vignette|Illustration de la prise de la forteresse des Banu Qurayza Les Banu Qurayza (arabe : , banū Qurayẓa ; quelquefois transcrit : « Banu Quraydhah ») étaient une tribu juive de Médine.

Ils participèrent à la bataille de la Tranchée contre les troupes de MahometDavid Nirenberg : Antijudaïsme : Un pilier de la pensée occidentale, p.235 & suiv., 2023, Éd. Labor et Fides, . Les Banu Qurayza furent vaincus par les premiers musulmans après cette bataille, dans le Dhul Qa‘dah en février et (5 AH). Ces deux épisodes sont connus à travers les sources musulmanes uniquement ; selon ces sources, les Banu Qurayza auraient été vaincus parce qu'ils auraient violé la Charte de Médine et parce que leur allié médinois, le chef des Banu Aws, les a trahis.

Les Banu Qurayza alliés des Quraychites polythéistes La tribu juive des Banû Qurayza conclut pendant la bataille de la Tranchée, une alliance avec Abû Sufyân, chef des Quraych (tribu dont le prophète est issu à l'origine, mais demeurée polythéiste) dans le but de lever une armée de 10 000 ou 12 000 hommes sous le commandement de 'Abou Sufyân ibn Harb afin d'attaquer Médine contre une armée de 3000 musulmans et le porte-étendard était Zayd ibn Harith. Un nouveau converti, Nu`aym ibn Mas`ûd vint trouver le prophète Mahomet et lui offrit ses services. Sa conversion n’était pas encore connue des Banu Qurayza ; il alla chez eux pour essayer de semer la discorde. Il leur fit croire qu'Abu Sufyan risquerait en cas de défaite de les laisser sans protection. Il conseilla donc aux Banû Qurayza de demander des otages en échange du passage. Nu`aym ibn Mas`ûd alla ensuite trouver Abu Sufyan et ses compagnons. Il leur déclara que les juifs s'étaient repentis de leur conduite envers Mahomet et qu’ils allaient leur demander des otages pour les donner aux musulmans. La ruse de Nu`aym fonctionna, et les armées coalisées se retirèrent.

La marche sur Banu Qurayza par les troupes musulmanes Tout de suite après le départ des troupes mecquoises, les troupes de Mahomet, favorisées par une tempête ayant découragé le camp adverse, résolut d'en finir avec les Banû Qurayza. Ils assiègent alors les Banu Qurayza pendant 25 jours. Mahomet décide alors de proposer qu'un homme d'une tribu alliée agisse comme médiateur si la tribu se rend. L'homme en question est Sa'd, celui-ci maudissait la tribu des Qurayza mais Mahomet ne leur avait pas annoncé. Après la reddition des Qurayza Sa'd déclara alors que « les hommes soient tués, les possessions partagées, et les femmes et les enfants pris comme captifs ». Mahomet approuve la décision, la qualifiant de similaire au jugement de Dieu, à la suite de laquelle tous les individus mâles de la tribu qui avaient atteint l’âge de puberté furent décapités et enterrés dans une fosse commune. Le juriste musulman Tabari révèle que 600 à 900 hommes furent décapités. Mais selon Ibn Kathir, ils furent entre 400 et 700. Le Sunni hadith ne précise pas le nombre de tués, mais révèle que tous les mâles furent tués ainsi qu'une femme (la seule femme est mentionnée par Sunan Abu Dawud), "Aucune femme de Banu Qurayzah ne fut tuée sauf une. Elle était avec moi, parlant et riant sur son dos et son ventre (énormément), pendant que l’Apôtre de Allah (que la paix soit sur lui) tua ses gens avec l’épée. Tout d’un coup un homme l’appela par son nom : Où se trouvent celui-ci et celui-là ? Elle répliqua : Je. Je lui demandai : Que t'arrive-t-il? Elle rétorqua : J’ai posé un nouvel acte. Elle dit : L’homme l’emmena et la décapita. Elle dit : Je n’oublierai jamais le fait qu’elle riait énormément, bien qu’elle savait qu’elle allait être tuée. ". Les autres femmes et enfants furent vendus en échange d’armes et de chevaux, selon des sources islamiques. Ils furent en majorité vendus aux Juifs de Banu Nadir à KhaïbarMartin Lings,"Le Prophète Muhammad",éd. Le Seuil,1983,p.385.

Après le retrait des Ghatafân, les Banu Qurayza, qui avaient rompu leur pacte avec les musulmans, se rendirent et se soumirent au jugement de Sa'd ibn Mu'adh, chef de la tribu musulmane des Banu Aws, alliée des Banu Qurayza avant sa conversion à l'islam en 621/622. Sa'd est le premier nommé des Ansars (Auxiliaires médinois du Prophète)Sira édition de référence en arabe 492, traduction française t.1 586. Il est précisé qu'il s'agit d'un musulman du clan des Aws.. dans la liste des trois cent quatorze musulmansSira édition de référence en arabe 485-506, traduction française t.1 578-603. qui ont participé à la bataille de Badr, liste qui distingue les Émigrés ayant participé à l'Hégire, les Ansars et les Khazraj. Sa'd, gravement blessé durant la bataille du fossé (il serait mort peu après), après réflexion, serait venu rendre le verdict solennellement : « Lorsque Sa'd arriva chez l'Envoyé d'Allâh et les musulmans, l'Envoyé de Dieu ditSira édition de référence en arabe 689, traduction française t.2 191. : « Levez-vous pour accueillir votre chef. » À la demande de Sa'd, tous les présents (Mahomet, les Émigrés qurayshites et les Ansars) se seraient engagés à accepter le verdict.

Récit d'Ibn Ishaq () Selon le récit d'Ibn Ishaq, l'ange Gabriel, l'assurant de son appui actif dans la bataille, aurait donné l'ordre à Mahomet de marcher contre les Banu Qurayza. Il dit à l'Envoyé de Dieu : « As-tu déposé les armes? » L'Envoyé de Dieu lui répondit « Oui » Gabriel dit : « Mais les anges n'ont pas encore déposé les armes. Je reviens maintenant après avoir poursuivi ces gens (Quraysh et Ghatafân). Dieu — Très haut —, t'ordonne, Ô Muhammad, de marcher contre Banû Qurayzah. Moi, je me dirige vers eux et je secouerai leurs fortinsSira de référence en arabe 684 (texte de Ibn Ishaq cité par Ibn Hicham), édition critique par Ferdinand Wüstenfeld, parue en 1858-1859 (tome 1 contenant le texte arabe) et 1860 (tome 2 contenant une introduction, des notes critiques et des indices). Ibn Ishaq, Muhammad, 185, traduction française de la Sira de référence par Abdurrahmân Badawî, introduction et notes par Abdurrahmân Badawî, éditions Al Bouraq (28 septembre 2001) : tome 1, 654 pages, ; tome 2, 608 pages, . Récit de Tabari () Tabarî donne le récit suivant : Sa'd avait été blessé à la main par une flèche, et son sang ne cessait de couler. Étant en présence du Prophète, Sa'd dit : Il faut les tuer tous, partager leurs biens et réduire en esclavage leurs femmes et leurs enfants. Le Prophète, satisfait de cette sentence, dit à Sa'd : Tu as prononcé selon la volonté de Dieu. En entendant ces paroles, ceux d'entre les juifs qui pouvaient s'enfuir gagnèrent le désert ; les autres restèrent ; ils étaient huit cents hommes. Le Prophète leur fit lier les mains et fit saisir leurs biens. On rentra à Médine à la fin du mois de dsou'l-qa'da. Les juifs restèrent dans les liens pendant trois jours, jusqu'à ce que tous leurs biens fussent transportés à Médine. Ensuite, le Prophète fit creuser une fosse sur la place du marché, s'assit au bord, fit appeler 'Ali fils d'Abou-Tâlib, et Zobaïr fils d'Al-'Awwâm, et leur ordonna de prendre leurs sabres et de tuer successivement tous les juifs, et de les jeter dans la fosse. Il fit grâce aux femmes et aux enfants ; mais il fit tuer également les jeunes garçons qui portaient les signes de la pubertéTabarî, La Chronique t.2, traduit du persan par Hermann Zotenberg, 1260 pages, éditions Actes Sud, collection Thesaurus (24 mai 2001), 148. . Autre édition : Histoire des Envoyés de Dieu et des rois (en un seul volume), 1186 pages, éditions Al-Bustane (), 534. .

Le sentence Sa'd aurait dit alors : « Mon jugement est qu'on tue les hommes mâles, qu'on partage les biens, et qu'on mène en captivité les femmes et les enfantsSira édition de référence en arabe 681-689, traduction française t.2 181-192.. » jugé selon la Thora. Le Prophète (sws) dit selon le récit d’at-Tabari : « Je m’en remet de votre sort à la décision de votre chef Sa’d ibn Mu’adh ». Les juifs dirent : « Nous aussi, nous nous en remettons à lui » [Chroniques d'At-Tabarî p. 545].

Le professeur Hamidullah résume bien l'histoire de cette manière :

Les récits du conflit ont pour fondement les textes des hadiths et de la Sira (biographie) de Mahomet.

Ibn Ishaq dit : Puis on les fit descendre. L'Envoyé de Dieu les a enfermés dans le quartier de Bint al-Hârith à al-Madînah ; Bint al-Hârith est une femme de Banû al-NajjarSelon Abdurrahmân Badawî, qui le précise ici en note, les commentateurs ne sont d'accord ni sur son nom ni sur sa généalogie.. Puis l'Envoyé d'Allâh alla au marché d'al-Madînah qui est encore aujourd'hui son marché, et a fait creuser des fossés. Il les fit venir, et les fit tuer dans ces fossés, on les fit venir à lui par groupes. Parmi eux se trouvèrent l'ennemi de Dieu Huyayy Ibn 'Akhtab, et Ka'b b. 'Asad leur chef. Ils étaient au nombre de six cents, ou de sept cents ; celui qui multiplie leur nombre dit qu'ils étaient entre huit cents et neuf cents. Pendant qu'on les amenait à l'Envoyé d'Allâh par groupes, ils dirent à Ka'b b. Asad : « Ô Ka'b! Qu'est-ce qu'on fera de nous ? » Il répondit : « Est-ce que vous êtes incapables de réfléchir ?! Ne voyez-vous pas que le crieur ne cesse pas de crierIbn Ishaq ne cite pas la formule consacrée qu'un crieur crie en pareil cas., et que celui d'entre nous qu'on envoie ne retourne pas?! C'est bien sûr la mort.

Cela continua jusqu'à ce que l'Envoyé de Dieu en finît avec euxSira édition de référence en arabe 689-690, traduction française t.2 192..

Quant aux femmes et aux enfants, voilà ce qui leur serait arrivéSira édition de référence en arabe 692-693, traduction française t.2 196. : Ibn Ishaq dit : Puis l'Envoyé de Dieu fit le partage des biens des Banû Qurayzah, de leurs femmes et de leurs enfants entre les musulmans. [...] Puis, l'Envoyé d'Allâh envoya Sa'd b. Zayd al-'Ansârî, frère des Banû 'Abd al-'Ashhal, à NajdLe Nejd est une région du centre de l'Arabie, qui comprend plusieurs oasis. avec des femmes captives, de Banû Qurayzah, pour les vendre et acheter en échange des chevaux et des armes.

Les femmes et les enfants furent rachetés pour beaucoup par les Juifs de Banu Nadir à KhaïbarMartin Lings,"Le Prophète Muhammad, sa vie d'après les sources les plus anciennes", éd. Le Seuil, 1983, comme l’ancien Rabbin ‘Abdallah ibn Salam, converti à l'Islam. D’autres sources disent qu’ils furent gardés chez une femme appelée Kayssa bint al-Harith. Les hommes qui allaient être exécutés se trouvaient chez Ousama ibn Zayd.

Le professeur Hamidullah raconte :

Le nombre de morts Les sources divergent grandement quant au nombre de personnes exécutées pour haute trahison. Ibn Ishâq en mentionne 700 hommes tandis qu'Ibn Kathir n'en mentionne que 400 ; d'autres encore vont jusqu'à 900.

Ibn kathir nous dit :

L'imâm as-Zouhri, quant à lui, estime ce nombre à 40 comme cela est rapporté dans le "Kitâb al-Amwâl" d'Ibn Zanjawayh.

Certains juifs qui avaient été loyaux et respectueux du Pacte conclu avec les musulmans furent épargnés et mis hors de cause :

Dans le Coran

On retrouve une trace de cet événement dans le Coran à la sourate 33 aux versets 25 à 27 :

Comme on peut voir le verset 25 fait allusion à la bataille du fossé où les gens de la Mecque étaient venus attaquer les musulmans pour mettre fin aux attaques que les fidèles de Mahomet perpétraient sur les convois commerciaux Mecquoise afin de récupérer leur bien injustement confisqué par ces derniers.

Le verset 26 fait lui allusion au siège de la forteresse des Banu Qurayza (les gens de l'écriture) après la trahison de ces derniers du Pacte de Medine en ayant prêté main-forte aux Mecquois.

Le verset 27 montre que les fidèles de Mahomet ont pu, par la suite, acquérir les terres.

Critique