Le , le vol Tuninter 1153, un vol charter international assuré par un ATR 72 et reliant Bari, en Italie, à l'île de Djerba, en Tunisie, effectue un amerrissage d'urgence à environ de la ville de Palerme, en Sicile, causant la mort de 16 des 39 passagers et membres d'équipage présents à bord.
Cet accident est dû à une panne sèche en vol causée par l'installation, sur l'ATR 72, d'un indicateur de niveau de carburant conçu pour un appareil plus petit, l'ATR 42, ce qui induit les pilotes en erreur sur la quantité de kérosène présente dans les réservoir de l'avion.. Il s'agit du premier et seul accident grave pour la compagnie aérienne tunisienne Tuninter au cours de ses quatorze ans d'existence.
Avion et équipage L'aéronef impliqué est un ATR 72-202, un bi-turbopropulseur immatriculé TS-LBB (numéro de série 258), qui a effectué son premier vol le avant d'être livré neuf à la compagnie aérienne tunisienne Tuninter le . Propulsé par deux moteurs Pratt & Whitney Canada PW124B, il totalise de vol, effectuées en (décollage/atterrissage), au moment de l'accident.
Il subit quatre inspections de maintenance, dont la dernière survient le à Catane selon les autorités de la sécurité aérienne italienne. Ces inspections n'ont révélé aucun problème particulier.
Le vol 1153 est supervisé par le commandant Chafik Al Gharbi (45 ans), un pilote qualifié et expérimenté — 25 ans d'expérience, dont dix avec Tuninter — avec un total de de vol à son actif. Le copilote, Ali Kebaier Al-Aswad (28 ans), totalise de vol. Le commandant de bord et le copilote connaissaient bien l'ATR 72, ayant accumulé respectivement et à bord de ce type d'avion.
Déroulement du vol
vignette|gauche|Trajet du vol.
Le vol 1153 décolle de Bari, en Italie, à destination de Djerba, en Tunisie, avec à son bord quatre membres d'équipage tunisiens et 35 passagers de nationalité italienne. à l'exception d'un mécanicien de la compagnie qui voyage comme passager et n'est pas en service durant le vol« Accident d'avion en Sicile : le bilan s'alourdit », LCI, 7 août 2005..
Les deux moteurs s'éteignent à . explique le commandant Chafik Gharbi, qui figure parmi les rescapés..
L'équipage contacte, à , la tour de contrôle de l'aéroport de Palerme et demande à effectuer un atterrissage d'urgence..
L'autorisation est accordée, mais l'appareil n'a pas le temps d'arriver au terrain et le commandant amerrit selon un angle de 9°, ce qui favorise le nombre de survivants. L'avion se disloque en trois parties en frappant la surface de la mer à , à une vingtaine de kilomètres au nord-est des côtes du cap Gallo.
Bilan L'appareil est détruit au moment de l'impact alors que le nez, la queue de l'appareil ainsi que les deux boîtes noires coulent à environ de profondeur. Les deux moteurs de l'avion, demeurés en surface, sont récupérés et transportés dans le port de Palerme.
center|upright=2.0|vignette|Représentation de l'ATR 72 et de ses passagers (rouge = décès, vert = survivants).
Parmi les 39 personnes à bord, seize sont mortes dont deux enfants de deux et huit ans et deux membres d'équipage. Trois victimes — le mécanicien à bord et deux passagers — ne sont pas retrouvées.
Les autopsies ont révélé que beaucoup de passagers sont morts lors de l'impact.. Huit d'entre eux ont survécu à leurs blessures et se sont noyés, car ils ne pouvaient pas s'extraire de l'appareil.. Parmi les survivants, six sont dans un état grave. Les trois corps manquants sont remontés lors des opérations de récupération de l'épave, entre le et le .
Les secours arrivent rapidement après avoir été prévenus par l'équipage : des vedettes et des hélicoptères sont dépêchés sur les lieux pour porter secours aux passagers, dont plusieurs réussissent à s'extraire du fuselage et à grimper sur les ailes de l'avion restées à la surface plusieurs heures après l'accident car vides de carburant.
À l'arrivée des vedettes, les plongeurs extraient les passagers restés du fuselage blanc et transfèrent les survivants à bord des vedettes. L'agence de presse Tunis Afrique Presse a indiqué que des unités de l'armée et de l'aviation tunisiennes sont dépêchées sur le lieu de l'accident pour participer aux opérations de sauvetage.
Enquête L'enquête, menée par l'Agenzia Nazionale per la Sicurezza del Volo (ANSV) et mobilisant des experts italiens, tunisiens et français, montre que lors du vol précédent reliant Tunis à Bari, l'avion s'est posé à Bari avec de kérosène.. Ce niveau aurait dû activer une alarme indiquant une quantité trop faible de carburant. Or, la jauge indiquait erronément que les réservoirs de l'ATR 72 contenaient encore de kérosène.
L'équipage ajoute donc seulement de carburant supplémentaires pour se rendre à Djerba. Cela représente en réalité de kérosène — ce qui est loin d'être suffisant pour effectuer le trajet — alors que la jauge indique . De plus, aucune alarme indiquant que le niveau de carburant est trop bas ne retentit pendant le vol.
La cause de cette défaillance est l'installation sur l'ATR 72, par le service de maintenance de la compagnie aérienne la veille de l'accident, d'une jauge prévue pour un avion plus petit : l'ATR 42. Cette jauge inadaptée indique donc une quantité de carburant erronée. Les deux moteurs s'éteignirent lorsqu'il n'y eut plus de kérosène dans les réservoirs et l'avion plongea au large des côtes siciliennes.
L'enquête a aussi démontré que si l'équipage avait mis immédiatement les hélices « en drapeau » (orientation des pales dans le sens du vent, permettant de minimiser la traînée) et réduit la vitesse, l'avion aurait pu atterrir à Palerme après un long vol plané. ; l'équipage a cependant perdu du temps en essayant plusieurs fois de faire redémarrer les moteurs.
Procès Le , au terme d'un procès tenu devant un tribunal de Palerme, où tous les accusés sont jugés par contumace, le commandant de bord et le copilote. sont condamnés à dix ans de prison ; le directeur général de Tuninter, Moncef Zouari, et le directeur technique Zouhair Chétouane sont condamnés à neuf ans de prison ; deux responsables de la manutention et un mécanicien à huit ans de prison..
Il est notamment reproché à l'équipage de ne pas avoir tenté de rejoindre Palerme.. Accueilli avec satisfaction par les familles des victimes et par les rescapés, ce verdict provoque des réactions indignées en Tunisie. La Fédération internationale des associations de pilotes de ligne déplore également les sentences prononcées le ..
Ce procès constitue une première dans l'histoire de l'aviation car il condamne des dirigeants d'une compagnie à de la prison ferme. Dans le même temps, le constructeur franco-italien de l'appareil est acquitté, malgré le fait que des pièces calibrées pour un type d'appareil pouvaient être montées sur un autre, ce qui est généralement impossible.
Tuninter — rebaptisée entre-temps Sevenair — avait indemnisé les victimes avant le procès à hauteur de 22 millions de dinars.
Médias L'accident fait l'objet d'un épisode de la série documentaire télévisée Air Crash (sixième épisode de la saison 7 : « Amerrissage en catastrophe »). Cet accident est également reconstitué avec détail sur YouTube..
Références
Liens externes
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