La carte postale est un moyen de correspondance écrite qui se présente sous la forme d'un morceau de papier cartonné rectangulaire, de dimensions variables (le format le plus courant est le format A6, soit ), envoyé traditionnellement sans enveloppe, l'adresse et l'affranchissement y étant portés directement, aux côtés du message.

Dans les années 1890, les cartes postales deviennent illustrées grâce aux procédés de photo-mécanisation (dont la photogravure).

Fonctions La carte postale sert principalement à l'envoi d'un message court, par principe sans enveloppe. Souvent, les administrations postales ont un tarif « carte postale », moins élevé que celui de la lettre habituelle, ce qui explique, à l'origine, sa raison d'être, et son succès à une certaine époque.

Dans les années 1900 à 1920, âge d'or de la carte postale, l'usage en était pratiquement quotidien, de sorte qu'avant la diffusion générale du téléphone, il n'était pas rare de l'utiliser d'un quartier à l'autre de la même ville, par exemple pour se donner rendez-vous le lendemain, comme on le faisait avec la carte de visite.

Selon les modèles et les époques, un des côtés, appelé recto, peut porter une illustration dessinée ou photographique, à vocation, notamment, touristique, artistique ou humoristique.

C'est surtout depuis 1900, grâce à son illustration, que la carte postale est considérée comme objet de collection.

Histoire

Si l'Angleterre est en 1840 le berceau du timbre-poste et du premier entier postal illustré, l'Autriche est bien celui du principe de la carte postale : un carton de forme rectangulaire et à poids constant préimprimé des deux côtés, avec un espace réservé au message à l'avers, et un espace réservé à l'adresse et au timbre au revers. Le docteur Heinrich von Stephan, directeur-général des Postes et principal initiateur de l'Union postale universelle, propose, en 1865, et ce, pour la première fois, un mémoire sur la carte postale, à la conférence postale de Karlsruhe. L'idée n'est pas reprise tout de suite et il faut attendre le , à Vienne, pour que le professeur Emmanuel Hermann convainque l'administration postale autrichienne de l'intérêt de ce support.

Premières « cartes postales » en France thumb|Carte-poste de Paris par ballon monté (1870-1871), préaffranchie à 20 centimes, le principe ici dérive de l'entier postal.

Guerre franco-prussienne thumb|Logo et entête des Imprimeries Albert Bergeret et Cie. de Nancy. En 1870, dans le cadre de la guerre franco-prussienne, la Société de secours aux blessés militaires des armées de terre et de mer, émet une carte pour permettre la communication interne entre les comités locaux de cette société. Le , la ville de Strasbourg, assiégée par l’armée du général Von Werder, refuse toujours de se rendreLe siège de Strasbourg dura du 13 août au 23 septembre 1870. Une carte portant l'estampille de la Croix-Rouge est alors mise en circulation par la Société de secours aux blessés afin de permettre à la population civile de communiquer avec l'extérieur. Il s'agit d'une carte discrètement illustrée d'une croix rouge. On l'achemine non seulement vers la France mais aussi vers la Suisse. Le comité strasbourgeois de la Société de secours aux blessés, qui possède un stock de ces cartes, propose au général prussien de laisser les blessés et les assiégés communiquer avec leur famille. Le général accepte. Les cartes sont affranchies d’un timbre prussien de 6 Kreuzer. Ce courrier est censuré à Karlsruhe, puis transite par Bâle. Ces premières cartes postales à circuler en France sont transmises par deux administrations étrangères, allemande et suisse, et sont affranchies avec un timbre prussienLa carte de Strasbourg sur le site cartolis.org.

La guerre franco-allemande de 1870 et les annexions de l'Alsace-Lorraine ont eu de graves conséquences et les cités de l'Est de la France ont vu, du fait de la présence de grandes concentrations militaires, l'émergence d'une multitude de cabinets de photographie. Nancy, devenue de par sa situation géographique la capitale régionale, vit sa population exploser par l'afflux des populations ayant opté pour la France. Un fameux ingénieur, Henri Bellieni, quitta Metz et vint ouvrir une boutique d'optique et de matériels photographiques en plein cœur de Nancy. La convergence de ces différents éléments fit bientôt de Nancy la plaque tournante de la carte postale illustrée. Au-delà des artistes symptomatiques de l'école de Nancy tels Victor Prouvé ou Henri Bergé, ce sont les imprimeurs Humblot, Royer ou Bergeret qui vont rapidement connaitre un succès. L'implantation de nombreux régiments induit une multiplication des envois postaux à destination de leurs familles par des jeunes gens venus de tout l'hexagone et désireux d'établir des communications répétées et à moindre coût.

Le berceau nancéien va devenir le fleuron du berceau de la carte postale illustrée. L'exemple d'Albert Bergeret est, à cet égard, tout à fait significatif. En , il installe à Nancy son premier atelier de phototypie. En 1900, 65 ouvriers y travaillent sur 17 presses qui produisent 25 millions de cartes postales. En 1901 : 30 millions de cartes. En 1905 : Bergeret fusionne avec Humblot et Helminger et forment les célèbres Imprimeries réunies qui produisent alors 90 millions de cartes annuellement. En 1909 : la production annuelle nancéienne atteint 100 millions soit presque le quart de la production nationale ! Les Imprimeries réunies imprimaient à elles seules cartes postales par jour. De 1900 à 1930, la production des seules imprimeries de Nancy atteint 3 milliards de cartes.

La carte-poste Durant le siège de Paris, la section des Postes de la capitale crée les cartes-poste : elles sont « en carton d'un poids de 3 grammes au maximum, et de 11 centimètres de long sur 7 centimètres de large et portent, sur l'une des faces l'adresse du destinataire et, sur l'autre, la correspondance du public »D'après le texte du second décret du .. Ces « formules postales » seront très utilisées durant les cinq mois suivants. Contrairement aux cartes de 1872, elles sont fabriquées et vendues par des entreprises privées, et affranchies par l'utilisateur pour « envoi ouvert » par ballon monté, avec l'adresse du destinataire d'un côté et la correspondance de l'autre.

Loi sur la carte postale thumb|Une carte postale officielle de 1874, recto. thumb|Même carte postale de 1874, verso : réservée à une courte correspondance ici de type commerciale. Le , la loi de finance, sur proposition du député Louis Wolowski, introduit en France de façon officielle la carte postaleJournal officiel de la République Française, du 20 décembre 1872, .Alexis Belloc, Les Postes françaises : recherches historiques..., Paris, Firmin-Didot, 1886.. L'utilisation de la carte postale officielle n'intervient, en France, qu'à partir du avec les caractéristiques techniques de 0 m 12 de largeur, 0 m 08 de hauteur et avec un poids compris entre 2 grammes et 5 grammesLes cartes postales..

Deux types de cartes postales sont d'abord mis en vente dans les bureaux de poste. L'une, de couleur jaune, affranchie à , est destinée à circuler à découvert en France et en Algérie, dans l'intérieur d'une même ville, ou dans la circonscription d'un même bureau. L'autre, affranchie à , peut circuler de bureau à bureau. La seule forme d'illustration de cette carte postale officielle est une frise large de , encadrant la partie réservée à l'adresse du destinataire et portant le timbre d'affranchissement et les indications administratives. Le public fait à cette première carte un accueil favorable. Sept millions d'exemplaires s'écoulent en une semaine.

Jusqu'en 1875, la carte postale en France est restée un monopole de l'administration des postes, ce qui ne signifie pas que des commerçants et des industriels n'en aient pas fait usage, à titre publicitaire, avant cette date. De même que d'autres supports cartonnés et rectangulaires ont été détournés à des fins postales.

La carte postale illustrée

Premières tentatives En 1873, à Paris, les magasins À la Belle Jardinière font reproduire, au recto des cartes postales officielles, de petites illustrations en noir et blanc, des gravures sous la forme d'eau-forte, représentant leurs immeubles de la rue du Pont-Neuf.

Dans les années 1880, la photo format cabinet, dérivée du principe de la photo-carte de visite, mais plus grande (), est détournée pour l'usage de la correspondance et se fait sous pli : le poids élevé entraîne des frais d'acheminement plus élevés que pour une lettre. L'un des premiers studios à produire de tels supports spécialement destinés à la correspondance est Ernest William Donney (1829-1915), établi à Londres, qui obtient l'aval du Post Office. Au dos de l'image photographique (au départ un tirage sur papier albuminé contrecollé sur la carte), la publicité du studio est plus petite, laissant de la place pour le messageJohn Hannavy (direction), Encyclopedia of Nineteenth-Century Photography, Londres, Routledge, 2007, volume I (A-D), ..

La carte postale s'émancipe lentement du cadre officiel : ainsi, lors de l'Exposition universelle de 1889, une carte dessinée (le dessin est reproduit par un procédé de gravure mécanique) représentant la tour Eiffel est vendue à . L'expérience reste exceptionnelle.

Le Marseillais Dominique Piazza semble être en 1891 l'un des premiers à avoir commercialisé, en France, des cartes postales comportant une reproduction de cliché photographique : le procédé d'impression photomécanique peut être la typogravure, la similigravure ou la phototypie, et reste cher et encore balbutiant. Dès 1892, d’autres villes du sud de la France emboîtent le pas, suivies de Paris. Cependant, les « cartes photo-imprimées » restent excessivement rares avant 1897 du fait des coûts de fabrication et des difficultés techniques inhérentes aux procédés photomécaniques alors en pleine mutation : le rendu est « sale », les contrastes pauvres et souvent peu lisibles. C'est à cette époque que l'imprimeur Neurdein va éditer des cartes pour chaque ville importante de France, et qu'Albert Bergeret, dès 1898, va produire des cartes illustrant l'Est de la France. Émile Straus, dit « Papyrus » (1865-1939), lance en 1899 La Carte postale illustrée, le bulletin de l'International Poste-Carte Club« Straus, Émile (1865-1939) », Catalogue général de la BNF.. thumb|Grüss aus Wasselnheim, de l’imprimeur alsacien Pie Ott à Wasselonne, vers 1890.thumb|Une carte postale de 1903, verso.

Durant la période qui court de l’exposition universelle de 1889 à celle de 1900, outre les cartes officielles constituées surtout d’entiers postaux illustrés, apparaissent les « Gruss ». Ces cartes allemandes, conviviales et à plans multiples, adressent souhaits, salut et remerciements. Elles allient perfection et raffinement.

La carte postale passe occasionnellement à la couleur et adopte la photochromie, elle acquiert alors une notoriété considérable avec l'exposition universelle de 1900 à Paris, où les tirages, coûteux, peuvent être rentabilisés du fait de l'affluence.

Jusqu'au début de l’année 1904, il était interdit d'écrire au recto de la carte postale. Trois ou quatre lignes horizontales, sur toute la largeur de la carte, permettaient d'inscrire la seule adresse du destinataire. La photographie (au verso) ne recouvrait pas la totalité de l’espace, pour permettre la correspondance à côté de l’image. On parle alors de « carte nuage » ou « carte nuageuse ».

Le tournant de 1904 : division du recto en deux parties L'arrêté ministériel du , portant exécution au suivant, impose à partir de 1904 de diviser le recto de la carte postale en deux parties, l'une, à gauche, réservée à la correspondance, et l'autre, à droite, à l'adresseL’ histoire de la carte postale.Journal officiel de la République française, 20 novembre 1903, p. 7017.. Dès lors, la photographie peut librement occuper tout le verso.