Edward Louis Bernays (en anglais : Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API., en allemand : Prononciation en haut allemand standardisé retranscrite selon la norme API.), né à Vienne (Autriche) le et mort à Cambridge (Massachusetts) le , est un publicitaire austro-américain.

Il est considéré comme le père de la propagande politique et d'entreprise, ainsi que de l'industrie des relations publiques, qui ont fortement contribué à développer le consumérisme occidental.

Biographie Famille Edward Bernays naît à Vienne, en 1891, au sein d'une famille de la petite bourgeoisie juive ashkénaze. Ses parents émigrent aux États-Unis l'année suivante, en 1892.

Il est à deux titres différents le neveu du psychanalyste Sigmund Freud.., neveu germain et neveu par alliance.. : son père, Ely Bernays (1860-1923), est le frère de Martha Bernays, l'épouse de Freud, sa mère, Anna Freud (1858-1955) est l'une des sœurs de Freud.. vignette|300px|Ascendance d'Edward Bernays.

Il entretient avec son oncle une correspondance, conservée dans les archives Sigmund Freud à la bibliothèque du Congrès à Washington, lettres qui sont, selon la psychologue clinicienne Sandrine Aumercier, empreintes d' ; si Freud semble avoir compté sur Edward Bernays pour l'aider à transmettre la psychanalyse en Amérique, cela s'est accompagné de difficultés de traduction, d'édition et de diffusion culturelle de celle-ci tandis que Freud est toujours resté critique vis-à-vis de l'usage qui en a été fait outre-Atlantique..

Son grand-oncle, le philologue Jacob Bernays, est nommé à plusieurs postes universitaires en Allemagne.

Il est marié à l'écrivaine et activiste féministe avec qui il a deux filles, Doris et .

Il est le grand-oncle paternel de Marc Randolph (né en 1958), cofondateur et premier PDG de Netflix ..

Il a publié en 1965 son autobiographie.

Formation Edward Bernays se prépare à une carrière agricole, à l'université Cornell. Il devient journaliste puis, en 1912, rédacteur et coéditeur d'une revue médicale (Medical Review of Review) et, enfin, agent de presse.

Carrière Son œuvre aborde des thèmes communs à Walter Lippmann, souvent considéré comme son mentor, notamment en ce qui concerne la manipulation de l'opinion publique.

Commission Creel : participation à l'effort de guerre En 1916, le président Woodrow Wilson devait sa réélection à une position pacifiste utilisant le slogan « Grâce à moi, l'Amérique est restée en dehors du conflit européen », notamment dans son discours « La paix sans la victoire » du Rémy Porte, « Le président Wilson, un pacifiste en guerre », La Nouvelle Revue d'histoire, , mai-juin 2017, 46-48..

En 1917, durant la Première Guerre mondiale, Bernays fait partie du Committee on Public Information (ou commission Creel) créé le (après l'entrée en guerre le ) par le président Wilson pour mettre sur pied un arsenal mental, une machinerie destinée à retourner l'opinion publique américaine et à accompagner l'effort de guerre, faisant de la les prémices d'une « science »..

Conseiller en relations publiques En , alors âgé de 28 ans, Edward Bernays crée sa propre agence de relations publiques à New York. Ce cabinet était dénommé « Direction de publicité » puis, jugeant le mot « propagande » trop péjorativement connoté, Bernays rebaptise son cabinet « Conseiller en relations publiques », se référant déjà explicitement à la propagande apprise lors de son passage à la commission Creel pendant la Première Guerre mondiale., expression dont il revendique la paternité..

À New York, il promeut une pièce de théâtre intitulée Damaged Goods, une traduction de Les Avariés d'Eugène BrieuxTye 2003, p. 6-7..

Mode de vie américain Partie intégrante de l'American way of life, le petit-déjeuner (breakfast) avec œufs au plat ou brouillés et lard () vient d'une campagne commerciale d'Edward Bernays financée par une compagnie agroalimentaire. Pour promouvoir ce petit-déjeuner copieux, il commande une étude à plusieurs dizaines de leaders d'opinion (médecins dans le domaine de la nutrition et de la santé) qui le recommandent, Edward Bernays transmettant cette étude à qui relayent cette recommandation à leurs patients. En quelques années, ce petit-déjeuner copieux devient une institution aux États-Unis.

Industrie du tabac vignette|Publicité « Girl in Red » pour Lucky StrikePrise de vue de Nickolas Muray, un photographe engagé par Bernays pour aider à populariser la minceur féminine et la cigarette.. Dans le domaine des relations publiques et de la publicité, Bernays met au point les méthodes d'incitation à la consommation pour des firmes comme Lucky Strike.

Dans les années 1920, les fumoirs étaient réservés aux hommes. Edward Bernays fait transgresser l'interdit de la cigarette féminine qui pouvait avoir une connotation sexuelle pour les femmes (analyses psychanalytiques expliquant que la cigarette est le symbole du pénis) afin qu'elles conquièrent ce symbole du pouvoir masculin.

Lorsqu'il commence à travailler pour l', Bernays se voit confier l'objectif d'augmenter les ventes de Lucky Strike chez les femmes. La première stratégie consista à persuader les femmes de fumer des cigarettes au lieu de manger pour mincir. Bernays commença par promouvoir l'idéal de minceur lui-même, en faisant appel à des photographes, des artistes, des journaux et des magazines pour promouvoir la beauté des femmes minces. Les autorités médicales se mirent à encourager de fumer des cigarettes plutôt que de manger des sucreries et on persuada les ménagères que garder des cigarettes à portée de main était une nécessité sociale.

La première campagne réussit. Les femmes se mettent à fumer plus de cigarettes et l'American Tobacco Company augmente ses revenus. Lucky Strike devient alors le leader du marché en termes de croissance. Mais un tabou demeurait sur le tabagisme des femmes en public. Edward Bernays consulte le psychanalyste Abraham Brill, selon qui il est normal que les femmes veuillent fumer, du fait de leur émancipation, de leurs désirs réprimés, de porter moins d'enfants et de faire le travail d'hommes ou de leur ressembler, ce qui fait de la cigarette un étendard de liberté.. Bernays recrute alors dans cette optique un groupe de femmes pour fumer des cigarettes « torches de la liberté » lors du défilé du dimanche de Pâques 1929 à New York. L'événement est soigneusement scénarisé pour promouvoir le message voulu. Bernays écrit à ce propos :

Le défilé se déroule comme prévu, tout comme la publicité qui suivit et des vagues de femmes se mirent à fumer à travers le pays..

Le sur la Cinquième Avenue, à la demande de l'industrie cigarettière, qui cherchait à faire tomber le tabou de la consommation du tabac par les femmes, il organise notamment des visuels et le défilé médiatisé de jeunes et jolies de Vogue. Elles affirment leur indépendance et leur émancipation par l'acte de fumer en public en revendiquant le slogan selon lequel elles ont allumé .

Au début des années 1960, il participe à des campagnes de prévention anti-tabac.

Exposition universelle de New York (1939-1940) En 1939, Bernays promeut l’Exposition universelle de New York et la nomme Democracity, qui met en avant la fusion de la démocratie avec le capitalisme dont les entreprises privées sont la clé d'une vie réussie« L’inventeur de la propagande » par Julie Lassale, La Croix du 29 mai 2018..

Renversement du gouvernement du Guatemala En 1954, l'activité propagandiste de Bernays dans le domaine de la géopolitique s'exprime dans le soutien à la multinationale United Fruit Company (aujourd'hui Chiquita Brands International) et au gouvernement des États-Unis pour faciliter la réussite du renversement du président démocratiquement élu au Guatemala..

L'agence de presse d'Edward Bernays présente le président Jacobo Árbenz Guzmán comme un communiste. Cette propagande est relayée dans la plupart des médias américains.

D'après la biographie de Bernays par ., l'expression est née au début du en référence à la domination de United Fruit Company sur des gouvernements corrompus d'Amérique centrale.

Théories Edward Bernays est souvent mentionné comme le père de la propagande moderne. ou, plus précisément, de la propagande politique institutionnelle et de l'industrie des relations publiques., et par suite comme celui du spin., autrement dit de la manipulation de l'opinion.

Il a été l'un des premiers à industrialiser la psychologie du subconscient pour « persuader » l'opinion publique malgré elle. Il a élaboré ses propres théories, probablement en combinant les idées de Gustave Le Bon sur la psychologie des foules, celles de Wilfred Trotter sur la psychologie sociale et celles de Freud sur la psychanalyse, bien que, selon la psychologue clinicienne Sandrine Aumercier, Bernays mais faisait pourtant la promotion de son lien avec Freud au point de tel que celui d'un article de l’Atlantic Monthly publié en 1932 :

Pour lui, une foule ne peut pas être considérée comme pensante, seul le ça s'y exprime, c'est-à-dire les pulsions inconscientes. Il s'y adresse pour mieux vendre des produits grâce à des publicités ciblées sur les émotions.

En politique, il l'image des personnalités publiques, en créant par exemple le petit-déjeuner du président, où celui-ci rencontre des personnalités du show-biz. Il considère qu'une minorité intelligente doit avoir le pouvoir et que la masse populaire doit être modelée pour l'accepterBernays, Propagande (1928), p. 159. Quoted in Olasky (1984), p. 3.Olasky (1985), p. 17. Marks (1957), p. 73..

Dans son ouvrage Les arrogants, Sophie de Mijolla-Mellor le cite, quand il parle lui-même d'Sophie de Mijolla-Mellor, « Chapitre 10. L’art arrogant de confisquer la compétence », dans S. de Mijolla-Mellor, Les arrogants, Paris, Dunod, « Psychismes », 2017, , :

Pour Edward Bernays en effet :

Au ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande, Joseph Goebbels s'est inspiré de ses recherches. En évoquant , la psychanalyste Sophie de Mijolla-Mellor, précise en note qu'Edward Bernays . Elle ajoute : .

Par ses travaux sur l'inconscient à l'usage des entreprises, Edward Bernays a contribué à l'émergence du marketing moderne, en inspirant fortement les pionniers de la discipline tels que Louis Cheskin et Ernest Dichter.

Il est aussi associé à Henry Ford comme l'un des pères du consumérisme américain..

Reconnaissance En automne 1990, le magazine Life le classe parmi les cent Américains les plus importants du ..

Publications

Voir aussi

Bibliographie

Sophie de Mijolla-Mellor, « Chapitre 10. L’art arrogant de confisquer la compétence », dans S. de Mijolla-Mellor, Les arrogants, Paris, Dunod, « Psychismes », 2017, ,

. Hugo Souza de Cursi, Le commerce de l'ignorance. Le cabinet de relations publiques « Edward L. Bernays », de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide, 1914-1961, Paris, EHESS, 2023, 550 p. Florent Schoumacher : Eidolon: simulacre et hypermodernité, Paris, Balland, chapitre 15, .

Filmographie 2002 : Le siècle du Moi d'Adam Curtis, BBC. 2017 : Propaganda - La fabrique du consentement. de Jimmy Leipold, Arte

Radio 2007 : « Propaganda, d’Edward Bernays, ou comment manipuler l’opinion en démocratie »., Là-bas si j'y suis de Daniel Mermet 2009 : « L'avenir de la croissance », conférence de Bernard Stiegler, Ars Industrialis 2018 : « À l'origine des fausses nouvelles, l'influence méconnue d'Edward Bernays »., interview de Julie Timmerman (auteure d'Un démocrate, pièce de théâtre sur Edward Bernays) par Cécile de Kervasdoué sur France Culture

Théâtre 2016 : Un démocrate de Julie Timmerman. (texte, mise en scène) avec la compagnie Idiomécanic Théâtre au Théâtre des Quartiers d'Ivry, les Théâtrales Charles Dullin

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie . Liens internes Communication d'influence Propagande Publicité Relations publiques

Liens externes