deux ans pour développer leurs nouvelles monoplaces. Toutefois les concurrents britanniques, opposés à la réduction de la cylindrée et à l'augmentation du poids minimal, ont perdu deux ans à tenter de faire revenir la CSI sur sa décision et ont de ce fait tardé à mettre en chantier de nouveaux moteurs. En conséquence, en ce début de saison, seule la Scuderia Ferrari dispose d'un modèle à moteur V6 parfaitement au point, alors que ses concurrents britanniques ont conçu tardivement leurs châssis, adaptés à la version 1500 cm3 du quatre cylindres Coventry Climax FPF dont la conception remonte à 1956, le seul moteur dont ils disposent. Encouragé par ses bons résultats en Formule 2 les saisons précédentes, Ferry Porsche a également décidé de se lancer en F1, utilisant cette année une évolution de ses anciennes F2, la nouvelle monoplace à moteur huit cylindres de la marque allemande n'étant pas attendue, au mieux, avant l'automne.
Malgré une défaite à Monaco où Stirling Moss leur avait superbement tenu tête, les Ferrari ont logiquement dominé les courses suivantes, avec à la clef un doublé au Grand Prix des Pays-Bas et un quadruplé au Grand Prix de Belgique. Elles se révèlent en outre très fiables, l'écurie n'ayant enregistré aucun abandon depuis le début de l'année. Comptant un succès chacun, Phil Hill et Wolfgang von Trips occupent les deux premières places du championnat, avec un seul point d'écart.
Le circuit
Pratiquement aussi rapide que celui de Spa-Francorchamps, le circuit de Gueux n'est utilisé qu'une fois par an, début juillet, pour un meeting comprenant, outre le Grand Prix de Formule 1, une coupe internationale de Formule Junior, baptisée Challenge Jean Behra en hommage au champion français disparu deux ans plus tôtRevue Moteurs n° 29 - 1961. Développant plus de huit kilomètres, le tracé comprend deux longues lignes droites, autorisant des vitesses de pointe de près de 300 km/h aux précédentes F1 dont la puissance frisait les trois-cents chevaux. Avec la nouvelle réglementation limitant la cylindrée à 1500 cm3, les performances seront cette année réduite, les deux-cents kilomètres par heure de moyenne étant cependant attendus. En 1960, Jack Brabham avait établi un nouveau record officiel du circuit, tournant à plus de 217 km/h de moyenne au volant de sa CooperRevue Moteurs n° 25 - 1960.
Monoplaces en lice Cooper T55 "Usine" thumb|upright=0.65|right|Champion du monde en 1959 et 1960 sur Cooper, Jack Brabham ne dispose pas, avec la T55, d'une monoplace lui permettant de défendre son titre. Dérivée de la T53 de la saison précédente, la Cooper T55 a été initialement conçue pour l'usage du nouveau moteur V8 Coventry Climax. Celui-ci étant toujours en cours de développement, l'équipe britannique a dû se résoudre à utiliser le moteur Climax FPF (quatre cylindres, double arbre à cames en tête), qui dans sa dernière version MKII délivre 152 chevaux à 7600 tr/min, presque quarante de moins que la dernière évolution du V6 Ferrari. Il est accouplé à une boîte de vitesses à six rapports, étudiée et réalisée en interne. Le montage incliné du moteur et ses points d'ancrage positionnés très bas ont permis d'affiner la ligne de cette monoplace de 465 kg, qui souffre cependant d'une vitesse de pointe insuffisante par rapport aux monoplaces italiennes. En dehors de quelques succès hors championnat en début d'année (victoires de Jack Brabham au Grand Prix de Bruxelles et aux 200 Miles d'Aintree, face à une opposition réduite), les Cooper ont déserté le devant de la scène, les voitures officielles n'ayant jusqu'alors obtenu mieux que des sixièmes places dans les premières manches du championnat. Brabham et son coéquipier Bruce McLaren rongent donc leur frein dans l'attente du nouveau moteur V8, prévu avant l'automne.
Cooper T53 & T51 privées Le Yeoman Credit Racing Team, dirigé par Reg Parnell, a engagé deux T53 à moteur Coventry Climax FPF MkII et boîte cinq vitesses pour John Surtees et Roy Salvadori. L'équipe Camoradi International aligne un modèle identique, confié à Masten Gregory. Jackie Lewis a engagé sa T53 personnelle au sein de son écurie H&L Motors, tout comme le Français Bernard Collomb qui fait sa première apparition au niveau mondial ; ce dernier ne dispose toutefois que de la version MKI du moteur Climax FPF, ne développant que 143 chevaux. Maurice Trintignant dispose quant à lui de l'ancienne Cooper T51 de la Scuderia Serenissima, équipée d'un moteur de Maserati 150S (quatre cylindres,142 chevaux à 7500 tr/min).
Lotus 21 "Usine" thumb|right|La Lotus 21, aérodynamiquement beaucoup plus fine que la précédente Lotus18. Si le châssis de la Lotus 21 est très proche de celui de la précédente 18, sa carrosserie, semblable à celle de la Lotus 20 de Formule Junior, est en revanche beaucoup plus aérodynamique. Elle bénéficie en outre d'une suspension avant carénée. Ces évolutions permettent à cette monoplace de 455 kg, équipée d'un moteur Climax FPF MKII associé à une boîte de vitesses ZF à cinq rapports, d'avoir une vitesse de pointe acceptable malgré sa modeste puissance de 152 chevaux. En plus des deux monoplaces de Jim Clark et Innes Ireland (pilotes titulaires de l'équipe), l'usine a engagé la voiture de réserve pour le pilote belge Willy Mairesse.
Lotus 18 privées Devant l'impossibilité pour lui d'acquérir une Lotus 21 (son pilote Stirling Moss étant soutenu par un concurrent du commanditaire de l'équipe Lotus), Rob Walker continue à engage une Lotus 18 de la saison passée. Chef mécanicien de l'équipe, Alf Francis a cependant réussi à effectuer les modifications nécessaires pour que la monoplace bénéficie des mêmes évolutions aérodynamiques que le modèle d'usine, transformations apportées juste avant le Grand Prix de Belgique et justifiant l'appellation 18/21. La monoplace de Moss est donc maintenant très proche des modèles d'usine, utilisant également le moteur Climax FPF MkII. L'écurie UDT Laystall a depuis suivi la même voie et engage deux 18/21 pour Henry Taylor et Lucien Bianchi, ce dernier remplaçant au pied levé l'Argentin Juan Manuel Bordeu qui devait débuter dans l'équipe mais s'est blessé lors d'un test sur le circuit de Goodwood. La Scuderia Camoradi n'a apporté aucune modification à sa Lotus 18 que pilotera Ian Burgess et, comme à Monaco, le pilote indépendant Michael May s'aligne sur sa 18 personnelle.
Ferrari 156 "Usine" Première formule 1 de la marque à moteur central arrière, la 156 F1 reprend la base de la 156P de formule 2 de la saison précédente, mais avec une carrosserie beaucoup plus élancée, ayant fait l'objet d'une étude en soufflerie. Durant l'intersaison, l'ingénieur motoriste Carlo Chiti a remanié le moteur V6, en abaissant le centre de gravité grâce à un angle plus ouvert (120° contre 65° auparavant) ; cette nouvelle disposition a également permis de réduire le poids des pièces en mouvement, autorisant un régime plus élevé et des accélérations plus franches. Alimenté par deux carburateurs Weber triple corps de 40 mm, ce V6 à double allumage délivre 190 chevaux à 9500 tr/min. La transmission comporte une boîte de vitesses à cinq rapports, couplée à un embrayage multidisque à sec. Le freinage est assuré par quatre freins à disques, montés dans les roues à l'avant, les deux disques arrière, accolés à la boîte, étant ventilés. Longue d'un peu plus de quatre mètres, la 156 F1 pèse 460 kg. Elle et de loin la plus puissante et la plus rapide (270 km/h) de toutes les monoplaces du plateau. Phil Hill, Wolfgang von Trips et Richie Ginther disposent de leurs monoplaces habituelles. Ils sont épaulés par l'espoir italien Giancarlo Baghetti, engagé par la Federazione Italiana Scuderie Automobilsche (F.I.S.A.), qui regroupe plusieurs écuries de course italiennes et aide les jeunes pilotes prometteurs. En début d'année, la F.I.S.A. a acquis une 156 F1, dotée toutefois de l'ancienne version du V6 (65°), limitée à 180 chevaux à 9000 tr/min, la voiture pesant 470 kg dans cette configuration. C'est sur cette monoplace que Baghetti, issu de la Formule Junior, a débuté en Grand Prix, s'imposant dès sa première sortie au Grand Prix de Syracuse et récidivant trois semaines plus tard au Grand Prix de Naples, deux épreuves hors championnat. Le Grand Prix de France constitue sa première apparition dans une manche du championnat du monde.
BRM P48/57 "Usine" Utilisant jusqu'alors ses propres moteurs, l'équipe BRM est cette année contrainte d'avoir recours au moteur Climax FPF MkII, son futur moteur V8 (dont l'étude et le développement ont été lancés tardivement) n’étant pas attendu avant plusieurs semaines. La monoplace 1961 est donc un modèle de transition, dérivé de la P48 de l'année précédente et baptisé P48/57. En dehors du changement de moteur, BRM a également modifié le système de freinage arrière, abandonnant le disque monté sur l'arbre de transmission pour le remplacer par deux disques montés dans les porte-moyeux, les deux disques avant restant inchangés. La P48/57 pèse 470 kg à vide. Les pilotes en sont Graham Hill et Tony Brooks.
Porsche 718 "Usine" Le constructeur de Stuttgart a profité de la nouvelle réglementation pour s'impliquer en Formule 1, s'appuyant sur son modèle 718-2 de Formule 2, apparu en 1959. Dans l'attente de la nouvelle monoplace à moteur huit cylindres prévue pour la saison 1962, la marque avait réalisé un modèle intérimaire, la 787, proche de la 718, dont les performances se sont révélées assez décevantes, d'où un retour à l'utilisation de l'ancien modèle pour cette saison. La 718 toutefois bénéficie toutefois de quelques évolutions apparues sur la 787, comme une suspension plus évoluée et un capot arrière mieux profilé. Le moteur à quatre cylindres à plat refroidi par air est alimenté par un système d'injection mécanique Kugelfischer ; sa puissance est de l'ordre de 170 chevaux à 9000 tr/min. La boîte de vitesses, conçue à l'usine, comporte six rapports. Le poids de l'ensemble est de 460 kg à sec. Les deux monoplaces engagées sont aux mains de Joakim Bonnier et Dan Gurney.
Porsche 718 privée Carel Godin de Beaufort pilote la Porsche 718 de son écurie Maarsbergen. Le pilote néerlandais Carel Godin de Beaufort avait racheté cette monoplace à l'usine en début d'année ; cette voiture avait disputé la saison 1960 de Formule 2 aux mains de Graham Hill. Ne bénéficiant pas des dernières évolutions apportées par le constructeur, elle s'avère un peu moins puissante que les monoplaces officielles.
De Tomaso F1